Skip to main content

Full text of "1690, Sir William Phips devant Québec, histoire d'un siège"

See other formats


HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



yis-^ 




Sir A\^illiaiii I^liips 

1651-1695 






1690 



SIR WILLIAM PHIPS 



DEYANT QUEBEC 



HISTOIEE D'UX SIÈGE 



ERNEST MYRAXD 




-^c^^>^. 



QUEBEC 

IMPRIMERIE DE L.-J. DEMERS & -FRÈRE 

Bureau de L'Evénement 

1893 



Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, en 
l'année mil huit cent quatre-vingt-treize, par Ernest Myrand, 
au bureau de l'Agriculture, à Ottawa. 



PREFACE 



Quelque part dans V Illustration de Tâvisi' ai lu une phrase 
pittoresque modestement signée d'un pseudonyme . 

" Les écrivains, disait-elle, sont les chiens courants de 
Z'esprit, ils font lever toutes nos idées. " 

J'ajouterai, à l'originale manière de cet auteur : 

" Les archivistes sont les chiens courants de l'histoire, ils 
font lever tous les documents. " 

Je vous apporte, lecteur, le produit de ma chasse, une chasse 
aux preuves, longue, ardente, opiniâtre, difficile à l'extrême, 
malgré qu'elle se poursuivît sur un territoire exceptionnelle- 
ment giboyeux, je veux dire historique : le rivage de La 
Oanardière et le plateau du Cap Diamant, — au mois d'octobre, 
mil six cent nouante. 

J'en suis revenu avec une carnassière bondée et je me 
flatte de vous offrir des pièces rares et choisies, des primeurs 
enfin. Je ne crois pas trop en priser la qualité, bien que le 
bruit et le nombre des coups de fusil exaltent et grisent 
quelquefois outre mesure. Les coups de plume produisent 
également de tels effets d'enthousiasme et d'illusion. 

Un livre, dit~on, vaut ce qu'il coûte : il se peut que cet 
axiome soit faux. La fatigue trompe l'ouvrier sur la valeur de 



4 PRÉFACE 

son travail comme la peine exagère dans l'estime du laboureur 
la richesse de ses moissons : de même un auteur se méprend- 
il sur le mérite de son ouvrage. L'erreur en est toute naturelle, 
et qui la commet est justifiable de ne pas s'en excuser. On se 
courbe encore moins sur un sillon que sur un livre, et les 
champs de l'histoire sont d'une culture plus ingrate que ceux 
de la terre. Davantage le pain de l'intelligence se gagne à la 
sueur du front. 

Je serais, cependant, très reposé de ma tâche si mes lecteurs 
et mes critiques convenaient, après un sévère examen, que 
Sir William Phips devant Québec est une étude sincère 
d'archéologie qui mérite bien l'honneur d'être imprimée. 

Ernest Myrand. 

Québec, 16 octobre 1893. 



1690 

SIR WILLIAM PHIPS 

DEVANT QUÉBEC 

RELATIOî(S DU SIÈGE DE QUÉBEC EN 1690. 



Ce livre n'est pas un roman ; je le regrette pour lui, et davantage 
pour moi-même, car sa vogue, si toutefois son succès de publicité 
allait au point de justifier l'emploi de ce mot-là, sera toujours 
limitée au cercle étroit des antiquaires, des archivistes et des 
archéologues. 

Il a sa raison de paraître cependant ; il analyse, au microscope, 
l'un des épisodes les plus glorieux et les plus dramatiques de l'his- 
toire du Canada français. Le siège de Québec par Sir William Phips 
est, incontestablement, l'un des sujets les plus heureux de notre 
littérature nationale. Plusieurs l'ont traité avec succès ; à M. Joseph 
Marmette il inspira François de Bienville, et M. Louis Fréchette 
lui doit une des plus belles pages de sa Légende d'un Peuple. 
D'autres, à leur exemple, s'y exerceront. Car, à l'encontre des con- 
cours d'éloquence que proposent les universités aux orateurs et aux 
poètes, ceux de l'Histoire demeurent, en permanence, ouverts à 
.toutes les classes comme à toutes les générations d'écrivains. Puisse 
cette étude sévère donner aux lauréats de l'avenir qui reprendront 
la louange de Frontenac, une sécurité absolue de vérité par le bon 
ordre des preuves, l'enchaînement rigoureux des faits, le partage 
équitable des responsabilités et des mérites. 

Les archivistes me sauront gré d'avoir réuni ensemble dans cet 
ouvrage dix-neiif relations contemporaines du siège de Québec 



6 RELATIONS DU SIÈGE DE QUÉBEC EN 1690 

en 1690. Je leur épargne, à prix d'étude et d'argent, l'ennui de 
les chercher, inutilement quelquefois, aux quatre coins du pays. Il 
en a été ainsi du récit de Cotton Mather qu'il m'a fallu aller prendre, 
à l'université McGill, dans son grand ouvrage intitulé Magnalia 
Christi Americana. A Montréal aussi, à la bibliothèque de M. l'abbé 
Verreault, je me suis procuré la lettre, inédite jusqu'aujourd'hui, du 
Père jésuite Michel Germain de Couvert. Le savant Principal de 
l'Ecole Normale Jacques-Cartier l'avait transcrite à Paris, aux 
Archives de la Marine, et m'a généreusement permis de m'en servir 
au bénéfice de mon livre. A Ottawa, j'ai trouvé les relations de 
Bradstreet et de Thomas Savage ; 'à Londres, le rapport officiel de 
Sir William Phips, document encore inédit, etc., etc. 

L'étude comparée de ces diverses relations authentiques, qui se 
complètent les unes par les autres, même en se contredisant, est, 
selon moi, une excellente manière de préparer l'esprit de mes 
lecteurs à connaître et à retenir toute la vérité historique de cet 
événement célèbre. 

En voici la liste : 

1 — Relation de Frontenac. 

2 — " de Monseignat, son secrétaire. 

3 " de Sir "William Phips. 

4 '' de John Walley, son lieutenant. 

5 " du major Thomas Savage. 

6 " du baron de La Hontan. 

7 " de Bacqueville de La Potherie. 

8 '' de Gédéon de Catalogne. 

9 " de l'officier Janclot. 

10 *' de l'Intendant Champigny. 

11 " de la Eévde Mère Juchereau, de St-Ignace, archi- 
viste de l'Hôtel-Dieu de Québec. 

12 " de la Eévde Mère Anne Bourdon, de Ste-Agnès, 

archiviste du Monastère des Ursulines. 

13 " de Cotton Mather. 

14 '' du Père Michel Germain de Couvert. 

15 '' de Mgr de Laval. 

16 " de Sylvanus Davis. 

17 " de Simon Bradstreet. 

18 " de Thomas Hutchinson. 

19. — " de Charlevoix. 



RELATION DE FROXTENAC 

Archives de la marine — Paris, France. 



Lettre du Gouverneur à M. de Seignelay, en date du 12 
novembre 1690. 

{Extrait) 

J'étais près de m'embarquer pour descendre de Montréal à 
Québec après avoir expédié toutes les affaires de Montréal et 
avoir même fait la distribution des quartiers d'hiver pour les 
troupes qui devaient rester dans ce gouvernement, lorsque je 
reçus, le 10 octobre, à 3 heures après-midi, une lettre .du 
major de Québec, par laquelle il me donnait avis qu'un 
Abénaquis considérable du côté de l'Acadie était venu exprès, 
par ordre de sa nation, pour m'avertir qu'il y avait plus 
d'un mois qu'il était parti de Boston une flotte très nom- 
breuse, avec beaucoup de troupes dessus, dans le dessein de 
venir attaquer et prendre Québec. 

Vous pouvez croire. Monseigneur, que cet avis, auquel je 
n'ajoutais pas une entière croyance, ne me fit pas différer 
mon départ, mais le bâtiment sur lequel je m'embarquai 
ayant pensé couler bas, par une voie d'eau qu'on n'avait pas 
aperçue, nous fûmes sur le point de périr, M. l'Intendant et 
moi, avec tout ce qui était dedans. De sorte que nous fûmes 
obligés de prendre des canots et nous ne pûmes aller coucher 
qu'à 4 ou 5 lieues de Montré.il, dont nous repartîmes le len- 
demain, à la pointe du jour. X "^us ne fûmes pas à six lieues 
du lieu où nous avions passé la nuit, que je reçus un second 
avis qui m'apprenait que la flotte des ennemis était vers 
Tadoussac, c'est-à-dire à 30 (sic) lieues de Québec. 

Je ne balançai plus alors d'envoyer, en toute diligence, un 
ordre à M. de Callières de descendre le plus proniptement 
qu'il pourrait avec toutes les troupes qu'il avait, en laissant 
seulement quelques compagnies dans la ville de Montréal, et 



s RELATION DE FRONTENAC 

de prendre en passant le plus d'habitants qu'il lui serait 
possible. Je marchai ensuite jour et nuit, et, malgré un 
furieux coup de vent que nous essuyâmes, et les mauvais 
temps qu'il fit, je ne laissai pas d'arriver à Québec le 14 
octobre, à 10 heures du matin, où j'appris que les ennemis 
avaient fait la traverse, c'est-à-dire qu'ils étaient à sept lieues 
de Québec. 

Ce qui me consola un peu fut de voir la résolution et la 
gaieté qui paraissait sur les visages des habitants de la ville 
et des lieux circonvoisins que le sieur Prévost, major, avait 
fait jeter dedans. Je fus aussi fort content des batteries et 
de tous les autres retranchements qu'il avait fait faire, et 
qu'on n'aurait pas dû croire se pouvoir achever en quatre ou 
cinq jours de temps qu'il avait eus seulement, ce qui marquait 
son soin, son application et sa vigilance. Il fit ajouter ce que 
je crus le plus nécessaire et confirma l'ordre qu'il avait très 
judicieusement donné aux capitaines des milices de Beaupré, 
Beauport, l'Isle d'Orléans et de la côte de Lauzon, de ne pas 
quitter leurs côtes et de ne se point jeter dans Québec, qu'ils 
ne vissent les ennemis descendus à terre et déterminés à 
vouloir attaquer la ville, de peur qu'ils ne voulussent faire 
des descentes dans quelqu'un de ces endroits, ce qu'ils pour- 
raient empêcher en côtoyant leurs vaisseaux d'un bord et de 
l'autre de la rivière, et s'opposant aux chaloupes qui vou- 
draient mettre quelques gens à terre, comme ils ont fait effec- 
tivement. 

Les ennemis vinrent le dimanche mouiller à l'Arbre Sec, 
k quatre lieues d'ici, et le lundi, à l'aube du jour, ils doublè- 
rent la pointe de Lévy et parurent à notre vue et dans notre 
rade au nombre de 34 voiles, dont il y avait 4 gros vaisseaux, 
quelques autres moindres, et le reste cutters et autres petits 
bâtiments, sur lesquels ou nous a dit qu'il y avait au moins 
3,000 hommes. 

Je ne vous particulariserai point ici. Monseigneur, ce qui 
s'est passé pendant le temps cju'ils nous ont tenus investis, 
les divers mouvements qu'ils ont faits, et par mer et par 
terre, où ils avaient débarqué près de 2,000 hommes et du 
canon, leurs canonnades, les différentes escarmouches qu'il y 
a eu pendant 3 ou 4 jours, et dans lesquelles ils ont assu- 
rément perdu plus de cinq cents hommes morts ou blessés, 



RELATION DE FRONTENAC V 

parce que la relation que j'en ai fait faire vous en apprendra 
tout le détail. 

Je vous dirai seulement que mon principal dessein était 
de les engager à traverser une petite rivière qu'il fallait qu'ils 
passassent pour venir à la ville s'ils n'avaient voulu l'aborder 
du côté de la grande rade, ce qu'il n'y avait pas d'apparence 
qu'ils dussent faire, parce que cette petite rivière, ne se traver- 
sant qu'à marée basse, je la leur mettais à dos, et sans trop 
hasarder, je pouvais aller à eux en pleine bataille et les cul- 
buter dedans, sans que jamais ils eussent pu regagner leurs 
chaloupes qu'il fallait qu'ils laissassent à plus d'une demi 
lieue de leur passage, et qu'ils marchassent dans la vase jus- 
qu'au genou pour s'y embarquer. Au lieu que, les faisant 
attaquer par toutes les troupes dans le lieu où ils s'étaient 
campés, je leur donnais le même avantage que je voulais 
conserver, me mettant cette rivière et la marée à dos, et ren- 
dant ma retraite fort difficile. Outre que le chemin pour aller 
à eux était impraticable pour de grands corps, à cause des 
bois, des rochers et des vases par où il fallait marcher, et propre 
seulement pour divers petits pelotons, qui escarmouchassent 
à la manière des sauvages, ce que tous nos soldats ne sont 
pas capables de faire et ce que nos officiers canadiens et les 
autres volontaires et habitants du pays, avec ceux des officiers 
et soldats français qui sont déjà accoutumés à ce manège ont 
fait admirablement bien, et avec autant de succès ; qu'enfin 
la nuit du samedi au dimanche, 22 octobre, les ennemis 
voyant tous les jours de nouvelles escarmouches, et appréhen- 
dant d'être attaqués dans leur camp parce qu'ils avaient vu 
défiler dès le soir quelques troupes que j'avais envoyées pour 
soutenir ces divers petits détachements, prirent si fort l'épou- 
A'ante qu'ils se rembarquèrent dans la plus grande confusion 
du monde et avec tant de désordre qu'ils abandonnèrent leur 
canon. 

Il fit une si horrible pluie pendant toute la nuit, et elle 
était si obscure que nos gens les plus avancés ne purent 
s'apercevoir de ce qui se passait parmi eux, mais les ayant 
reconnus un peu avant le jour, ils trouvèrent cinq pièces de 
canon qui étaient à basse marée et que les chaloupes des 
ennemis ne pouvaient embarquer qu'elle ne fût plus haute. 

Aussitôt qu'il fit clair, les ennemis amenèrent trois de 



10 RELATION DE FRONTENAC 

leurs chaloupes pour essayer d'avoir leur canon, mais les 
nôtres s'en étaient déjà rendus maîtres, et empêchèrent par 
leur grand feu que ces 3 chaloupes ne pussent mettre à terre, 
ce que leur amiral voyant, il détacha toutes ses chaloupes au 
nombre de plus de trente pour les soutenir, mais après avoir 
tenu conseil toutes ensemble pendant près d'une heure, se 
tenant pourtant toujours hors de la portée du fusil, elles n'osè- 
rent tenter une descente et regagnèrent leurs navires sans se 
mettre davantage en peine de leur canon que les nôtres 
amenèrent. 

Ils ne songèrent plus qu'à se mettre en état de s'en aller, 
. et enfin disparurent tous, le mardi, et allèrent mouiller à quatre 
lieues de Québec. 

J'omettais de vous dire, Monseigneur, qu'une des choses 
en quoi ils ont été le plus trompés, a été de voir que le concert 
qu'ils avaient fait avec les Iroquois n'a pas réussi comme ils 
l'espéraient, parce que j'apprends, par tous les avis que j'ai 
reçus, que ceux de Manatte et d'Orange devaient, dans le 
temps que leur flotte paraîtrait devant Québec, se rendre au 
nombre de 3,000 hommes. Anglais, Loups et Iroquois, pour 
nous investir et se rendre devant la ville du côté du haut de 
la rivière, pendant que les autres feraient par le bas. L'affaire 
aurait été très embarrassante, si Dieu n'y avait mis la 
main. Mais les mêmes avis portant que les Anglais et les 
Loups ayant été attaqués de la petite vérole, ils envoyèrent 
des gens qui en étaient encore tout rouges, ce qui fâcha 
beaucoup les Iroquois qui leur dirent qu'ils leur apportaient 
la peste. Comme en effet on m'écrit que cette maladie s'est 
mise parmi eux et en a fait mourir plus de trois cents, et 
qu'ensuite les mécontentements s'étant augmentés entre eux 
les Iroquois s'étaient retirés dans leurs villages après avoir 
pillé quelques Anglais, Ce qui peut confirmer cet avis est 
qu'un parti de 60 hommes que j'avais détaché de Montréal 
sous la conduite du sieur de Mantet peu de jours avant que 
je descendisse à Québec, pour connaître le véritable état où 
était le fort Frontenac, abandonné en 1689 avec toutes les 
munitions, vivres, ustensiles et armes, m'a rapporté qu'il n'y 
avait pas d'apparence qu'il y ait eu un sauvage en ce lieu-là 
depuis plus de quatre mois, l'herbe étant dans l'enceinte du 
fort jusqu'à la ceinture et n'y ayant aux environs ni dans la 



RELATION DE FRONTENAC 11 

route qu'ils ont faite, depuis Montréal jusqu'au dit lieu, qui 
est de plus de 80 lieues, aucune piste ni cabanage de sauvages, 
quoique ce soit les endroits où ils ont coutume d'aller à la 
chasse et à la pêche. J'ai reçu des lettres depuis peu de jours 
que d'autres partis de sauvages, qui étaient allés vers Onon- 
tagué et dans les lieux qui ne sont jamais sans chasseurs, 
n'ont aussi rien trouvé, de sorte que je suis en peine de savoir 
ce que les Iroquois peuvent être devenus, et j'en attends tous 
les jours des nouvelles. Pour l'état du fort, le sieur de Mantet 
m'a assuré qu'il n'y avait que quelques brèches aux murailles 
qui ne seraient pas difficiles à réparer, mais que, pour les bâti- 
ments, ils étaient tous détruits. C'est une affaire à laquelle je 
crois toujours qu'il faudra songer avec le temps, étant plus 
persuadé que jamais que c'est un poste aussi utile si la guerre 
continue, que je le crois absolument nécessaire pour main- 
tenir la paix, si nous sommes assez heureux pour la con- 
clure. 

Mais, pour revenir aux Anglais, quand ils eurent mouillé 
l'ancre à l'Arbre Sec, la D*"" de Lalande qui était une de 
celles qui avaient été prises dans la barque que les ennemis 
avaient rencontrée en arrivant, proposa au général Phips de 
demander quelques échanges. Il accepta et l'envoya elle- 
même pour savoir si j'y voulais entendre. 

La proposition venant d'eux, je crus ne la devoir pas refuser; 
outre que j'étais bien aise de retirer principalement le sieur 
de Grandville, qui avait été envoyé avant mon arrivée par 
ordre du sieur Prévost, major de Québec, pour reconnaître les 
ennemis, et un ecclésiastique qu'ils avaient pris à Port-Royal 
appelé Mr Trouvé, et qu'ils avaient amené avec eux, sans 
qu'il ait su à quel dessein. Je donnai au sieur de la Vallière, 
capitaine de mes gardes, la commission de faire cet échange, 
dont il s'est si bien acquitté, que nous avons eu plus de Fran- 
çais qu'il n'a rendu d'Anglais, qui n'étaient que des femmes, 
filles et enfants, à la réserve de ce capitaine Davis qui avait 
été pris par le sieur de Portneuf, qu'il a fallu donner pour le 
sieur de Grandville, et pour recevoir notre ecclésiastique, si, par 
adresse, le sieur de La Vallière n'avait attiré le principal 
ministre de ce général à venir négocier avec lui et qu'il ne lui 
eût déclaré qu'il l'amènerait à Québec si on ne lui voulait 
rendre le sieur Trouvé au lieu d'une petite fille que Madame 



12 RELATION DE FRONTENAC 

l'Intendante avait achetée des sauvages et qu'elle offrait de 
rendre, il ne l'aurait jamais eu. 

Je suis obligé, Monseigneur, de vous marquer le zèle et la 
bravoure avec laquelle toutes les milices des côtes de l'Isle 
d'Orléans, Lauzon, et ijrincipalement celles de Beauport et de 
Beaupré, se sont comportées dans toutes les actions qui se 
sont passées. Ce sont ces derniers qui se sont rendus maîtres 
du canon des ennemis ; le sieur de St-Denis, capitaine de la 
milice de Beauport, a eu le bras cassé dans les premières 
escarmouches ; c'est un homme de plus de 60 ans, et d'une 
des principales et plus anciennes familles de ce pays, où il est 
des premiers établis. Il demanderait fort des lettres de 
noblesse, et ce qu'il a fait semble le mériter ; c'est pourquoi 
j'ose joindre mes très humbles prières aux siennes. 

Quantité d'ofiiciers s'y sont aussi fort distingué, le sieur de. 
Clermont, capitaine réformé, y a été tué, les sieurs de Lon- 
gueuilet de Ste-Hélèue, frères, tous deux lieutenants, se sont 
trouvés aux deux premières escarmouches ; le premier a reçu 
une contusion au côté, il a eu, l'année dernière, un bras cassé 
au combat de Lachine, et le dernier a eu une jambe cassée ; 
il était cet hiver un des deux commandants du parti Villieu, 
qui fut à Corlar ; le sieur de Villieu, lieutenant réformé, a 
parfaitement bien fait son devoir dans le dernier combat qui 
a duré trois heures, et la perte que les ennemis y ont faite les 
a obligés à s'embarquer la nuit suivante. 

Le mauvais état où la plupart des vaisseaux ennemis ont 
été réduits par notre canon a fait qu'ils n'ont pu s'en aller 
aussi promptement qu'ils auraient, je crois, souhaité ; nous 
avons su que leur amiral a été obligé de mettre des jumelles 
à son grand mât, qu'il a pensé se perdre à la traverse, et pen- 
dant deux jours qu'il a été sans la pouvoir faire, on l'a vu 
plusieurs fois sur le côté, des charpentiers autour, qui tra- 
vaillaient jour et nuit à deux bâtiments à ses côtés, qui ne 
l'ont pas abandonné depuis qu'il a quitté notre rade. Il aura 
de la peine à regagner celle de Boston, et, s'il en vient à bout, 
il arrivera avec un câble et une ancre de moins qu'on a retirés, 
cinq canons, son grand pavillon, qui nous est demeuré, et ne 
remportera le second qu'il remît en sa place que percé d'un 
coup de canon tout au milieu. 

Il aurait été à souhaiter qu'ils fussent sortis de Port-Royal 



RELATION DE FRONTENAC 13 

aussi honteusement, mais il n'en a pas été de même, car ils 
s'en sont rendus maîtres, sans aucune résistance, comme vous 
verrez par le paqiiet que M. de Menneval m'adresse pour 
vous le faire parvenir ; ils ont envoyé ensuite à Chedabouctou, 
où l'officier qui y commandait, nommé Montorgueil, a fait 
une fort jolie action, n'ayant jamais voulu entendre à aucune 
capitulation, quoique le feu fût déjà à deux faces de son fort, 
d'où il avait une fois repoussé les ennemis, qu'on ne lui pro- 
mît de le laisser sortir armes et bagages, tambour battant, 
mèche allumée, et qu'on ne le conduisît à Plaisance avec sa 
garnison. L'Le Percé et toutes les habitations qui y étaient 
ont été brûlées et saccagées, et ils y ont pris cinq navires 
pêcheurs. 

Maintenant, Monseigneur, que le Roi a triomphé de ses 
ennemis et par mer et par terre, et qu'il est le maître de la 
mer, croirait-il mal employer quelques-unes de ses escadres 
de vaisseaux à punir l'insolence de ces A^éritables et vieux 
parlementaires de Boston, de les foudroyer aussi bien que 
ceux de Manatte dans leur tanière, et de se rendre maître de 
ces deux villes, qui mettraient en sûreté toutes ces côtes et 
les pêches du grand banc dont la conservation n'est pas d'une 
petite importance ni d'une médiocre utilité ? 

Ce serait aussi le véritable et peut-être unique moyen de 
finir les guerres du Canada, puisque après cela on pouiTait 
sans peine soumettre entièrement l'Iroquois en allant à la 
source du mal et couper tout à fait la racine. 

Ces entreprises me paraissent ne se pouvoir former ni 
exécuter que du côté seul de la mer, puisque je crois comme 
impossible, ainsi que je me donnai l'honneur de vous le dire 
en partant de Paris, de pouvoir prendre d'ici des mesures 
certaines et assurées avec ceux qui viendraient par mer, la 
distance des lieux, l'incertitude des temps, la diÔiculté de 
faire conduire si loin des vivres et des munitions nécessaires 
pour la subsistance des troupes dont on aurait besoin, sans 
aucun entrepôt, où l'on pût auparavant en faire un magasin, 
et l'opposition que les Iroquois y pourraient apporter, étant, 
ce me semble, des obstacles insurmontables et capables de 
déconcerter tout ce qu'on aurait projeté, 

La seule chose qui serait à notre portée quand nous aurons 
ici assez de troupes pour l'entreprendre et que nous aurons 



14 RELATION DE FRONTENAC 

eu le temps de faire tous nos préparatifs, ce serait Orange, et 
encore faudrait-il prendre des précautions, la chose n'étant pas 
si aisée que ceux qui l'avaient proposée se l'imaginaient ^ 
comme vous verrez par le plan que je vous en envoie auquel 
j'ai fait ajouter celui de Manatte et de Corlar. 

J'ai eu avis qu'ils travaillent incessamment à Orange, et 
qu'ils ont fortifié la garnison, mais si Mauatte était une fois 
entre nos mains il faudrait nécessairement qu'Orange et tout 
le pays de la Nouvelle- York tombât, comme il serait arrivé 
du Canada si les Anglais se fussent rendus maîtres de Québec 
qui est toute la communication de ce pays, comme Manatte 
l'est de l'autre. 

Le sieur de Villebon, qui a été sur les lieux, pourra vous en 
donner encore plus de connaissance ; il en a une parfaite de 
ce qui s'est passé à l'Acadie où il arriva, peu de temps après 
la prise de Port-Eoyal, dans le vaisseau de la compagnie qu'il 
ne pût empêcher de tomber entre les mains des ennemis, et 
duquel il eut de la peine à se sauver pour se rendre ici ; il a 
été présent à tout ce qui s'y est fait depuis le mois d'août qu'il 
y est arrivé et y a eu sa part. 

Il vous pourra dire l'embarras et l'extrémité dans laquelle 
nous nous sommes trouvés, non seulement du côté des 
Anglais, dont les forces étaient assez redoutables, mais prin- 
cipalement du côté de la subsistance et des vivres contre quoi 
je ne voyais presque point de différence ni de remède. Et 
en effet, je ne sais pas comment M. l'Intendant y en a pu 
apporter, ni comment il pourra faire à l'avenir, s'il ne nous 
arrive point de vaisseaux et qu'ils aient relâché. Nous espé- 
rons qu'il doit néainnoins y en avoir trois qui se sont jetés 
dans le Saguenay pour y attendre que la flotte anglaise l'ait 
dépassé, parce que ceux par qui je leur en ai envoyé l'ordre 
ne sont pas encore de retour. Mais il est aujourd'hui le 11 
novembre, qui est une époque terrible pour la navigation 
d'une rivière qui, comme la nôtre, gèle quelquefois d'une 



1 — Trente ans auparavant, D'A.vaugour conseillant à Louis XIV 
de chasser les oolons anglais de la Nouvelle-York, lui écrivait cette 
phrase prophétique : '• La France peut, en dix ans, et à moins de 
" frais, s'assurer en Amérique plus de puissance réelle que ne sau- 
'' raient lui en procurer cinquante années de guerre en Europe." — 
Fâcheusement, D'Avaugour ne l'ut pas plus écouté que Cassandre. 



RELATION DE FRONTENAC 15 

nuit à l'autre dans cette saison; quoique les blés parussent 
les plus beaux du monde, les pluies et les brumes qui sur- 
vinrent, huit ou dix jours avant qu'on les pût couper, les ont 
tellement rouilles et gâtés, que la récolte a été fort médiocre, 
de sorte que personne n'ayant eu de blé vieux à manger, 
comme on avait coutume de faire, du moins jusqu'à Noël, on 
a été obligé d'avoir recours au nouveau, et d'en faire battre 
aussitôt qu'il a été serré dans les granges, ce qui a fait que, 
n'étant pas sec, il rend beaucoup moins qu'à l'ordinaire, et 
que, si les farines que vous nous avez envoyées n'arrivent 
pas, il sera si cher et si rare qu'on n'en trouvera pas pour de 
l'argent. Toutes les autres choses manqueront de même, n'y 
ayant ici ni vin, ni eau-de-vie, ni autres marchandises et 
rafraîchissements de quelque nature qu'ils pussent être, tous 
les magasins en étant épuisés. 

Je serai moi-même, avant qu'il soit huit jours, réduit à 
boire de l'eau, tous mes domestiques y étant, il y a déjà du 
temps. Mais dans quelque extrémité que nous puissions être 
réduits, nous ne perdrons pas pour cela courage, et attendrons 
avec patience les secours que je ne doute point que vous 
n'ayiez la bonté de nous envoyer l'année prochaine dès la fin 
de mars, et le plus promptement qu'il se pourra. 

Vous voyez. Monseigneur, que nous avons besoin de tout, 
soit vivres, munitions, argent et troupes, car étant presque 
indubitable que nous aurons à l'avenir affaire non seulement 
à l'Iroquois, mais aussi à l'Anglais, qui voudra, sans doute, 
comme il nous en a menacés en partant, avoir sa revanche 
de l'affront et de la perte qu'il a faite ici cette année, nous 
sommes nécessités d'avoir de quoi opposer aux uns et aux 
autres pour se tenir même sur une simple défense, ce qu'on 
ne pourrait pas faire avec les compagnies qui sont ici quand 
même vous enverriez les recrues nécessaires pour les rendre 
complètes. Elles sont notablement diminuées, étant impossible 
qu'on ne perde toujours du monde dans les mouvements con- 
tinuels qui se sont faits ici depuis un an et les fatigues que 
les soldats ont eues. Ayez donc la bonté, Monseigneur, de 
faire considération sur les mémoires que M. l'Intendant et 
moi vous envoyons et de voir si vous ne jugerez pas à propos, 
en cas que Sa Majesté voulût augmenter le nombre des 
compagnies qui sont ici, de laisser à rempHr une bonne partie 



16 RELATION DE FRONTENAC 

des places des officiers afin de les pouvoir faire occuper par 
la jeunesse des familles nobles de ce pays, qui, selon mon 
sentiment, sont bien plus propres pour la guerre que l'on a à 
y faire que ceux qui viendront de France. 

Je vous envoie l'état des officiers que j'ai remplacés depuis 
la réforme de l'année dernière ; comme je ne pouvais pas 
encore les connaître, je n'ai agi en cela que par les lumières 
que M. l'Intendant m'en a données. 

Il avait jugé à propos, aussi bien que moi, qu'on trouvât des 
biais de contenter par ces quelques marques d'honneur, et 
sans qu'il en coûtât rien au Roi, des personnes qui avaient 
fort bien servi dans les campagnes précédentes, et à qui M. 
de Denouville avait promis des récompenses, ce qui m'obligea 
d'ajouter quelques commissions à celles qui étaient fixées de 
capitaines, lieutenants et enseignes réformés, mais ad honores 
seulement, dans l'espérance que vous ne le désapprouviez pas 
présentement. 

Il y aura lieu d'en replacer la plus grande partie par la 
mort des officiers que nous avons perdus depuis, ou de ceux 
qui repassent en France. Il y en a quelques-uns à qui je n'ai 
pu m'empêcher d'accorder le congé à cause des affaires pres- 
santes de famille qu'ils m'ont fait connaître qu'ils avaient, et 
d'autres qui m'ont remis leur commission et qui ne sont peut- 
être pas trop à regretter. 

Le chevalier d'Eau ne serait pas de ce nombre, quelques 
destinées qu'il ait pu avoir, car il est plein de mérite, de cou- 
rage et de prudence, on ne saurait en être plus en peine que 
je ne le suis, n'ayant eu aucune de ses nouvelles depuis son 
départ. J'ai appris seulement, par l'ecclésiastique que nous 
avons retiré d'entre les mains des Anglais, qu'il a su que les 
Iroquois l'avaient envoyé à Manatte pour marquer aux 
Anglais qu'ils ne. voulaient entendre à aucune proposition 
d'accommodement avec nous, et qu'il y était bien traité. 11 ne 
serait peut-être pas impossible que les Iroquois, de l'humeur 
dont ils sont, sachant le mauvais succès qu'ont eu les Anglais, 
ne le retirassent de leurs mains, et n'envoyassent proposer 
quelque accommodement. Il faut attendre un peu et voir les 
démarches qu'ils feront ; car j'ai toujours été fort résolu, comme 
le Eoi nie l'ordonne, quelque nécessité qu'il y ait d'avoir, s'il 
se peut, la paix, à n'en point faire qui soit honteuse, ni qui 
puisse marquer que nous la souhaitons trop. 



RELATION DE FRONTENAC 17 

Vous verrez, Monseigneur, par tout ce que je me suis 
donné l'honneur de vous dire, que j'ai, en quelque façon, 
prévenu les ordres de Sa Majesté sur le parti (le la défensive, 
des négociations de paix, des soins des semences et des récoltes, 
et des différents détachements pour harceler les ennemis, et 
être averti de leurs mouvements. Présentement que ses inten- 
tions me sont connues, je m'y appliquerai encore davantage. 

Quelque difficulté qu'il y ait présentement à avoir de la 
correspondance avec les sauvages de la Rivière St-Jean, à 
cause de la perte de l'Acadie, j'espère trouver le moyen de les 
assister de munitions et d'armes et de les entretenir dans la 
bonne volonté où ils sont. 

Je n'ai garde de manquer aussi auxCannibas et principale- 
ment aux Abénaquis, qui ont rendu le plus grand service 
qu'on pouvait jamais attendre d'eux en avertissant, comme 
ils ont fait, de l'approche de la flotte anglaise, puisque sans 
eux elle serait arrivée dans notre rade avant que nous en 
eussions eu aucune nouvelle. 

L'année avant que je partisse (1681) de ce pays, je vous 
demandai une commission en faveur du sieur Bizard, major, 
de la ville de Montréal, pour y commander en l'absence du 
gouverneur, et quand je fus arrivé en Franci', je vous renou- 
velai mes instances, et vous eûtes la bonté de me l'accorder 
et de l'envoyer à M. le Marquis de Denonville, qui ne la lui 
a point délivrée pour des raisons que je ne sais pas et peut- 
être parce que c'était moi qui lui avait procuré cette grâce 
auprès de vous. De sorte que depuis ce temps-là il a été 
privé de cet avantage comme il le sera toujours, jusqu'à ce 
qu'il vous plaise me faire renvoyer une seconde expédition de 
sa commission, comme je vous en supplie très humble- 
ment. 

Etant nécessaire de prendre présentement un peu plus de 
précaution pour la conservation de la ville de Québec qu'on 
n'a fait par le passé, et n'y ayant, en mon absence, qu'un seul 
officier pour y commander, qui est le major, je ne sais, Mon- 
seigneur, si vous ne jugeriez pas à propos d'y créer un lieute- 
nant du Eoi pour y commander avec plus d'autorité. En ce 
cas, je ne crois pas que vous puissiez jeter les yeux sur per- 
sonne qui s'en acquitte mieux que le sieur Prévost, major, 
qui, par les soins et la vigilance qu'il a apportés en cette der- 



18 RELATION DE FRONTENAC 

nièie occasion peut espérer assurément quelque récompense 
et quelque marque de distinction. 

En cas que vous lui procurassiez cette grâce, je vous 
demanderai la place de major pour le sieur de La Vallière, 
capitaine de mes gardes, qui, sans préoccupation, est assuré- 
ment le gentilhomme de tout le pays qui est le plus capable 
de s'acquitter des choses qu'on lui voudra confier de quelque 
nature qu'elles puissent être, et, si vous daignez vous en infor- 
mer, il n'y a personne à qui vous le demandiez qui ne lui 
rende le même avantage. 

Je joins à cette lettre un mémoire de ceux qui m'ont prié 
de vous recommander leurs intérêts, et l'on vous présentera 
un placet pour le sieur et la D*""^ Denis, sur lequel je vous 
demande en dernière grâce de faire quelque réflexion. 

Je ne saurais, Monseigneur, finir cette lettre sans vous 
féliciter sur les grands avantages que Sa Majesté a rem- 
portés par terre et par mer sur ses ennemis, et auxquels vous 
avez tant de part par les soins et les ordres que vous avez 
donnés pour fournir celte prodigieuse et formidable armée 
navale. 

Je prends la liberté de lui faire mes très humbles compli- 
ments et de mettre dans votre paquet la lettre à cachet 
volant que je me donne l'honneur de lui écrire, afin de vous 
supplier de la lui présenter si vous le jugiez à propos. 

Ces victoires vous ont à la vérité coûté des larmes, par la 
perte que vous y avez faite de MM. vos frères, à laquelle j'ai 
pris toute la part qu'une personne aussi attachée que je le 
serai toujours, à tous vos intérêts devait prendre. 

Il ne me reste donc plus. Monseigneur, qu'à vous deman- 
der la continuation de votre protection et de vouloir bien 
songer à moi dans la distribution des grâces et des honneurs 
(i[ue le Eoi pourra faire, si vous jugez que j'en aie mérité par 
quelqire chose qui lui ait pu plaire. 

Il est assez ordinaire de regarder ce qui se passe dans un 
pays aussi éloigné qu'est celui-ci avec beaucoup moins d'at- 
tention que ce qui est plus proche et plus important, mais je 
ne laisse pas d'espérer de la bonté que vous avez pour moi, 
que vous ne saurez bien l'employer en ma faveur quand vous 
en trouverez l'occasion. 



RELATION DE FRONTENAC 19 

Je n'eu perdrai jamais aucune de vous donner des marques 
•du profond respect et du véritable attachement avec lequel 
je suis 

Monseigneur, 

Votre très humble, très obéissant et 

très obligé serviteur, 




y T'^^^'&na^ 



X 



Je prends la liberté de vous envoyer, Monseigneur, un 
mémoire sur quelques petites choses qui me regardent en 
mon particulier, sur lequel je vous supplie de faire quelque 
considération. 

Le sieur de la Chesnaye, ci-devant fermier général de ce 
pays, vous en fera présenter un pour ses amis. Il mérite 
assurément quelque grâce qui lui donne de la distinction pour 
les services qu'il a rendus, et les établissements qu'il y pos- 
sède. 

Enfin, Monseigneur, les trois navires que nous attendions 
se sont rendus à notre rade le 15, le 16 et le 17 de ce mois, 
ceux que j'ai dépêchés aa-devant d'eux les ayant fait entrer 
dans la rivière du Saguenay, et par ce moyen fait éviter les 
ennemis. Xous espérons d'en renvoyer deux quoique la 
saison soit extrêmement avancée pour pouvoir vous donner 
de nos nouvelles et des avis de la nécessité qu'il y a que 
nous recevions un prompt secours l'année prochaine, ce que 
les vaisseaux nous apportent pouvant un peu diminuer l'ex- 
trémité dans laquelle nous étions réduits, mais non pas remé- 
dier à tous nos besoins. 



(Signé) Frontenac. 



20 RELATION DE MONSEIGNAT 

RELATIOiX DE MOXSEIGMT. 

Archives de la Marine. — Paris, France. 
(Extrait.) 

Le départ de M. le comte de Erontenac pour Québec était 
marqué au lOième d'octobre ; comme il était prêt de s'em- 
barquer avec M. et Mde l'Intendante, up canot dépêché par 
M. Prévost, major de Québec, arriva sur les deux heures 
après-midi. Il avait fait fort grande diligence et n'en était 
parti que le sept. Il apportait deux de ses lettres. 

La première lettre était datée du 5, et il lui envoyait une 
copie de ce que les principaux sauvages de l'Acadie, Abéna- 
quis de nation, députés exprès par leurs chefs, lui avaient 
rapporté. 

" Je viens incessamment pour t'aveitir que j'ai appris, par 
une anglaise considérable, que proche Pentagouët, 30 vais- 
seaux, dont 3 sont fort grands, partent pour venir prendre 
Québec ; 

" Que ces vaisseaux sont de Boston et de quatre villes con- 
sidérables ; que les Anglais se vantent de prendre Québec 
aussi facilement qu'ils ont pris le Port-Koyal ; 

" Cette nouvelle étant apprise, les chefs et les plus considé- 
rables ont jugé qu'il fallait incessamment envoyer avertir le 
grand capitaine de Québec. J'ai été douze jours à venir 
ainsi ; il doit y avoir six semaines depuis le départ de ces 
vaisseaux." 

La seconde parole était pour demander au grand capitaine 
de Québec qu'il leur fît rendre par les Iroquois plusieurs de 
leurs gens qu'ils avaient pris croyant donner sur des sauvages 
qui fussent entièrement à l'Anglais. 

La troisième qu'ils ont envoyée, c'était pour faire savoir au 
grand capitaine des Français que les principaux chefs ne 
pouvaient pas descendre cet automne pour lui venir parler 
comme ils avaient promis, parce qu'ils sont encore actuelle- 
ment en guerre ; qu'ils tâcheront d'envoyer quelqu'un sur la 
fin de l'hiver prochain ; qu'après Noël, qui est le temps qu'ils 



RELATION DE MONSEIGNAT 21 

jugent que les Anglais seront retournés dans leurs maisons, 
ils feront subite irruption chez eux. 

L'autre lettre disait que le sieur de Cannauville revenant 
du côté de Tadoussac, et s'étant arrêté pour voir s'il n'aperce- 
vrait point quelques navires de France, il en avait vu 24, 
dont huit lui avaient paru fort gros. 

Le sieur Prévost envoya, sur ces nouvelles, le sieur de 
Grandville, lieutenant réformé, son beau-frère, avec une bis- 
caïenue et un canot bien armé pour aller à la découverte du 
côté de Tadoussac. 

On partit un moment après ces nouvelles reçues sans y 
ajouter pourtant beaucoup de foi. 

Le lendemain, sur les 2 ou 3 heures après-midi, étant vis- 
à-vis de Saint-Ours, à 15 lieues de Montréal, Monsieur le 
Comte reçut d'autres nouvelles du sieur Prévost qui confir- 
maient les premières. Il avait appris par trois hommes qui 
s'étaient sauvés que la barque dans laquelle étaient Mesde- 
moiselles Lalande et Jolliet avait été prise à 30 lieues de 
Québec par une flotte anglaise de 30 navires ; que les enne- 
mis pouvaient être à l'Ile-aux-Coudres, à 12 (sic) lieues 
d'ici. 

Cette dernière confirmation obligea Monsieur le Comte à 
dépêcher le sieur de Eamesay, capitaine, pour en donner avis 
à M. de Callières et faire descendre toutes les troupes et une 
partie des habitants. Il alla coucher cette nuit même à 
Sorel. 

Le jeudi, le vent s'étant trouvé tout à fait favorable, il 
an-iva à midi aux Trois-Rivières où il donna ses ordres pour 
faire descendre tout le monde. Il fut obligé de coucher dans 
la galiote à 15 lieues au-dessous, vis-à-vis les Grondines, la 
nuit et le mauvais temps l'ayant empêché de pouvoir mettre 
à terre. 

Le vendredi il ne put que gagner la Pointe-aux-Trembles 
où il arriva à midi ; la pluie et le vent contraire l'y retinrent 
tout le reste du jour. Il en partit le samedi — 14 — eu canot 
et arriva à midi à Québec, où vous pouvez juger, Madame, ^ 
qu'il fut reçu avec bien de la joie. Il semblait que les 



1 — Le Mémoire de Monseignat est suj^posé, par tous nos his- 
toriens, avoir été adressé à Madame de ilaintenon. 



22 RELATION DE MONSEIGNAT 

bourgeois n'avaient plus aucune crainte, possédant leur gou- 
verneur et quoiqu'il n'amenât avec lui que deux ou trois 
cents hommes, ils disaient hautement qu'ils attendaient les 
Anglais de pied ferme et qu'ils pouvaient venir quand il leur 
plairait. 

Il visita tous les postes dès qu'il fut arrivé, trouva toutes 
les choses en parfait bon état, et fut surpris de la diligence 
avec laquelle Monsieur le Major avait fait faire des retran- 
chements aux endroits qui n'étaient point fortifiés, et des 
batteries que l'on aurait cru avoir été commencées depuis 
plus de deux mois quoiqu'on n'y eût travaillé que six jours 
avec fort peu de monde. 

Le sieur Lemoine de Longueuil était déjà parti avec quel- 
ques sauvages hurons et abénaquis pour examiner les mou- 
vements des ennemis. Les côtes de Beaupré, Beauport, l'Ile 
d'Orléans et la Pointe de Lévy étaient bien garnies et les habi- 
tants avaient promis d'y faire bonne résistance si les ennemis 
s'en approchaient ; ce qu'ils ont parfaitement exécuté. 

Les autres habitants des environs de Québec et qui étaient 
couverts par la ville s'y étaient jetés. 11 en arrivait à tout 
moment à la file et il semblait que tout le monde voulût avoir 
part à une action que chacun espérait être glorieuse pour le 
Canada. 

Le dimanche matin, 15 octobre, M. de Yaudreuil, colonel 
des troupes, partit avec 100 hommes pour aller au-devant des 
ennemis et les charger s'ils mettaient à terre. Il devait aussi 
les avoir toujours à la vue et donner ordre du moment de 
leur arrivée. M. le comte fit partir deux canots dans le même 
temps qui devaient aller par les deux côtés de la rivière au- 
devant de nos vaisseaux et les avertir de ce qui se passait. 
Il fit commencer, le matin même, une batterie de 8 pièces sur 
la montagne, à la droite du fort, qui fut achevée le lendemain, 
à la pointe du jour. 

Quoique je ne sois point ingénieur, je vais vous faire, 
Madame, un petit plan de Québec, qui ne sera peut-être pas 
da^s les termes de l'art, mais vous excuserez mon peu de 
capacité sur cette matière. 

Vous savez que la rivière (St-Laurent) y forme un fort 
grand bassin ; elle y descend par un seul canal et se divise 
en deux à l'Ile d'Orléans, deux lieues au-dessous, dont l'un 



RELATION DE MONSEIGNAT 23 

passe au nord eutre cette île et la côte de Beaupré, et l'autre 
au sud entre cette même île et la Pointe de Lévy ; c'est ce 
qui forme ce grand bassin où la flotte ennemie a mouillé du 
côté de Beauport, qui n'est séparé de la côte de Beaupré que 
par le Sault de Montmorency dont la chute fait la plus belle 
nappe d'eau du monde. Beauport n'est éloigné de Québec 
que d'une lieue ; il y a entre deux une petite rivière (St~ 
Charles) que l'on passe à gué en basse marée. 

Québec est placé vi3-à-\as la Pointe de Lévy, un peu 
au-dessus ; il est divisé en haute et basse ville qui n'ont 
communication ensemble que par un chemin assez escarpé. 
Les ésafhses et les communautés sont toutes à la haute 
ville. Le fort est sur la croupe de la montagne et commande 
la basse ville où sont les plus belles maisons et où demeurent 
tous les marchands. Le Palais, où demeure M. l'Intendant, 
est presque détaché de tout le reste de la ville ; il est situé 
sur la gauche, sur le bord de la petite rivière (St-CIuirles) et 
au bas de la côte. 

Les fortifications que M. le Comte avait fait faire y com- 
mençaieut et remontaient du côté de la haute ville qu'elles 
entouraient ; elles venaient finir à la chute de la uiootagne 
du côté du fort, à l'endroit nommé le Cap au Diamant. 

On avait continué auprès du Palais une palissade tout le 
long de la grève qui venait gagner au-dessous de l'hôpital 
( Hôtel-J) le II ) ja&que à la clôture du Séminaire et se perdait 
à des roches inaccessibles. Il y avait au-dessus une autre 
palissade qui joignait au même endroit que l'on nomme le 
Sault-au-Matelot où l'on a^'ait mis une batterie de 3 pièces 
de canon. L'autre batterie haute dont je vous ai déjà parlé 
était à la droite. Il y en avait deux à la basse ville de 'à 
pièces de 18 livres de balles chacune et toutes deux posées 
au milieu des côtes d'en haut. Les endroits ouverts où il n'y 
avait point de portes étaient barricadés de bonnes poutres et 
barriques pleines de terre, de graviers et de pierres. 

Le chemin de la basse ville était coupé de trois différents 
retranchements de barriques et de sacs de terre. On fit, depuis 
l'attaque, une autre batterie au même Sault-au-Matelot un 
peu plus sur la droite que la première. On en fit une aussi à 
la porte qui va à la petite rivière (St-Charles). 

Il y avait quelques petites pièces disposées autour de la 



24 RELATION DE MONSEIGNAT 

haute ville, principalement sur la butte d'un moulin qui ser- 
vait de cavalier. 

C'est ainsi, Madame, que la ville était disjDOsée lorsque les 
Anglais y vinrent ; mais nous fondions beaucoup plus d'es- 
pérance sur notre bonne cause et la résolution où chacun 
paraissait de bien faire son devoir que sur ces faibles fortifi- 
cations. 

Le même jour, sur les 7 heures du soir, on apprit que la 
flotte .ennemie avait levé l'ancre et était passée la pointe du 
bas de l'île d'Orléans. Un autre message apprit qu'ils étaient 
mouillés à 3 lieues de Québec. 

Le lundi, 16ième octobre, sur les 3 heures après minuit, 
M. de Vaudreuil revint et l'on vit le feu des navires peu de 
temps après ; dès qu'il fit jour on découvrit toute la flotte au 
nombre de 34 voiles. Il n'y avait que 4 gros vaisseaux, 4 un 
peu moindres, le reste était caiches, barques, brigantins et 
flibots parmi lesquels on dit aussi qu'il y avait quelques 
brûlots. Les petits bâtiments se l'angèrent au côté de la côte 
de Beauport, et les gros se mirent un peu plus au large. 

Sur les dix heures une chaloupe portant à son avant pavil- 
lon blanc partit de l'amiral ef vint à terre, quatre canots 
allèrent au-devant portant le même pavillon. Ils la joignirent 
presqup à la moitié du chemin. Il y avait dedans un trom- 
pette qui accompagnait l'envoyé du général. Il fut mis seul 
dans le canot ; on lui banda les yeux et il fut conduit dans 
la chambre de Monsieur le Comte. 

Voilà la copie de la lettre qu'il lui présenta : 

Sieur Guillaume Phips, chevalier et commandant général 
en chef sur toutes les forces de leurs Majestés de la Nouvelle- 
Angleterre par mer et par terre. 

Au Comte de Frontenac, Lieutenant Général et Gouver- 
neur pour le Eoi de France eu Canada ou, eu son absence, à 
son député ou à celui qui commande en chef à Québec : 

Les guerres entre les deux couronnes d'Angleterre et de 
France ne sont pas seidement un suflisant motif mais la 
destruction faite par les Français et les Sauvages sous votre 
commandement et encouragement sur les personnes et biens 
des sujets de leurs Majestés de la Nouvelle- Angleterre sans 
aucune provocation de leur côté, les oblige de faire cette 
expédition pour leur propre sûreté et satisfaction. 



RELATION DE MONSEIGNAT 25 

Comme aussi les cruautés et les barbaries qui ont été 
exercées par les rrançais et les Sauvages pouvaient, par cette 
présente occasion, nous engager à nous revancher sévère- 
ment, cependant étant désireux d'éviter les actions inhumaines 
et contre le christianisme, comme aussi pour prévenir l'effu- 
sion du sang autant que possible, moi ci-dessus, Guillaume 
Phij)S, chevalier, par ces présentes et au nom de leurs très 
excellentes Majestés Guillaume et Marie, Eoi et Eeine 
d'Angleterre, Ecosse, France et Irlande, Défenseurs de la Foi 
et par ordre de leurs susdites Majestés, Gouverneur du 
Massachusetts, colonie dans la Nouvelle- Angleterre, demande 
que vous ayiez à rendre vos forts et châteaux sans être 
démolis, comme aussi toutes les munitions sans y être touché, 
comme aussi une prompte délivrance de tous les captifs 
ehsemble avec la délivrance de vos personnes et biens à ma 
disposition. 

Ce que faisant vous pourrez espérer pardon de moi comme 
un chrétien, ainsi qu'il sera jugé à propos pour le service de 
leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets ; ce que, si vous 
refusez de faire, je suis venu pourvu et résolu, avec l'aide de 
Dieu dans lequel je me fie, par force d'armes de revancher 
tous les torts et injures qui nous ont été faits et de vous 
rendre sous la sujétion de la couronne d'Angleterre ; et lorsque 
trop tard vous le voudrez faire regretterez de n'avoir pas plus 
tôt accepté la faveur que l'on vous a offerte. 

Votre réponse positive, dans une heure, par votre trom- 
pette, avec le retour du mien, est ce que je vous demande 
sur le péril que pourra s'en suivre. 

Signé : Guillaume Phips. 

Comme on achevait d'expliquer cette lettre, qui était en 
anglais, l'envoyé tira de sa poche une montre qu'il présenta à 
Monsieur le Comte. Il la prit, et faisant semblant de ne pas 
bien voir quelle heure il était, l'envoyé s'avança pour lui dire 
qu'il était dix heures et qu'il lui demandait qu'à onze heures 
précises il le voulut renvoyer avec sa réponse. 

" Je ne vous ferai pas tant attendre, lui répliqua Monsieur 
le Comte. Dites à votre général que je ne connais point le 
roi Guillaume et que le prince d'Orange est un usurpateur 



26 RELATION DE MONSEIGNAT 

qui a viole les droits les plus sacrés du sang en voulant 
détrôner son beau-père ; que je ne sais, en Angleterre, d'autre 
souverain que le roi Jacques ; que votre général n'a pas dû 
être surpris des hostilités qui ont été faites par les Français 
dans la colonie du Massachusetts puisqu'il a dû s'attendre 
que le Koi, mon maître, ayant reçu sous sa protection le -Eoi 
d'Angleterre et étant prêt à le replacer sur le trône, par la 
force de ses armes, comme j'en ai nouvelles. Sa Majesté m'or- 
donnerait de porter la guerre en ces contrées, chez les peuples 
qiii se seraient révoltés contre leur souverain légitime."-^Ety 
lui montrant quantité d'ofiRiciers dont sa chambre était remplie, 
il lui dit en riant : — " Votre général croit-il, quand il m'offrirait 
des conditions un peu plus douces, que je fusse d'humeur à 
les accepter, que tant de braves gens y voulussent consentir 
et me conseillassent de me fier à la parole d'un homme qui 
n'a pas gardé la capitulation qu'il avait faite avec le gouver- 
neur du Port-Royal, et à un rebelle qui a manqué à la fidélité 
qu'il devait à son roi légitime en oubliant tous les bienfaits 
qu'il en avait reçus pour suivre le parti d'un prince qui, en 
essayant de persuader qu'il veut être le libérateur de l'Angle- 
terre et le Défenseur de la Foi, y détruit les lois et les privi- 
lèges du royaume, et renverse la religion anglicane, ce que la 
justice divine, que votre général réclame dans sa lettre, ne 
manquera pas de punir un jour sévèrement. " 

Ce discours ayant fort surpris et alarmé l'envoyé, il 
demanda à Monsieur le Comte s'il ne voulait pas lui donner 
de réponse par écrit. — " Non, lui répondit Monsieur le Comte, 
je n'ai point de réponse à faire à votre général, que par la 
bouche de mes canons et à coups de fusil ; qu'il apprenne 
que ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer un homme 
comme moi; qu'il fasse du mieux qu'il pourra de son côté, 
comme je ferai du mien." 

Cette réponse finie, on banda les yeux de l'envoyé et on le 
ramena à sa chaloupe. 

Sur les quatre heures après-midi, le sieur de Longueuil, 
revenant avec ses sauvages, accompagné du sieur de Mari- 
court, son frère, qui arrivait de la baie d'Hudson dans le 
navire commandé par le sieur de Bonaventure qui, par bon- 
heur, fut averti assez à temps pour ne point tomber entre les 
mains des ennemis, passa avec ses canots le long de la flotte ; 




— "/e n'ai point deréponse à faire à voire général, quepar lu 
/touche de mes canons et à coups de fusil ; quHl apprenne que ce 
ït^est pas de la sorte qu^on envoie sommer un homme comme moi ! '" 



RELATION DE MONSEIGNAT 27 

quelques chaloupes se détachèrent pour le charger, mais il 
gagna terre en les recevant à bons coups de fusil ; ces cha- 
loupes se trouvèrent obligées de retourner à leurs navires et 
furent saluées en passant par les habitants de Beauport qui 
étaient sur la grève. 

Le mardi, une barque chargée de monde, alla du côté de 
terre entre Beauport et la petite rivière (St. Charles) ; on s'y 
escarmoucha assez longtemps après qu'elle eut échoué, et on 
l'aurait même attaquée s'il n'avait fallu se mettre dans l'eau 
jusqu'à la ceinture pour y aller. 

Le mercredi, 18, on vit presque toutes les chaloupes char- 
gées de monde gagner le même endroit où cette barque avait 
échoué la veille. Comme on était incertain de l'endroit où 
les ennemis feraient leur descente, il y avait peu de monde 
de ce côté-là. On détacha la plupart des habitants de Mont- 
réal et des Trois-Rivières et ceux qui se trouvèrent les plus 
lestes pour aller escarmoucher. Les ennemis étaient déjà 
à terre au nombre de deux mille hommes, et s'étaient rangés 
en bataille devant que nos gens arrivassent qui, avec quel- 
ques habitants de Beauport, qui se joignirent à eux, faisaient 
au plus trois cents hommes ; encore ne donnèrent-ils pas 
tous. 

Comme le terrain est fort difficile, plein de broussailles et 
de rochers et qu'on y a, à marée basse, de la vase jusqu'à 
mi-jambe, ils étaient divisés en plusieurs petits pelotons et 
attaquèrent, sans tenir presque d'ordre et à la manière des 
sauvages, ce gros corps qui était fort serré. Ils firent, plier un 
premier bataillon et l'obligèrent de regagner la grève ; le feu 
dura plus d'une heure ; nos gens voltigeaient incessamment 
autour des ennemis, d'arbre en arbre, et ainsi les furieuses 
décharges qu'on faisait contre eux ne les incommodaient pas 
beaucoup. 

Monsieur le comte fit passer un bataillon de troupes pour 
assurer la retraite de nos gens. 

Nous perdîmes dans cette occasion le Chevalier de Cler- 
mont, capitaine réformé, qui avait suivi, avec d'autres officiers, 
comme volontaire. Il s'engagea un peu trop avant et ne put 
se retirer. Le fils de sieur de la Touche, seigneur de Cham- 
plain, y fut aussi tué ; le sieur Juchereau de St-Denis, âgé de 
plus de soixante ans, qui commandait la milice de Beauport, 



28 RELATION DE MONSEIGNAT 

y eut le bras cassé. Nous eûmes en tout dix ou douze hommes 
blessés dont un est mort depuis. On espère que tous les 
autres guériront. 

Les ennemis perdirent dans cette occasion cent cinquante 
hommes au rapport d'un habitant qui visita la nuit le champ 
de bataille. Ils brûlèrent quelques habitations après le combat. 

Sur le soir, leurs quatre plus gros navire? vinrent mouiller 
devant Québec. Le contre -amiral, qui portait pavillon bleu, 
se posta un peu plus sur la gauche, presque vis-à-vis du 
Sault-au-Matelot. L'amiral était sur sa droite ; le vice-amiral 
un peu au-dessus, tous deux vis-à-vis la ville basse ; et le 
quatrième, qui portait la flamme de chef d'escadre, se tira un 
peu plus du côté du Cap au Diamant. 

Nous les saluâmes les premiers et ensuite ils commencè- 
rent leurs canonnades assez vigoureusement ; on leur répondit 
de même ; il ne tirèrent presque que sur la haute ville ce 
soir-là. Il y eut le fils d'un bourgeois de tué et un autre 
blessé. Le sieur de Vieuxpont eut son fusil emporté du même 
coup et en eut le bras démis. 

Les coups de canon cessèrent de part et d'autre sur les 
huit heures du soir. 

Le jeudi, à la pointe du jour, nous recommençâmes encore 
les premiers. Il semblait que les ennemis avaient un peu 
ralenti leur feu ; le contre-amiral qui avait tiré le plus vigou- 
reusement se trouva fort incommodé par les batteries du 
Sault-au-Matelot et celle d'en bas du côté de la gauche. Il 
fut aussi obligé de relâcher le premier ; l'amiral le suivit 
d'assez près, mais avec bien de la précipitation. Il avait reçu 
plus de vingt boulets dans le corps de son vaisseau, dont plu- 
sieurs l'avaient percé à l'eau. Toutes ses manœuvres étaient 
coupées ; son grand mât presque cassé auquel il a été obligé 
de mettre des jumelles, quantité de gens y avaient été blessés 
et plusieurs tués. Il avait obligution à la plus grande partie 
de ces coups au sieur de Ste-Hélène qui pointait lui-même 
le canon. Craignant d'en recevoir encore quelques-uns qui 
l'achevassent il fila tout le câble de son ancre, l'abandonna et 
se retira tout en désordre. 

Les deux autres tirèrent encore quelque temps mais ils ne 
tirèrent plus depuis midi. 



RELATION DE MONSEIGNAT 29 

Sur les cinq heures du soir ils s'allèrent mettre à l'abri 
dans l'Anse des Mères ( Ursulines) derrière le Cap au Dia- 
mant où ils se sont radoués le mieux qu'il leur a été possible. 
On avait envoyé dans cette anse un détachement pour les 
observer; on leur tua quelques hommes, de terre, et ils 
furent obligés de mouiller hors de la portée du fusil. 

Le vendredi, les sieurs de Longueuil et de Ste-Hélène avec 
quelques Français commencèrent à escarmoucher sur les 2 
heures après-midi contre la tête de l'armée des ennemis qui 
marchaient en bon ordre le long de la petite rivière (St- 
Charles). Ils firent plier leurs gens détachés qui se rejoigni- 
rent à leur gros. Le combat fut assez longtemps opiniâtre. 
Nos gens se battaient de la même manière qu'à la précédente 
escarmouche. Monsieur le Comte avait cependant fait mettre 
en bataille trois bataillons de troupes du côté d'en deçà de la 
rivière et était à leur tête prêt à recevoir les ennemis s'ils en 
avaient voulu tenter le passage. 

Nos gens firent leur retraite en bon ordre, mais, par 
malheur, le sieur de Ste-Hélène eut la jambe cassée d'un coup 
de fusil, le sieur de Longueuil son frère, qui eut, l'année 
passée, un bras c.assé au combat de Lachine, reçut aussi une 
contusion au côté et aurait été tué sans sa corne à poudre 
qui se trouva à l'endroit où donna la balle. Il y eut deux 
autres hommes de blessés et un soldat et un habitant de tués. 
Les ennemis tirèrent sur nos gens quelques volées de canon, 
sans effet. Ils en envoyèrent aussi à l'endroit où nos troupes 
étaient en bataille. Nous connûmes par là qu'ils en avaient 
mis à terre. On leur répondit de la batterie qui était à la 
porte de la petite rivière (St-Chaiies). Ils mirent ensuite le 
feu à quelques granges, ce que l'on ne pouvait empêcher et 
tuèrent quelques bestiaux qui erraient dans la campagne et 
qu'ils ont transportés à leurs navires. Ils n'ont perdu pas 
moins de monde dans cette occasion qu'à l'autre. 

Le samedi, 21, le sieur de Villieu, lieutenant réformé, qui 
avait demandé à Monsieur le Comte un petit détachement 
de soldats de bonne volonté, alla aussi du côté où étaient 
campés les ennemis. Les sieurs de Cabanac et Duclos de 
Beau manoir sortirent aussi avec d'autres petits détachements. 
Le sieur de Villieu commença l'escarmouche sur les deux 
heures après-midi, et attira les ennemis dans une embuscade 



30 RELATION DE MONSEIGNAT 

et s'y maintint fort longtemps. Ils firent nn détachement 
pour l'entourer qui fut chargé par une autre embuscade des 
hahitants de Beauport, Beaupré et l'Ile d'Orléans. Les sieurs 
de Cabanac et de Beaumanoir donnèrent aussi de leur côté. 
Nos gens escarmouchaient toujours en perdant du terrain et 
firent ferme lorsqu'ils se furent tous rejoints à une maison 
où il y avait quantité de palissades, sur une hauteur, derrière 
laquelle ils tirèrent ^ Le combat dura jusqu'à Ja nuit, et les 
gens frais que les ennemis y envoyaient toujours ne servi- 
rent qu'à augmenter leurs ])ertes. Nous n'y avons eu qu'un 
jeune écolier et un sauvage de blessés. Les ennemis y ont 
dû perdre quantité de monde. 

La nuit, qui fut fort obscure et pluvieuse, leur donna le 
moyen d'enlever leurs moits et d'empêcher de connaître le 
désordre où ils étaient, car leur épouvante fut si grande qu'à 
sa faveur ils se rembarquèrent avec précipitation et abandon- 
nèrent leurs canons. Le sieur de Villieu et les habitants n'en 
eurent aucune connaissance ; ils ne s'aperçurent de leur avan- 
tage que le lendemain, dimanche, 22''"'®, au point du jour. 

Les sauvages qui faisaient la découverte trouvèrent les 
premiers les cinq pièces de canon avec leurs affûts de cam- 
pagne, cent livres de poudre et quarante à cinqi^ante boulets. 
Ceux de Beauport et de Beaupré s'en saisirent. Plusieurs 
chaloupes tentèrent de mettre à terre et furent repoussées. 

Le sieur de Monic (Joseph Demonic), capitaine, étant 
sorti, la veille, avec cent hommes, avait fait un fort grand 
circuit pour s'aller jeter dans Beauport et ne s'était pas trouvé 
au combat. Monsieur le Comte le lit rester à quelque distance 
du camp des habitants pour les soutenir au cas d'une nou- 
velle descente. Ils se faisaient fort de garder leurs postes 
avec deux pièces de canon que l'on leur avait laissées. Les 
trois autres furent amenées ici le même jour. 

L'après-midi, les deux navires qui étaient dans l'Anse des 
Mères ( Ursidines) mirent à la voile pour aller rejoindre la 
flotte. 0\ les salua à boulets en passant et ils nous répondi- 
rent sans nous faire grand mal. 

Le lundi, les sieurs de Subercaze et d'OrviUiers, capitaines, 
partirent à la tête de cent hommes pour s'aller jeter dans 

1 Très probablement la maison du chirurgien Timothée Roussel. 



RELATION DE MONSEIONAT ôl 

l'île d'Orléans. Le sieur de Villieu avait aussi reçu ordre de 
descendre au cap Tourmente, au-dessous de la côte de Beau- 
pré. On jugeait Lieu que les ennemis nous quitteraient 
bientôt et on craignait leur descente en ces endroits-là. Ils 
mirent à la voile vers le soir et se laissèrent porter au cou- 
rant ; mais quelques-uns n'ayant pas pu trouver de bon 
mouillage furent obligés de relâcher. Ils disparurent enfin 
tous le lendemain, mardi, sur les dix heures du matin et 
furent mouiller à l'Arbre Sec i, 

La demoiselle de Lalande, qui était prisonnière sur l'ami- 
ral, voyant qu'ils se disposaient à retourner en leur pays, fit 
demander au général Phips, par un interprète, s'il voulait l'y 
mener et laisser à Québec quantité de ses compatriotes qui y 
étaient prisonniers, qu'elle espérait que, si on proposait de faù-e 
un échange, cette négociation pourrait réussir. Elle fut elle- 
même envoyée sur sa parole pour faire cette proposition. 

Monsieur le Comte l'accepta avec joie étant bien aise de la 
recevoir avec sa fille aussi bien que le sieur de Grandville et 
le sieur Trouvé, prêtre, qui avait été pris au Port-Eoyal et 
qu'ils avaient amené ici avec quelques autres prisonniers de 
l'Acadie, espérant qu'ils leur seraient d'une grande utilité 
après la prise du pays. Elle s'en retourna le soir, fort joyeuse, 
à bord de l'amiral. 

Les prisonniers anglais que nous voulions rendre furent 
assemblés le soir même ; ce n'était que des femmes et des 
enfants, et il n'y en avait pas un de considérable que le capi- 
taine Davis qui commandait dans le fort que le sieur de 
Portneuf avait pris. Il y avait aussi les deux filles de son lieu- 
tenant (Clarke) qui fut tué, qui paraissaient assez bien nées. 
Monsieur le Comte les avait rachetées des sauvages et les 
avait mises en pension. Madame l'Intendante avait racheté 
une autre i^etite fille de neuf ou dix ans, assez jolie, qu'il lui 
fâchait beaucoup de rendre ; cependant elle s'y résolut pour 
le bien public. Ils faisaient en tout dix-huit. 

Monsieur de LaVallière fut chargé de cet échange. Il se 
rendit à terre, le mercredi matin, vis-à-vis l'endroit où les 
Anglais étaient mouillés. La négociation dura tout le jour. Un 
ministre avait passé à terre et on trouva le secret de le garder 

1 — Vis-à-vis la paroisse Saint-Pierre et Saint-Paul, Ile d'Orléans. 



32 RELATION DE MONSEIGNAT 

sur les difficultés qu'ils (les Anglais) faisaient de rendre 
Monsieur Trouvé. Enfin tout fut échangé de bonne foi ; mais 
nous y gagnâmes beaucoup puisque nous eûmes pour des 
enfants des hommes faits et en état de servir, et que le 
nombre des Français était plus grand que le nombre des 
Anglais 

Ils ont gardé deux de nos pilotes français à qui ils ont 
donné parole de mettre à terre lorsqu'ils auraient passé les 
dangers de la rivière. On ne sait s'ils la tiendront parce qu'ils 
se vantent de revenir le printemps prochain. 

Tous nos prisonniers arrivèrent le soir même, à la réserve 
de Monsieur Trouvé, qui ne revint que le jeudi macin, avec 
Monsieur de LaVallière. 

Le vendredi, 27, trois hommes arrivèrent de la baie Saint- 
Paul, qui rapportèrent qu'ils avaient été à deux navires 
français qui étaient prêts à passer le détroit de l'Ile-aux- 
Coudres, qu'ils les avaient avertis que la flotte anglaise était 
devant Québec ; qu'ils avaient appris d'eux qu'ils devaient 
être suivis de huit autres avec lesquels ils étaient partis de 
La lîochelle. Peu de temps après, des canots que Monsieur 
le Comte tenait exprès sur les côtes lui confirmèrent ce que 
ces habitants leur avaient dit. 

Un troisième navire, nommé Le Glorieux, fut aussi averti 
de la même chose et on en eut avis qu'il se préparait à 
entrer dans la rivière du Sagnenay pour s'y cacher jusques 
à ce que la flotte ennemie eût passé. On n'a eu aucune nou- 
velle de tous les autres. 

A l'égard des deux premiers on ne sait pas encore quel 
parti ils ont pris ; à l'heure que j'écris ceci, qui est le neuf 
de novembre, on n'en a point encore de connaissance. 

Monsieur le Comte avait dépêché, immédiatement après 
avoir été averti par ces habitants, quantité de canots remplis 
de monde pour se jeter dans ces navires, mais ils n'ont pas 
pu les rejoindre. Un de ces canots a poussé jusqu'au Saguenay 
et n'est point encore revenu. Ce fjui fait espérer qu'il aura 
joint quelqu'un de ces navires et reviendra ici dedans lorsque 
le vent le leur permettra. On a fait aussi partir une barque 
armée avec trente hommes dessus, pour aller au-devant. 
Tout cela nous empêche de désespérer encore de leur venue 



RELATION DE MOXSEIGNAT 33 

et nous les attendons de jour en jour avec beaucoup d'im- 
patience pour le besoin où nous sommes de toutes choses, 
tout généralement manquant dans ce pays et la maison de 
Monsieur le Comte n'étant pas plus exempte de cette disette 
que celle des autres. 

Plusieurs passagers ont débarqué et se sont rendus ici en 
canot. Le sieur de La Forest a rendu à Monsieur le Comte 
les paquets du Eoi et vos lettres. Ce nous a été une grande 
joie de recevoir des nouvelles aussi agréables que celles qui 
nous sont venues de France. 

Nous espérons que les grandes victoires que Sa Majesté a 
remportées sur ses ennemis par mer et par terre et les avan- 
tages que la France en retire pourront rejaillir jusques sur 
nous et qu'Elle n'abandonnera pas ce pauvre pays qui, malgré 
la misère où il est depuis longtemps, tâche à faire connaître 
à l'autre extrémité de la terre la gloire de son auguste monar- 
que et s'est trouvé assez heureux pour ajouter quelque cliose 
à ses triomphes. 

Dimanche dernier (5 novembre) les réjuiiissauces iuieiit 
faites avec grand appareil. Le grand pavillon de l'amiral 
et un autre que le sieur de Portiieuf avait pris à l'Aca lie 
furent portés à l'église au son du tambour. Le Te Deani y 
fut chanté par Monsieur l'Evêque et l'on fit ensuite une 
procession solennelle en l'honneur de la Vierge patronne du 
pays. Toutes les troupes étaient sous les armes. 

On a institué, à perpétuité, une fête sous le nom de Xotre- 
Dame des Victoires, et l'église qu'on a commencée à la basse 
ville est dédiée sous le même nom pour être une marque 
éternelle de la protection que nous avons reçue du ciel dans 
cette attaque subite, puisque, si les ennemis avaient fait toute 
la diligence qu'ils pouvaient, et qu'ils n'eussent point été 
arrêtés par les vents, ils seraient arrivés à Québec devant que 
l'on en eût eu avis et s'en seraient infailliblement rendus 
maîtres, le trouvant dépourvu de monde. 

Le feu de joie fut allumé à l'entrée de la nuit par Monsieur 
le Comte. Il y eut plusieurs décharges de notre canon et de 
mousqueterie ; et l'on n'oublia pas à faire tirer plusieurs fois 
les pièces que nous avons gagnées sur les ennemis et qui 
nous seront utiles dans la suite. 

3 



34 RELATION DE MONSEIGNAT 

Enfin, le 12ième novembre nous avons appris que les trois 
navires français qui avaient passé à l'Ile-aux-Coudres avaient 
entré dans le Saguenay ; qu'aprèe avoir vu passer devant eux 
la flotte ennemie, ils étaient sortis de ce fleuve et qu'ils 
étaient fort proche d'ici. 

Le Saint-François-Xavier y vint mouiller le 15, la frégate 
nommée La Fleur de May, le 16, et le Glorieux, le 17. Ces 
deux premiers se préparent à repartir i quoique la saison soit 
avancée et qu'il paraisse déjà des glaces dans le fleuve, toutes 
les petites rivières étant prises. Nous aurions été bien heureux 
si les onze navires que nous apprenons être partis de La 
Rochelle pour ce pays y étaientrarrivés à bon port. On pour- 
rait dire que cette année aurait été complète en toutes sortes 
de bonheur. 

Vous m'aviez ordonné, Manarae, de faire le détail de tout 
ce qui se passerait; je ne sais si cette relation sera de votre 
goût, mais elle est sincère : c'est la seule bonne qualité que 
j'ose lui donner. 

Je serai bien payé de mes peines si ce petit travail vous 
est agréable, et s'il peut ajouter quelque chose aux protesta- 
tions que je vous ai toujours faites, d'être, avec un profond 
respect. 

Madame, 

Votre très humble 

et très obéissant serviteur. 



^ z 



1 Un seul partit : la Fleur de May, le 26 novembre ! 



RELATION DE PHIPS 35 

RELATION DE PHIPS. 



London, Eiigland, Colonial Entry Books New-England, 

vol. Çi2^page 267. 



A short account of Sir William Phips's expédition into Accady, 
and that upon Quebeck in Canada. 

The présent governors together with the inhabitants of 
New Eugland, ont of a true senca of their gratitude, did 
think they could do no better, or more manifestly express 
their loyalty to Their Majesties than by venturing their lives 
and estâtes towards the enlarging of Their Majesties Domi- 
nions in America, and particularly for the reducing of Canada 
unto Their obédience. According to that Eesolution they 
did raise about seaven hundred men, and litted ont seaven 
saile of ships at their own expense and did give the command 
thereof to me. 

With thèse ships and men I set saile from New England 
in March, 1689-90, and reduced that part of it called 
Accady, and then I returned to New England. 

And for the more effectuai prosecution of the main under- 
taking concerning Canada, the said governors, with severall of 
the chief inhabitants of the colony, resolved to be at the 
further charge of so many more men and ships as might be 
sufificient to take Quebeck (being assured that by ye con- 
quering of that city ail the other parts of Canada must 
submit) and accordingly two thousand and three hundred 
men were raised. and about thirty saile of ships fitted out, 
and the command of them was also given to me. With 
thèse forces I departed from New England on the tentli day 
of August, 1690. But, by bad weather and contrary winds, 
I did not reach Quebeck till October, that the frost was 
already fallen in, and so sharp that it niade two inches ice in 
a night. 

This uotwithstanding, I summoned the Comte De Fronte- 
nack, the governor, to surrender the town, and after a 
reviling answer (that I and those with me were traitors, for 



36 RELATION DE PHIPS 

having taken up with an Usurper and hâve seized upon our 
governor that good Christian Sir Edmund Audros ^, who, ifhe 
had continued in his governnient. the French an EngUsh had 
been ail one) I brought my ships up within musquett shott 
of their cannon and fired upon the towne with that success, 
that I dismounted severall of their best cannon, and within 
less than twenty-four hours beat the French from their 
workes. 

At the same time fourteen hundred men that 1 had landed 
defeated a great party of the enemy, and by the account of 
the prisoners, the city in ail .probability iruist hâve been 
taken in two or three daies, but the small-pox and the 
feavour increased so fast among the men that it delayed the 
pushing on the siège till the weather grew so extream cold 
that no further progress could be made therein. So I returned 
to New England. At my going off from before Quebeck I 
received several messuages from French merchants of ye best 
note and réputation to let me know how uneasie they were 
under the fï'rench administration, and to assure me of their 
great willingness to submit to Their Majesties governraent. 

In this expédition, the enemy suffered great damage and 
had a great number of their men killed, and many taken 
Prisoners, yet the loss on the English side (nothwithstanding 
what the French hâve falsely given out of severall hundreds) 
was not more than thirty men. 

The above written is a true account. Witness mv hand. 



p^i^^^iayri^yy^^^ 



1 Sir Ed. Andros was suddenly summoned by the Chief People 

in the city to surrender the government, 18th April 1689, on account 
of a great rising of the people against him they saying that unless 
he was superseeded they would storm the place themselves. ïhe 
members of the Council, to save an émeute superseeded him and 
sent him to England in a man of war. 



MAJOR WALLEYS JOURNAL 3*1 

xMJOR WALLEY'S JOURNAL 

Li the Expédition against Canada in 1690. 



A narrative of the proceedings to Canada, soe far as concerned tlie 
land army. 

Having passed the isle of Percey, and being put back by a 
contrary wind, it was designed there to hâve landed our 
souldiers, to hâve settled our companys, to hâve called a 
council of warr, to hâve made and declared such orders as 
was necessary for regulating our forces, but by several of 
our ships and vessels being drove out of the harbour by a 
storm they came not in again seasonably and so what was 
intended was pre vente d. 

Upon the 23rd of September, wee came to an anchor at 
Tadousack a council of warr was called, such orders and ordi- 
nances made as was judged necessary and ordered to be 
pubhshed in every vessel, and at the head of each company, 
which orders are upon record, and may be seen. 

Upon the 27th of September, being about 25 leagues from 
Cabeck (Québec), I went aboard each vessel in the fleet, that 
had souldiers, to take care that they might be ail ready and 
lixt for the service, not knowing how soon there might be 
occasion ; and whereas there had been complaints, that, 
aboard several of the vessels, the souldiers and others had 
near a third part of their allowance taken off without order, 
I then gave orders that their full allowance might be given 
them. 

Upon the 5th October ^ we came up with the Isle of 
Orléans, the whole fleet together, and having promised our 
men, that they should with. the first convenience be landed 
to refresh themselves, and not having opportunity before, 
thought it might do well to do it then, proposing to the 

1 — 5 octobre 1690, d*après le calendrier julien, c'est-à-dire 15 
octobre 1690 d'aj^rès le calendrier grégorien. L'Angletei're n'accepta 
le calendrier grégorien qu'en 1752. 



H8 . MAJOR walley's journal 

council that wee might then settle the companys tliat wee- 
might then seciire the island, gaine inteUigence. aud upon our 
informations to draw up such conclusions as were necessary, 
and not to hâve appeared in sight of the town iintil wee were 
fully ready to fall upon them ; but it was over-ruled by the 
council, and agreed we should take the advantage of the tide, 
and be in sight of the town by day-light, which was accord- 
ingly done. 

Upon the 6th October, it was concluded that a summons 
should be sent ashore, and, while the answer was coming, to 
put ourselves in the best posture wee could for landing ; but 
by that time the niesseuger was returned wee found the tides 
did not sute, and that it would be too lateto land that night. 
It was alsoe then agreed upon that the army should land at 
the north shore, at the place we after landed at ; that the 
small vessels, that had guns, should take in the ammunition, 
provision, field pièces, shovels, spades, and other necessarys 
for the souldiers, (that tide or the next they were to corne up 
to Charles river, that lyes by the town), that the ships boats 
should corne into the river to be helpfull to carry the souldiers 
over, and the souldiers to be ready by the river when they 
came, that so they might be helpful each to other, as there 
had been occasion ; that the field pièces should corne in those 
vessels to be landed on the other side the river ; it was alsoe 
agreed that, when wee were over the river, the men of warr 
were to sail up with the town, and when they perceived wee 
were upon the hill, especially if we then fired a house, they 
were then to land 200 men under their guns, and were to 
make a brisk and resolvite charge to enter the town ; alsoe 
agreed that Shute and others of the larger vessels that were 
not men of warr were to goe beyond the town, that enemy 
might think wehad another army to land there ; alsoe agreed 
that we should hâve two ministers and three chirurgeons 
ashore. 

Thèse things being thus agreed on, the next morning being 
the 7th October, wee attempted to land our men, but by a 
storm were prevented, few of the boats being able to row 
ahead, and found it would endanger our men and wet our 
armes ; at which time the vessel captain Savage was in went 
ashore, the tide fell, left them dry, the enemy came upon 



MAJOR WALLEY'S JOURNAL 39 

them, they manfiilly defeuded theinselves. I went aboard 
several vessels, and, though with some difficulty, caused 
some small vessels that liad guns to weigh, and sent some 
boats that. endeavoured to help them, or if no other way to 
bring off the meu, butthe weather and shoals were such they 
could do them noe good ; the enemy were awed by some guns 
from Sir William, that the shott flew among the thickest of 
them, alsoe by some guns from Capt. Eldridge. At the tides 
comiug in they floated and ail gott off safe. That night, aboard 
Sir William's ship, the French prisoners informed us of a 
place about two miles beyond the town, that would be more 
commodious for landing the army, which I then thought 
might be best, (but Capt. Davis saith since, we should not 
amend ourselves) but it was said the council of warr had 
determined the place, and wee had not time to call them 
together then, and it would be safest to attend order. 

The next day, being the 8th October, as soon as the bad 
weather was over, and the tides suited, wee landed our meu, 
which considering how farr many of our vessels were from 
the shore and the helps wee had, never more men were 
landed in less time ; but the flatts lay off soe we were forced 
to go into the water, some up to the knees and some near as 
high as their waists upou the flatts. I drew up the whole 
army, which consisted of between 12 and 1300 men, caused 
four companys to be drawu out as forlorns, though the 
grouiid would not admit the forloro and main battle to be 
for the one from the other ; this being done. I ordered the 
forlorns to advance and to march, at their open order, towarcls 
the upland, and by this time the tide was upon the ground 
wee stood on. The forlorn were no sooner advanced a few 
rods, before there was firiug from both sides ; upou oue wing 
some of our men saw the enemy in the bushes, and fired 
first, but upon the other wing, and in most places, the enemy 
had the first shot at us ; ai\d from a village, over a creek 
on our right wing, there was a party gauled us considerably ; 
upon the charge our ofificers and souldiers shewed courage 
and resolution enough, yet some having given an order to 
fire and fall off, but judging under the présent circumstances, 
ordered the whole body to shoot and run up at once, which 
they did with one consent, that it was hard to say which 



40 MAJOR WALLEY'S JOURNAL 

Company went up first or fastest; upon which the enemy 
having generally made a second shott, they gave way at once, 
and by the convenience of swamps and bushes, tliey liad an 
opportunity to run away and secure themselves, but yet in 
partys otit of every corner of a swamp or thicket they 
kept fîring upon us ; wee continued our chase and march 
towards the town, and killed some of the enemy as we went, 
Being informed that the enemy had fired at our men out 
of a barn and judging there were sonie in it, I ordered 
it to be fired ; we corne up with a house where was a hogs- 
head of claret sett at the door, and seeingoursouldiers gather 
a bout it, least it were poisoned, or might otherwise harm our 
men or hinder our march, I ordered the head to be knocked 
out ; drawing nearer the town and finding the army too much 
scattered and not knowing but wee might be met withall by a 
force from the town, I drew up a good part of our forces and 
marched on ; we continued our march until it was dark ; two 
thirds of the army took up their stand by a creek, where was 
a house and some other shelter, with the other part I advanced 
about a quarter of a mile, that we might the better secure 
the shoar and to see our vessels that were to come into the 
river ; there wee took up our quarters, placed our out-guards 
and seutinels and did what was necessary for securing our- 
selves and taking notice of the motion of the enemy; wee 
then took the advantage of the house, barn, hay and straw, 
that those that were not upon duty might keep themselves 
as warm as they could. 

Making enquiry what damage wee had received from the 
enemy, or done to them, found wee had not above four killed 
outrightat our landing, nor less than 60 officers and souldiers 
wounded, and it was judged we had killed 20, some say 30, 
of the enemy, and since hâve been informed their hospital is 
full of wounded men, and it is said they had not less than 
7 or 800 men that lay undiscovered to take the advantage 
at our landing ; ail things considered, it was a great mercy 
wee had no more damage done us. 

The same evening, having information of a Frenchman 
that had surrendered himself and was with the other part of 
the army, I sent for him and strictly examined him, seve- 
rely threatned him if I caught him in a lye, told him wee had 



MAJOR WALLEYS JOURNAL 41 

taken other Frencli prisoners, aud if he told us any thiDg 
that was false wee should soon find it. He told us we should 
eut him in pièces if he told us any thing but what was 
truth ; he informed that there were about 600 men that 
were in the swamp at our coming ashore, that there was a 
captain and other officers killed, besides others that he saw, 
that the French had 9U0 men from the town, more, upon 
their march toward us, that they -were over the river, but 
seeing we had landed our men soe suddenly and beaten the 
French off the ground, and were marching towards the town, 
that they retreated, marcht back to the town, or at least to 
the other side of the river. 

He said the Earl of Frontenack was come down, the 
governor of Mount Eoyal and the Intendant ; that a great 
many souldiers came into Cabeck on the thursday before, 
a great many with the governor upon friday, and more with 
the governor of Mount Royal on saturday, and many since. 
He alsoe said he was a souldier of Mount Eoyal that had run 
away, and that they were seeking after him (which wee after 
found true). He alsoe said, he came by the information by a 
Mount Royal soldier,that he had mett withal, which acquainted 
him they had lost but 50 souldiers at Mount Royal, and added, 
that he had heard some French officers, at the next house to 
that wee then were at, say, that they had not less than 3,000 
men in the town ; he also said, that at the most convenient 
place of the souldiers goeiug over they had planted 8 guns. 
Ail which, afterwards, we had confirmed. That others might 
not be discouraged, wee told him he was sent by the enemy to 
tell us a parcel of bes, but he said he had told us nothing 
but what we shpuld find true. 

After this, I sent for the rest of the forces to come over 
that wee might not be too much scattered, and sent for the 
majors and captains, and such as belonged to the council of 
warr, to consider and conclude what was faither to be done ; 
after some discourse, it was concluded by the whole, that, for 
as much as the vessels were not come up the river with our 
supplyes of provision, am munition, and other necessaries, 
neither the boats for transporting our men, that, as matters 
were thus circumstanced, wee were not in a capacity to 
advance, but hoped the vessels would be in with the tide, 



42 iMAJOR WALLEY'S JOURNAL 

that was before day, and that if they came, wee would 
be ready to be helpfull to défend them, as we expected help 
from them ; but the winds prevented their coming, as the 
m asters after said. 

Before day, contrary to order, and without my knowledge 
they landed the six field pièces, at the point near which the 
army lay, which greatly clogg'd us, and would hâve made our 
passidge over the river very dithcult. In the evening wee see 
Captain Gilbert, weigh anchor, and the ships of warr sail up 
to the town, and the several ships plying their guns upon 
the town, and the town upon tbem, with utmost diUgence ; 
but the reason of their going before the land army were over 
the river, we understood not till afterwards. The cold of the 
night and our souldiers not having opportuuity to dry them- 
selves until the next day, proved very prejuditiall to them. 

Upon the 9th of October, Sir William's ship returned from 
the town, being, as wee were informed, very niuch disinabled, 
having been very smartly engaged with the town ; alsoe were 
informed, that the m en of warr had not povvder enough left 
for two rounds a pièce ; but, however, supposing they had 
secured and would supply us with what was promised, and 
reckoniug it was aboard the small vessels that were to come 
into the river, we still expected their commg in, and that day 
advanced nearer the town, where wee had better shelter for 
the men, and a better place for our defence, where we placed 
out our guards, and put ourselves in the best posture we 
could to défend ourselves and offend our enemies, if they had 
come upon us ; sent out partys to gain intelligence and 
make discovery and what provision come witliin our reach 
was killed for the use of the army ; our provisions being so 
much in the masters of the vessels power, and not in the 
commissary gênerais order and dispose, proved a great 
damidge, by reason hereof, some souldiers were provided for 
and others wanted, and ail the rum that could ba procured to 
refresh the souldiers, was only about 60 gallous, which was 
spared from Sir William's ship, the rest either had it not, or 
would not own they had. 

Our souldiers dried themselves, gott what refreshment they 
could and hoped the vessels might come in the evening tide, 
wee seeîng more and more need of them, being more and 



MAJOR AVALLEY'S JOURNAL 43 

more sensible of the enemies strength and our own meu, 
many, growing sick and uniitt for service. But the vessels 
not comiug, we stood upon our guard that night, but found 
it exceeding cold, it freezing that night soe that the next 
morning the ice would bear a man. That- night I ealled a 
council, demanded their opinion what was to be done, for it 
would be to no purpose to lye there ; one in behalf of sundry 
others said that they had been together considering thereof, 
and that for as much as we had not suitable supplys of pro- 
visions ashore, little or no ammunition to recruit if there 
shoiûd be occasion, that our inen were, many, sick and 
wearied, that they had the difi&cultys of the river to deal 
with, neither boats nor vessels to help us in our going over, 
that we had eight great guns and 1000 men at the river side 
that were ready for us, after that, a steep bank and narrow 
passage to win, up or through which wee should not hâve been 
able to hâve carried our great guns, neither could wee bave 
carried them over, where wee might hâve had theni for use, 
wdthout the help of our boats or vessels, after ail this a well 
fortified town with three times our number of men within to 
encounter with, having but one chirurgeon ashore, though 
three were ordered, the increasing cold weather, the enemy 
being capable and had a fair opportunity, had we gone over, by 
reason of their men on our backs and guns by Charles river, 
to eut off ail supplys and preventing our sending off soe much 
as a wounded man ; after some discourse on thèse matters it 
was concluded, as I uuderstood, by the whole, that I should 
goe on board that morning to Sir William and acquaint him 
with our difficultys and disappointments, and that it was 
their agreement, if he were wiUing, that the army should get 
aboard that night or before day, and that they should rest 
and refresh themselves a day or two, and if they found they 
had ammunition suitable, they were ready to land at any 
other place, or under the guns at the town, if the counsel 
should soe conclude ; there was that day two men to each 
gun sent ashore, a barrel of powder for the great guns and 
half a barrel besides, and 100 wt, of bullets or something 
more. 

The lOth, before noon, I went aboard to Sir William, 
acquainted him how matters went ashore, and of the 



44 MAJOR walley's journal 

désire and conclusion of the ofïicers ; he said he conld 
a been glad we had been capable to liave proceeded, but 
consented to their coming aboard, and said the boats should 
be sent ashore before day ; after I had been aboard a while, 
wee heard guns goe off ashore and perceived our out-guards 
were charged by the ennemy, I was going off, but, perceiving 
it was soon over, staid a while, and in' the afternoon went 
ashore again, found our guards and some scouts had been 
engaged by the enemy. Major Savage sent reliefs as was 
necessary, but being informed that the enemy might be 1000 
men over the river, he sent capt Corwin with orders that the 
souldiers should inake an orderly retreat, for if the enemy 
were numerous it were better to prépare to meet them in 
the plain fields than among the swamps ; wee had 4 men 
wounded, one died of his wounds, and, through haste in the 
retreat, a small drummer left his drum behind him ; they 
did considérable damage to the enemy, but could not give a 
certain and particular account thereof, they fired several 
houses and barns and returned, but the enemy see no cause 
to folio w them. 

That night wee kept a very strong and strict watch, 1 
acquainted the souldiers of their coming aboard ; after mid- 
night several of the commanders desired we might remove 
our army nearer to the place where we were to goe off, 
accordingly weesilently marched off the ground, carryed back 
over guns ; when I had taken care that wee had left none 
behind. I went to the place where they were ordered to 
march, found our souldiers too many of them upon the beach 
ready to goe off if there had been an opportunity. I caused 
them to be drawn up upon the upland adjoining, and put 
them in a posture for service if they had been attacked by the 
enemy, for wee were within sight and hearing of the town. 
Before day the boats began to row ashore, but soe many of 
our men drew off without orders, that they might be ready 
to get in with the first, I, foreseeing the confusion that was 
like to be, and perceiving there would not be time before it 
was light to get ail off, I sent the boats ail away and would 
not let any goe off at that time. 

The llth day, being soe near as to hear them calling 
one to another at the town, their drumming and ringing 



MAJOK WALLEY's JOURNAL 45 

before day, and other noises in the woods, that wee had reason 
to thinke they intended that day to corne out against us wilh 
their whole strength ; in the morning they fired several great 
giins at lis but did us no harm, our meu ail that day stand- 
ing to their arms, drums beating, colours flying, fair in sight 
of the town ; we saw several of the enemy uot far from us 
and niany on the other side of the river besides what was in 
the town ; it is said that Capt Davis ^ reckoned what they 
had in the town and that alarraed us and guarded their 
shoais, they were more than 4,000 men ; they sent out 7 or 
800 fresh men dayly to alarm us and to watch our motions. 
Designingto goe off that night, and there being like to be a good 
opportunity, I called several of the officers and acquainted 
them that I was designed to send three parties qfsouldiers to 
beat up the swauips that were round us, and beat off thèse 
spies that we had reason to judge lay near us ; accordingly 
ordered three IG files to be detached out of the several 
companies, and sent them out coinmanded by Capt. Barnet 
and Capt. Minot, and that party that was sent upon our 
right wiug were soon engaged ; sent Capt. March forthwith, 
who had a good company, and they then soon made the 
enemy give back, but they continued firing briskly at each 
other ; I sent out several companys to relie ve them in the 
mean time not knowing but this party niight hâve been sent 
to occasion the drawing off a great part of our forces, and 
they might hâve a greater strength near us, wherefore I sent 
out to make discovery, and stood ready with the rest of the 
army to fight them if they had come up with us. The souldiers 
were ordered to keep firing at the enemy, in and about the 
swamps near us and where they saw the enemy until it was 
dark, which accordingly they did. 

It then growing near night, I ordered the sick men to be 
carried aboard, which might be doue by day light, because 
two or three boats might goe off well enough unsuspected. 
•That day, Alexander Smart came ashore with a commission 
to be master gunner, and had 52 seamen under bis command 
for to attend the giins. A little before night, I called him, 
and acquainted him that the army was to goe off that night, 

I — Davis was then a prisoner at Cabeck, taken at Casco Bay. 



46 MAJOR walley's journal 

and gave liim a charge abc ut the guns, in particular ordered 
tliat thiee guns should goe off bsfore any nien went, or with 
the first, the other should be let alone to the last, and kept 
for to défend the soldiers if there liad been occasion, and to 
be pnt aboard the hist boats, which might be soon done ; he 
made me answer, that though he was the last man aboard, he 
would see ail the guns off'; I partcd with him then, and ne ver 
see him afterwards that I knew of ; I then acquainted 
Major Savage and other oiticers, that we wonld draw off" 
half each régiment at a tiine, and he should draM- off'half his 
régiment first, and ordei-ed that those that went in the first 
boats should be helpful to drawti down those three gnns 
that were to goe first alioard, wdiich they did, and concluded 
they were go'ne aboard. 

It growing very dark, notwitstanding I had ordered the 
officers to kei.'p the souldiers to their arms, many precipitately 
and disoi'derly drew down to the beach, four times more than 
had leave, and a very great noise was made, which I was 
much troubled at, and was willing to go down to see if I 
could still them ; 1 called to Major Ward, ordered him he 
should do what he could to keep the souldiers to their arms, 
and not to move without order, which he soon found too 
hard for him to doe ; I ordered some souldiers to keep the rest 
from crowding down until those were gone off" that were 
upon the flats ; I called to thera to be silent, but either of 
thèse were little regarded, for the crowd and noise both 
increased ; the seamen calling ont for such souldiers as 
belonged to their vessels, and the souldiers for such boats as 
came from the vessels they belonged to, hundreds in the 
water up to the knees and higher, pressing into boats, the 
seamen and they contending, by reason whereof I see boats 
were like to be five times longer a loading than they needed ; 
I saw a necessity of my going off' to the boats, went aboard 
a small boat 'oelonging to Mr. Winser, commanded silence, 
ordered the boats to take the men in, as they came and to 
carry them to the first vessels they came at, which was not 
minded by many, butas I was forced to goe from boat to boat 
and see it done, for otherways sonie of the seamen would 
throw the souldiers overboard if tliey did not belong to them, 



MAJOR WALLEY's JOURNAL 47 

or the souldieis M'onld hâve pressed iuto boats to bave sunk 
tbem. 

After my being at the point not less thau three bours, the 
men were most off, and everything still quiet, the boats were 
ail gone, I began to think, because I see iione a coming they 
thought the men were ail off, I questioned how many men 
were npon the point, sonie said 150, we judged about 100 or 
120 ; I told tbem 1 wonld see if any boats were coming, 
ro^^■ed off and heard several boats rowiug, went to tbem and 
ordered tbem to hasten to the shoar. And though I thought 
there might be enough to take off ail the men, yet they 
should rather bave toomany than want, I told tbem I would 
go to the next vessels that had boats aboard and send tbem 
away, which I did with ail speed. Being now well satisfied 
our men were safe off, I went on board Sir William's sbip, 
I acqnainted hoM- matters were, told him I hoped the guns 
were off, fur did not see tbem when I came away ; be made 
answer, be questioned, for the master gunner had been aboard 
long before, and could not give account they were off", imme- 
diately came one of the guimers aboard, with a gun, and said 
that the guns were ail off. I then being satisfied that both 
men and guns were ail off', I went to my cabbin, to take my 
rest, having had but little for three days and nights before. 
Sûon after Mr. Dearing came aboard, who came off in the 
last parcel of boats, and acquainted some of the ofticers and 
divers others, that there was five of the guns ashore, that 
they had been under water, but appeared when be came 
away ; they did not acquaint Sir William nor myself of it, 
until the next morning, for wee had come off undiscovered, 
and there was four or five hours time that they might been 
easily and safely fetcht, but that was neglected ; they sent 
in the morning, but then it was too late. 

The 12th day a council was called, several, but not ail 
the commanders aboard ; they discoursed of landing at 
the town, or at Orléans, many of the ofiicers declared that 
many of their men were sick and unfit for service ; however, 
it was agreed that the men should bave a day or two's time 
to refresh themselves, and to inquire what capacity wee were 
in for a further attempt, and some time should be spent on 
monday in prayer, to seek God's direction ; but the weather 



48 MAJOR walley's journal 

prevented onr meeting, and wee necessitated to weigh and 
fall down to Orléans ; many vessels drove frbm their anchors, 
and were in danger of being drove on upon tlie town. 

We theu sent ashore about our captives, but winds and 
weather after proved such, as wee had never opportunity to 
corne together, but the whole fleet were scattered, and such 
exceeding hard cold and windy weather sett in for three 
weeks or a month together, as I never was in so mnch 
together. <• 

This narrative given into the Honourable Council of the 
Massachusetts, this 27th November, 169G. 







The land ariny's failing, the enemy's too timely intelUgence, 
lyeing three weeks within three days sail of the place, by 
reason whereof they had opportunity to briug in the whole 
strength of their country, the shortness of our ammunition, 
our late setting out, our long passidge, and many sick in the 
army, thèse may be reckoned as some of the reasons of our 
disappointment. 

Some question our courage, that wee proceeded no further ; 
as things were circumstanced, others would hâve questioned 
our prudence, if wee had ; were it a fault, it was the act of a 
council of warr ; we must undergoe the censures of many : In 
the mean time, our consciences doe not accuse us neither are 
we most, yea almost ail of us, afraid or ashamed to answer 
our actions, before any that can or shall call us to an account 
for the sanie, nor unwilling to give any farther satisfaction to 
any reasonable men that shall désire it. 

John Walley. 

Boston, the 27th Nov. 1690 {Ith December, 1690.) 



RELATION DU MAJOR THOMAS SAVAGE 49 

RELATIOX DU MAJOR THOMAS SAVAGE 



Massachusetts Historical Collections, Vol. 13, i:>afje 256. — HyatCs 

Photographie Reprints — Lonâon : — Savage s Account of 

Neio-Englanders against Canada, pages 1, 3, 4, 5, 11 c& 12. 



An account of the late action of the Ne\v-En<îlanders uncler the 
command of Sir William Phips against the P'rencli at Canada — 
sent in a Letter froiu Major Thomas Savage of Boston in New- 
England, (who was présent at the action) to his brother Mr 
Ferez Savage in London. 

Boston, Feb. 2, 1690-91. 1 
Loving brother, 

As for news, liere is very little, only about our defeatineut 
at Canada ; and least some ill tongue shonld abuse auy with 
you, this will give you a brief narrative of it. We went 
from Boston, thirty-two ships and other ATssels with about 
2000 men, with four montns provision and animunition, little 
enougb, but had not one man for a pilot. When we came 
to the river, (which we had a hundred leagues to go up, before 
we came into the river, which was the occasionof our having 
a long passage, but at length we got up to it ; ) a council was 
call'd, to think what was bestto be done. It was agreed, thatthe 
soldiers should be put ashore upon a beach about two miles 
from the towu, and to get as near the town as we could, and 
to encamp that night, for there was a river between us and 
the town, that was knee deep at low water, which we were 
to go over to the town : and in the night they were to send 
in some small vessels that had guns, with ammunition and 
provision for us, aud to bring our field-pieces ashore with 
them, to secure our passage over the river ; and when 
we were over the river, then the four great ships should 
fall upon the town to batter it. Accordingly we landed, I 
being the first field-officer ashore. We landed about 1200 



(1 Cette double date s'explique jjar le fait qu'en Angleterre, 
jusqu'à 1752, l'année commençait le 25 mars. 



50 RELATION DU MAJOR THOMAS SAVAGE 

men, and as soon as we came ashore, at the side of the 
beacb, was a swaiiip, a bog overgrown witb wood, where lay 
an ambuscade of about 600 Frencb wbo gall'd iis at our 
landing, but our men, running very briskly ou them, beat up 
tbeir ambuscade, and followed tbem a great way ; ail our 
men in their landing waded some up to tbeir middle, noue 
less than to tbeir knees. By tbat we bad rallied ihesun was 
near set ; so we marched about balf a mile from tbe river, and 
so encamped. Our men had spent tbe greatest part of our 
ammunition in tbis skirmisb, baving taken asbore witb them 
about tbree quarters of a pound of powder a man, and about 
lifteen or eigbteen sbots, and but two biskets a man ; and 
the reason wby tbey carried no more was because the small 
vessels were to carry it into tbe river tbat nigbt. We bad 
in tbis skirmisb about five men kiUed outright, and about 
twenty men M'ounded. About midnigbt tbey sent us asbore 
six field-pieces, about «500 pounds a ])iece, which we could 
not tell what to do witb, it being amaisby place, and several 
small gulbes to go over. We sentaboard for ammunition and 
provision, but tbey sent us balf a barrel of powder which 
what tbat was you may judge amongst near 1200 men, and 
sent no provision. We were no sooner ingaged at our coming 
asbore, but contrary to orders, tbose four ships of war, as 
tbey called tbem, wayed their ancbors, and fell to battering 
the town at random, and there spent the greatest paît of their 
ammunition by tbat time tbey got back ; tbe admirai being, 
as tbey say, forced to leave tbeir best cable and ancbor behind 
bim and get back again. We met witb several skirmishes 
from the enemy wbile we were ashore, but we received little 
hurt. We bad some tbat we took informed us tbat if we 
bad come but four days sooner tbey had not above 600 men 
in town, but being so long in tbe river before we got up, tbey 
laad notice of us, and had sent for ail tbeir strength thither, 
so tbat there was now in the town 3000 men, and eight 
hundred tbat were near us in swamps and woods, to keep us 
continually alaft'med. But sending aboard often to see to get 
some victuals, for we could meet witb little ashore, the 
enemy baving drove tbeir cattle into tbe woods, tbey at 
leught sent us Word tbat tbey had no more ammunition to 
spare, but sent us a bisket cake a man, and ordered tbat we 
should come aboard again, (for tbey uuderstood that was not 



RELATION DU MAJOR THOMAS SAVAGE 51 

-a good place to set upon the town, being a very strong place, 
walled ail round, aud a batteiy of guns at oiir coming over 
the river,) and did send fifty seamen to look after the six 
field-pieces. At night we began to go on board, and I, with 
my régiment, was to go aboard first, by the Lieutenant- 
General's order, because we were ashore first. We did so, 
and got well aboard, and by twelve of the clock were ail 
aboard. But how it came to pass I know uot, but some say 
it was ihe Lieutenant-General's fault, but I rather think the 
seamen's, that was to look after the guns, but there was ftve 
of the field-pieces left on shore. Aud then when ail was on 
board, because provisions was scarce, we thought good to 
make the best of our way back again. So that we are ail 
well arrived, only two vessels cast away, uine of the men 
lost, one ship burnt but saved ail the meu and four vessels 
not yet corne in, whoin M'e believe are beat off the coast. ^^^ 

You will withoutdoubt hear uiauy retiections upon Lieute- 
nant-General Walley: but ha is not guilty of what they 
charge him with; but there are some who to make them- 
selves faultless lay the fault upou hiui, which raight be 
«asily evinced to a rational man. 

We killed of the Frenchat our coming ashore above thirty, 
as some, who hâve made a computation of what they saw in 
several places lay dead, say. We lay not far from the shore, 
and the General sent his boat ashore with an old french 
woman to treat about change of prisoners which we did, 
and changed 17 we had taken, ^ for 17 english prisoners that 
had been with them a pretty while. Our prisoners inforined 
us of the truth of the quantity of men in the town, as is 
aboVe ; and that if we had gone over the river, we had cer- 
tainly been distroyed ; so that I look there was a Providence 
of God in it ; yet if they had send ammunition and provision 
we had certainly been with them. 



^OTttf^ -^az^^ifi. 



1 — Feb. 2. 1691, — 5 or 6 weeks after the fleet to Boston, 

2 — Amongst whom was Mr. Peter, an old experienced officer, 

latel}^ turned priest and has been formerly in Boston and well 

acquainted with the New-Englanders. 



52 RELATION DU MAJOR THOMAS SAVAGE 

By other letters from New-Englmcd are thèse farther 
particulars, that the fieet, for want of pilots, was niiie weeks 
getting to Queheck, and that they landed about 1200 men, 
maiiy aboard being sick of the small pox and feaver : that at 
the time they landed, the French had net above five or six 
hundred men in the town ; but wheu they beat up their 
ambush, and forced the French to retreat towards the town, 
had OUI men pursned theni, they might hâve entered the town 
with them, and made themselves masters thereof; which 
miscarriage is attributed to the unskilfuhiess, if not coM-ardise, 
of their ofîicers. The men that were Janded endured gi-eat 
hardships ai^hore, it being very cold weather, and they had 
nothing but the ground for their lodging, without any shelter 
or covering. Sir William kept firing against the town, or, 
as some write, the rocks of Queheck, till he had spent ahnost 
ail his ammunition, and then slip his cable and fell down, 
and the other vessels followed; they anchored below the 
Island Orléans, and were by stress of weather forced out of 
the river to sea and dispersed. Some vessels by sickness 
were very much disabled, and those that arrived lost some 
half, and others more, of their men. In their return one of 
their fire-ships was burnt by accident, and twelve men lost ; 
two other vessels cast away, but the men saved ; and the last 
vessels that sailed in February past from Neiv-England say, 
that four of the fleet was then arrived, nor any news of them, 
in which were about three hundred men, supposed to be cast 
away, having been about three months missing. After the 
return of the vessels, many men died of the distemper which 
has infected the inhabitants, spreads and proves very mortal 
amongst them. 

This expédition has brought the Colony of the Massachu- 
setts Bay above 50,000 l. in debt, for payment whereof the 
General Court hath laid grievous taxes upon the inhabitants, 
which they force from those who refuse to pay. And for the 
satisfying the clamours of the soldiers and sailors, of whom 
most were pressed and sent in this service, they, upon the 
return of their ships from Canada, made a law, dated at 
Boston the tenth of December 1690, ordering a committee of 
five persons, three whereof should be impowered for granting 
forth printed bills (none to be under 5 s. nor exceeding the 



RELATION DU BARON DE LA HONTAN 53 

summ of 5 l. in one bill) by which some of the soldiers and 
seamen are paid, and the colony is tliereby engaged to satisfie 
the value of the said bills, as the treasury shall be enabled. 
But they will not pass in trade between man and man, nor 
can thèse poor soldiers and seamen get anything for them to 
above half their value, they being only nsed to pay rates 
with. 



KELATIOX DU BAROX DE LA HOXTAX 



Voyages du baron de La Hontan dans r Amérique Septentrionale. — 
Lettre XXitme du tome 11^ pages 135 à 151 inclusivement. 

Monsieur, 

Vous êtes fort éloigné, je m'imagine, de me croire à La 
Eochelle ; j'y suis pourtant, et vous saurez, par la relation 
suivante, quel bon vent m'a jeté dans ce port, après lequel 
j'aspire depuis si longtemps et dont je me croyais bien reculé. 
Lisez donc ; c'est un récit de ce qui s'est passé en Canada 
depuis ma dernière lettre. 

Vers le milieu d'octobre il arriva à Montréal un canot qui 
par ordre du major de Québec rôdait du côté des ennemis. 
Ces navigateurs rapportèrent qu'ils avaient découvert proche 
de Tadoussac une flotte anglaise forte de trente-quatre voiles. 
Imaginez-vous si cet avis nous mit tous alertes et princi- 
palement notre gouverneur-général, qui, d'ailleurs, n'est rien 
moins qu'endormi. Ce seigneur fit promptement embarquer 
toutes les troupes dans des bateaux et dans des canots avec 
ordre de faire toute la diligence possible, car le mal était 
pressant et l'on ne pouvait arriver trop tôt. Monsieur de 
Frontenac enjoignit de plus à Monsieur de Callières de faire 
descendre autant d'habitants qu'il s'en trouverait de bonne 
volonté, après quoi il se jeta dans son brigantin dont il maudit 
bien la pesanteur. On n'épargna pas l'éperon à cette monture, 
on pressa fortement la manoeuvre ; on allait également nuit 
et jour dans la nécessité qu'il y avait de devancer l'ennemi. 



54 RELATION DU BARON DE LA HONTAN 

Enfin, nous employâmes si bien le temps que nous arrivâmes 
à Québec le troisième jour de navigation. 

Quand on eut mis pied à terre, Monsieur de Frontenac oublia 
la fatigue du voyage et ne pensa qu'à prendre ses précau- 
tions : il visita tous les postes et fit fortifier les plus faibles. 
Notre artillerie n'était pas. extrêmement formidable ; douze 
pièces de gros canon en faisaient le capital, ce qui était bien 
peu de chose pour un Québec. Nous n'étions pas mieux 
pourvus de munitions; mais le gouverneur économisa pru- 
demment sa faiblesse ; il proportionna ses batteries et il 
dispensa tout si à propos qu'il n'eut plus aucune inquiétude 
et qu'il parut dans entière confiance d'anéantir tous les efforts 
des Anglais. 

Cependant il est certain que la colonie avait couru le 
dernier péril et c'en était fait de la Nouvelle-France si les 
ennemis avaient su profiter de l'occasion. Figurez-vous, 
monsieur, qu'avant notre retour de Montréal, Québec était 
ouvert de tous côtés et qu'il n'y avait pas deux cents Français 
dans la ville. Si donc les Anglais avaient fait leur descente 
avant notre arrivée, voire deux jours après, ils auraient infail- 
liblement emporté cette capitale, même sans coup férir. 

Mais le bon génie de la France aveugla ces messieurs. Au 
lieu de venir à toutes voiles devant Québec ils perdirent trois 
jours à un mouillage, à deux lieues de la place, vers la poiute 
de l'Isle d'Orléans. Là, le commandant tenait de fréquents 
conseils de guerre avec les capitaines et les autres officiers de 
sa flotte, et, à mesure qu'il se rompaient la tête à délibérer et 
à chercher les moyens les plus abrégés pour faire une si belle 
conquête, cette conquête leur échappait. 

Car, profitant de leur lenteur, nous travaillions sans relâche 
à nous mettre hors d'insulte et pendant qu'ils consumaient 
en vaines séances un temps qui devait leur être si cher, nos 
milices et nos sauvages arrivaient de tous côtés ; si bien que 
la précaution même dont ils usaient pour nous mieux attaquer 
nous fournissait les moyens de nous bien défendre. 

Enfin nos Anglais ayant eu le bonheur de convenir sur la 
manière d'exécuter leur grand projet,leur commandant, nommé 
Sir WiUiam Phips, fait partir de son bord une chaloupe 
portant pavillon français à son avant : elle s'approcha de la 
ville et avertit par le son d'une trompette qu'elle voulait 



RELATION DU BARON DE LA HONTAN 55 

parler. Aussitôt M. de Frontenac envoie à sa rencontre une 
autre chaloupe avec un officier français pour écouter les pro- 
positions. La chaloupe ennemie portait un major anglais 
qui demanda s'il ne lui serait pas permis de rendre en main 
propre au gouverneur du Canada une lettre de la part du 
commandant de la flotte. Notre officier lui ayant répondu 
que la chose était faisable pourvu qu'il voulût souffrir qu'on 
lui bandât les yeux, il accepte la condition et se met dans la 
chaloupe française. On le conduisit en cet équipage de Colin 
Maillard jusque dans la salle de Monsieur le Comte de Fron- 
tenac où on lui rendit l'usage des yeux. Après avoir salué 
notre gouverneur il lui présenta une lettre écrite en anglais 
et dont voici la traduction : 

" Moi, Chevalier William Phips, commandant par mer et 
par terre les forces de la Nouvelle-Angleterre, au Comte de 
Frontenac, gouverneur-général de Québec, au nom de Guil- 
laume III et de Marie, Roi et Reine d'Angleterre et parleurs 
ordres, je viens pour me rendre maître de ce pays. Mais, 
comme je n'ai rien tant à cœur que d'éviter l'effusion du sang, 
je demande que vous ayie;^ à me rendre vos villes, châteaux, 
forteresses, bourgades et vos personnes à ma discrétion, vous 
assurant toutes sortes de bon traitement, douceur et humanité. 
Que si vous n'acceptez cette proposition sans aucune restric- 
tion, je tâcherai par le secours du ciel auquel je me conhe et 
par la force de mes armes d'en faire la conquête. J'attends 
une réponse positive par écrit dans une heure, en vous 
avertissant que je ne serai point d'humeur d'entrer en accom- 
modement dès que j'aurai commencé les hostilités." 

(Signé) William Phips. 

Cette lettre qui était apparemment le résultat de tant de 
délibérations et de conseils parut plus turque qu'anglaise et 
l'on ne reconnut point dans cette sommation les honnêtes 
formalités que l'on observe en pareil cas dans notre Europe. 
Aussi Monsieur de Frontenac n'eut pas plus tôt entendu l'in- 
terprétation de ce compliment qu'il en fut indigné et se 
tournant vers son capitaine des gardes il lui commanda froi- 
dement de faire planter une potence devant le Fort pour 
donner paiement au porteur de la lettre. Je ne sais si ce 
major anglais entendait notre langue, mais du moins savait-il 



56 RELATION DU BARON DE LA HONTAN 

ce que c'est qu'un gibet, car à peine monsieur le gouverneur, 
terrible par son air menaçant et ce grand nombre d'ofl&ciers 
qui l'environnaient, à peine dis-je, eut-il prononcé l'arrêt que 
le major pâlit et toute la compagnie crut qu'il allait tomber 
en faiblesse. Il avait grand'raison de s'effrayer ; Monsieur 
de Frontenac parlait fort sérieusement, et si i'Evêque et 
l'Intendant n'avaient intercédé puissamment en faveur de 
l'étranger on l'aurait effectivement pendu. Entre vous et 
moi, je trouve que le gouverneur allait un peu bien vite en 
besogne. Il prétendait que cette flotte devait être regardée 
comme un assemblage de forbans, de corsaires, de gens sans 
aveu, puisque le roi d'Angleterre était en France ; mais il 
aurait dû, ce me semble, avoir plus d'égard pour toute une 
grande nation qui a jugé à propos de changer de maître ; 
d'ailleurs le major était innocent, il était venu sur la parole 
du gouverneur et celui-ci nous exposait tous à une funeste 
représaille. Je ne doute point que les deux intercesseurs 
n'appuyassent beaucoup sur ces raisons. Quoi qu'il en soit. 
Monsieur de Frontenac mit de l'eau dans son vin et dit d'un 
ton ferme, mais assez rassis, à l'officier anglais : 

" Allez rapporter de ma part au chef de votre piraterie que 
je l'attends de pied ferme et que je me défendrai beaucoup 
mieux qu'il ne m'attaquera. Au reste, je ne connais point 
d'autre roi d'Angleterre que Jacques Second, et puisque 
vous êtes ses sujets révoltés je ne vous regarde que comme 
de misérables corsaires dont je ne crains ni les forces ni les 
menaces, mais que je souhaiterais pouvoir châtier comme 
vous le méritez." 

N'était-ce pas là payer une rodomontade par une autre ? 
Pour comble de mépris Monsieur de Frontenac finissant sa 
réponse jette la lettre de l'amiral au nez du major et lui tourne 
le dos. Alors l'infortuné messager qui, à ce que je crois, pestait 
bien tout bas contre la commission et qui aurait voulu être 
bien loin, tira sa montre et la portant à l'œil, il eut assez de 
courage pour demander à notre gouverneur si, avant que 
l'heure fut passée, il ne voulait pas le charger d'une réponse 
par écrit. Mais Monsieur de Frontenac se retournant et 
lançant sur son homme des œillades assommantes : 

" Votre commandant, dit-il, ne mérite pas que je me donne 
tant de peine et je répondrai à son compliment par la bouche 
du mousquet et du canon." 



RELATION I)U BARON DE LA HONTAN 57 

Le gouverneur ayant fait signe en se retirant qu'on 
ramenât l'officier anglais, il fut reconduit à sa chaloupe avec 
la même cérémonie qu'on avait pratiquée en l'emmenant, 
c'est-à-dire qu'on lui banda les yeux ; mais lui, trop heureux 
de se voir hors de nos mains, s'en retourna à toutes rames 
vers ses gens, et je suis sûr que l'idée de la potence lui tint 
bonne compagnie pendant quelque temps. 

Monsieur William Phips voyant qu'on avait pris son 
ambassade en si mauvaise part, résolut d'effectuer ses menaces. 
Il commença dès le lendemain à faire débarquer ses troupes^ 
Sur les deux heures après-midi, soixante chaloupes apportèrent 
sur le sable mille ou douze cents hommes à l'opposite de 
risle d'Orléans, à une lieue et demie au-dessous de Québec. 
Ces premières troujjes restèrent là tranquillement jusqu'au 
retour des chaloupes qui revinrent quelques heures après 
avec la même charge et cela se fit jusqu'à trois fois sans qu'il 
nous fût possible de traverser ces débarquements. Toute la 
précaution que le gouverneur-général put prendre ce fut 
d'envoyer au plus vite cinquante oiiiciers, deux cents cou- 
reurs de bois et tout ce qu'on put rassembler de nos sauvages. 
Nous marchâmes à grands pas vers l'endroit où les ennemis 
s'assemblaient et nous nous avançâmes jusqu'à demi-lieue de 
ce corps de troupes. Comme la partie était trop inégale 
pour se battre à découvert on fut obligé de recourir à la 
méthode des sauvages, c'est-à-dire d'attaquer vaillamment 
par finesse et par embuscades. 

Le lieu où nous nous arrêtâmes ne pouvait être plus pro- 
pre pour exécuter cette noble manière de combattre ; c'était 
un bois taillis couvert de broussailles fort épaisses, et qui 
avait un quart de lieue de traverse. Nous étant donc séparés 
par pelotons, nous nous cachâmes si bien qu'il était impos- 
sible de nous apercevoir. Les Anglais qui ne se défiaient de 
rien entrèrent dans le bois et comptaient bien de le passer 
sans obstacle ; mais ils ne furent pas plutôt à notre portée 
que nous levant tous à la fois nous fîmes tomber sur eux 
une grêle de mousqueterie qui éclaircit leurs rangs. La sur- 
prise et l'étonnement ne les empêchèrent pas de faire leurs 
décharges à leur tour ; mais au moment que nous les voyions 
prêts à tirer nous mettions ventre à terre et par là nous nous 
garantissions de leur feu. Mais enfin nous étant relevés une 



58 RELATION DU BARON DE LA HONTAN 

bonne fois et courant ça et là par bandes et par pelotons, faisant 
sans cesse nos décharges, nons leur causâmes tant d'embarras- 
qu'au lieu qu'ils marchaient vers la ville en bon ordre, tam- 
bour battant et drapeaux déployés, ils commencèrent à perdre 
la tramontane. Ce qui les dérangea le plus, ce fut lorsqu'ils 
aperçurent nos sauvages. Les Anglais oublièrent alors tout 
ce qui s'appelle discipline ; le désordre et la confusion 
se mettent parmi eux ; on ne voit plus aucune forme de 
bataillons, de régiments, de compagnies. Ils courent tous 
pêle-mêle chacun tâchant à se sauver le premier et mettre 
tous ses camarades derrière soi, tous criant à plein gosier : 
Indians ! Indians ! Si bien qu'il nous fut aisé d'en tuer un 
bon nombre et à bon marché. Nous comptâmes environ 
trois cents des ennemis restés sur la place, sans avoir perdu 
de notre côté que quatre officiers, dix coureurs de bois et 
deux sauvages. 

Le lendemain ces messieurs voulurent avoir leur tour et 
l'apparence était de leur côté, car outre qu'ils se tenaient sur 
leurs gardes contre l'embuscade, ils faisaient marcher avec 
eux quatre pièces de canon de bronze montées sur des affûts 
de campagne. Il nous en fallut donc découdre tout de bon ; 
mais comme nous étions beaucoup plus forts que le jour pré- 
cédent nous ne fûmes pas moins heureux. Ce n'est pas que 
les Anglais manquassent de courage : on peut dire même 
que dans cette occasion-là ils se battirent en fort braves gens. 
Mais comme ce n'étaient que des hommes ramassés et nulle- 
ment instruits au métier de la guerre, ils ne savaient ce que 
c'était que de voir le feu sans branler et que de tenir ferme 
dans l'action. Ainsi combattant en étourdis et sans aucune 
discipline, ils s'enferraient eux-mêmes et ils donnaient la plus 
belle (occasion) du monde pour se faire assommer. D'ailleurs, 
ces pauvres gens avaient souffert dans le voyage ; les fatigues ' 
de la mer les avaient affaiblis et ils auraient eu bon besoin 
de se reposer et de se refaire avant que d'en venir aux prises. 
Enfin il manquait une tête sur les épaules de leur comman- 
dant ; Sir William Phips était bien brouillé avec la prudence 
et la conduite militaires, et quand cet amiral eût été payé 
pour nous rendre service et pour mener son monde à la 
boucherie, il n'aurait pu mieux s'y prendre. Les ennemis 
crurent donc qu'à la faveur de leur artillerie ils traverseraient 



RELATION DU BARON DE LA HONTAN 59 

plus aisément le bois taillis, mais ils se trompèrent. Il est 
vrai que le choc fut plus violent qu'à l'autre tentative ; cepen- 
dant nous les repoussâmes avec tant de vigueur qu'ils furent 
contraints de regagner bien vite l'endroit de leur débarque- 
ment. Cette secoude attaque leur coûta environ quatre cents 
hommes : de notre côté nous n'en perdîmes pas plus de qua- 
rante, tant Français que Sauvages. Monsieur de Sainte-Hélène 
reçut à la jambe une blessure dont il est mort. Xotre victoire 
nous enfla tellement le courage et nous avions pris tant de 
goût à tuer ces étourneaux d'avanturiers qu'il nous prit envie 
de les avoir tous, vifs ou morts. Dans ce dessein nous les 
suivîmes sans bruit jusque tout proche de leur camp, ou, 
pour mieux dire, de leur cabanage. Le soir ayant favorisé 
notre marche et notre arrivée, nous nous couchâmes sur la 
terre dure, résolus de passer la nuit à la belle étoile afin de 
pouvoir fondre dès le point du jour sur les Anglais. Mais ils 
nous dispensèrent de cette peine-là; car, vers le milieu de la 
nuit, nous nous aperçûmes qu'ils se rembarquaient et nous 
n'eûmes que le temps de leur tuer, plus par hasard que par 
adresse, une cinquantaine d'hommes qui avaient, en quelque 
sorte, le pied levé pour sauter dans les chaloupes. Ils firent 
cette retraite avec tant de précipitation qu'ils laissèrent sur 
le sable leurs tentes et leurs canons. 

Tout cela fut transporté dès le matin à Québec, pendant 
que nos sauvages se dispersèrent dans le bois pour visiter 
exactement les morts et s'approprier, comme par droit d'héri- 
tage ou de conquête, toute la dépouille de ces cadavres. 

Quant au chevalier Phips, il n'estimait pas assez peu sa 
personne pour commander les troupes du débarquement. Il 
resta sur son bord comme un bon amiral et sitôt qu'il eut mis 
son monde à terre, il lève l'ancre et vient mouiller avec 
quatre gros vaisseaux à la portée du mousquet de la Basse 
Ville. Il fit résonner d'une grande force son tonnerre pendant 
vingt-quatre heures, et ce long et terrible feu menaçait d'au- 
tant plus la ville d'être foudroyée qu'on n'avait rien à oppo- 
ser qu'une batterie de six canons à huit livres de balles. Mais 
Monsieur Phips ne réussissait pas mieux sur mer que ses 
troupes dans le bois taillis. Tout le furieux fracas de son 
artillerie se réduisit à faire voler quelques tuiles, à découvrir 
quelques maisons, et le dommage fut à peu près de cinq ou 



60 RELATION DU BARON DE LA HONTAN 

six pistoles. Tous les coups blanchirent contre les murailles 
et cela ne doit point vous surprendre, monsieur, si vous vous 
souvenez d'un endroit de ma première lettre où je vous 
marquais que ces murailles sont d'une pierre extrêmement 
dure et qui est à l'épreuve dji boulet. 

Le sur-amiral bien déchu de ses hautes espérances, renonce 
à une toison qu'il s'était flatté d'emporter et de haute lutte, 
et ce fier Argonaute prit tout doucement la résolution de se 
retirer. Avant que de partir il envoya demander à Monsieur 
de Frontenac, mais d'un style radouci et bien différent de 
celui de la lettre, l'échange de quelques prisonniers anglais 
avec le sieur Joliet, sa femme, sa belle-mère et quelques 
matelots que la flotte ennemie avait pris sur le fleuve Saint- 
Laurent dans une barque appartenant au dit sieur Joliet. 
î^otre gouverneur-général topa volontiers à la proposition, et 
le marché s'exécuta sur-le-champ, après quoi le commandant 
fit appareiller pour reprendre la route de la Nouvelle-York. 

Le départ des ennemis nous fut confirmé par l'arrivée de 
quatre vaisseaux qui assurèrent avoir vu cette flotte filant à 
pleines voiles à la faveur d'un vent d'ouest. Ces quatre bâti- 
ments l'avaient échappé belle.' Ils étaient tous marchands ; 
trois venaient de France, et le dernier, chargé de castor, 
venait de la baie d'Hudson. Etant entrés dans la rivière du 
Saguenay par Tadoussac, et ayant eu le bonheur de décou- 
vrir les Anglais sans en être aperçus, ils se cachèrent, mirent 
leur canon à terre, en dressèrent de bonnes batteries et réso- 
lurent de demeurer là jusqu'au déno.uement de la pièce. Mais 
ayant eu le plaisir de voir repasser la flotte ennemie au-des- 
sous de Tadoussac, ils rembarquèrent leur artillerie et conti- 
nuant leur route, agréablement et sans crainte, ils mouillèrent 
devant Québec, le douzième de novembre. Cependant, par 
une bizarre destinée ces vaisseaux après avoir évité d'être pris, 
vinrent faire une espèce de naufrage au port. A peine en 
avait-on tiré la cargaison qu'il survint un froid excessif, et la 
glace endommagea tellement ces pauvres navires qu'on fut 
contraint de les échouer à l'endroit nommé le Cul-de-Sac. 

Cette gelée était un grand contre-temps pour Monsieur de 
Frontenac ; tout rempli de son glorieux succès il était dans 
l'impatience d'en informer le Koi et il ne doutait pas que 
cette affaire ne lui fît beaucoup d'honneur à la Cour. Au 



RELATION I)U BARON DE LA HONTAN 61 

lieu donc qu'il aurait souhaité de dépêcher uu courier ailé, si 
la chose était possible, et s'il y avait un Mercure autre part 
que dans le Pays des Fables, il se voyait reculé jusqu'au 
printemps prochain pour mander à Versailles l'échauôburée 
des Anglais, grande mortification pour un homme en place et 
pour un bon courtisan. De mon côté, sans vouloir faire 
comparaison avec notre gouverneur, je n'étais pas moins 
chagrin que lui, et me croyant obligé de me morfondre encore 
cet hiver en Canada, je donnais des bénédictions a rebours au 
dieu Borée et à sa bise précoce. Nous en fûmes quittes pour 
la peur néanmoins : une pluie imprévue et qui produisit un 
dégel nous mit hors d'intrigue ; Monsieur de Frontenac pre- 
nant avidement l'occasion fit aussitôt gréer et appareiller 
ime frégate désagréée et ses ordres furent exécutés avec tant 
de diligence qu'en moins de deux ou trois heures le lest, 
les voiles, les cordages, les mâtures, enfin tout le vaisseau fut 
en état. Je lorgnais ce préparatif et j'avais un ressentiment 
(pressentiinent !-) que je n'y aurais pas la moindre part. 
J'étais même bien résolu de presser fortement mon congé si 
l'on ne me l'offrait pas dès que la frégate serait équippée. Mais 
Monsieur le gouverneur-général me prévint. Il me dit qu'il 
avait jeté les yeux sur moi pour porter à la Cour la nouvelle 
de l'entreprise des Anglais ; que c'était une bonne occasion 
pour me faire connaître, pour rétablir mes affaires domestiques 
et pour avancer ma fortune ; mais qu'il fallait tâcher de faire 
un voyage qui fut court et bon, que le plus tôt que je pour- 
rais arriver en France ce serait le meilleur et surtout que je 
devais m'armer de courage et prendre la résolution de périr 
plutôt que de me rendre à quelque vaisseau des ennemis, ou 
de relâcher en quelque port que ce fût. 

Je vous laisse à examiner si une telle exhortation était 
conforme aux règles de la prudence ; mais elle flattait mon 
humeur gasconne, et c'en était assez pour me la faire prendre 
en très bonne part. Pour mon adieu. Monsieur de Frontenac 
me fit présent d'une lettre de recommandation et de bonne 
encre à Monsieur de Seignelay. Je partis donc le vingt-six 
de novembre, chose inouïe, et un si furieux vent nord-est 
nous surprit à l'Isle aux Coudres qu'après avoir mouillé 
nous pensâmes chansir sous les ancres durant la nuit. Depuis 
ce danger nous n'essuyâmes qu'une seule tempête ; cependant 



62 RELATION DU BABON DE LA HONTAN 

notre traversée n'a pas laissé d'être assez longue à cause que 
les vents contraires que nous avons trouvés h cent cinquante 
lieues des côtes de France nous ont obligé de louvoyer. Mais 
enfin, je suis débarqué heureusement, c'est le meilleur que 
j'y trouve. 

J'apprends que vous êtes en province et que Monsieur de 
Ss'ignelay est dans l'autre monde. La Marine et les Colonies 
de l'Amérique perdent iutiiiinient h ce ministre ; mais que 
dites-vous de mon sort avec ma lettre de recommandation ? Je 
j)ars demain pour Versailles. 

Je suis. Monsieur, votre, etc., 

AuMAND-Louis De La Hontan. 

A LaEochelle, le 12 janvier 1(391. 



RELVTIOX DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE. 



Histoire de V Amérique Septentrionale par BacqueviUe De La Poiherie. 
Tome III, Iliènie Lettre — pages 110 à 123. 



Monsieur de Frontenac était toujours fort en peine du 
chevalier d'O qui n'était pas revenu de sa négociation. Il 
envoya au fort de Fronteuao Mantet et Perigny, Saint- Pierre 
et Montessou, avec les deux fils de La Vallière, capitaine de 
ses gardes, accompagné de trente hommes, pour faire quelques 
prisonniers par lesquels on put apprendre de ses nouvelles et 
les desseins des Iroquois. Sur ces entrefaites, le major de 
Québec dépêcha un canot à Mr de Frontenac pour lui donner 
avis de l'arrivée d'un chef abénaquis qui venait exprès de 
l'Acadie. "Je viens incessamment, dit ce chef au major, pour 
t'avertir que j'ai appris par une Anglaise considérable que 
nous avons prise près de Pentagouét, que trente vaisseaux, 
dont il y en a trois fort grands, partent pour venir prendre 



RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE 63 

Québec ; que ces vaisseaux sont de Boston et de quatre villes 
considérables, que les Anglais se vantent qu'ils le prendront 
aussi facilement qu'ils ont pris le Port-Royal. Aussitôt que 
les chefs et les plus considérables de notre nation ont appris 
cette nouvelle, ils ont jugé qu'il fallait avertir incessamment 
le Grand Cajàtaine de Québec. J'ai été douze jours à venir ; 
ainsi il duit y avoir six semaines depuis le départ de ces 
vaisseaux." 

Ce chef réclama aussi les Abénaquis que les Iroquois du 
Sault et de la Montagne avaient enlevés dans l'attaque de 
Beau vais. Il témoigna encore que les principaux chefs de sa 
nation ne pouvaient pas descendre cet automne pour lui 
venir parler connue ils l'avaient promis, parce qu'ils étaient 
actuellement en guerre ; qu'ils tâclieraieut d'envoyer quel- 
qu'un sur la tin de l'hiver prochain et qu'ils avaient résolu 
de faire, après Noël, une irruption sur les Anglais. 

La nouvelle de cette armée fut confirmée par Cannanville 
qui l'avait aperçue à Tadoussac. Monsieur de Frontenac ne 
balança pas de partir aussitôt de Montréal ; il en reçut encore 
à quinze lieues la confirmation, ce qui l'obligea de dépêcher 
Ramezay au chevalier de Callièies afin qu'il fit descendre les 
troupes et une partie des habitants. 

L'arrivée de Mr de Frontenac à Québec fit un bon efiet, 
et quoiqu'il ne put amener d'abord que trois cents hommes 
avec lui, les habitants qui, naturellement sont guerriers, 
crurent être à l'abri de tout accident quand ils eurent leur 
général. Le major ne laissa pas, en son absence, de pourvoir 
à la sûreté de la place, ayant fait l'achever les fortifications. 
Descheroc (Pierre Descayrac), capitaine qui se trouvait à 
Québec, par ordre de Mr de Frontenac, servit beaucoup dans 
cette conjoncture. 

Le beau fleuve de Saint-Laurent forme un grand canal 
devant Québec qui a une lieue de large de la côte du nord à 
celle du sud. La côte de Beaupré, qui est celle du nord, est 
séparée de Beauport par le Sault de Montmorency, dont la 
chute fait une des plus belles nappes d'eau du monde. Et entre 
Beauport et Québec il y a une petite rivière que l'on passe à 
gué de basse mer. La pointe de l'eau, fameuse par un rocher 
de diamants, fait celle du sud. Québec est placé vis-à-vis 
cette pointe ou un pe^^ au-dessus; il est divisé eu haute et 



64 RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE 

basse ville qui n'ont communication ensemble que par un 
chemin fort escarpé. L'enceinte de la haute ville était bien 
palissadée et les endroits ouverts où il n'y avait pas de portes 
étaient barricadés de poutres et de barriques pleines de terre. 
Le chemin de la haute et de la basse ville était coupé par trois 
différents retranchements de barriques et de sacs à terre. 
L'on dressa des batteries de part et d'autre. L'on se fondait 
cependant plus sur la résolution que l'on avait de se bien 
défendre que sur la bonté des fortifications. 

L'on vit donc paraître à la pointe du jour cette flotte, le 
dix-sept octobre. 

Une chaloupe, portant à l'avant pavillon blanc, partit sur 
les dix heures de l'amiral et vint à terre. Quatre canots de la 
ville allèrent au-devant portant le pavillon de même. C'était 
l'envoyé du général Phips, accompagné d'un trompe tte, qui 
venait sommer Québec. On le fit passer seul dans un de ces 
canots, on lui banda les yeux et il fat conduit au Fort. Il se 
trouva en arrivant dans la chambre de Mr de Frontenac 
extrêmement fatigué d'avoir escaladé les barricades. Après 
qu'il se fut un peu remis il lui présenta la lettre de son 
général qui était écrite en ces termes. ^ 

Après que la lecture de cette lettre fut faite, l'Anglais tira 
une montre de sa poche qu'il présenta à M. de Frontenac et 
lui dit qu'il lui donnait une heure à se déterminer. Notre 
général répondit à cet envoyé d'un air aisé qui marquait par 
sou intrépidité tout ce qu'une raillerie fine et délicate pou- 
vait inspirer. Celui-ci, qui voyait aller et venir quantité 
d'officiers dans les salles du Fort, ne savait qu'en penser. 

" — Allez, lui dit-il, en le congédiant, allez dire à votre 
général que je n'ai pas de réponse à lui faire, que par la 
bouche de mes canons et à coups de fusils ; qu'il apprenne 
que ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer un homme 
comme moi ; et, quand je voudrais me rendre, tous ces braves 
officiers que vous voyez n'y consentiraient jamais." On lui 
banda ensuite les yeux et on le conduisit à la chaloupe après 
lui avoir fait faire exprès encore plusieurs escalades. 

Les Anglais mirent pied à terre sur les dix heures du 
matin, au nombre de deux mille hommes, entre Beauport et 

1 {Voir page 24, relation de Monseignat.) 



RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE 65 

la Petite Eivière (Saint-Charles). Comme l'on était incer- 
tain de leur descente il ne se trouva guère de monde à les y 
recevoir ; à peine trois cents hommes purent se joindre. 

Les Anglais marchèrent d'abord en ordre de bataille, mais 
nos Canadiens, qui se battaient à la sauvage, voltigeaient 
incessamment autour d'eux d'arbres en arbres. Ils firent 
plier le premier bataillon, et ils l'obligèrent de regagner la 
queue ; les décharges continuelles les incommodaient beau- 
coup. On leur tua cent cinquante hommes. Nous perdîmes 
le chevalier de Clermont et Latouche, fils du seigneur de 
Champlain ; nous eûmes douze hommes de blessés, entr'autres 
Saint-Denis {Juchereau de St-Denis) âgé de soixante ans, 
qui commandait la milice de Beauport, lequel eut le bras 
cassé. 

Les quatre plus gros vaisseaux vinrent mouiller, sur le soir, 
devant Québec : le contre-amiral, qui portait pavillon bleu, se 
posta un peu ])lus sur la gauche, presque vis-à-vis du Sault- 
au-Matelot ; l'amiral était sur la droite, le vice-amiral au- 
dessus, tous deux vis-à-vis la basse ville, et le quatrième, qui 
portait la flamme de chef d'escadre, se mit du côté du Cap ait 
Diamant. Les canonnades furent assez vigoureuses de part et 
d'autre jusques à huit heures du soir. 

L'on recommença le lendemain à la pointe du jour et l'on 
s'aperçut que ce grand feu des ennemis commençait à se 
ralentir. En effet le contre-amiral qui avait tiré le plus vigou- 
reusement se trouva fort incommodé par les batteries du 
Sault-au-Matelot et celle d'en bas ; il fut obligé de relâcher le 
premier. L'amiral le suivit d'assez près avec beaucoup de 
précipitation. Sainte-Hélène, capitaine canadien, qui savait 
assez bien le commandement du canon, tira plus de vingt 
coups dans le corps de son vaisseau, dont plusieurs le per- 
cèrent à l'eau. Toutes ses manœuvres étaient hachées, sou 
gi'and mât presque cassé, à qui on fut obligé de mettre des 
jumelles, beaucoup de morts et de blessés dans son bord. 
Enfin, l'amiral, de peur de succomber tout à fait fila son câble 
et se retira tout délabré après avoir eu son pavillon coupé 
d'un coup de canon. Ce fier g'-néral, qui deux jours aupara- 
vant avait promis pardon au comte de Frontenac, se trouva 
lui-même presque à la merci de celui qui le châtiait de sa 
témérité. 



66 RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE 

Monsieur de Frontenac, qui avait l'œil à tout, se mit, le 
vendredi, à la tête de trois bataillons de troupes r(^glées, en 
deçà de la Petite E-ivière pour y recevoir les ennemis qui 
firent une seconde descente. D'un autre côté Longue uil et 
Sainte-Hélène, son frère, avec quelques Français, commen- 
cèrent sur les deux heures des escarmouches à la sauvage 
contre la tête de l'armée qui marchait en bon ordre le long 
de la Petite Eivière. Ceux des ennemis qui s'étaient déta- 
chés du gros furent obligés de le regagner pour éviter le feu 
de nos troupes qui étaient en embuscade. Sainte-Hélène eut 
la jambe cassée, Longueuil reçut un coup de fusil et eut été 
tué sans une corne à poudre qui se trouva à l'endroit où 
donna la balle. Nous perdîmes deux hommes; il y eut 
deux ou trois blessés. Les ennemis y firent une aussi grande 
perte qu'à la première descente. 

Villieu, lieutenant réformé, demanda le lendemain par 
grâce à M. de Frontenac le commandement de quelques sol- 
dats de bonne volonté. Après qu'il eut fait le coup de fusil 
quelque temps il eut l'adresse d'attirer les ennemis dans une 
embuscade qu'il leur avait dressée, où il se battit longtemps. 
Ils (les Anglais) firent aussitôt un détachement pour l'entou- 
rer, qui fut chargé par les habitants de Beauport, de Beaupré 
et de risle d'Orléans. Cabanac et Beaumanoir vinrent à la 
charge ; on lâcha le pied insensiblement pour les attirer 
encore plus proche d'une maison fortifiée de palissades qui 
était sur une hauteur ; tous nos gens s'y jetèrent tout à coup. 

Les Anglais s'y acharnèrent extrêmement par le nombre 
des gens frais qui se relevaient, mais cette petite retraite ne 
fit qu'augmenter leurs pertes. Monsieur Du Pui (Dwpuy), 
lieutenant particulier, s'avisa (je ne sais par quel motif) de 
faire sonner le tocsin à la cathédrale. Cette alarme, donnée 
à propos, causa tant de trouble et de désordre parmi les 
ennemis qu'ils se jetèrent pêle-mêle dans les chaloupes à la 
faveur de la nuit qui était obscure et pluvieuse, ayant aban- 
donné cinq pièces de canon, cent livres de poudre, une cin- 
quantaine de boulets. Deux vaisseaux qui étaient dans 
l'anse des Mères (anse des Mères Ursulines) ^ ne jugèrent 

1 — Anse des Mères Ursulines. Consulter la Carte des Environs de 
Québec en 1688, par Robert de Villeneuve. 



RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTHERIE 67 

pas à propos de rester pour les gages. Ils mirent à la voile 
pour rejoindre leur flotte ; on les salua à boulets en passant. 
Soubrecasse (M. de SuhercazeJ et Dorvilliers, capitaines, se 
jetèrent avec cent hommes dans l'Isle d'Orléans ; De Villieu 
eut ordre de descendre aussi au Cap Tourmente pour empê- 
cher quelque reste de descente. Toute la flotte mit à la voile 
et ne parut plus. 

Mademoiselle Lalande, qui était prisonnière dans l'amiral 
proposa au Chevalier (Sw William Phips) un échange, lui 
promettant de le négocier auprès de M. de Frontenac. Il la 
laissa débarquer sur sa parole. Elle revint le voir à son bord 
lui dire qu'elle serait vis-à-vis l'endroit où ils étaient mouillés. 

De La Vallière fit le lendemain la négociation ; il n'y eut 
de considérable que le capitaine Denis ^ qui commandait le 
fort de Keskebaye ^ que Portueuf prit et les deux tilles de 
son lieutenant (Clarke) qui y fut tué. 

De La Vallière trouva le secret de garder le ministre de 
l'amiral, sur la difficulté qu'il faisait de rendre M. Trouvé, 
missionnaire de l'Acadie. Enfin l'on fit l'échange de bonne foi. 

Le chevalier Phips eut beaucoup de peine à arriver à 
Boston d'où on apprit que le peuple était dans une extrême 
consternation de toutes les disgrâces qui arrivèrent à sa 
flotte ; huit vaisseaux firent naufrage dans le fleuve après la 
levée du siège où plus de huit cents personnes périrent. 

Quelques Abénaquis de l'Acadie arrivèrent, peu de jours 
après, qui rapportèrent une nouvelle assez particulière des 
Iroquois. Ces sauvages, qui ne sont jamais malades, furent 
attaqués de la petite vérole que les Anglais leur avaient 
communiquée. Cette maladie qui leur était inconnue fit plus 
d'expédition que l'art militaire. Il en mourut quatre cents 
et cent Loups ; et même ceux-ci eurent leur grand village 
tout désolé, dont il n'en réchappa que seize. Dans le temps 
que les ennemis venaient assiéger Québec il se fit un parti 
considérable d'Anglais et d'Iroquois pour attaquer en même 
temps Montréal. La petite vérole se communiqua heureuse- 
ment dans le voyage parmi les Iroquois, dont il en mourut 
une centaine. Ils étaient si effrayés de cette mortalité qu'ils 

1 — Le capitaine Sylvanus Davis et non pas Denis. 
2 — Casco Bay. 



68 RELATION DE BACQUEVILLE DE LA POTIIERIE 

se brouillèrent avec les Anglais qu'ils ne voyaient pas mourir 
comme leurs camarades. 

Les Anglais de la Nouvelle- Angleterre, qui ne voyaient 
aucune sûreté dans leurs habitations par les irruptions conti- 
nuelles que les Abénaquis de l'Acadie faisaient sur eux, leur 
proposèrent la paix. Ceux-ci répondirent que ni eux, ni leurs 
enfants, ni les enfants de leurs enfants la feraient jamais avec 
l'Anglais qui les avait si souvent trompés. 

L'on rendit grâce au Dieu des Armées de ce qu'il avait 
fait au Canada. On porta à la cathédrale, avec pompe et 
magnificence, le grand pavillon de l'amiral qui était tombé 
dans le fleuve et celui que Portneuf avait pris dans l'Acadie. 

Monsieur l'Evêque chanta le Te Deum, on fit une proces- 
sion solennelle et M. de Frontenac alluma le soir le feu de 
joie au bruit du canon et de la mousqueterie des troupes qui 
étaient sous les armes. L'on a bâti depuis une chapelle dans 
la basse ville sous les auspices de Notre-Dame des Victoires 
1 où l'on va tous les ans en procession rendre grâce à Dieu 
de cette victoire le même jour qu'elle a été remportée. 

Je ne saurais finir cette lettre, Monsieur, par un endroit 
plus agréable ni plus glorieux pour la mémoire de Monsieur 
le Comte de Frontenac, vous assurant en même temps que 
l'on ne peut être avec plus de passion que je le suis, 

Monsieur, 

Votre très humble, etc. 

Bacqueyille de La Pothekie. 



1 — Ce titre est inexact : c'est Notre-Dame de la Victoire qu'il faut 
lire en 1690. Plus tard, en 1711, après le naufrage de la flotte de 
Walker sur les récits de l'Ile-aux-Œufs, ce vocable fut changé e» 
celui de Notre-Dame des Victoires. 



RELATION DE OÉDÉON DE CATALOGNE 69 

RELATION DE GEDEOX DE CATALOGNE. 



Bibliothèque du Collège Morrin à Québec — Collection de Mémoires et 

de Relations sur V histoire ancienne du Canada, publiés sous 

la direction de la Société Littéraire et Historique 

de Québec, — Même série — 1871. 



Extrait du Recueil de ce qui s'est passé en Canada au sujet de la 
guerre, tant des Anglais que des Iroquois, depuis l'année 1682 
jusqu'à l'année 1712 (de la page 28 à la page 33). 

Comme pour lors le gouverneur-général tenait, pendant 
tout l'été, son siège à Montréal, il n'en partit qu'après les 
récoltes ; étaut à demi-lieue de cette ville, il rencontra un 
canot envoyé par le sieur Prévost, commandant à Québec, qui 
lui donna avis qu'il y avait une flotte anglaise auprès de 
Québec. A cet avis Monsieur de Frontenac envoya un exprès 
à Monsieur de Callières pour qu'il descendit incessamment 
avec toutes les troupes et milices. 

L'ordre fut bientôt suivi, carie même jour, tous les officiers 
des quartiers eurent ordre de se rendre le lendemain à 
Boucherville avec toutes les vivres qu'ils pouvaient trouver, 
les magasins du Eoi étant vides. Le lendemain au soir, 
malgré la pluie, les ordres furent exécutés, et nous eu partî- 
mes la nuit. Le troisième jour nous arrivâmes au Cap Kouge 
où nous apprîmes que la flotte était devant Québec. Nous 
laissâmes en ce lieu nos bateaux et fûmes à Québec par terre 
où nous arrivâmes à nuit close. Comme il n'y avait ordinai- 
rement que deux tambours, il s'en trouva plus de vingt ; ce 
qui fit dire au sieur de Grand ville, qui était prisonnier à bord 
du commandant (Varairol), que Monsieur de Callières avec 
les troupes était arrivé. 

Nous apprîmes, en arrivant, que le général Phips avait 
fait sommer Monsieur le Comte de Frontenac de lui livrer la 
place, à quoi l'envoyé ajouta, tiraut sa montre de sa poche, 
qu'il ne lui donnait qu'une heure. Monsieur de Frontenac 
lui dit que quand il serait assez lâche de vouloir acquiescer à 



YO RELATION DE GÉDÉON DE CATALOGNE 

sa demande, il y avait de trop braves ofl&ciers pour s'y opposer, 
qu'il n'avait qu'à dire à son général qu'il n'avait point d'autre 
réponse à lui faire, que par la bouche de ses canons. 

Pendant ce temps, et auparavant, on avait et on disposait 
des retranchements et batteries pour se bien défendre. Ce 
qu'il y avait de fâcheux, c'est qu'il n'y avait que très peu de 
vivres ; faute de pain, la plupart mangeaient de la viande qui 
n'était pas rare, parce que l'on fit entrer dans la ville bon 
nombre de bestiaux. 

Le lendemain les ennemis ne firent point de mouvement, 
que d'envoyer un petit bâtiment vers la petite rivière (Saint- 
Charles) où il s'échoua ; nous y courûmes à marée basse 
pour l'enlever, mais il était bien défendu et de son bord et de 
la flotte qui canonnait sans relâche. 

Le surlendemain, à marée basse, nous vîmes nombre de 
chaloupes qui partaient de la flotte pour mettre à terre à 
Beauport, Les volontaires de Montréal, commandés par Mon- 
sieur de Sainti -I lélène y coururent pour joindre les habitants 
de Beauport et de Beaupré, ce qu'ils ne purent faire ; mais 
ces derniers qui étaient en embuscade avec quelques-uns de 
Montréal qui les avaient joints, firent deux décharges dans 
leurs bataillons qui ne les ralentirent point du tout. Nous y 
eûmes un officier et deux Canadiens de tués. 

Comme les ennemis gagnaient les hauteurs, le dit sieur 
de Sainte-Hélène avec son détachement les arrêta parce qu'il 
s'était retranché derrière des maisons ce qui les fit détourner 
sur la gauche, et ,se camper hors de la portée du fusil. Après • 
eux marchaient s -pt pièces de campagne qui ne leur servirent 
de rien, que pour les abandonner par la suite. 

Leur descente faite, deux vaisseaux se détachèrent pour 
venir devant la. ville qui furent s'embosser vis-à-vis les plates- 
formes où nous avions des canons de 36 (sic) et de 18. Le 
dit sieur de Sainte-Hélène qui avait disposé une de ces 
batteries y accourut. Aux approches des vaisseaux, les 
batteries d'en haut les avaient déjà incommodés, mais lorsqu'ils 
furent embossés, elles n'y pouvaient presque plus plonger ; 
mais les gros canons, quoiqu'il n'y en eût que six pièces, dont 
une creva, les incommodèrent si fort, que deux heures après 
ils filèrent leurs câbles et se mirent plus au large, d'où ils 
canonnèrent une partie de la nuit et un peu le lendemain, 
après avoir été très endommagés du canon de la ville. 



RELATION DE GÉDÉON DE CATALOGNE 71 

Ils voulurent approcher de la côte de Lauzon et de l'Anse 
des Mères, mais les Canadiens y étant en embuscade, les 
contraignirent de retourner à la rade sans avoir fait pour dix 
écus de dommages à la basse ville, ni personne de tué ni 
blessé, qu'un écolier à qui un boulet, qui frappa au clocher, 
tomba sur la tête et le tua. 

A l'égard des bataillons qui avaient fait descente le troi- 
sième jour voulant s'approcher de la rivière (Saint-Charles) 
Monsieur de Frontenac, à la tête des troupes, se campa vis-à- 
vis (du gué) pendant que notre camp volant les harcelait 
nuit et jour où le sieur de Sainte-Hélène, après avoir quitté 
sa batterie, fut joindre son parti où il eut la cuisse cassée 
d'un coup de mousquet et mourut quelques jours après. Nous 
eûmes aussi quelques Canadiens légèrement blessés. 

Comme nos camps volants étaient souvent rafraîchis, les 
ennemis ne pouvaient prendre aucun repos. Le cinquième 
jour, au matin, comme les gens de Beauport approchaient 
du camp des ennemis, ils n'y trouvèrent que les sept pièces 
de canon qu'ils avaient abandonnées, qu'ils amenèrent à 
Beauport. 

Les vaisseaux qui avaient canonné sur la ville, étant 
retournés joindre leur flotte, ils furent tranquilles huit 
jours, et comme on appréhendait qu'ils ne fissent descente à 
l'île d'Orléans, quoique les habitants y fussent eu garde. 
Monsieur de Frontenac y envoya un détachement de deux 
cents hommes commandés par Monsieur de Subercaze. En 
traversant en bateau, nous passâmes à une portée de mous- 
quet de la flotte sans qu'ils nous fissent aucune insulte. Nous 
ne fûmes pas plutôt à l'ile que les pluies se débordèrent et 
continuèrent quatre jours, les ennemis étant toujours à 
l'ancre. 

Le cinquième jour nous vîmes un mouvement de chaloupes 
qui allaient des bords des ennemis à la Pointe de Lévy où 
Monsieur de La Vallière, capitaine des gardes de Monsieur de 
Frontenac, s'était rendu avec un nombre de prisonniers 
anglais qu'il avait amenés pour faire les échanges du sieur de 
Grandville et autres Français prisonniers. 

Les échanges finies, les ennemis commencèrent à défiler le 
long de l'ile hors de la portée de nos fusils où ils demeurè- 
rent deux jours. 

Pendant ce temps-là le détachement resta au bivouac ; à 



72. RELATION DE GÉDÉON De' CATALOGNE 

la vérité, le jour, on laissait une partie des soldats dormir et 
jjour les faire subsister, les vivres ayant manqué et les habi- 
tants de cette côte ayant vidé leurs maisons, il nous fallut 
faire tuer des bœufs que l'on fit payer aux propriétaires par 
le Eoi. Le septième jour de notre arrivée à l'ile, les ennemis, 
étant par le travers de la paroisse de Saint-Jean, demandè- 
rent permission à Monsieur de Subercaze d'acheter quelques 
rafraîchissements, ce qu'il leur accorda, les habitants leur en 
ayant amené à leur bord qui furent bien payés ; après quoi la 
flotte leva l'ancre pour s'en retourner. 

Comme nous eûmes avis que nos vaisseaux, au nombre de 
trois, sur lesquels étaient chargés les fonds des troupes et les 
effets du Eoi, étaient en rivière, on fit partir un gros déta- 
chement de troupes et milices, lesquelles avant que les enne- 
mis fussent descendus, joignirent les vaisseaux aux Berge- 
ronnes où ils prirent la résolution de faire entrer les trois 
vaisseaux dans le Saguenay à l'abri d'un cap qui s'appelle 
" La Boule ", où il y a une petite anse de sable où l'on enfouit 
4 à 50(1,000 livres d'espèces, étant défendue par une batterie 
de canon que l'on avait mise à terre. Loi'sque les ennemis 
furent vis-à-vis le Saguenay, se défiant (doutant) que nos 
vaisseaux étaient dedans ils firent tous leurs efforts pour y 
entrer, mais les courants et les vents les en empêchèrent. 
Ainsi, ils continuèrent à sortir du fleuve. 

Deux jours après, nos vaisseaux sortirent. Le vent de 
nord-est, qui leur fut favorable pour se rendre à Québec, fut 
tout à fait contraire aux ennemis autant que l'on en peut 
juger par les débris. Plus de la moitié j)érit dans la rivière 
et peu se sont pu rendre à Boston. 

A remarquer, que comme les ennemis remontaient le fleuve, 
pour se rendre à Québec où ils s'étaient flattés de mettre à 
teiTe sans opposition, lorsqu'ils furent aux premières habita- 
tions ils crurent qu'il n'y avait qu'à débarquer et se mettre à 
table ; et furent surpris que, pour premier salut, on leur servit 
une salve de coups de fusils. A la Rivière Quelle, le sieur 
de Francheville, curé, prit un capot bleu, un tapabord, un 
fusil en bon état, et se mit à la tête de ses paroissiens. Ils 
firent plusieurs décharges sur les chaloupes qui furent con- 
traintes de se retirer au large avec pertes, sans avoir blessé 
un Français. 

Kos trois vaisseaux étant arrivés à Québec on ne songea 



RELATIOxV DE GÉDÉON DE CATALOGNE 73 

plus qu'à rendre grâce à Dieu par des prières publiques et à 
se divertir. Monsieur le marquis de Vaudreuil et Monsieur de 
Eamesay se marièrent; enfin les trois quarts du temps se 
passèrent en réjouissances. 

Comme nous étions bien avant dans octobre, et que les 
vivres étaient rares à Québec, les habitants n'ayant pas encore 
battu de blé, on lit partir les troupes destinées pour Montréal 
où était le théâtre de la guerre des Iroquois. Elles n'étaient 
pas au quart du chemin qu'il leur fallut abandonner leurs 
bateaux, les temps étaient venus si neigeux et si froids que 
la rivière était aussi garnie de glace qu'au plus fort de l'hiver ; 
ce qui contraignit les troupes d'aller à Montréal sur les glaces 
et les neiges, et les trois vaisseaux qui étaient en rade furent 
contraints de filer leurs câbles et de s'échouer au Cul-de-Sac 
et à l'avenue Beaudoin. En peu de jours la rivière (Saint- 
Charles) fut glacée pour pouvoir aller à Beauport dessus. 

Ce mauvais temps fit que l'on désagréa les vaisseaux, ne 
voyant pas d'apparence de pouvoir les renvoyer en France. 
Arrivant le 15 novembre le temps se tempéra et se mit au 
beau. Les' glaces se dissipèrent, du moins dans le chenal. 
Monsieur de Callières, qui n'était pas encore parti pour Mont- 
réal, se disposait d'y monter avec des traînes tirées par des 
chiens. Mais le temps vint si favorable que nous partîmes de 
Québec en canots d'écorce le 22''""^ jour de novembre et nous 
arrivâmes à Montréal le 28'"'°'' du même mois, ayant fait garnir 
les devants de nos canots avec des peaux de veau crues pour 
les garantir des glaces. 

Cette disposition de temps invita Monsieur de Frontenac à 
faire partir un des trois vaisseaux pour porter les nouvelles 
en France ; l'ordre en fut donné au Sieur Darisenery, comman- 
dant de la frégate La Fleur de Mai, qui partit de devant 
Québec le 28 de novembre et se rendit en peu de temps à 
LaEochelle. 

Noter qu'un de nos vaisseaux, venant de la Baie d'Hudson 
allant à Québec, y débarqua le Sieur de Maricourt et quelques 
'autres Canadiens, arrivant vers l'Ile-aux-Coudres, apprit que 
les Anglais étaient devant la ville ; ce qui le détermina, après 
avoir mis ses passagers à terre, de faire sa route en France 
où il informa la Cour du siège des .Vnglais devant Québec. 

GÉDÉON De Catalogne. 



lé RELATION DE l'oPPICIER JANCLOT 

RELATION DE L'OFFICIER JANCLOT i 



Archives inédites du Séminaire de Québec Correspondances officielles 

des Gouverneurs du Canada, 1685-1691, volumes III et IV, 

pages 276 à 288, copiées dans les archives de Paris, 

sous la direction de M. Vahhé Ferland. 



Le 10 octobre un canot envoyé par M. le Major de Québec 
à M. le Comte de Frontenac arriva à Montréal, éloigné 
de la susdite ville d'environ 60 lieues, lui portant nou- 
velle qu'il venait d'arriver un sauvage abénakis de l'Aca- 
die, député de sa nation, pour lui donner avis qu'une 
Anglaise, prisonnière chez eux, leur avait déclaré que 34 
vaisseaux de Boston étaient partis pour venir prendre la 
Colonie se faisant fort de l'enlever aussi facilement que 
l'Acadie. Sur ce rapport M. de Frontenac s'embarqua pour 
Québec, espérant de recevoir en chemin des nouvelles plus 
positives, lesquelles il reçut en effet, à dix lieues de Montréal, 
qui confirmèrent les premières. Le dit sieur major lui man- 
dait par un second canot que la flotte anglaise était à 16 
lieues de Québec, qu'elle avait pris une barque française 
comme aussi une chaloupe, de deux qu'ils avaient envoyées à 
la découverte. Alors M, de Frontenac détacha un capitaine 
de sa suite pour aller en diligence porter ses ordres à M. de 
Callières, gouverneur de Montréal, qui en partit deux jours 
après avec toutes les troupes et habitants de son gouverne- 
ment, marchant nuit et jour jusques à son arrivée à Québec. 

M. de Frontenac cependant pressa si fort son voyage qu'il 
se rendit enfin à Québec le 14, malgré les vents contraires 
et le mauvais temps. Le peuple le reçut avec bien de la joie. 



1 — Cette relation de M. Janclot est publiée comme récit anonyme 
dans les Documents relatifs a l'histoire de la Nouvelle-France, 

tome II, pages 20, 21, 22 et 23 Il en est de même pour la relation 

de Gédéon de Catalogne, tome I, pages 564 à 590. 

L'auteur de cette compilation s'est donné là un beau certificat 
d'ignorance. 



RELATION DE L'OFPICIER JANCLOT 75 

A peine eut-il mis pied à terre qu'il visita tous les postes et 
fit faire de nouvelles batteries de canon quoiqu'il y en eût 
déjà de faites, fit encore fortifier les lieux les plus faibles et 
et les plus exposés et enfin mit toutes choses en bon état. 

Le lundi, 16, la flotte vint mouiller à la vue de Québec, à 
la pointe du jour. On y remarqua 4 gros vaisseaux, 4 moyens 
et le reste caiches (caïques) et brigantius. Sur les 10 heures, 
une chaloupe, portant pavillon blanc à son avant, partit de 
l'amiral pour venir à terre sonnant de la trompette ; 4 canots 
d'écorce allèrent au-devant portant même pavillon. Ils se 
joignirent presque à moitié chemin de la ville à la flotte. 
D'abord l'envoyé du général lui parla, ensuite de quoi on lui 
banda les yeux. L'ayant embarqué dans un des dits canots 
ou l'amena seul en la ville ; de là il fut conduit en la cham- 
bre de M. de Frontenac, où, lui ayant débandé les yeux, il lui 
présenta civilement une lettre dont voici la teneur. ^ 

Comme on achevait d'expliquer cette lettre qui était en 
anglais, l'envoyé tira une montre de sa poche qu'il présenta 
à M. de Frontenac qiii la prit, faisant semblant de ne pas 
bien voir quelle heure il était. L'envoyé s'avance pour lui 
dire qu'il était dix heures et qu'il (Phips) lui demandait de 
le renvoyer à onze heures précises avec sa réponse. 

— " Je ne vous ferai pas tant attendre, lui réplique M. de 
Frontenac; dites à votre général que je ne connais point le 
Eoi Guillaume et que le Prince d'Orange est un usurpateur 
qui a violé les droits les plus sacrés du sang en voulant 
détrôner son beau-père; que je ne connais en Angleterre 
d'autre souverain que le Roi Jacques ; que votre général n'a 
point dû être surpris des hostilités qu'il dit avoir été faites 
par les Français dans la colonie de Boston, puisqu'il a dû 
s'attendre que le Roi, mon maître, ayant reçu sous sa pro- 
tection le Roi d'Angleterre, étant près de le replacer sur son 
trône par la force de ses armes comme j'en ai nouvelles, m'or- 
donnerait de porter la guerre en ces contrées chez les peuples 
qui se seraient révoltés contre leur prince légitime." — Puis, lui 
montrant quantité d'officiers dont la chambre était pleine il 
dit: 

— " Votre général croit-il, quand il m'offrirait des conditions 

1 — ( Voir page 24.) 



Y6 RELATION DE l'oPFICIER JANCLOT 

plus douces et que je fusse d'humeur à les accepter, que tant 
de braves gens que voici voulussent y consentir, et qu'ils me 
conseillassent de me fier à la parole d'un homme qui n'a pas 
gardé la capitulation qu'il avait faite avec le gouverneur de 
Port-Eoyal et d'un rebelle qui a manqué à la fidélité qu'il 
devait à son légitime Eoi, en oubliant tous les bienfaits qu'il 
en avait reçus, pour suivre le parti d'un prince qui, en 
essayant de persuader qu'il veut être le libérateur de l'Angle- 
terre et le défenseur de la Foi, y détruit les lois et les privi- 
lèges du royaume, renversant la religion anglicane. C'est ce 
que la justice divine, que votre général réclame dans sa lettre, 
ne manquera jamais de punir quelque jour sévèrement. 

Ce discours ayant fort surpris et alarmé l'envoyé, il demanda 
à M. de Frontenac s'il ne voulait pas lui donner de réponse 
par écrit. 

— " Non, lui répondit-il, je n'en ai point à faire à votre 
général, que par la bouche de mes canons et de mes mous- 
quets ; qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on 
somme un homme comme moi ; qu'il fasse du mieux qu'il 
pourra de son côté, comme je ferai du mien. " 

Cette réponse faite, on banda les yeux à l'envoyé et on le 
ramena dans sa chaloupe. Le reste du jour se passa sans 
qu'ils fissent aucun mouvement, non plus que le lendemain, 
17, jour que M. de Callières arriva à 6 heures du soir à la 
tête de 800 hommes qu'on attendait avec impatience. 

Le mercredi, 18, depuis 11 heures jusques à midi, l'on ne 
fit que crier dans les vaisseaux " Vive le roi Guillaume ! " 
battant la caisse, sonnant de la trompette et jouant des haut- 
bois. Une demi-heure après, toutes leurs chaloupes chargées 
de monde gagnèrent terre entre le village nommé Beauport 
et la ville, distants d'une lieue l'un de l'autre. Et comme on 
était incertain où ils feraient descente, nous nous trouvâmes 
très peu de monde de ce côté-là (à peu près 200 hommes) 
d'autant qu'il fallait passer une petite rivière à basse marée à 
gué. Ils étaient déjà à terre rangés en bataille faisant un 
corps de 2,000 hommes. 

Sur le soir, les quatre plus gros vaisseaux vinrent mouiller 
devant Québec ; le contre-amiral, qui avait le pavillon bleu, 
se posta au-dessous de la ville, et l'amiral, vice-amiral et chef 
d'escadre au-dessus. Nous les saluâmes les premiers et 



RELATION DE L'OPFICIER JANCLOT 77 

ensuite ils commeucèreut leurs canonnades assez vigoureuse- 
ment; on leur répondit de même. Ils ne tirèrent presque 
(pas) sur la haute ville ce soir-là; il n'y eut qu'un fils de 
bourgeois de tué. Les coups de canons cessèrent de part et 
d'autre à 8 heures du soir. 

Le jeudi, 19, à la pointe du jour, nous commençâmes encore 
les premiers ; il semblait que les ennemis avaient un peu 
ressenti le feu ; le contre-amiral, qui avait tiré le plus vigou- 
reusement, ?e trouva si incommodé de nos canons qu'il fut 
obligé de relâcher, aussi bien que le premier amiral qui le 
suivit de près avec bien de la précipitation. Il avait reçu 
plus de 20 boulets dans le corps de son vaisseau dont plusieurs 
l'avaient perœ à l'eau ; toutes ses manœuvres avaient été 
coupées et son grand mât presque cassé auquel on a été 
obligé de mettre des jumelles. Les deux autres levèrent ancre 
à marée montante et se campèrent à une lieue au-dessus de 
Québec pour nous occuper du monde et diminuer nos forces. 

Le 20 au matin on battit la générale eu leur camp et deux 
heures après nous les vîmes mettre en bataille, avec des 
lunettes d'approche. Ils y demeurèrent jusques à dix heures, 
criant sans cesse : " Vive le roi Guillaume 1 " Ensuite de quoi 
ils firent des mouvements à nous faire connaître qu'ils 
voulaient marcher vers la ville. Ils avaient des pelotons sur 
leurs ailes et des sauvages de leur pays à la tête de l'avant- 
garde. Mais comme nous avions formé une seconde fois un 
parti de deux cents volontaires nous accourûmes à eux leur 
couper le chemin à la faveur des espèces de broussailles et 
leur fîmes lâcher pied par les décharges continuelles que nous 
leur faisions. Tout ce qu'ils purent faire, ce fut de gagner 
un lieu couvert pour rattrapper leur campement sans essuyer 
de nouvelles décharges. 

Le samedi, 21, pendant la nuit, l'amiral leur envoya cinq 
])ièces de canon de six livres de balle par un petit brigantin. 
Le jour venu un de leurs bataillons se détacha pour courir 
après des bestiaux qu'ils aperçurent près du camp et ils (les) 
y amenèrent ; dont ils firent gi-aiide boucherie et en mangèrent 
avec avidité. Cette viande leur mit si fort le cœur au ventre 
et leur inspira tellement la vengeance, qu'immédiatement 
après leur repas, ils coururent tête baissée vers la ville, sans 
garder d'ordre dans leur marche, avec leurs canons, pour 



78 RELATION DE L'oFFICIBR JANCLOT 

entrer dedans l'épée à la main, espérant y faire brèche. Mais 
malheureusement pour eux ils nous trouvèrent ce jour-là dans 
le même lieu où nous les avions attaqués ci-devant. Nous les 
saluâmes de la manière que nous avions déjà fait; il nous 
tirèrent quelques coups de canon qui ne firent autre désordre 
que de couper les haies et broussailles, puis se sauvèrent dans 
un autre passage où nous les coupâmes, et les ayant vus très 
proche nous fîmes une seconde décharge de trois balles dans 
chaque fusil. 

Il serait difficile de nombrer les coups de fusil qu'ils nous 
tirèrent, desquels il n'y eut que trois ou quatre de nos gens 
tués ou blessés, vu que chacun se mettait le ventre à terre 
dans les broussailles. Les coups redoublèrent de part et 
d'autre avec chaleur ; enfin le feu dura jusqu'à ce qu'ils con- 
nurent qu'ils ne pouvaient entrer dans la ville sans laisser en 
chemin plus de gens qu'il n'y en amenèrent. Cette réflexion 
îes obligea de lâcher pied et de recourir à leur camp, mau- 
dissant les bandits qui se battaient en lâches, disaient-ils, 
cachés dans les halliers, comme les Indiens, c'est ainsi qu'ils 
nomment les sauvages. 

A la même heure, les deux vaisseaux qui avaient fait voile 
au-dessus de Québec descendirent avec la marée et pour se 
mettre en ligne avec le reste de la flotte. La nuit venue, je 
ne sais quelle inspiration les porta à se retirer en diligence 
dans leurs vaisseaux et à nous abandonner leurs cinq pièces 
de canon. Il fallait sans doute qu'ils eussent deviné que nous 
avions besoin d'artillerie. 

Le 22, à la pointe du jour, nous allâmes à la découverte 
devers leur camp où nous vîmes les susdits canons dont il en 
fut donné deux pièces aux habitants des côtes voisines 
comme récompense qui devait éterniser leur mémoire pour 
s'être bien battus en cette occasion. Je dirai, en passant, à la 
gloire de ceux des environs, qu'ils ont fait tout ce qu'on 
pouvait attendre de braves soldats ; car en quelque endroit que 
les Anglais ont descendu, ils ont toujours été repoussés. 
Aussi ont-ils avoué à nos prisonniers qu'ils n'avaient jamais 
rien vu de semblable, et que, bien loin de s'attendre à un 
pareil traitement, il se promettaient d'y être reçus à bras 
ouverts. 



RELATION DE L'OFFICIER JANCLOT 79 

Vers les neuf heures du même jour, comme nous retirions 
leurs canons du bord de l'eau, nous aperçûmes toutes leurs 
chaloupes chargées de monde qui sans doute les voulaient venir 
quérir ; mais notre présence leur en fit perdre l'envie. Ils 
firent rembarquement dans leurs vaisseaux où ils ne furent 
pas plus tôt qu'ils levèrent l'ancre précipitamment, sortirent de 
la rade et allèrent mouiller à deux lieues au-dessous, vis-à-vis 
de l'Arbre-Sec. 

Le lundi, 23 au soir, l'amiral Phips ne sachant comment 
faire pour retirer ses prisonniers que nous gardions depuis 
quelques mois et nous rendre les nôtres, jugeant que, s'il 
renvoyait une chaloupe à la ville les habitants des côtes la 
déferaient en chemin, il résolut d'envoyer à terre Madame 
Lalande et sa fille qu'ils avaient prises dans la barque dont il 
est parlé ci-devant pour parler de sa part à M. de Frontenac. 
Elles arrivèrent le soir à la ville dans un canot qu'on leur 
donna à l'habitation où les Anglais les avaient débarquées. 

M. le Gouverneur agréa la proposition du sieur Phips. 
Pour cet effet, il leur renvoya 16 prisonniers conduits par son 
capitaine des gardes, le lendemain, 24 ; lequel nous en amena 
16 autres le même jour, trois heures après. 

Ils appareillèrent et continuèrent leur voyage devers Boston, 
bien chargés de blessés, où j'espère que le dit amiral sera mal 
reçu, tant la populace, qui est la maîtresse en ce pays-là, sera 
irritée du mauvais succès de son entreprise, qui leur a tant 
coûté d'argent et tant de monde pour cet armement, que l'on 
tient aller à plus de 450 hommes tués ou blessés. 

Voici la relation véritable de ce qui s'est passé dans l'ex- 
pédition du général Phips en Canada. 

Janclot. 



80 RELATION DE L'iNTENDANT CHAMPIGNY 

RELATIOÎ^ DE L'INTENDAXT BOCHARD DE CHAMriGNY. 

Archives de la marine Paris, France. 

(Extraits du rapport de l'année 1690) 

Le 8 octobre, le sieur Prévost, major de Québec, eut avis, 
par un sauvage qui avait fait une prisonnière anglaise, qu'il 
était parti de Boston une flotte considérable, avec 2500 
hommes pour venir assiéger Québec. 

Deux jours après, cette nouvelle lui ayant été confirmée 
par la prise que ces bâtiments firent de deux barques fran- 
çaises dans le fleuve St- Laurent, il dépêcha un canot pour en 
donner avis à Monsieur le Comte de Frontenac qui était lors 
à Montréal et envoya une biseaïenne pour reconnaître les 
ennemis. Ensuite, il donna les ordres nécessaires pour mettre 
la place en état de faire une vigoureuse défense en rassem- 
blant dans la ville les habitants des environs et faisant tra- 
vailler à de bons retranchements dans les avenues et le long 
des rives. 

Monsieur de Frontenac, ayant appris cette nouvelle, partit 
de Montréal pour se rendre à Québec, et, ayant su en chemin 
que les ennemis avançaient, il fit marcher avec lui les troupes 
du Roi et les habitants (]ui étaient sur sa route et envoya ses 
ordres à Monsieur de Callières, gouverneur de Montréal, de 
partir incessamment avec les troupes et un détachement 
d'habitants de son gouvernement pour se rendre à Québec. 
Monsieur de Frontenac y arriva trois jours avant l'arrivée 
des ennemis. 

Le seizième jour d'octobre, à la pointe du jour, il parut à 
la vue de Québec 32 bâtiments anglais qui vinrent mouiller 
à une demi-lieue de la ville. Sur les dix heures un trom- 
pette vint à terre porter une lettre à Monsieur le Comte de 
Frontenac de la part de Sir "William Phips, commandant de 
la flotte, sous les ordres et comme sujet du roi Guillaume, 
l)ar laquelle il le sommait de se rendre et de lui remettre les 
châteaux et biens de son gouvernement dans une heure ; à 



RELATION DE L'INTENDANT CHAMPIGNY 81 

quoi il fit réponse qu'ils (les Anglais) étaient des infidèles au 
roi Jacques, leur légitime prince, que le roi de France avait 
peut-être rétabli dans ses droits ; ainsi, qu'il n'avait d'autre 
réponse à leur faire, que par la bouche de ses canons et 
mousquets. 

Ensuite il fit bander les yeux à cet envoyé, comme on 
l'avait fait en l'amenant, et le fit conduire à la chaloupe qui 
était mouillée au large. 

Le soir. Monsieur de Callières arriva avec 5 à 600 hommes. 

Le lendemain se passa sans faire aucune entreprise de 
part et d'autre. 

Le 18, sur le midi, les ennemis firent une descente à terre 
d'environ 1600 hommes, du côté de Beau port, à une lieue de 
Québec, où l'ardeur et la bravoure des Canadiens parut par 
des escarmouches qu'ils firent durant deux heures sur les 
ennemis qui demeurèrent et marchèrent toujours en bataille 
sans se rompre. Il n'y avait qu'environ deux cents Canadiens 
dans cette occasion qui sortirent de la ville en confusion pour 
courir à l'ennemi sans attendre aucun ordre ni commande- 
ment. 

Le même jour, sur les quatre heures du soir, les quatre 
plus gros bâtiments ennemis vinrent canonner la ville. Il fut 
tiré de leurs bords 4 à 500 volées de panon qui ne firent 
presque aucun dommage. 

L'amiral et un autre furent fort endommagés par notre 
canon, en sorte qu'ils furent obligés de couper un de leurs 
câbles, de travailler toute la nuit, et le lendemain de se 
retirer à leur gros ; les deux autres montèrent au-dessus de 
Québec, hors de la portée du canon. 

Le 19, 20 et 21 se passèrent à faire plusieurs escarmou- 
ches par les Français sur les ennemis autour de leur camp,, 
entre Québec et Beauport. La nuit «du 21 au 22, les habi- 
tants de Beauport et Beaupré, après avoir harcelé l'ennemi 
tout le jour, se rendirent maîtres de cinq pièces de canon 
' montées sur des affûts de campagne qu'ils avaient abandonnées, 
dans leur camp pour se rembarquer promptement à la faveur 
de la nuit dans la crainte qu'ils eurent d'être enveloppés, 
ayant vu passer de leur côté 3 à 400 hommes en travers du 
bois, le 22. 

6 



82 RELATION DE l'iNTENDANT CHAMPIGNY 

Les deux navires qui étaient au-dessus de Québec se retirè- 
rent à leur gi'os tenant la côte du sud pour éviter le canon 
de la ville. 

Le 23, au soir, ils mirent à la voile et se retirèrent à deux 
lieues de Québec. La nuit suivante le gouverneur fit passer 
des troupes à la côte de Lauzon et à l'Ile d'Orléans pour 
empêcher l'ennemi d'y descendre et soutenir les habitants en 
cas qu'ils fussent attaqués. 

Le 24, à la pointe du jour, les ennemis partirent de la vue 
de Québec. Sur le soir, ils miient à terre une prisonnière 
française pour venir proposer au gouverneur l'échange des 
prisonniers Anglais contre les Français. Le gouverneur 
envoya faire cet échange à moitié chemin, et cela fait, les 
vaisseaux mirent à la voile pour se retirer. 

* L'état où se trouve la Colonie présentement nous doit faire 
désirer bientôt l'arrivée des secours que nous avons deman- 
dés, M. le Comte de Frontenac et moi. Nous vous avons 
informé par nos lettres du mois de novembre, portées par la 
frégate La Fleur de Mai, que nous avons fait partir exprès 
pour cela, que nous étions dans une fort grande disette de 
vivres ; que de dix ou onze navires, partis de France pour ce 
pays en 1690, il n'en était arrivé que trois; que nous avions 
repoussé les Anglais^ dans l'entreprise qu'ils avaient faite sur 
Québec, et que nous étions menacés de les voir revenir ce 
printemps avec des forces plus grandes. On ne manque pas 
ici de résolution et de fermeté pour s'opposer vigoureusement 
à leurs desseins et je me persuade que vous avez lieu d'en 
être satisfait. J'ai conservé soigneusement les lards et farines 
venus l'an passé, en sorte que j'en ai encore pour faire sub- 
sister les troupes durant deux mois ; mais nous avons fort 
peu de munitions. 

Etant absolument nécessaire d'achever la clôture de Québec, 
de faire des retranchements dans la place, couvrir les redou- 
tes, raccommoder les batteries, en faire de nouvelles, faire 
une nouvelle palissade aux Trois-Rivières, celle qui y est 
étant entièrement ruinée, et achever le fossé qui est autour 



* {Extraits duMév^oive de Monsieur de Champigny. adressé au minis- 
tre, en date du 10 mai jG91) 



RELATION DE l'INTENDANT CHAMPIGNY 83 

•de Montréal, nous avons commencé de faire faire les dits 
travaux, la conservation du Canada dépendant de la sûreté 
de ces trois endroits. Je vous envoie, Monseigneur, un état 
de la dépense qu'il conviendra faire pour cela. Quelque 
économie et bon usage que l'on fasse des deniers du Eoi, on 
ne pourra pas y dépenser moins que les vingt mille livres 
que je vous ai demandées. ^ 

Les soixante et quinze mille livres ordonnées pour les 
dépenses de la guerre de 1690 ont été employées à leurs 
destinations suivant deux états que je vous envoie. L'un est 
•de 42,709 livres, 9 francs, 5 deniers, qui contient ce qui avait 
été payé jusqu'au premier septembre 16^0, dont je vous ai 
envoyé autant le mois de novembre dernier, et l'autre de 
32,276 livi-es, 16 francs, 10 deniers, qui est ce qui a été payé 
depuis et l'a été principalement à l'occasion du siège de 
Québec. Il y a encore des dépenses faites pour la guerre, 
mais elles seront portées sur la présente année dont je vous 
rendrai compte et de celles qui seront faites pour l'avenir par 
les vaisseaux qui viendront. Je suis bien aise, Monseigneur, 
de vous assurer que je m'attache de plus en plus à ménager 
les fonds du Roi, puisque je sais bien que mon devoir m'y 
oblige et que c'est la chose qui vous est la plus agréable. 

Xous avons perdu, cet hiver, le sieur Lemoyne de Sainte- 
Hélène, gentilhomme de ce pays, lieutenant des troupes, qui 
est mort d'un coup de fusil qu'il reçut dans l'attaque des 
Anglais l'automne dernier. Il a été fort regretté des Français 



1 Ces 20,000 livres étaient .accordées depuis plus d'un mois 

quand Champigny en renouvela la demande. On lit, en effet, dans 
un Mémoire du Roi aux Sieurs Comte de Frontenac et de Champigny, 
l'extrait suivant : 

Au camp devant Mons, 

le 7 avril 1691. 

" Sa Majesté, espérant qu'ils {Frontenac et Champignif) auront 
engagé les habitants de Québec et de Montréal à préparer les palis- 
sades et les matériaux nécessaires pour les fortifications, Elle a 
encore bien voulu ordonner l'envoi d'un fonds de 20,000 livres pour 
les faire achever aussi bien que les autres postes avec le secours 
dont les habitants pourront donner." 



84 RELATION DE JUCHEREAU 

et des Sauvages. Son frère, Mr de Longue uil, passe en France 
pour aller aux eaux de Barège, n'étant pas parfaitement guéri 
d'une blessure qu'il a eue au bras, d'un coup de fusil, il y a 
deux ans. C'est un fort honnête homme qui mériterait une 
compagnie. 




^/z£^^fry^( 




RELATIO!^ DE JEAME-FRANÇOISE JÏÏCHEREAU 
DE LA FERTÉi 

Histoire de V Hôtel-JDieu de Québec — édition de 1751, pages 317 à 344. 



Dans le mois de juin 1690, il vint ici 8 ou 10 matelots qui 
disaient s'être sauvés des navires pêcheurs que les Anglais 
avaient pris à l'isle Percée, Ils assuraient que les Anglais 
faisaient le projet d'aller prendre le Port-Eoyal, et ensuite 
de venir assiéger Québec ; mais personne ne voulut les 
croire. Cependant, soit que les filles soient plus crédules 
ou plus craintives, nous résolûmes de faire des prières et 
des pénitences pour obtenir de Dieu l'éloignement de ce fléau, 
Nous nous adressâmes à la très sainte Vierge, à saint Joseph 
et aux Saints Anges dont nous récitions les litanies tous les 
jours avec une ferme confiance qu'ils combattraient pour nous 
s'il était nécessaire. Des sauvages de l'Acadie vinrent, dans 
le mois d'août, dire à M. Prévost, ancien officier du régiment 
de Carignan et lieutenant du Eoi à Québec, et qui comman- 
dait en l'absence de M. le comte de Frontenac, que le Port- 



1 Hospitalière de l'Hôtel-Dieu de Québec, en religion Jeanne- 
Françoise de Saint-Ignace. 



RELATION DE JUCHEREAU 85 

Royal était pris par les Anglais et qu'ils devaient venir ici ; 
qu'il se préparât à les bien battre et qu'il ne se rendît pas 
sans tirer, comme avait fait le gouverneur de l'Acadie. On 
prit encore cela pour des rêveries ; on crut que les sau- 
vages voulaient avoir quelque présent, on leur donna quelque 
chose et on les renvoya sans les croire, dont ils s'aperçiuent 
fort bien. Les prisonniers, que nos petits partis faisaient dans 
le pays d'en haut, disaient la même chose et ne le persuadaient 
pas mieux. Enfin le 7 octobre, fête de Notre-Dame de la Vic- 
toire, M. de Cann an ville arriva, qui dit avoir compté 33 voiles 
anglaises près d'ici, qu'assurément ils faisaient la route de 
Québec,et qu'ayant eu depuis un vent favorable, il ne doutait 
pas qu'elles ne parussent incessamment ; on les vit enfin et on 
envoya promptement à Montréal avertir M. le Comte de 
Frontenac qui descendit en diligence. 

Aussitôt que cette nouvelle fut répandue chacun chercha 
un logement à la Haute Ville en abandonnant les maisons de 
la Basse. On fit des retranchements avec des barriques pleines 
de pierres, qui auraient tué plus de monde, si le canon eût 
donné dedans, qu'elles n'en auraient sauvé. On nous signifia 
de nous tenir prêtes à sortir de la ville pour aller à Lorette. 
Nous fîmes nos paquets, nous conservâmes ce que nous a^àons 
de meilleur ; trois religieuses firent cependant une fosse dans 
le jardin dans laquelle on enterra l'argenterie de l'église, et 
surtout les- vases sacrés, pour empêcher la profanation. Nous 
ne nous réservâmes qu'un petit calice pour dire la sainte 
messe ; nous étions dans la plus grande consternation. Deux 
religieuses consentirent à garder la maison, et, le jour du départ 
étant arrivé, les charettes étant déjà dans la cour, nous nous 
assemblâmes dans l'avant-chœur pour nous dire adieu ; on 
se demanda pardon les unes aux autres, avec un cœur si 
attendri, qu'on n'entendait que sanglots ; celles qui devaient 
rester, voyant cette affliction générale, ne pouvaient plus se 
résoudre à se séparer des autres. 

Sur ces entrefaites, on nous vint dire d'attendre que M. de 
Frontenac fut amvé, afin qu'il jugeât lui-même si notre 
sortie était nécessaire ; cela nous fit reprendre un peu nos 
esprits. M. le Gouverneur ne fut pas plutôt à Québec qu'il 
nous envoya dire qu'il ne voulait pas que nous sortissions de 
la ville, que notre fuite alarmerait tout le monde, qu'il espé- 



86 RELATION DE JUCHEREAU 

rait que Dieu nous ferait la grâce de vaincre nos ennemis et 
qu'il fallait la lui demander avec confiance. Il visita tous 
les remparts pour voir les fortifications, encourageant les 
habitants et rassurant par sa bonne contenance tous ceux qui 
étaient effrayés. Les Anglais venaient fort lentement ; Dieu, 
sans doute, les arrêtait pour donner le temps aux Montréa- 
listes de descendre, car ils ne profitèrent pas du vent favorable 
pour nous surprendre, comme ils auraient pu faire. 

Ils avaient pris, vers Auticosti, M. de Grandville qui avait 
été officier dans le régiment de Carignan et qui était alors 
lieutenant eu ce pays, Madame de Lalande, mademoiselle 
Joliet et plusieurs autres. Ils (les Anglais) s'informèrent de 
quelles fortifications il y avait à Québec ; elles, qui ne dou- 
taient nullement point qu'ils ne s'en rendissent maîtres, leur 
répondirent fort simplement et sincèrement qu'il n'y en avait 
point et que le peu de canons étaient enterrés dans le sable. 
Cela les flattait, l-eaucoup et ils croyaient déjà nous tenir. 
Ils se mirent en devoir de débarquer à la Rivière Quelle ; 
mais Monsieur do Francheville, qui en était curé, rassembla 
ses paroissiens, leur représenta vivement qu'il y allait de leur 
bien spirituel et temporel, leur fit prendre à tous les armes, 
et les commanda si heureusement, que, ayant dressé son 
embuscade dans l'endroit où les ennemis pouvaient faire leur 
débarquement, ils attendirent les chaloupes qui venaient 
bien remplies : dès que la première fut à la portée du mous- 
quet il fit faire une décharge qui tua tous les hommes dont 
elle était chargée, à la réserve de deux qui s'enfuirent bien 
vite. 

Les autres chaloupes ne jugèrent pas à propos de s'exposer 
au même danger. Ils tentèrent encore plusieurs autres fois 
de descendre sur nos côtes, et ce fut toujours sans succès. 
Monsieur de Longueuil ayantobtenu de Monsieur de Frontenac 
la permission d'aller au-devant d'eux s'y transporta si promp- 
tement qu'il les joignit à l'Isle et les accompagna, jusque vis- 
à-vis Québec, les suivant le long du rivage, et faisant, avec 
une poignée de monde qu'il avait avec lui, des décharges si à 
propos lorsque les Anglais voulaient débarquer, qu'ils crurent 
que ces campagnes étaient remplies d'Indiens (c'était le nom 
qu'ils donnaient au peuple du Canada). En eifet, dès qu'ils 
approchèrent de terre, ils virent sortir de tous les bois qui 



RELATION DE JUCHEREAU 8T 

bordaient la grève des coups de fusil dont ils étaient fort 
incommodés. Monsieur de Longueuil, avec sa petite troupe, 
amena les habitants d'en bas à la ville, après avoir côtoyé la 
flotte ; et ce fut par sa prudence et par son courage qu'il 
sauva du pillage tous les habitants qui sont au bord du fleuve. 
Enfin le 15 d'octobre, à six heures du matin, les vaisseaux 
parurent et se placèrent dans le bassin. Dès qu'ils eurent 
mouillé, le général de la flotte, nommé G-uillaume Phips, envoya 
un trompette sommer Monsieur le Comte de Frontenac de lui 
rendre la place ; cet envoyé fut reçu d'une manière plaisante 
et on se servit pour le tromper de bien des ruses que la guerre 
permet. Monsieur le Major qui l'attendait sur le bord de 
l'eau lui fit bander les yeux afin qu'il ne vit pas la faiblesse 
de nos retranchements, puis le fit conduire par deux sergents 
qui le soutenaient et qui le firent passer exprès par des che- 
mins impraticables pour aller au Fort. Ou courait de tous 
côtés, on allait se ranger comme si la foule eût fermé le 
passage et pour mieux lui persuader que le monde abondait 
dans Québec, dix ou douze hommes eurent soin de le presser 
et de le pousser pendant tout le chemin sans qu'il s'aperçut 
que c'était toujours les même^ qui ne faisaient que passer et 
repasser autour de lui. Les dames, qui eurent la curiosité de 
le voir, l'appelaient en riant Colin Maillard, et tout ce qu'il 
entendait lui paraissait si résolu qu'il en tremblait de peur 
quand il entra dans la chambre du Gouverneur où tous les 
officiers l'attendaient. Ils s'étaient tous habillés le plus pro- 
prement qu'ils purent, les gallons d'or et d'argent, les rubans, 
les plumets, la poudre et la frisure, rien ne manquait. De 
sorte que, quand ce pauvre Anglais eut les yeux libres, il vit 
quantité d'hommes bien faits et bien mis qui n'avaient point 
la mine craintive, mais, au contraire, la joie se lisait sur leur 
visage, et l'air martial de tous ces braves gens le rendit tout 
interdit. Il salua Mr le Comte de Frontenac, le pria fort 
humblement de trouver bon qu'il s'acquittât delà commission 
dont son maître l'avait chargé, s'excusant sur la nécessité où 
il était de faire un compliment qu'il jugeait ne devoir pas 
être agréable. 

Il dit donc à Monsieur le Grouverneur que Guillaume Phips 
le sommait de la part du roi Guillaume de rendre la ville 
dont il avait le commandement et qu'il lui donnait une heure 



88 RELATION DE JUCHEREAU 

pour y répondre. En même temps il tira de sa poche une 
montre et la posa sur la table. Monsieur de Frontenac, qui 
avait beaucoup d'esprit, répondit qu'il ne connaissait point le 
roi Guillaume, qu'il ne connaissait pour roi d'Angleterre que 
le roi Jacques II, et que pour la ville qu'il demandait il 
n'était pas d'avis de la lui rendre, que tous ces braves officiers 
s'y opposaient, qu'ainsi il ne ferait point d'autre réponse, que 
par la bouche du canon. Aussitôt l'Anglais reprit sa montre, 
on lui remit son bandeau et il fut reconduit avec les mêmes 
précautions qu'on avait prises pour le mener. 

La réponse généreuse de M. le Gouverneur fut admirée. 
On eut lieu de croire qu'elle surprit beaucoup nos ennemis, 
car ils tinrent plusieurs conseils pendant trois jours et gar- 
dèrent un profond silence. On voyait seulement les chaloupes 
de tous ces vaisseaux aller souvent à bord de l'amiral, ce qui 
ne se fit point sans une providence de Dieu bien particulière 
sur le Canada, puisque ce délai donna le loisir aux habitants 
de Montréal de venir à notre secours avec les troupes que Mr 
le chevalier de Callières, gouverneur de Montréal, comman- 
dait. Ils firent une si prodigieuse diligence qu'ayant appris 
là-haut la nouvelle de la venue des Anglais le 13 octobre à 
six heures du soir, le lendemain matin 800 hommes armés se 
trouvèrent prêts à partir et vinrent ce jour-là coucher aux 
Trois-Kivières. 

Mr de la Colombière, grand-archidiacre, descendit avec eux, 
ayant arboré sur son canot un étendard où était peint le saint 
nom de Marie, afin d'animer les guerriers par la confiance en 
la très sainte Vierge. On leur dit, le 16, à sept lieues d'ici, 
que la flotte ennemie était devant Québec, que le général 
avait fait sommer Mr de Frontenac et la belle réponse qu'il 
lui avait faite. Mr le chevalier de Callières jugea qu'il fallait 
amener son monde par terre pour ne pas exposer les canots 
à l'artillerie des Anglais. Il mit les troupes et la milice en 
bon ordre et les fit marcher tambour battant jusqu'à Québec. 

Les Anglais entendirent de leurs vaisseaux le bruit que 
faisait cette belliqueuse jeunesse qui venait en sautant et 
avec de grandes démonstrations de joie. Ils appellèrent Mr de 
Grandville leur prisonnier et lui demandèrent ce que c'était ; 
il écouta les fifres et les caisses et voyant bien d'où cela venait 
il leur dit cavalièrement: " Ma foi, messieurs, vous ne tenez 



BELATION DE JUCHEREAU 89 

" rien, c'est Mr le Gouverneur de Montréal qui arrive avec 
" les gens d'en haut, vous n'avez qu'à plier bagage ; ce secours 
" pour Québec vous fera perdre vos peines." Ils commencè- 
rent à tirer le 17, veille de Saint Luc, sur les 4 heures du 
soir. On fit un feu de part et d'autre si continuel que plusieurs 
officiers qui s'étaient trouvés en France à quantités de sièges, 
assurèrent qu'ils n'en avaient jamais vu de si vif. Ils s'effor- 
cèrent surtout, comme nous l'avons su depuis, de tirer sur un 
tableau de la Sainte Famille que l'on avait exposé sur le 
clocher de la cathédrale, mais il n'y firent aucun mal et cela 
même nous garantit parce que tous les coups qu'ils visaient 
sur l'image passaieat par-dessus Québec. Les Anglais croyaient 
nous effrayer, mais ils furent plus alarmés que nous quand 
ils virent que nos batteries étaient si bien servies et qu'on 
leur envoyait des boulets de 18 et de 24. Ils les montraient 
aux dames qui étaient prisonnières chez nous et ils leur 
disaient : " Est-ce là les canons que vous disiez enterrés dans 
le sable ? " Elles étaient aussi étonnées qu'eux, car elles 
s'étaient imaginées que leur prise n'avait précédé que de 
quelques jours celle de tout le Canada. 

Il est aisé de juger combien nos alarmes redoublèrent 
lorsque nous entendîmes le bruit du canon ; nous étions plus 
mortes que vives toutes les fois que le combat recommençait. 
Les boulets tombaient sur notre terrain en si grand nombre 
que nous en envoyâmes jusqu'à 26 en un jour à ceux qui 
avaient soin des batteries pour les renvoyer aux Anglais. 
Plusieurs religieuses pensèrent en être tuées ; le danger était 
si évident que les plus braves officiers regardaient la prise de 
Québec comme inévitable; on se croyait tous les jours à la 
veille d'être pris. Le Père Frémin, notre confesseur, ne sortait 
point de chez nous,il y passait la nuit pour consumer les hosties 
consacrées, si les Anglais se rendaient maîtres de la place, afin 
d'empêcher la profanation. Il nous donnait la dernière abso- 
lution dès que le péril augmentait, s'efforçait de nous rassurer 
par des motifs de confiance. Malgré toutes nos craintes, nous 
préparâmes différents endroits pour recevoir les blessés, parce 
que le combat avait commencé d'un air à faire croire que 
notre hôpital ne serait pas capable de contenir ceux qui 
auraient besoin de notre secours. ]Mais Dieu ménagea le sang 
des Français ; H y eut peu de blessés, encore moins de morts. 



90 RELATION DE JUCHEREAU 

Québec était fort mal muni pour un siège, il y avait très 
peu d'armes, point de vivres, et les habitants venus de Mont- 
réal avaient consumé les petites provisions qni s'étaient 
trol^vées dans la ville. Notre enclos était entouré de corps de 
gardes et les officiers comme les soldats s'estimaient heureux 
quand nous leur donnions une écuelle de légumes cuits. 
Nous en faisions bouillir dans des chaudières qui tenaient 
une barrique et on les leur distribuait. Ils venaient nous 
demander du pain et le prenaient dans le four avant même 
qu'il fut cuit; nous leur donnions des fournées de pommes 
cuites qu'ils recevaient avec joie. Pour nous, il nous était 
impossible de manger le peu que l'on nous présentait ; car on 
fut obligé de nous retrancher le pain, nous n'en avions à 
chaque repas qu'un fort petit morceau. Les fruits et les 
légumes de notre jardin furent pillés par les soldats ; ils se 
chauffaient à nos dépens et nous brûlèrent notre bois. On 
enleva nos planches et nos madriers que nous donnâmes 
volontiers, ta^^it pour contribuer au soulagement des combat- 
tants que pour aider à construire les petites fortifications 
qu'on opposa à l'ennemi. Tout nous paraissait doux pourvu 
que nous fussions préservées de tomber entre les mains de 
ceux que nous regardions comme les ennepiis de Dieu aussi 
bien que les nôtres. 

Nous n'avions pas de canonniers ; deux capitaines, Mr de 
Maricourt et Mr de Lotbinière, prirent soin des batteries et 
pointaient le canon, mais si juste qu'ils ne perdaient point de 
coups. M. de Maricourt abattit avec un boulet le pavillon de 
l'amiral et sitôt qu'il fut tombé nos Canadiens allèrent témé- 
rairement dans un canot d'écorce l'enlever et le tirèrent 
jusqu'à terre à la barbe des Anglais. Ou le porta en triomphe 
à la cathédrale, où il est encore. 

Ce qu'il y eut d'admirable et qui, assurément, attira la 
bénédiction du ciel sur Québec, c'est que, pendant tout le siège, 
on n'interrompit aucune dévotion publique, et chacun redou- 
bla celle qui se faisait en particulier. La ville est disposée 
d'une telle manière que les chemins qui conduisent aux 
églises sont vus de la rade, de sorte qu'à plusieurs heures du 
jour, on voyait des processions d'hommes et de femmes aller 
où les cloches les invitaient. Les Anglais les remarquaient. 
Ils appellèrent Mr de Grandville et lui demandèrent ce que 



RELATION DE JUCHEREAU 91 

c'était. Il leur dit naïvement : " C'est la messe, les vêpres et 
le salut." Sur cette assurance les citoyens de Québec les 
désolaient; ils s'étonnaient de ce que les femmes osaient 
sortir: nos dévotions ne leur plaisaient pas, ils jugeaient de 
là que nous étions fort tranquilles, quoiqu'il s'en fallut beau- 
coup, car tout diminuait dans la ville, excepté la faim. Nous 
n'avions plus ni vivres ni munitions. 

Les Anglais s'appauvrissaient aussi ; par bonheur pour 
nous ils ne chargeaient plus leur canon que de mitraille. 
Enfin, voyant qu'ils ne gagnaient rien à canonner la ville, 
ils résolurent de faire descendre sur les terres de Beauport 
une partie de leur armée. Ils détachèrent 1500 hommes qui 
dressèrent là une batterie de canon ; ce' dessein nous alarma, 
parce que rien ne leur était plus facile que d'entrer par ce 
côté dans Québec. Mr de Saint-Denis, tout vieux qu'il était, 
avec 60 hommes qu'il commandait dans cet endroit, les 
empêcha d'aller plus loin et les conduisit battant jusqu'à la 
Canaidière où Monsieur de Longueuil passa, faisant défiler 
son monde pour secourir ce poste important. 

Il fallait que Dieu s'en mêlât pour animer le courage des 
Français qui manquaient presque de tout, et pour effrayer 
les Anglais par des terreurs paniques. Ce ne fut point la 
valeur de nos officiers ni la multitude de nos soldats qui les 
firent retirer. 40 séminaristes qui étaient à Saint-Joachim, et 
qui brûlaient du désir de combattre, obtinrent la permission 
de venir à Beauport. Ils savaient fort bien tirer et dès la 
première décharge qu'ils firent sur le camp de nos ennemis 
l'épouvante les saisit. Ils se persuadèrent que toutes les 
montagnes voisines étaient peuplées d'indiens qui venaient 
les prendre par derrière, de sorte que, sans tenir conseil, ils 
s'embarquèrent confusément et précipitamment, laissant leurs 
munitions et leur canon dont deux sont demeurés à Beau- 
port, un à Saint-Joachim et les autres ont été apportés à 
Québec. 

On dit qu'ils prirent encore pour des hommes armés des 
^troncs d'arbres dont la plaine de l'Hôpital-Général était cou- 
verte, et qu'un sauvage transfuge s'étant sauvé dans leur 
camp leur fit part de la peur dont il était lui-même saisi. 
Dieu voulut avoir tout l'honneur de la victoire et sa Provi- 
dence parut si visiblement qu'il n'y eut personne qui ne 



'92 RELATION DE JUCHEREAU 

confessât hautement que le ciel avait pris notre défense et 
qui ne lui en rendit toute la gloire. Ces fuyards alarmèrent 
le reste de la flotte qui, après une prompte délibération, fit 
une honteuse retraite le 21 d'octobre, 7 jours depuis son 
arrivée. 

Nous n'avons pu donner une juste idée de la consternation 
que nous causa la venue des Anglais, ni des assauts que nous 
eûmes pendant le siège par les différentes alarmes que l'on 
prit de tout ce que l'on craignait ; mais il ne nous est pas 
plus possible d'exprimer la joie de toute la colonie quand 
on les vit partir en désordre. On avait de la peine à se per- 
suader qu'ils se retirassent, et dès qu'on ne les vit plus on 
pensa aux moyens de rendre à Dieu des actions de grâces 
publiques. Monsieur le Comte de Frontenac fut un des plus 
zélés pour en marquer sa reconnaissance. Il fit chanter le 
Te Deum dans la cathédrale avec toute la solennité requise. 
On fit après une procession magnifique dans toutes les églises 
de Québec ; on leur poita l'image de la très sainte Vierge en 
triomphe, comme notre libératrice, qui avait vaincu nos 
ennemis. Tout retentissait des louanges de la Eeine des 
Anges et des hommes qui venait de nous donner des 
témoignages si singuliers de sa maternelle protection. On 
établit la fête de Notre-Dame de la Victoire dans l'église de 
la basse ville pour mémoire éternelle de la défaite des 
Anglais. Mr de La Colombière, archidiacre, y prêcha avec son 
éloquence ordinaire, et en fidèle serviteur de Marie, sur les obli- 
gations que lui avait la Nouvelle-France et ce qu'on devait 
faire pour en mériter la continuation. On lui attribua toute 
la gloire de cette victoire, sans parler de la prudence des 
gouverneurs, de la valeur des officiers, ni de la bravoure des 
soldats et des habitants, ce que pas un ne trouva mauvais 
tant on était persuadé qu'Elle seule avait repoussé nos enne- 
mis. La dévotion envers Marie s'augmenta beaucoup en ce 
pays. 

Quand les Anglais furent à quelques lieues d'ici on eut 
avec eux des conférences pour parler sur l'échange des pri- 
sonniers qu'ils avaient dans leurs vaisseaux. On leur rendit 
plusieurs hommes que nous avions pris dans le pays d'en 
haut et vers l'Acadie, mais ils demandèrent à la place de Mr 
Trouvé, prêtre, qu'ils avaient pris au Port-Royal, une jeune 



RELATION DE JUCHEREAU . 93 

fille de condition nommée Sara Guerische i , C'était une petite 
anglaise que Madame de Champigny, Intendante, nous avait 
donnée depuis un an. Elle n'avait que 8 ans, mais sa raison 
devançait son âge ; elle avait beaucoup d'esprit et le plus 
aimable naturel, un air noble et de petites manières si enga- 
geantes que nous l'aimions toutes fort tendrement. Elle 
s'était particulièrement attachée à la Mère Saint-Ignace qu'elle 
regardait comme sa maîtresse et lui disait avec une naïveté 
charmante ses doutes et ses pensées. Elle était bien instruite 
de notre sainte religion et avait fait sa première communion 
avec une grande ferveur et dans une grande innocence. On 
lui disait quelquefois que l'on s'étonnait qu'une fille raison- 
nable comme elle eût tant de peur des Sauvages, car elle 
pâlissait et tremblait dès qu'elle en apercevait. " Si vous 
" aviez vu, disait-elle, tuer votre père par ces gens-là, comme 
" j'ai vu tuer le mien, vous les craindriez autant que moi." 
Puis elle ajoutait, en sanglotant, qu'ils avaient eu la cruauté 
de la faire passer nue en chemise par-dessus le corps mort de 
son grand-père. On ne saurait dire toutes les gentillesses de 
cette enfant ; elle parlait également bien anglais, iroquois et 
français. EUe ne nous quitta qu'à regret et jetait de hauts cris 
en nous disant adieu et nous promit qu'elle conserverait 
toujours la religion que nous lui avions inspirée. Elle emporta 
un petit crucifix à son col, qu'un de ses frères, qui était dans 
l'armement, voulut lui ôter, ce qui lui fut impossible tant 
elle s'en défendit bien ; elle le cacha sous son aiselle afin 
de le conserver. L'année suivante elle écrivit à la Mère 
Saint-Ignace et lui envoya une pièce d'or, ce qui est, dit-on, 
chez les Anglais, une marque de distinction. jSTous avons su 
depuis, par . des prisonniers, qu'elle était morte dix-huit mois 
après son retour en son pays. 

On avait envoyé vers Tadoussac au-devant des vaisseaux 
de France, dont il n'était venu aucune nouvelle, du moins 
pour les préserver du danger de tomber dans la flotte ennemie ; 
,car on doutait encore alors quelle serait l'issue du siège. 
Monsieur Aubert, très habile navigateur, qui y alla pour les 
conduire dans la Sagné (Saguenay) rencontra Le Glorieux 
à risle-aux-Coudres. Il y avait dans un navire un équipage 

1 — Sarah Gerish. 



94 RELATION DE JUCHEREAU 

basque dont le langage a du rapport à l'anglais et comme à 
toutes les marées en levant l'ancre ils faisaient grand bruit, 
nos découvreurs n'osèrent aborder le vaisseau et se contentè- 
rent de crier pendant deux jours : " Si vous êtes Français, 
montrez du feu." Le capitaine, nommé Avismindy, qui depuis 
a été fait officier dans la marine pour ses belles actions, était 
de fort mauvaise humeur parce qu'il y avait très longtemps 
qu'il était en mer et qu'à l'entrée du fleuve Saint- Laurent, 
après s'être vu dans les terres, quand le pilote prit hauteur, il 
trouva que le vaisseau avait dérivé 4u lieues hors de la 
rivière. Cela pensa le mettre au désespoir, car les vivres leur 
manquaient, on fut à la veille de relâcher ; mais comme ce 
navire était chargé des fonds du Roi et, par conséquent, du 
bien de sa colonie, on se détermina à poursuivre la route. Ils 
venaient à petites journées jusqu'à l'Isle-aux-Coudres où les 
cris des coureurs et les coups de fusil qu'ils tiraient pour 
qu'on leur répondit ne faisaient aucune impression sur le 
capitaine. Deux officiers du Canada qui étaient dans le navire 
conseillèrent à une dame qui était avec eux de montrer, du 
feu. Elle fit allumer un fanal et le montra par un sabot 
(sabord). Dès que les découvreurs l'eurent aperçu, ils criè- 
rent qu'on envoyât la chaloupe, qu'ils avaient bien des choses 
à dire. Le capitaine, voyant que l'on avait agi sans son ordre, 
descendit de la chambre et demanda d'un air fort courroucé 
qui avait montré du feu. La dame répondit hardiment que 
c'était elle et qu'il fallait savoir ce que ces gens-là voulaient ; 
qu'étant chargé des fonds du Koi et de plusieurs passagers il 
ne devait pas les faire périr au port. On tâcha de l'adoucir ; 
enfin il consentit à envoyer sa chaloupe. Elle amena plusieurs 
personnes avec Monsieur Aubert et on leur dit que tout était 
à feu et à sang dans Québec, que les Anglais assiégeaient la 
ville. Cette nouvelle les consterna et au lieu de profiter de la 
marée montante on jeta l'ancre pour se cacher dans le Sague- 
nay. On y plaça le navire après l'avoir démâté, on dressa 
une batterie de canon sur la grève à Tadoussac, on ôta du 
vaisseau 313 mille livres en argent monoyé que l'on enterra 
dans le sable. Il se passa fort peu de temps à faire tout ce 
dérangement. Et comme les Anglais se retirèrent assez • 
promptement de devant Québec, on les voyait défiler en 
désordre de ce petit camp. Quantité de blessés étaient sur le 



RELATION DE JUCHEKEATT 95 

pont des vaisseaux ; avec des longues-vues on distinguait les 
têtes bandées, les bras en écharpe, et leurs manœuvres toutes 
rompues. Tout l'appareil qu'on avait fait pour les empêcher 
de descendre fut inutile, ils ne pensèrent pas à débarquer. 
Ils achevèrent même de briser plusieurs de leurs navires, les 
plus délabrés étaient pour fournir du bois au reste de la flotte 
qui en avait besoin. On eut cependant une alarme pendant 
la nuit ; la sentinelle cria aux armes ! parce qu'il lui semblait 
entendre le bruit des rames de plusieurs chaloupes. On se 
leva très vite et après s'être mis en état de défense il se trouva 
que c'était les lames de la marée qui battaient les rochers 
avec beaucoup de bruit, parce qu'il ventait bien fort. 

Mr de Bonaventure, qui commandait le vaisseau du nord 
vint jusqu'à la Rivière du Loup où il uiipritque Québec était 
assiégé, il ne crut pas devoir exposer les effets de la Compa- 
gnie du Canada dont son navire était chargé. Il prit des 
vivres dans cet endroit qui appartenaient à Mr de Lachenave 
son beau-frère et fit un procès-verbal sur les raisons qu'il 
avait de relâcher en France, qu'il envoya à la ville. Puis il 
partit, fort touché de savoir sa patrie dans un grand danger 
et. alla porter en France la nouvelle du siège de Québec. 

Quoique nos ennemis nous fissent pitié, tant ils étaient en 
désordre, on craignit qu'ils ne fissent un dernier effort pour 
se venger de leur défaite et qu'ils ne déchargeassent leur rage 
sur quelqu'une de nos côtes. En s'en allant, Mr le Comte de 
Frontenac les envoya reconduire, sans qu'ils le sussent, 
jusqu'à Tadoussac par plusieurs des plus braves oflfiiciers qui 
observèrent leur route et qui avaient ordre de les empêcher 
de s'en détourner s'ils eussent tenté de le faire. Les uns 
allèrent du côté du sud, les autres du côté du nord, et ne 
revinrent tous à Québec qu'après avoir laissé la rivière nette 
d'Anglais. 

On remâta Le Glorieux qui vint enfin après une traversée 
de 113 jours. On peut admirer encore ici la protection de 
'Dieu sur le Canada, car si le capitaine Avismiudy avait eu 
les vents favorables pour faire un prompt voyage il n'aurait 
pas évité la flotte anglaise et se serait jeté entre les mains 
des ennemis. Nous avons regardé comme un grand bonheur 
X^our les personnes qui étaient dans ce vaisseau ce qu'elles 
croyaient leur être fort contraire ; nos prières furent mieux 



96 RELATION DE JUCHEREAU 

écoutées que les leurs. Nous demandions à Dieu qu'il les 
conservât, ce qu'il fit en les retardant par des événements 
qu'ils ne savaient à qui attribuer et dont ils étaient fort affligés. 

Les autres vaisseaux, qui avaient eu le même sort, arrivè- 
rent aussi heureusement; mais comme la saison était fort 
avancée ils hivernèrent ici. On l'isqua seulement un petit 
bâtiment nommé La Fleur de Mai pour porter en France les 
nouvelles de la défaite et de la retraite des Anglais." Il partit 
le 5 de décembre, se rendit à bon port à LaEocheUe où l'on 
était fort en peine de ce pays parce que l'on savait Québec 
assiégé. Ceux qui portèrent à la Cour les lettres de Mr le 
Comte de Frontenac y furent reçus comme des anges. Quand 
le Canada aurait été la plus riche province du royaume le 
Eoi n'aurait pas eu plus de joie de sa conservation. Tout le 
monde parut sensible à notre bonheur ; cela redoubR, l'affec- 
tion de Sa Majesté pour cette colonie, dont nous avons 
ressenti de si bons effets dans la suite. Le Eoi n'avait jamais 
voulu abandonner le Canada quoiqu'il en eût été fortement 
sollicité par des ministres intéressés qui lui représentaient 
qu'il y faisait beaucoup de dépenses sans en tirer aucun avan- 
tage. Le seul désir d'étendre la foi et de voir Dieu servi et 
adoré dans ces contrées engageait ce grand prince à soutenir 
ce pays. 

On ne parlait ici que des secours miraculeux que la Provi- 
dence avait employés pour nous délivrer de nos ennemis. 
Nous fimes entre nous quantité de dévotions pour remercier 
Notre-Seigneur et sa Sainte Mère du bienfait que nous en 
avons reçu. Nous demandâmes à Monseigneur l'Evêque 
d'instituer chez nous la Fête du Sacré Cœur de Marie, ce 
qu'il nous accorda et nous en expédia la patente le 15 de 
novembre 1690. 

.Nous célébrâmes cette fête, pour la première fois, le 3 juillet 
1691 avec les prières des Quarante Heures ; mais nous les 
avons réitérées depuis que avons obtenu de Eome une Indul- 
gence plénière, qui nous fut accordée par le Pape Innocent 
XII. 

Messieurs de la Congrégation, comme particulièrement 
dévoués au service de la Mère de Dieu, voulurent aussi donner 
des marques éclatantes de leur reconnaissance. Ils fondèrent, 
à perpétuité, dans la cathédrale de Québec, une messe du 
Saint-Sacrement, le lendemain des cinq principales fêtes de 



RELATION DE JUCHEREAU 97 

la très sainte Vierge. La première fois qu'on la chanta ce 
fut le 16 d'août 1691. Mr Glandelet y fit un sermon où, après 
avoir parlé des grandeurs de la R^ine des Auges et des hom- 
mes et des raisons que l'on avait de l'honorer, il expliqua le 
sujet de cette dévotion, loua beaucoup la piété des Congré- 
ganistes et les exhorta à aimer plus que jamais Celle à qui 
ils avaient l'honneur d'appartenir. 

Tout cela ne s'exécuta qu'après le départ de Monseigneur 
l'Evêque qui passa en France dès le printemps de cette année 
(1691). 



" L'année mil six cent quatre-vingt-dix, au premier siège 
des Anglais, les religieuses avaient tait leurs provisions de trois 
cents cordes de bois qui furent prises et employées tant pour faire 
de grands feux pour épouvanter les ennemis que pour chauffer les 
soldats et les habitants. 

De plus, elles avaient acheté pour les bâtir, un millierde planches 
et cinq cents madriers qui furent employés tant pour faire des 
cabanes pour les dits soldats que pour autres choses semblables 
pour le Roi. 

Elles avaient sur leur terrain un très beau verger d'arbres frui- 
tiers qui furent tous détruits et coupés ; le dit terrain sur lequel on 
fit des batteries de canon et qu'on pela jusqu'au roc pour en avoir 
la terre. Ce lieu leur était d'une très grande utilité tant pour y élever 
des bestiaux que volailles et surtout pour y laver le linge et y ftiire 
leur lessive tant pour elles que pour leurs pauvres malades. 

Outre cela, on a fait un chemin du Roi tout autour de leur bâti- 
ment, dans lequel une bonne partie de leur jardin y est entré. 

Les terres qu'elles ont proche de la ville, ou elles faisaient paca- 
ger leurs bestiaux, n'ont pas été plus épargnées que le reste. 
On a fait des carrières et pris la terre jusqu'au roc pour les fortifi- 
cations de la ville ; on y a bâti même dessus des bastions et des 
i-edoutes. Voilà, à peu près, le tort qu'on leur a fait, cetto année-là, 
en la Nouvelle-France." 

Extrait d'un Mémoire adressé au roi de France sur les revenus de 
l'IIôtel-Dieu de Québec, et sur les pertes qu'il a subies depuis sa 
fondation, en 1639, jusqu'à l'année 1700. Ce Mémoire fut rédigé par 
Marie-Magdeleine Hazeur de Lorme, en religion Mère S. Fran- 
çois-Xavier. 7 



98 RELATION D'aNNE BOURDON 

RELATION D'ANNE BOURDON ^ 

Archiviste du Monastère des Ursulines de Québec. 



" Le 7 octobre, on reçut la nouvelle qu'une flotte anglaise 
de trente-quatre vaisseaux venait pour se rendre maîtresse 
du pays, et que dès le second jour du mois les Anglais 
étaient déjà à la Malbaie, Cette nouvelle surprit extrême- 
ment; l'on n'était pas en état de résister n'y ayant dans la 
ville qu'environ deux cents hommes de la bourgeoisie, M. le 
Gouverneur étant à Montréal avec toutes les troupes. Aussi- 
tôt l'on dépêcha un canot pour porter ces nouvelles à Montréal, 
En attendant, M. le Major fortifiait la place. On dressa des 
batteries de canon à la basse ville, on mit des barricades daiis 
les rues, on fit venir des gens des côtes pour défendre la ville ; 
ensuite on peusa à nous envoyer à Montréal, mais il ne se 
trouva point de barques ; alors il fut résolu de nous envoyer 
à Lorette, quelques religieuses avec des provisions devant 
partir d'avance afin de disposer toutes, choses. Dès que les 
voiles des ennemis paraîtraient, on devait envoyer toutes les 
autres. L'on fit une cache dans notre caveau où l'on mit 
linge, habits, etc. L'on commença une neuvaine aux Saints 
Anges, puis une autre à St Joseph, patron du pays, faisant 
dire tous les jours la messe en son honneur avec un petit 
éloge de ce grand saint. L'on faisait aussi une neuvaine à Ste 
Anne et une autre aux âmes du purgatoire, n'épargnant rien 
pour tâcher d'apaiser la divine justice et attirer sur le pays 
la miséricorde de Dieu. 

" Le ciel, exauçant nos vœux, envoya des vents si con- 
traires à nos ennemis qu'ils ne firent pas en neuf jours ce 
qu'ils pouvaient faire eu un demi-jour. Enfin ils arrivèrent 
le 16 du même mois à six heures du matin, la ville étant en 
état de se défendre, ayant environ deux mille hommes pour 



] — Anne Bourdon, en religion Mère Ste Agnès, décédée en 1711, 
était fille de Jean Bourdon, pi'ocureur-géneral du roi en la Nou- 
velle-France. Il a donné son nom à notre populaire rue St Jean. 



RELATION D'ANNE BOURDON 99 

sa garde, y compris les troupes qui étaient descendues avec 
M. le Comte de Frontenac ; M. de Callières était aussi venu 
avec les troupes canadiennes d'en haut pour secourir Québec. 

" Ce même jour, les Anglais envoyèrent un trompette pour 
sommer M. notre Gouverneur de se rendre. Leur lettre était 
si insolente qu'ils voulaient qu'après avoir livré forts, armes, 
munitions, magasins, ou leur livrât même les personnes à 
discrétion, ne leur donnant qu'une heure à délibérer, M. le 
Gouverneur leur répondit comme ils le méritaient, savoir : 
" Que Dieu ne favoriserait pas des traîtres à leur roi et à leur 
religion, et qu'il n'avait pas d'autre réponse à leur rendre, que 
par la bouche de ses canons." Il renvoya ainsi l'Anglais sans 
seulement un mot de lettre, de quoi le général de la flotte, 
nommé Guillaume Phips, autrefois charpentier, se fâcha 
fort et ne pensa plus qu'à nous attaquer de son mieux. Ce 
fut un mercredi, 18 du courant, fête de St Luc, que, sur les 
deux heures après-midi, il tenta la descente entre Québec et 
Beauport. Ainsi quinze à seize cents Anglais prirent terre, le 
combat s'engagea et ils furent repoussés avec perte au moins 
de cent hommes et d'autant de blessés, quoiqu'il n'y eût pas 
plus de deux cent cinquante Français et Sauvages à leur 
résister. Cependant nous ne perdimes dans ce choc que 
quatre personnes, et n'eûmes que sept ou huit blessés dont 
un seul mourut ce soir-là même. Sur les cinq heures du soir 
ce même jour ils commencèrent à canonner la ville de leurs 
vaisseaux jusque sur les huit heures. Le lendemain, ils 
recommencèrent encore le matin et le soir, mais avec moins 
de furie que les jours précédents. 

Dès le premier soir, un boulet de canon entra par une 
fenêtre de notre communauté, ayant rompu le châssis et le 
volet, et vint tomber au pied du lit d'une de nos pension- 
naires. Un autre boulet de canon emporta le coin du tablier 
d'une de nos sœurs. Quantité d'autres boulets sont tombés 
dans nos cours, jardins et parcs ; mais, par la grâce et protec- 
'tion de Dieu, personne n'en a été blessé, nous en avons été 
quittes pour la peur. 

Pendant ce choc, notre maison était remplie de personnes 
séculières, outre que notre classe des externes était encombrée 
de meubles et de marchandises, servant de magasin à beau- 
coup de personnes qui avaient apporté leur bagage. Notre 
pensionnat et la classe de nos sauvagesses étaient occupés 



100 RELATION d'aNNE BOURDON 

par des familles de la Aàlle. Notre communauté servait de 
classe à nos pensionnaires ; notre réfectoire, notre noviciat, et 
les trois caves étaient remplis de femmes et d'enfants, et à 
peine pouvions-nous sortir de notre cuisine, dans laquelle il 
y avait souvent des personnes séculières. Nous y prenions 
nos repas debout, à la hâte, à peu près comme les Israélites 
lorsqu'ils mangeaient l'agneau pascal. 

La première nuit, nous la passâmes devant le Très Saint- 
Sacrement en prières ; pour les autres nuits, quelques-unes 
prenaient leur repos dans la sacristie, les autres dans leur 
cellule, toutes vêtues, attendant à chaque instant le moment 
qui devait terminer sa vie i. Pendant tout ce temps, l'on était 
en prières continuelles ; il y avait dans le chœur les figures 
de Jésus, Marie, J oseph, devant lesquelles brûlait continuelle- 
ment un cierge, et où il y avait toujours une religieuse en 
prières. 

Nous prêtâmes aussi en cette occasion notre tableau de 
la Ste Famille, qui fut exposé au haut du clocher de la 
cathédrale, pour témoigner que c'était sous les auspices de 
.cette Ste Famille et sous sa protection que l'on voulait com- 
battre les ennemis de Dieu et les nôtres. La plupart des 
soldats recherchaient avec empressement des passe-ports de 
l'Immaculée Conception : nos sœurs ne pouvaient suffire à 
en écrire pour contenter la piété de ces bonnes gens. Enfin 
les ennemis, après avoir vainement tenté de se rendre maîtres 
du passage et de la petite rivière (St Charles), ayant été 
repoussés vigoureusement par nos braves Canadiens, déses- 
pérant de venir à bout de leur entreprise se retirèrent, la nuit 
du samedi au dimanche, 22 du courant. 

La veille, jour de Ste Ursule, Monseigneur ^ vint dire la 



1 — La première nuit du siège, le R. P. Germain resta en prières 
au pied de l'autel dans la chapelle du monastère, afin de nous assis- 
ter au moment du danger. A minuit, voyant que tout était tranquille, 
il pensa que les soldats pourraient avoir un plus grand besoin de 
son ministère, et il se rendit dans les corps de garde, pour exhorter 
ces braves gens à se mettre bien avec Dieu par une vraie i)énitence. 

2 — Monseigneur était à Montréal lorsque la nouvelle du siège lui 
parvint. Il interrompit aussitôt sa visite pastorale pour accourir 
auprès de son troupeau assiégé. Le 12, il était déjà aux ijortes de 
la ville, où il fit son entrée à la lueur des flambeaux vers dix heures 
du soir. Dès le lendemain, il vint consoler nos Mères et ne manqua 
pas de les visiter tous les jours que dura le siège. 



RELATION d'aNNE BOURDON 101 

messe où toutes les religieuses communièrent. Ensuite, 
voyant que la guerre et le trouble qu'elle apportait empê- 
chaient que nous n'eussions le sermon, il emmena avec lui 
M. de la Colombière sur les deux heures de l'après-midi, 
lequel nous fit une très fervente exhortation en l'honneur de 
Ste Ursule, observant que le grand danger où nous étions de 
mourir pour la conservation et maintien de la foi, par la main 
des ennemis de la sainte Eglise, était la plus illustre manière 
de célébrer cette fête. Ensuite il nous exprima de grandes 
conjouissances sur notre bonheur prochain d'être vierges et 
martyres, imitant de si près notre glorieuse patronne. Comme 
il finissait son exhortation. Monseigneur commença d'un ton 
plein de ferveur Maria mater gratiœ, ce qui nous persuada 
presque à toutes que nous étions arrivées au dernier moment 
de notre vie. La consternation ('tait d'autant plus grande que 
l'on devait livrer un grand combat ce jour-là même, sur les 
quatre heures du soir. 

La veille de la Ste Ursule, on avait jugé le danger si 
pressant, que, sur les onze heures du matin, le E. P. Germain 
était venu consommer les saintes hosties, et nous restâmes 
sans avoir le Saint-Sacrement; mais Monseigneur nous étant 
venu voir l'après-dînée, ordonna que dès le lendemain matin 
on nous le rendit ; ce qui fut exécuté. Nous ne pûmes dire 
les grandes matines de Ste Ursule, faute de livres pour l'ofiice, 
la cache tenant engloutie la plus grande partie de nos livres 
de chœur ; Monseigneur voulut que l'on fît une demi-heure 
d'oraison extraordinaire, afin de ne rien diminuer du temps 
destiné au service de Dieu. Cependant les premières et les 
secondes vêpres furent chantées aussi bien que le salut, où 
Monseigneur nous donna lui-même la bénédiction du Saint- 
Sacrement. 

Le lendemain de leur déroute, les ennemis ayant voulu 
se hasarder à reprendre quelques pièces de canon et autres 
bagages, abandonnés le soir précédent sur les rives de Beau- 
port, ils furent si chaudement reçus qu'ils se sauvèrent en 
toute hâte ^ . 



1 — Dans leurs conseils de guerre, tenus à Boston, les Anglais 
avaient décidé qu'une armée de quatre mille hommes, y compris les 
auxiliaires Iroquois, agirait de concert avec les forces navales, allant 
fondre sur Montréal aussitôt que les troupes se seraient concentrées 



102 RELATION d'ANNE BOURDON 

Lorsque la flotte ennemie fut à quelques lieues de Québec, 
ils envoyèrent redemander leurs prisonniers ; ils en rendaient 
près de vingt des nôtres, mais ils furent obligés de se con- 
tenter de seize des leurs, encore la plupart étaient des enfants. 
Ils se retirèrent ensuite le plus vite qu'ils purent, laissant le 
pays dans une grande et universelle joie de se voir libre d'un 
si fâcheux voisinage ^. 

On ne savait comment témoigner sa gratitude à la Divine 
Majesté, reconnaissant que c'était un coup de sa puissance 
qui nous avait délivrées et que nous n'avions aucune part à 
cette victoire. Pour cet effet, Monseigneur ordonna une 
procession générale d'actions de grâces ; le dimanche dans 
l'octave de la Toussaint, 5 novembre, l'on porta l'image de la 
Ste Vierge aux quatre églises où l'on fut en station, et l'on 
chanta le Te Deuia à la cathédrale. On fit aussi un feu de 
joie ce même soir. De plus, Monseigneur a désigné que la 
chapelle que l'on doit faire à la basse ville serait bâtie sous 
le titre de Notre-Dame de la Victoire, conformément au vœu 
que l'on en avait fait. Chaque année, il y aura une fête et 
une procession en l'honneur de la très sainte Vierge, le qua- 
trième dimanche d'octobre." 

Tout en bénissant Dieu, il y avait encore grand sujet d'im- 
plorer sa miséricorde, car au milieu de ces réjouissances 
nous étions menacées d'un autre fléau non moins terrible que 
celui de la guerre ; la famine était déjà si grande que nous 



sur Québec. Mais Dieu déconcerta tous ces projets ; la petite vérole 
s'étant déclarée parmi les soldats anglais, les Iroquois abandonnè- 
rent avec insultes et i-eproches leurs alliés malheureux. Ces seize 
cents hommes, vêtus à la légère, souffrirent extraordinairement du 
froid quand ils eurent traversé nos frontières, et, après quelques 
vains efforts pour approcher des habitations, ils durent tristement 
reprendre la route de leur pays. 

1 — Cette victoire gagnée à Québec par une poignée de Français 
et de Canadiens fit grand bruit en Europe, surtout à Paris où Ton 
admira beaucoup l'audace et le sang-froid guerrier du Comte de 
Frontenac. Fier de ses sujets du Canada, Louis XIV fit frapper une 
médaille pour perpétuer le souvenir de cet exploit. D'un côté du 
médaillon, on voit la tête du Roi ; de l'autre, la France conquérante 
assise sur des trophées au pied de deux arbres du pays, sur des 
rochers d'où s'échappe un torrent; un castor va se réfugier sous un 
bouclier. Pour devise on y a inscrit ces notes : Kebeca liberata M. 
DC. XC ; et au revers : Francia in novo orbe victrix Québec déli- 
vré 1690 ; — La France victorieuse dans le Nouveau-Monde. 



RELATION DE COTTON MATHER 108 

étions obligées de préparer de grandes marmites de potage 
pour donner aux pauvres et aux soldats. Dans notre extrême 
besoin nous implorions le secours du ciel pour l'heureuse 
arrivée des vaisseaux de France. La saison qui était déjà 
avancée excitait néanmoins nos craintes ; mais enfin le ciel 
eut encore pitié de nous en préservant de la rencontre de 
l'ennemi les navires qui venaient à notre secours. Ces vais- 
seaux, chargés de lard et de farine, d'argent et de munitions, 
parurent le 15, le 16 et le 17 novembre ; mais le froid était 
alors si grand qu'à peine pouvaient-ils aborder au quai à 
raison des glaces, et, ce que l'on n'avait jamais vu, c'est que 
la rivière St Charles était si bien prise que l'on passait sans 
crainte sur la glace comme au cœur de l'hiver. Tous ces acci- 
dents nous donnaient à craindre qu'aucun vaisseau ne pût 
retourner en France pour y porter de nos nouvelles ; cepen- 
dant, le temps s'étant tout à coup adouci, les glaces disparurent 
et nos vaisseaux firent voile le 26 avec un vent très favorable, 

Anne Bourdon. 



RELATIO}( DE COTTOX MATHER. 



Bibliothèque de Vuniversilé McGlll, à Montréal Majnalia Christi 

Americana, édition 1820, Book II, section il, pages i67 to 178 : 
The Life of His Excellency Sir William Phips, Kaight. 

(Extracts.) 

The addition of this French colony (conquête de l'Acadie 
par Sir William Phips qui venait de s'emparer de Port- 
Royal) to the English dominion was no more than a little 
step towards a greater action, which was first in the design 
of Sir William Phips, and which was, indeed, the greatest 
action that ever the New-Englanders attempted. There was 
a time when the Philistines hade made some inroads and 
assaults from the northward upon the skirts of Goshen where 
the Israélites had a résidence before their coming out of 
Egypt. The Israélites, and especially thatactivecolony of the 



104 RELATION DE COTTON MATHER 

Ephraimites, were willing to reveDge thèse injuries upon 
their wicked neighbours ; they presumed themselves powerful 
and nii mérous enough to encounter the Canaanites even in 
their own country ; and they formed a brisk expédition, but 
came olï unhappy losers in it ; the Jewish Eabbins tell us 
they lost no less than eight thousand men. 

The time was not yet corne ; there was more haste than good 
speed in the attempt, they were not enough concerne d for 
the counsel and présence of God in the undertaking ; they 
mainly propounded the plunder tobe got among a people 
whose trade was that wliere wild beasts enriched them ; so 
the business miscarried. The history the Psalmist going to 
recite, says, I will utter dark sayings of old. Now that 
what befel Sir William Phips, with his whole country of 
New-England, may not be almost forgotten among the dark 
sayimgs of old, I will hère give the true report of a very 
mémorable matter. 

It was Canada that was the chief source of JSTew-England's 
miseries. There was the main strength of the French, there 
the Indians were mostly supplied wàth anmmnition ; thence 
issued parties of men, who uniting with the savages, barbar- 
ously murdered many innocent New-Englanders withoutany 
provocation on the New-English party, except this, that 
New-England had proclaimed King William and Queen Mary, 
whieh, they said, were usurpers ; and as Cato could make no 
speech in the senate without that conclusion Delenda est 
Carthago, so it was the gênerai conclusion of ail that argued 
sensibly about the safety of that country, Canada must he 
redvced. It then became the concurring lesolution of ail New- 
Englaiid with New-York to make a vigourous attack upon 
^^_Ca j\i\.(\n at once, both by sea and land. 

IAnd a fleet was accoidingly fitted out from Boston, under 
the command of Sir William Phips, to fall upon Quebeck 
the chief city of Canada. They waited until August for some 
stores of war from England whither they had sent for that 
purpose early in the spring ; but none at last arriving and 
the season of the year being so far spent. Sir William could 
not, without many discouragements upon his mind, proceed 
in a voyage for which he found himself so poorly provided. 
However, the ships being taken up, and the men on board. 



RELATION DE COTTON MATHER 105 

his usual courage would not permit him to desist from the 
enterprize ; but lie set sail from Hull, near Boston, August 9, 
1690, with a fleet of thirty-two ships and tenders ; wkereof one 
calledthe Six-Friends, carrying forty-fourgreatguns and two 
hundred men, was admirai. Sir William dividing the fleet into 
several squadrons, whereof there was the Six-Friends, captain 
Gregory Sugars, commander, Math eleven more of the admii-al's 
squadron of which one was also a capital ship, namely ; The 
John and Thomas cSi^iaim Thomas Carter, commander; of the 
vice-ad mirais, the Stvan, captain Thomas Gilbert, comman- 
der with nine more ; of the reaA'-admiral : the America Mer- 
<^hant, captain Joseph Eldridge, commander, with nine more ; 
and above twenty hundred men on board the whole fleet ; he 
so happily managed his charge, that they every one of theni 
arrived safe at anchor before Quebeck, although they had as 
dangerous and almost untrodden a path, to take unpiloted, 
for the whole voyage, as ever any voyage was undertaken 
with. Sorae small freuch prizes he took by the way and set 
up Enghsh colours upon the coast, hère and there, as he went 
along; and before the month of August was out, he had 
spent several days as far onward of his voyage, as between 
the island of Antecosta and the main (land). But when they 
entered the mighty river of Canada such adverse winds 
encountered the fleet, that they were tliree weeks dispatching 
the way which might otherwise hâve been gone in three 
days, and it was the fifth of October, when a fresh breeze 
coming up at east carried them along by the north shore, up 
to the isle of Orléans ; and then haling southerly they passed 
by the east end of that island with the whole fleet approach- 
ing the city of Quebe ck. \ This loss of time which made it 
so late before the fleet"^ouId get into the country, where a 
cold and fierce winter was already very faradvanced gave no 
very good prospect of success to the expédition ; but that 
which .gave a much worse was a most horrid mismanagement 
which had, the mean while, happened in the west. For a 
thousand English from New-York and Albany and Connec- 
ticut, with fifteen hundred Indians, were to hâve gone over- 
land in the west and fallen upon Mount-Eoyal, while the 
fleet was to visit Quebeck in the east ; and no expédition 
could hâve been better laid than this, which was thus con- 



106 RELATION DE COTTON MATHER 

trived. But those English companies iu the west, marching 
as far as the great Lake that was to be passed, found their 
canoës not provided, according to expectation ; and the Indians 
also were (how ? God kuows, and will one day judge !) 
dissiiaded from joining with the English ; and the army met 
with such discouragements, that they returned. 

Had this western army done but so much as continued at 
the lake, the diversion thereby given lo the French quartered 
at Mount-Royal would hâve rendered the conquest of Quebeck 
easie and certain ; but the governour of Canada being in- 
formed of the retreat made by the western army, had oppor- 
tunity, by the cross winds that kept back the fleet unhappily, 
to get the whole strength of ail the country into the city, 
before the fleet could corne up uiito it.fHowever none of thèse 
difficulties hindred Sir William Phips from sendingon shoar 
the following summons, on Monday the sixth of October. 

Off'the city of Quebeck, October 6, 1690. 

" Sir William Phips, Knight. General and Commander-in-chief in 
and over their Majesties' Forces of New-England, by Sea and 
Land, to Count Frontenac, Lieutenant-General and Governour 
for the French King at Canada ; or, in his absence, to his 
Deputy, or him or them in chief command at Quebeck : 

" The war between the two crowns of England and France 
doth not only sufïiciently warrant, but the destruction made 
by the French and Indians, under your command and encour- 
agement, upon the persons and estâtes of their Majesties' 
subjects of NeM'-Englaud, without provocation on their part, 
hath put them under the necessity ofthis expédition for their 
own security and satisfaction. And although the cruelties 
and barbarities used against them by the French and Indians 
might, upon the présent opportunity, prompt unto a severe 
revenge, yet, being desirons to avoid ail inhuraane and un- 
christian-hke actions, and to prevent shedding of blood as 
much as may be, 

" I, the aforesaid William Phips, Knight, do hereby, in the 
name and in thebehalfof their most excellent Majesties, Wil- 
liam and Mary, King and Queen of England, Scotland, France, 
and Ireland, Defenders of the Faith, and by brder of their 



RELATION DE COTTON MATHER 107 

said Majesties' govemment of the Massachuset-colony in ISTew- 
England, demand a présent surrender of your forts and castles, 
undemolished, and the King's and other stores, unimbezzled, 
with a seasonable deliveiy of ail captives ; together with a 
présent surrender of ail your persons and estâtes to my 
dispose : upon the doing whereof, you may expect mercy 
from me, as a Christian, accordiug to what shall be found for 
their Majesties' service and the subjects' security. Which, 
if you refuse forthwith to do, I am corne provided, and am 
resolved, by the help of God, in whom I trust, by force of 
arms to revenge ail wrongs and injuries offered, and bring 
you under subjection to the Crown of England, and, when too 
ïate, make you wish you had accepted of the favour tendered. 

" Your ans wer positive in an hour, returned by your own 
trumpet, with the return of mine, is required upon the péril 
that will ensue." 

The summons being delivered unto Count Frontenac his 
answer was : 

That Sir William Phips, and those with him, were here- 
ticks and traitors to their King, and had taken up with that 
Usurper the Prince of Orange, and had made a révolution, 
which, if it had not been made, New-England and the French 
had been ail oue ; and that no other answer was to be 
expected from him, but what should be from the mouth of 
his cannon. 

General Phips now saw that it must cost him dry blows 
and that he must roar his perswasions out of the mouths of 
great guns to make himself master of a city which had 
certainly suiTendered itself unto him, if he had arrived but 
a little sooner and summoned it before the coming down 
of Count Frontenac with ail his forces, to command the 
oppressed people there, who would hâve been, many of them, 
glader of coming under the english govemm ent. 1 Wherefore 
on the seventh October, the Enghsh that werefor the land 
service went on board their lesser vessels in order to land ; 
among which there was a bark wherein was Captain Ephraïm 
Savage, with sixty men, that ran a-ground upon the north- 
shoar, neartwo miles from Quebeck andcould not getoff, but 
lay in the same distress that Scaeva did when the Britains 
pouredin their numbers upon the bark wherein he, with a few 



108 RELATION DE COTTON MATHER 

more soldiers of Csesar's army were, by the disadvantage of 
the tide, left ashoar ; the French with Indians, that saw them 
lye there, came near, and fired thick upon them, and were 
bravely answered ; and when two or three hundred of the 
enemy at last planted a field-piece against the bark, while the 
wind blew so hard that no help could be sent unto his men, 
the gênerai advanced so far as to level two or three great 
guns, conveniently enough to make the assailants tly ; and 
when the flood came, the bark happily got off, without the 
hurt of one man aboard. But so violent was the storra of 
wind ail this day, that it was not possible for them to land 
until the eighth of October, when the English counting every 
hour to be a week until they were come to battle vigorously, 
get ashoar, designing to enter the east-end of the city, The 
small-pox got into the fieet, by which distemper prevail- 
ing the number of effective men which now weut ashoar, 
under the command of Lieutenant-General Walley, did not 
amount unto more thau fourteen hundred ; but four com- 
panies of thèse were drawn out as forlorns, whom, on every 
side, the enemy fired at ; nevertheless, the English rushing 
with a shout at once upon them caused them to run as fast 
as legs could carry them : so that the whole English army, 
expressing as much resolution as was in C?esar's army, when 
they first landed on Britain, in spight of ail opposition from 
the inhabitants, marched on until it was dark, having first 
killed many of the French with the lost of but four men of 
their owu ; and frighted about seven or eight hundred more 
of the Erench from ambuscado, where they lay ready to fall 
upon them. But some thought, that by staying in the valley, 
they took the way never to get over the hill ; and yet for 
them to stay where they were, till the smaller vessels came 
up the river before them, so far as by their guns to secure 
the passage of the army in their getting over, was what the 
council of war had ordered. 

But the violence of the weather with the general's being 
sooner plunged into the beat of action than was intended, 
hindred the smaller vessels from attending that order. And 
this evening a French déserter coming to them assured them 
that nine hundred men were on their march from Quebeck to 
meet them, already passed a little rivulet that lay at the end of 



RELATION DE COTTON MATHER 109 

the city, but seeing them land so suddenly and so valiantly nm 
dovvn those that tirst eiicountered them, tliey had retreated ; 
nevertheless, that Count Frontenac was corne down to 
Quebeck with no fewer than thirty himdred men to défend 
the city, having left but fifty soldiers to défend Mount-Real 
.because they bad understood that the Enghsh anuy on that 
side were gone back to Albany. Notwithstanding this dis- 
i:)iriting information, the common soldiers did with much 
vehemency beg and pray that they might be led on ; pro- 
fessing that they had rather lose their Hves on the spot, than 
fail of taking the city; but the more wary comraanders eon- 
sidered how rash a thing it would be for about fourteen hun- 
dred raw men, tired with a long voyage, to assault more than 
twice as mauy expert soldiers, who were Galli in suo ster- 
quilinio or cocks growing on their own dunghil. They 
were, in truth, now gotten into the grievous case which Livy 
describes when he says : Ibi grave est belhim gerere, uhi 
non consistendi aut procedendi locus ; quocumque aspexe- 
ris hostilia sunt omnia ; look on one side or the other, ail 
was full of hostile difi&culties. And indeed, whatever popular 
clamor bas been made against any of the commanders, it is 
apparent that they acted considerately, in making a pause 
upon what was before them ; and they did a greater kind- 
ness to their soldiers than they hâve since been thanked for. 
But in this tirae gênerai Phips and his men-of-war with 
their canvas wings flew close up uuto the west-end of the 
city, and there he behaved himself with the greatest bravery 
imaginable ; nor did the other men-of-war forbear to follow 
his brave example : who never discovered himself more in 
his élément, than when (as the poet expresseth it) : 

' " The slaughter breathing brass grew hot and spoke 

" In fiâmes of lightning and in clouds of smoke. 

He lay within pistol-shot of the enemies' cannon, and 
beat them from thence, and very much battered the town, 
having his own ship shot through in almost hundred places 
with four and twenty pounders, and yet but one man was 
killed and only two mortally wounded aboard him, in this 
hot engagement, which continued the greatest part of that 
night, and several nours of the day ensuing. But wondiing 



110 RELATION DE COTTON MATHER 

that he saw no signal of any effective action ashoar at the 
east-end of the city, he sent that he might know the condition 
of the army there ; and received answer that several of the 
nien were so frozen in their hands an'l feet as to be disabled 
from service and others were apace falhng sick of the 
small-pox. Whereupon he ordered them on board imme- 
diately to refresh themselves, and he intended then to hâve 
renewed his attack upon the city, in the method of landing 
his men in the face of it, under the shelter of his great guns ; 
having to that purpose provided also a considérable number 
of well-shaped wheel-barrows each of them carrying two 
Petarraros ^ a pièce, to rnarch before the men, and make 
the enemy fiy, with as nmch contempt as overwhelmed the 
Philistiiies when undone by foxes with torches in their tails 
(remerabered in an anniversary diversion every april among 
the ancient Eomans taught by the Phenicians). 

While the measures to be further taken were debating, 
there was made an exchange of prisoners, the English having 
taken several of the French in divers actions and the French 
having in their hands divers of the English whom the Indians 
had brought captives unto them. The army now on board 
continued still resolute and courageous and on fire for the 
conquest of Quebeck ; or if they had missed of doing it by 
storm, they knew that they might, by possessing themselves 
of the Isle of Orléans in a little while, hâve starved them 
ont. Incredible damage they might indeed hâve donc to the 
enemy before they embarked, but they were willing to pré- 
serve the more undefensible parts of the country in snch a 
condition as might more sensibly encourage the submission 
of the inhabitants unto the Crown of England, whose protec- 
tion was desired by so many of them. And still they were 
loth to play for any lesser game than the immédiate surren- 
der of Quebeck itself. But e'er a full council of war could 
conclude the next steps to be taken, a violent storm arose 
that separated the fleet, and the snow and the cold became so 
extream that they could not continue in those quarters any 
longer. 

1 — Petarraros were very small cannons, used generally for firing 
salutes, and could easily be mounted on wheel barrows, and placed 
in position by an attacking force. 



RELATION DE COTTON MATHER 111 

Thiis, by an évident hand of heaven, sending one unavoid- 
able disaster after auother, as well-fornied an enterprize, as 
perhaps was ever made by the New-Englanders, most-unhap- 
pily miscarried ; and gênerai Phips underwent a very morti- 
fying disappointinent of a design, which his mind was, as 
much as ever any, set upon. He arrived Xov. 19th, at Boston, 
where, althoiigh he found himself, as well as the publick, 
thrown into very uneasie circunistances, yet he had this to 
comfort him, that neither his courage nor liis conduct could 
reasonably hâve been taxed ; nor could it be said that any 
man could hâve done more than he did under so inany em- 
barassments of his business, as he was to fight withal. He 
also relieved the uneasiness of his mind, by considering that 
his voyage to Canada diverted from his country an horrible 
tempest from an army of Boss-Lopers ^ which had prepared 
ihemselves, as 'tis afïirmed, that winter, to fall upon the New- 
Euglish colonies, and by falling on them, would probably 
hâve laid no littlè part of the country desolate. And he fur- 
ther considered that in this matter, like Israël engaging against 
Benjamin, it may be we saw yet but the heginning of the 
matter : and that the way to Canada now being learnt, the 
foundation of a victory over it might be laid in what had 
been already done. Unto this pui-pose iikewise he was heard 
sometimes applying the remarkable story reported by Brad- 
wardine. 

" There was an hermit, who being vexed with blasphemous 
injections about the justice and wisdom of Divine Provi- 
dence, an angel, in humane shape, iuvited him to travel with 
him, that he might see the hiddeu judgments of God. 
Lodging ail night at the house of a man who kindly enter- 
tained them, the angel took away a vaiuable cup from their 
host, at their going away in the morning, and bestowed this 
cup upon a very wicked man, with whom they lodged the 
night ensuing. The third night they werc most lovingly 
treated at the house of a very godly man, from whom; when 
they went in the morning the angel meeting a servant of his, 
threw him over the bridge into the water where he was 



I — Boss-lopers is the Dutoh word for Coureurs de bois, and for 
which the English is bush-ranger. 



112 RELATION DE COTTON MATHER 

drowned. And the fourtli, being in like manner most cour- 
teously treated at the house of a veiy godly man, the angel 
hefore morning did unaccoiintably kiil his only child. The 
companion of the journey being wonderfully offended at 
thèse things, would hâve left his guardian ; but the angel 
then thus addressed him : Understand now the secret judg- 
ments of God ! The fîrst man that entertained us, did inordi- 
nately affect that cup which I took from him ; 'twas for the 
advantage of his interiour that I took it away, and I gave it 
unto the impious man, as the présent reward of his good 
Works, which is ail the reward he is like to hâve. As for our 
third host, the servant which I slew had forraed a bloody 
design to hâve slain his master, but now, you see, I hâve 
saved the life of the master, and prevented something of 
growth iinto the eternal punishment of the murderer. As for 
our fourth host, before his child was born imto him, he was 
a very libéral and bountiful person, and he did abuudance of 
good with his estate ; but wheu he saw he was like to leave 
such an heir, he grew covetous ; wheiefore, the soûl of the 
infant is translated into paradise, but the occasion of sin is, 
you see, mercifully taken away from the parent." 

Thus gênerai Phips, though he had been used unto diving 
in his time, would say, that the things which had befallen 
him in this expédition, were too deep to be dived into ! 

From the time that gênerai Pen made his attempt upon 
Hispaniola with an army that, like the iSTew-English forces 
against Canada, miscarried after an expectation of having 
little to do but to jJossess and pluiider, even to this day the 
gênerai disaster which hath attended almost every attempt 
of the European colonies in America to make any considé- 
rable encroachments upontheirneighbours is a matterof some 
close reflection. 

'Tis true, there was very little blood spilt in the attack 
made upon Quebeck ; and there was a great hand of heaven 
seen in it. The churches, upon the call of the government^ 
not only observed a gênerai fast through the colony, for the 
welfare of the army sent unto Quebeck, but also kept the 
wheel of prayer in a continuai motion, by repeated and suc- 



RELA1*I0N DE COTTON MATHER 113 

cessive agreements, for days of prayer with fasting in their 
several vicinities. On thèse days the ferveutest prayers were 
sent up to the God of Armies for the safety and success of 
the New-English army gone to Canada ; and though I never 
understood that any of the faithful did in their prayers arise 
to any assurance that the expédition should prosper in ail 
respects, yet they some times in their dévotions, on thèse 
occasions, uttered their persuasion that Almighty God had 
heard them in this thing, that the English army should not 
fall by the hands of the French enemy. ISTow they were 
marvellously delivered from doing so ; though the enemy 
had such unexpected advantages over them, yea, and though 
the horrid winter was corne on so far, that it is a wonder the 
English fleet then riding in the river of Canada, fared any 
better than the army which a while since besieged Poland, 
wherein of 70,000 invaders no less than 40,000 suddenly 
perished by the severity of the cold, albeit it were but the 
month of November with them. Nevertheless a kind oïcamj^- 
fever as well as the small-pox got into the fleet, whereby 
some hundreds came short of home. 

And besides this calamity it was also to be lamented that 
although the most of the fleet arrived safe at New-England, 
whereof some vessels irideed were driven oft' by cross winds 
as far as the West-Indies, before such arrivai; yet there 
were three or four vessels which totally miscarried ; one was 
never heard of, a second was wrecked, but most of the men 
were saved by another in company ; a third was wrecked, 
so, that ail the men were either starved, drowned, or slain 
by the Indians, except one which a long while after was, by 
means of the Erench, restored ; and a fourth, a brigantine 
whereof captai n John Rainsford was commander, having 
about three score men aboard, was in a very stormy night, 
October 28th, 1690, stranded upon the desolate and hideous 
island of Antecosta, an island in the mouth of the mighty 
river of Canada 

The captain and his men, finding that they should be 
obUged to winter on the Island, built a Store House and 
several buts to shelter themselves from the cold, with planks 
of the wreck : as they were short of provisions they agreed 
each man's allowance to be two biscuits, half a pound of 

8 



114 RELATION DE COTTON MATHER 

pork, half a pound of floiir, one pint and a quarter of pease, 
and two small fish, per week. It was not long before the 
dismal effects of hunger and cold began to appear among 
them, for on the twentieth of December their surgeon died, 
and, after him, forty men in a few weeks. And though they 
were ail convinced of the necessity of keeping to their allow- 
ance, nnless they would at last eat each other, yet their 
Store House was frequently broken open. An Irishman once, 
got to the provisions, and eat no less than eighteen biscuits, 
which swelled him to such a degree, that he was in great 
pain, and was near bursting. 

On the twenty-fifth March, five of the company resolved 
to venture out to sea in their skiff, which they lengthened ont 
so far as to make a sort of cabin for two or three men, and 
having procured a sail, they shipped their share of provi- 
sions on board, and steered away for Boston. It was on the 
nmth of May before thèse poor wretches arrived there, 
through a thousand dangers from the Sea and Ice, and almost 
starved with hunger and cold ; upon their arrivai, a vessel 
was immediately dispatched away to the Island and brought 
o£f the few unfortunates wretches that had been left behind i. 



(^. 7fla.t£^ 



1 — Il n'en revint que 17, comme l'établissent les archives de 
l'Etat du Massachusetts. Ainsi nous lisons, à la date du 13 mai 1691, 
dans une ordonnance du General Court de Boston, que l'héroïque 
capitaine John Rainsford avait laissé 21 hommes sur l'île d'Anti- 
costi, le 25 mars précédent. Plus tard, à la date du 29 juin 1691, le 
Diary de Samuel Sewall — {Massachusetts Historical Collections, 
vol. V, 5th séries — Sewall Papers, vol I, page 346) — contient l'en- 
trée suivante : " Yesterday (28 juin 1691), Rainsford arrived vrith 
"17 men that remained alive on Anticosti, 4 dead of small-pox 
" since the Longboat's coming. " 

Des 67 hommes qui montaient, au départ de Québec, le brigantin 
de John Rainsford, 45 étaient morts. 



RELATION DE COUVERT 116 

RELATION DU PERE M[CHEL GERMAIN DE COUVERT 

Archives Nationales K 1374, No. 80 — Paris, France. 



Copiée à la bibliothèque particulière de M. l'abbé A.-H. Verreault, 
Principal de l'Ecole Normale Jacques-Cartier, à Montréal. 

Les Anglais de Boston, après avoir pris le Port-Royal et 
toute l'Acadie, et après avoir pillé l'Isle Percée de la manière 
que vous l'avez apparemment déjà appris, sont enfin venus au 
mois d'octobre par la rivière St Laurent avec une flotte de 
trente vaisseaux pour prendre Québec. Ils ont d'abord enlevé 
trois de nos barques qu'ils ont rencontrées dans la rivière. Ils" 
ont paru à la rade de Québec le 16 d'octobre. Le même 
jour ils ont sommé par écrit Mr le Gouverneur de leur don- 
ner toutes les munitions de bouche, de guerre, de raser tous 
les forts, de leur abandonner à discrétion et les biens et les 
personnes des habitants et qu'après cela ou parlerait d'accom- 
modement ; qu'au reste ils ne donaaient qu'une heure pour 
déhbérer sur cela. On leur a répondu à l'instant même qu'on 
espérait que Dieu ne favoriserait pas des traîtres à la Religion et 
à leur roi légitime et que la bouche de nos canons et de nos 
mousquets allait répondre à leur lettre. Le 18, sur le soir, ils ont 
fait une descente sur la coste du nord contre Beauport et 
Québec au nombre de 1500 hommes, avec cinq pièces de canon 
de 6 à 8 livres de balle : ils ont tué à cette descente 4 Français 
et en ont blessé sept ; ils sont demeurés campés trois jours à 
terre ; ils ont brûlé 6 ou 7 métairies, enlevé quelques bestiaux, 
tué 2 Français et blessé 13 dans divers combats qui se sont 
donnés. Le 21, ils ont abandonné leur camp et ont regagné 
leurs vaisseaux à la faveur de la nuit. Depuis le 18 jusqu'au 
20 ils ont terriblement canonné Québec, haute et basse ville; 
ils ont tiré 1500 coups de canon qui ont fait pour 15 ou 20 
écus de dommages dans Québec, tué un enfant entre la Grande 
Eglise et notre Collège et rien davantage. Le 2;-J, ils se sont 
retirés de devant Québec et sont allés tenter une descente à 



116 RELATION DE COUVERT 

risle d'Orléans, mais sans succès. Le 2,î, étant déjà à 5 ou 6 
lieues de Québec, ils ont rendu nos Français, tant ceux qu'ils 
avaient pris dans nos barques sur la rivière que les autres 
qu'ils avaient emmené de Port-Eoyal à Boston et qu'ils 
avaient ensuite tirés de la prison de Boston pour les mettre 
sur la flotte, pour s'en servir dans l'expédition de Québec ; et 
en rendant nos prisonniers ils ont reçu les leurs. Après quoi 
ils ont repris la route de Boston. Ils ont dit qu'ils reviendront 
au printemps et on leur a répondu qu'on aura l'honneur de 
les revoir avant ce temps- là. 

Voilà tout ce que les Anglais ont fait à Québec. 

Voici maintenant ce qu'on leur a fait : 

1" On leur a tué près de 100 hommes, et, outre cela, on leur 
en a blessé un fort grand nombre quand ils ont fait la des- 
cente, et le reste du temps qu'ils sont demeurés campés à 
terre. 

2° Notre canon, qui portait du canon de 18, a extrêmement 
endommagé leurs quatre gros vaisseaux qui battaient Québec. 
L'amiral a d'abord perdu son pavillon. Il a eu son grand mât 
coupé à moitié et celui de misaine rompu ; et a eu sa chambre 
percée et sa galerie brisée ; il a été, en plusieurs endroits, percé 
à l'eau et il a été contraint de se retirer précipitamment avec 
les trois gros vaisseaux qui n'étaient pas moins endommagés 
que lui, pour se mettre hors la portée de notre canon qui les 
eût tous quatre coulé bas s'ils eussent encore attendu une 
de ses décharges. 

3" On a forcé les ennemis de nous laisser un câble et une 
ancre de mille écus (c'est le gros câble et la grosse ancre de 
l'amiral). De plus trois chaloupes, les 5 pièces de canon de 
la descente montées sur leurs affûts, quantité de boulets, un 
estendart, un tambour et quelques douzaines de gros mous- 
quets. 

Les Français qui étaient prisonniers dans les vaisseaux 
anglais ont dit que notre canon avait tué un fort gi-and nombre 
de nos ennemis et dessus et entre les ponts, et, qu'outre cela, 
il y en avait encore un grand nombre d'estropiés. Ils ont 
ajouté que le général de cette flotte, qui s'en était rapporté à 
ce q\ie nos prisonniers de Boston leur avaient dit des forces 
de Québec, s'était plaint à eux de ce qu'on l'avait trompé et 
de ce que les boulets de Québec étaient trop gros ; qu'il avait 



RELATION DE COUVERT 117 

même témoigné qu'il en voulait emporter un à Boston pour 
se disculper. Ceux de nos Français qui avaient été tirés de 
la prison de Boston pour être mis sur la flotte anglaise, et 
que le général consultait souvent dans la route sur plusieurs 
choses concernant l'exécution de son entreprise, ont rapporté 
qu'on avait cru à Boston la prise de Québec si sûre, qu'avant 
de se mettre en chemin pour cela, les officiers de la flotte et 
d'autres intéressés avaient fait vider dans les formes plus de 
vingt procès au sujet du riche butin qui serait fait à Québec, 
et, nommément, pour décider à qui appartiendraient les six 
chandeliers d'argent de l'église des Jésuites. Ces mêmes 
Français ont assuré que le dessein de ces hérétiques était de 
chasser du Canada les ecclésiastiques et les religieuses, d'a- 
mener celles-ci à Boston, et de renvoyer ceux-là en France ; 
car, pour les Jésuites, on leur devait à tous couper les oreilles 
pour en faire des chapelets aux b.mdoulières des soldats et puis 
leur casser la tête. 

Depuis que les Anglais ont paru devant Québec jusqu'à 
leur départ la bannière de Notre-Dame a toujours été exposée 
au haut du clocher de la grande éghse. C'est sous ce saint 
drapeau que nos pauvres habitants ont combattu et vaincu. 
Et, en mémoire d'une protection de Dieu si visible et si extra- 
ordinaire obtenue par l'intercession de Notre-Dame, on don- 
nera le nom de Notre-Dame de la Victoire à une église qui 
est commencée depuis quelques années, et qu'on achèvera de 
bâtir au milieu de la basse ville. Outre cela, tous les ans, on 
fera une grande fête avec procession solennelle, le quatrième 
dimanche d'octobre. 

Au même temps que les Anglais attaquaient Québec par 
la rivière, une armée de 2,000 sauvages, nommés Loups, et de 
4,000 Anglais devait venir, parles terres, fondre sur Montréal. 
La division s'y est mise au moment qu'il fallait marcher. La 
maladie qui était parmi les Anglais s'étant communiquée aux 
Loups, et quelques-uns en étant morts, les Loups ont eu prise 
avec les Anglais et même les ont pillés et voilà pourquoi 
chacun s'est retiré en son particulier. Voilà, au jugement de 
tout le pays^ un second coup de la main de notre bon Dieu pour 
renverser les desseins de nos ennemis sur notre pauvre 
Canada. 



118 RELATION DE COUVERT 

Les vivants et les trépassés ont profité de l'entreprise des 
Anglais. Il s'est fait des conversions à Québec, et de la bonne 
manière, qui apparemment ne s'y seraient pas faites encore 
si tôt, et tant de miracles que notre bon Dieu a fait en faveur 
de son pauvre peuple (car c'est ainsi qu'on en parle commu- 
nément ici), ont admirablement rallumé partout la ferveur 
envers la très bénite Vierge sous la protection de qui on a 
combattu et vaincu. Et c'est avec une extrême consolation 
que nous voyons venir ici de toutes parts en pèlerinage, dans 
notre petite chapelle de Notre-Dame de Lorette, nos pauvres 
habitants, les uns pour accomplir des vœux faits en son hon- 
neur, les autres pour renouveler la protestation d'être à son 
service toute leur vie, et les uns et les autres pour la supplier 
de solliciter auprès de Notre-Seigneur leur entière conversion. 

Pour ce qui est des trépassés, on a fait dire partout quan- 
tité de messes, et à Québec et à Montréal, pour les âmes du 
purgatoire, dans la pensée que celles qu'on en ferait sortir 
viendraient à notre secours dans nos besoins, ainsi qu'il est 
quelques fois arrivé dans d'autres pays en pareille occasion. 
C'est le Père Chaumonot, un de nos plus anciens mission- 
naires, qui a donné ouverture à cette œuvre de piété ; elle a 
été extrêmement bien reçue de tout le monde. Monseigneur 
notre évêque l'a autorisée de son approbation et de ses exhor- 
tations et nos fervents ecclésiastiques ont fait merveille. 

Pendant le siège de Québec, nos Pères et nos Frères se sont 
partagés par la haute et basse ville dans les corps de garde et 
dans les autres sentinelles pour la consolation de nos combat- 
tants. Le révérend Père Supérieur est resté au collège avec 
quelques-uns de nos Pères et Frères les plus âgés. Ils étaient 
résolus d'attendre là nos ennemis et, quand ils seraient arrivés, 
d'aller dans l'église et y recevoir le coup de la mort au pied 
du grand autel. 

Pour nous autres missionnaires de Lorette, qui n'étions pas 
exposés de si près au péril, nous en avons été quittes pour 
coucher deux nuits dans les bois avec nos sauvages hurons. 
Le jour que les Anglais firent leur descente, nos guerriers 
hurons étaient avec les habitants de Beauport et de Beaupré 
pour recevoir les ennemis quand ils mettraient pied à terie. 
Les habitants, qui n'étaient que 200, firent d'abord avec nos 
sauvages trois vigoureuses décharges de mousqueterie à portée 



RELATION DE COUVERT 119 

sur les Anglais. Après quoi, celui qui commandait nos gens 
voyant que le nombre excessif des ennemis allait nous acca- 
bler, commanda à son monde de reculer et de se battre à la 
sauvage. Alors deux de nos Hurons prirent l'épouvante et 
vinrent à toutes jambes nous dire que tout était perdu et que 
tous les Français étaient morts ; qu'ils avaient vu parmi les 
Anglais 200 Loups (c'étaient des Anglais déguisés en sau- 
vages), et que ces Loups allaient infailliblement désoler tout 
avec la hache et le feu. Cette nouvelle nous fut apportée sur 
les dix heures du soir. A l'instant, tous nos Hurons com- 
mencent à plier bagage et disent que pour eux ils s'en vont 
dans les bois à un quart de lienede notre village. Emportant 
avec nous tout ce qui était de plus sacré dans notre petite cha- 
pelle il nous ressouvint alors de la fuite de Notrê-Seigneur en 
Egypte. Deux jours après, nos autres guerriers hurons, qui 
avaient été plus fermes, vinrent nous trouver et nous rassu- 
rèrent un peu ; ensuite de quoi nous revînmes tous ensemble 
au village. 

On vient d'apprendre que l'amiral de la flotte anglaise est 
coulé bas dans la rivière, ne pouvant plus tenir contre les 
ouvertures que le canon de Québec lui avait faites. 

La flotte des ennemis n'était encore qu'à 6 ou 7 lieues de 
Québec, quand on a appris que nos vaisseaux marchands 
étaient dans la rivière. L'on a envoyé au-devant d'eux quel- 
ques canots le long des terres pour les avertir. Le Glorieux, 
le 8t François- Xavier et une frégate sont entrés dans la 
rivière du Saguenay, à 25 ou 30 lieues de Québec, du côté du 
nord, pour attendre que les Anglais fussent passés. On dit 
que nos trois vaisseaux, sortant du Saguenay, se sont trouvés 
à l'embouchure de cette rivière à même temps que les Anglais 
achevaient de passer, et on admire comment ils n'ont pas été 
pris par les ennemis. On attribue ce coup à Sainte Anne et à 
Saint François-Xavier, à qui on s'était adressé par un vœu 
exprès pour l'heureuse arrivée de nos navires. 

Vous voyez, mon cher Père, que voici un pays miraculeux ; 
et comment n'y trouverait-on pas Dieu qui s'y fait sentir en 
tant de matiières si extraordinaires ? Demandez-lui un peu 
pour moi, s'il vous plaît, que je puisse avoir quelque part aux 
faveurs qu'il répand sans cesse sur une infinité de saints 



120 RELATION DE MGR DE LAVAL 

missionnaires et de saints ecclésiastiques qui sont ici, pour 
que je puisse avec eux croître de jour en jour en sa connais- 
sance et en son amour. 

Je suis, avec bien du respect, de tout mon cœur, 

Mon Eévérend Père, 

Votre très humble et très obéissant serviteur en N.-S., 

Michel Germain De Couvert, 

de la Compagnie de Jésus. 



RELATION DE MGR DE LAYAL. 



Archives du Séminaire de Québec. 



Extrait d'une lettre adressée à l'ex-gouverneur De Denonville, 
en date du 20 novembre 1690. 

Je vous suis bien obligé. Monsieur, de l'intérêt que vous 
prenez à ma santé qui est si inutile en toute manière à ce 
pays. Il me semble néanmoins que la volonté est bonne ; 
mais je ne suis propre à rien. Vous avez bien raison de 
qualifier ce pays-ci du nom d'un pays de miracles, jamais 
Dieu n'a fait plus paraître sa puissance que cette année sur 
lui. Nous y avons eu depuis votre départ une famine presque 
universelle, et, par sa miséricorde, il n'y est mort personne de 
faim. 

Nous y avons vu en même temps une armée navale 
d'Anglais mettre le siège devant Québec, avec trente-deux 
voiles, quelques-uns disent trente-quatre. Ils ont sommé la 
ville de se rendre, et tout le pays ; n'ont donné qu'une heure . 
de temps à délibérer ; après quoi, ils passeraient tout par le fil 
de l'épée, et mettraient à feu et à sang tout le reste. Et, en 



RELATION DE MGR DE LAVAL 121 

effet, ils commencèrent à vouloir foudroyer la basse et haute 
ville à coups de canon, dont ils ont tiré, à ce que l'on dit, bien 
deux mille coups. Xous avons eu recours à Dieu, à sa sainte 
Mère, à tous les bons anges et à tous les saints patrons de 
cette pauvre Eglise affligée en toutes les façons ; et le plus 
grand déplaisir qu'eurent les ennemis fut d'entendre, pendant 
le siège, le service divin sonner comme à l'ordinaire, d'où ils 
inféraient que nous n'avions pas grand' peur d'eux, quoique 
la plupart fussent fort consternés. 

Toutes les pelleteries et les meubles de la basse ville 
étaient presque tous dans le séminaire, et bon nombre de 
familles qui s'y étaient retirées, jusqu'à celle de M. l'Inten- 
dant. Cette maison n'a pas pu refuser, dans une nécessité 
semblable, tous les offices de charité qui étaient possibles aux 
dépens d'une grande partie des provisions que l'on y avait. 
Les soldats et autres y ont pris et consommé bien cent cordes 
de bois, plus de quinze ou seize cents planches qui ont été 
brûlées et rompues ; bref, en bestiaux et autres dommages, 
la perte du séminaire ira bien à mille écus. Mais il faut, dans 
des occasions de cette nature, prendre patience et faire tout 
le bien que l'on peut, sans avoir égard aux besoins où l'on est. 

Les ennemis firent une descente entre Québec et Beauport 
de plus de deux mille. Ils ont fait plusieurs efforts pour 
s'étendre devers Québec afin de l'enfermer. 

Deux gros vaisseaux étaient montés dans la rivière jusqu'à 
moitié chemin de St Michel ^ pour joindre ceux qui l'en- 
touraient par terre et pour favoriser la venue d'une armée 
qui devait venir d'Orange et de Manatte, composée d'Anglais 
et de sauvages Loups et Iroquois, au nombre, disait-on, de 
quatre mille, à laquelle armée ils avaient donné rendez-vous 
pour se trouver dans le temps qu'ils ont assiégé Québec. Si 
l'armée navale fut venue huit jours plus tôt, et que Dieu le 
lui eût permis, elle se serait infailliblement emparée de 
Québec, où il n'y avait pas 150 hommes, y comprenant tout; 
vous pouvez bien juger qu'il n'auraient pas eu de peine, 
(Québec) n'étant aucunement fortifié, comme vous savez. 



1 — Fief Saint Michel, où le Séminaire de Québec possédait une 
métairie. Le cimetièi'e Mount Hermont, à Sillery, en occupe aujour- 
d'hui l'emplacement. 



122 RELATION DE MGR DE LAVAL 

L'on envoya nouvelles sur nouvelles à Montréal, où M. de 
Frontenac et M. l'Intendant étaient, et toutes les troupes ; 
attendant quoi on ramassa comme l'on put quelques habi- 
tants ; et enfin, mon dit sieur de Frontenac arriva, et M. 
l'Intendant, avec des soldats. 

L'on a mis quelques batteries de canon en divers endroits, 
qui ont assez endommagé les vaisseaux des ennemis qui 
furent obligés de s'éloigner de la portée du canon, et ne per- 
dirent pas néanmoins la résolution de continuer leur siège; 
en sorte que Québec était assiégé doublement d'ennemis et de' 
famine ; et, sans les habitants de Beaupré, de Beauport et de 
l'Isle d'Orléans qui se sont signalés en courage en les attaquant 
dans leur camp, il y a apparence qu'ils auraient demeuré plus 
de temps à terre et qu'ils auraient réduit tout le monde qui 
était dans Québec à la dernière extrémité. Ils les obligèrent 
à se rembarquer la nuit en confusion, ayant laissé dans leur 
camp cinq pièces de canon et un drapeau, dont les habitants 
s'emparèrent à la faveur des coups de fusil qu'ils tirèrent aux 
ennemis qui n'osèrent approcher avec leurs chaloupes pour 
les enlever et ensuite par une protection particulière de Dieu 
qui mit la consternation dans leurs esprits. Ils se sont retirés ; 
à quoi ils ont été forcés en partie par les mauvais temps qui 
ont été fort extraordinaires eu égard à la saison. 

Mais en quoi Dieu a fait paraître une protection plus parti- 
culière et toute miraculeuse, c'a été dans la venue de trois de 
nos navires qui venaient, dans le temps que les ennemis se 
retiraient, à leur rencontre ; et n'eût été qu'ils furent avertis à 
la Baie St Paul, ils seraient tombés entre leurs mains. Ils ne 
purent néanmoins si bien faire qu'ils ne fussent aperçus des 
ennemis qui les virent entfer dans la rivière du Saguenay, 
n'ayant pas d'autre refuge ; et comme les ennemis les pour- 
suivaient pour y entrer après eux, le vent, qui avait été 
favorable aux nôtres, se changea en un moment, et, s'étant 
élevé une brume et un tourbillon de neige, ils furent reje- 
tés du Saguenay, l'entrée duquel ils tentèrent jusqu'à 
quatre fois cinq jours durant, sans en pouvoir venir à bout. 
Et enfin une manière de tempête et foudre de neige survint 
qui les obligea de quitter prise et de disparaître. Ces trois 
navires sont le St François-Xavier, Le Glorieux et une 
frégate chargée de farine et de lard ; et dans les deux pre- 



RELATION DE DAVIS 123 

miers était tout l'argent que le Eoi envoie en ce pays-ci, se 
montant à deux cents tant de mille livres en espèces. L'on 
estime que la perte de ces trois navires n'aurait été guère 
moins d'un million, qui aurait réduit le pays dans la dernière 
extrémité de misère et de pauvreté. Il y a encore sept navires 
derrière (en retard) dont on n'a point eu de nouvelles, et 
desquels, à moins d'une protection de Dieu, toute semblable à 
celle de ces trois navires, une partie aum tombé entre les 
mains des ennemis. 

La dissipation (dispersion) de l'armée qui venait de 
Manatte, d'Orange et de toute la Nouvelle- Albanie, composée 
d'Iroquois et d'Anglais, n'est pas moins miraculeuse 

Dieu veuille que le pays fasse un meilleur usage de toutes 
ces grâces qu'il n'a fait de celles du passé. L'on a fait de 
continuelles prières ici pendant l'espace de trois mois, qui 
auront sans doute attiré toutes ces bénédictions. 



RELATION DE SYLVANUS DAVIS \ 



Collections of the Massachusetts Historical Society. Boston. 1825. 
Vol. I, of the third séries. 

(Extracts.) 

Report of an army of English and Indians being at or near 
Montréal caused the govemour, with what forces could be 
raised at Quebeck, to embark for Montréal, upon July 12th, 
1690, and left in Quebeck about two hundred men, gentlemen, 
merchants and tradesmen to guard the town. There was sixty 
a night upon the guard, so that ail the men in town came 
Tipon the guard once in three nights, aiid their doubting that 

1—11 était alors prisonnier dans Québec. 



124 RELATION DE DAVIS 

our EngKsh and Indians would be about them, they wrought 
every day to fortify the town round, which is with stock- 
ades in the ground, and a bank breast high cast up against 
it, and upon every angle flankers of good stone and lime, that 
will entertain eight or ten men to fight in each flauker. 
There came often news from Montréal of our army, which 
put the country in great fear, 

August 10. — News came to town that our English had 
taken six French ships at the Isle of Percey, which set the 
greatest part at their wit's end what to do, doubting that our 
English were coming by land and water. News was carried 
to Montréal, but the Governour could not corne down from 
thence ; they had their hauds fiiU. 

August 18. — News from Montréal that English and Indians 
had met with some of their French, and had slain about three 
men. 

September 3. — News from Montréal, that the Maques only 
had slain thirty French men, women and children. News 
that our ships was gone from the Isle of Percey, which much 
rejoiced the people. 

September 19. — News from Montréal that the Maques 
slain one of the King's captain and about seventeen soldiers, 
and three or four inhabitants, which put ail in great fear, be- 
wailing their friends at Montréal, and also their own danger. 

September 21. — News that two French men-of-war had 
met with five of our English ships upon the coasts of Acadia, 
which made the very bells joyful. 

September 24. — This day certain news brought to town of 
our EngKsh fleet being in the river. Now the joy of our 
ships being taken was drowned with grief, to think what 
would become of their ships that they did expect from France. 
Yet they were in some hopes that it might hâve been a 
French fleet ; but news came to town that our English had 
been ashore and was beaten off. The certain news put ail in 
very great fears. They sent up to Montréal to the governor 
for relief. Ail the country people near Quebeck, which was 
not many, came in ; their number being up at Montréal. 
Several of the inhabitants of Quebeck did speak of surren- 
dering up to the English ; and I do judge they would hâve 
done so, if the Lord had gave opportunity for our fleet to get 



RELATION DE DAVIS 125 

up to the town before their streugth of soldiers had came 
down from Montréal. The governor had sent ont several 
parties to discover the motion of the Maques ; bis party 
returned with certain news that they were gone back over the 
lake, and that there was no enemies by land ; whereupon 
the govemor ordered the forces from Montréal and other 
places to Qnebeck. 

October Ist. — The several troops began to corne to town 
and some Indians, which were despatched out to go down 
the river to discover the ships, and keep our men from landing 
at the Bishops, and the Isle of Orléans and elsewere. 

October 4. — The governor arrived with several troops of 
men. 

October 5. — There arrived troops of men with what was 
in the town before about two thousand seven hundred, besides 
a party upon Orléans. 

October 6. — Monday moming our English fleet were riding 
before the town, and then there was in the town about two 
thousand seven hundred brisk men, well armed ; and this day 
there came betwixt three or four hundred more by land. In 
the time of our fleet lying at Quebeck, provisions were very 
scarce ; very little bread or corn, and very little méat ; only 
a parcel of cattle drove into town, which they did kill for to 
supply their soldiers. If it had pleased God that the land 
army, as were supposed to be above, had staid longer about 
Montréal, or our ships had come sooner, or weather had been 
such that they might hâve staid longer, without doubt we 
should hâve been masters of Canada. I hope the Lord will 
find out a way for the subduing those blood-thirsty rebels, 
that hâve joined with the cruel heathen to butcher so many 
poor innocent soûls, whose blood is crying out : How long, 
Lord, how long, Holy and True, dost Thou not judge and 
avenge our blood on them, etc. 

Per me, 



OfliVoPxXxS^ 9^ ,^^ 



126 RELATION DE BRADSTREET " 

RELATlOîi DU GOUVERNEUR BRADSTREET. 



Massachusetts Archives Inter-Charter, Vol. XXXVI, p. 228 seq. 

Andros Tkacts, Vol. III, pages 52 io 57. 



Governor and Council to the Agents, (m Eiigland.) 

Boston, November 29, ] 690. 
HoDored and Worthy Sirs, 

It is now more than nine months from the time of our 
Agents' departure, sent from hence with our humble Addresses 
to Their Majesties for our settlement, since which we hâve 
not been raade happy with the receipt of a line from your- 
selves, that might hâve been of direction in the conduct of 
our Publick Affayres, circumstanced with so many various 
difficulties. Although some not well affected to the présent 
Government hâve not been wanting to insinuate as if they 
had intelligences of the Issue and ill success of our Affayres 
in England and to spread abroad divers false Eumors respect- 
ing the same to amuse the People and make them uneasy 
and thereby to render the administration of the Government 
more difficult. We do not herein intend the imputation of 
any neglect to yourselves or omission of opportunitys for 
convayance being sensible that those so acting hâve not been 
better furnished with intelligences ; but to intimate the spirit 
that is found among us and that the delay of a fuU settlement, 
especially considering the conjuncture of our Affayres, hath 
been of no little disadvantage. 

We hâve not knowingly omitted any convayance to impart 
unto you, what from time to time hath occurred with us in 
matters of moment, particularly referring to the warr and the 
expéditions set forth against the French and Indian enemy ; 
a narrative of that to Port-Eoyal and of God's smiles upon us 
therein hath been forwarded unto you and hope is come safe 
to hand with our Letters advising of our préparations to set 
forth for Canada, which was accordingly put in exécution. 



RELATION DE BRADSTREET 12*7 

The awfuU Frowue of God in the disappointment of that 
chargeable and hazardous enterprise, y ou vjIU luive a parti- 
cular account of in the narrative accompany Ing of thèse ^ ; 
wherein whatsoever some may charge as matter of blâme 
upon thèse or those Instruments imployed in the conduct of 
that Affayre, yet is the Providence of God appearing against 
us in the same, to be specially marked and taken notice of : 
partly by the long continuance of contrary winds at their 
Entring the Hiver, retarding their voyage that they were neer 
thiee times soe long going up as their passage was to the 
Eiver's mouth and notices tliereby given to the enemy to 
prépare and opportunity to draw down their forces to oppose 
them. As also the withdrawing of the Land forces notwith- 
standiug our pressing necessity of a Reinforcement of that 
expédition to keep the Enemy alarmed and buisy above. 
Although the Indians (as is said) fell so greatly short of 
appearance as they had promised ; Count Frontenac comeing 
with his souldiers to Quebeck but three days before our ships 
got thither; and the unseasonableness of the weather after 
their arrivai there : and several other particular provinces 
{"providences ?) concurring in this disappointment gives up 
plainly to see the finger of God therein ; and shall Our 
Father spit in our face, and we not be ashamed ! God grant 
that we may be deeply humbled and inquire into the cause 
and reforme those sins that hâve provoked so great Anger to 
smoke against the prayers of his People, and to answer us 
by terrible things in Righteousness. 

And no less of God's anger hath appeared against us in 
the lost of so many of our friends sent out in that Expédition 
and at their returu by the contagion of the small-pox, fevers 
and other killing distempers which upon a modest computa- 
tion (with those slain and dead of their wounds) we cannot 
reckon up less than two hundred men in the whole or there- 
abouts, whereof neer fifty are Indians. God is holy and 
righteous in ail his waies and forever to be adored in his 
Wisdom and Sovereignty. 

We are sensible there will not be wanting those who will 
endeavour to traduce and misrepresent us in the désigne and 



1 — Cette relation était, en toute probabilité, celle du major John 

Walley. 



128 RELATION DE BRADSTREET 

management of this so chargeable and hazardous an under- 
taking, whereto, it being by most apprehended, we were 
enforced throiigh necessity for our own safety ; we can truly 
say we had no other ends tberein but the glory of God, the 
préservation of Their Majesties' interest and defending of their 
good subjects of tbese Colonys against the incursions and 
déprédations of cruel antichristian and heathen Enemies wbo 
were the first Assailants, and made their inrodes upoo us 
both in the East and West last spring, and are useing ail 
their jesuitical policy utterly to root us out, as you will see 
by the inclosed Narrative of Capt. Davis, accounting us (as 
the English nation in gênerai) Eebels for our Loialty to their 
présent Majesties. 

We may not expect to live in peace, nor can Their Majes- 
ties' Interest in thèse parts be secured but by the subdueing 
and bringing under thèse malicious and bloody Enemies, who 
are wickedly designing and unweariedly industrious, spareing 
no costs and bearing with the most insuff érable injuries 
offered them by the Indians to prosélyte and bring them over 
unto their side ; so that they may hâve the fairer advantage 
to infest and lay waste the English plantations. Nor can 
our Sea Coast Fishery or Navigation be defended against 
their invasions without His Majesty shall be pleased to afford 
us some assistance of shipping and other supplies which we 
désire you would humbly lay before His Majesty. And if His 
Majesty shall see cause to order the setting forth any frigatts 
for the reduceing of Canada, our Souldiers (who generally 
want neither spirit nor resolution) are ready to offer themselves 
again to that service i. 

The success of this, as ail our Affayres, is with God, who, 



1 — " Not discouraged by this répétition of misfortunes when the 
late Queen signified to thèse governments her royal intention to 
reduce Canada, and required them to provide their quota of troops, 
it can't be imagine with what alacrity they came into it and made in 
ail respects ample provisions lor it. And tho' the Court altering their 
measures did not see meet at that time to proceed in the design, 

the colonies were put to near the same charge as if they had." 

Jeremiah Dummer : A Defence ofthe New-England Charters, page'à9. 
Comme en peut s'en convaincre, les Anglais étaient encore plus 
exaspérés que désespérés par ce grave échec. 



RELATION DE HUTCHINSON 129 

we hope, in ail thèse darke dispensations of his Providence, 
will at length cause light to breake forth iipon us, on whome 
alone is our dependence and expectations. 

Thus you may see the Sea of trouble we are swimming in, 
nor are we altogether insensible of the great paines and diffi- 
culties yourselves are labouring under on our behalfe. 

There will be soon other Opportunitys for writing you 
which we shall be carefull to improve ; and possibly then be 
able to give a more parti cular account of the issue of the late 
great Expédition. 



Governor In the name of the Council. 



RELATION DE THOMAS HUTCHIXSOX. 



The History oj the Colony of Massachusetts Bay, ch. III, pp. 396 
to 403, édition of 1765. 

There were no hopes of security by sea or land, the French 
from Québec instigating the Indians and joining parties with 
them, and the French from Acadie, by their small privateei^s, 
infesting the coasts and taking many vessels. In the winter, 
therefore, the General Court (of Massachiiseft's) were medi- 
tating an attempt both upon Port- Royal and Québec. Sir 
WiUiam Phips came to Xew-England in the summer of 1689. 
He was thbught the fittest person for the command of the 
forces. Eight small vesseLs, with seven or eight hundred 
men, was thought a sufficient force for Port-Royal. 

The fleet sailed the 28th of April and returned the 30th of 

May. The fort at Port-Royal, being in no capacity to stand a 

siège, surrended with little or no résistance. Sir William 

took possession (as appears by his journal) of the whole sea 

9 



130 RELATION DE HUTCHINSON 

coasts from Port-Eoyal to Penobscot and the New-England 
settlements. The plunder was thought equal to the whole 
expense. But this was conjecture. The acquisition was so 
easy that the Court were confirmed in the prosecution of their 
design upon Canada. Besides, the ravages began upon the 
frontiers by French and Indians, as soon as the spring opened, 
made it appear more necessary than ever. Casco fort, with 
above 100 persons, was besieged and taken (17th May) 
whilst the forces were gone to Port-Eoyal. There was a still 
further inducement, they hoped to recommend themselves 
to the King's favour, and to obtain the estabhshment of their 
government. A small vessel had been sent to England 
express, the beginning of April, with a représentation of the 
exposed state of the Colony, and the necessity of the réduc- 
tion of Canada, and praying for a supply of arms and 
amniunition, and a number of the King's frigates to attack 
the Prench by sea, whilst the colony forces should march by 
land and perform their parts. 

But their hands were too full in England to give any 
attention to this proposai. The Matssachusetts, however, deter- 
niined to Y>roceed, and Connecticut and New-York engaged 
to furnish a body of men. Two thousand were expected to 
march by Lake Champlain and attack Montréal, at the same 
time that the forces by sea should be before Québec. 

It was late in the season to undertake this great affair, but 
they tarried longer than otherwise they would hâve done, in 
expectation of the stores they had sent for to England. None 
arriving, the 9th of August the fleet sailed from Nantasket. 
There were between thirty and forty vessels, great and small, 
the largest of 44 guns and 200 men, perhaps not of superior 
strength to a sixth rate man-of-war ; the whole number of 
men about two thousand. They did not arrive before Québec 
iintil the 5th of October. Great dependence was had upon a 
division of the Prench force, but it happened, most unfortuna- 
tely, that the forces desigued against Montréal had retreated, 
and the news of it had reached Montréal before the fleet 
arrived at Québec, so that Count Prontenac, the Prench gêne- 
rai, was able to employ the whole strength of Canada against 
this little army. 



RELATION DE HUTCHINSON 131 

This must hâve struck a damp upon the spirits of the 
English forces, and they could hâve but little hopes of suc- 
ceeding. La Houtan, a French writer, says the gênerai was 
at Montréal when he heard the news of the fleet's being in 
the river, and that, if the English had made their descent 
before his arrivai at Québec, or two days after, they would 
hâve carried the place without striking a blow, then not being 
200 French in the çity, ^^hich lay open and exposed on ail . 
hands, but that they lost ^henj&ays in consulting, before they "i 
came to a résolution. ^^ 

Success is wisdom with mankind in gênerai. From the 
ill success of this undertaking, both English and French 
writers hâve treated it with ridicule and peculiar contempt 
The next morning after the fleet arrived, .sir William sent a 
summons ashore. If it was too poinpous, the answer was 
too insolent. The English were caUed hereticks and traitors, 
and told, that if it had not been for the révolution, New- 
England and Canada would hâve been ail one. The French 
say the Major who carried the summons was threatned with 
a gibbet, and had like to hâve swooned. No notice is taken 
of this in the English journals. And it is not likely to be 
true. An attempt was made to land the next day (the 7th) 
but the violence of the wind prevented. The 8th, they landed 
ail the effective men, amounting to between twelve and 
thirteen hundred. They were fired upon from the woods by 
French and Indians, and marched in disorder, and did not 
attempt to cross Charles river, which lay between them and 
the town. Night overtook them. Upon examining a déserter, 
he gave them such an account of the strength of the French, 
as discouraged them from advanciug any farther. The ships 
were drawn up the next evening before the town. They did 
little damage to the enemy, but were much shattered by the 
cannon from their batteries. The forces continued ashore 
until the 1 Ith, rather upon the défensive, when they embarked 
with précipitation. A council of war was called the next day, 
and proposais were made for another attempt, after a few 
days refreshment for the men; but tempestuous weather 
came on, which drove some of the vessels from their anchors 
and scattered the whole fleet, and they made the best of their 
way back to Boston, where Sir Wilham arrived the 19th of 



132 RELATION DE HUTCHINSON 

November. Some of the fleet were blown off to West-Indies, 
one was lost upon Anticosta, and two or three were wrecked 
or never heard of. It appears, by manuscript letters, that 
about two huiidred men were lost by theenemy and sickness. 
The small pox, which prevailed in Boston before they sailed, 
had got into the army. Many died of the camp desease after 
their return, and spread the infection among the inhabitants 
of Boston. This was a humbhng stroke to New-England, 
The return of the New- York and Connecticut forces was the 
most visible cause of the disappointment. Walley, who had 
the command of the land forces, gave in a journal of his pro- 
ceedings to the General Court. His conduct was ceusured by 
partie ular persons, but there was no public enquiry. 

The Government was utterly unprepared for the return of 
the forces. They seem to hâve presumed,not only upon success, 
but upon the enemy's treasure to bear the charge of the expé- 
dition. The soldiers were upon the point of mutiny for want of 
their wages ^. It was utterly impracticable to raise, in a few 
days, such a sum of money as would be necessary. An 
act was passed for levying the sum, but the men could 
not stay until it should be brought into the treasury. The 
extrême difiiculty, to which the government was thus reduced, 
was the occasion of the first bills of crédit ever issued in 
the colonies, as a substitute in the place of money. The 
debt was paid by paper notes from two shillings to ten 
pounds dénomination, which notes were to be received, for 
payment of the tax which was to be levied, and ail other 
payments in the treasury. This was a new experiment. 
They had better crédit than King Jame's leather money in 
Ireland, about the same time. But the notes would not 
command money, nor any commodities at money priée. Sir 
William Phips, it is said, exchanged a large sum, at par, in 
order to give them crédit. The soldiers, in gênerai, were 
great sufferers, and could get no more than twelve or four- 
teen shillings in the pound. As the time of payment of th& 
tax approached, the crédit of the notes was raised, and the 
government allowing five per cent to those who paid their 
taxes in notes, they become better than money. This was 

1 — Arma tenenti, oijania dat, qui justa negat. 



RELATION DE CHARLEVOIX 133 

gain to the possessor, but it did not restore to the poor soldier 
what he had lost by the discount. 

Sir William Phips, after a few weeks tarry in Boston, 
embarked for England to sollicit an expédition from thence 
against Canada, the government, at the same time, sending 
their humble address to their Majesties, shewing the neces- 
sity of it 1. 

Thomas Hutchinson. 



RELATION DE CHARLEVOIX. 



Histoire et description générale de la Nouvelle-France, édition de 
1744, tome II, livre XIV, pages 64 et 65, et 76 à 92. 



Le dixième d'octobre, comme il (M. de Frontenac) se 
disposait à retourner à Québec, un officier, parti la veille de 
cette capitale, lui rendit deux lettres de M. Prévost, major 
de la place, qui y commandait en son absence 2. La première 
était datée du cinquième et portait qu'un Abénaquis venait 
de lui donner avis que trente vaisseaux étaient partis de 
Boston et qu'on assurait qu'ils étaient destinés à faire le siège 
de Québec. 

Ce Sauvage, au zèle et à la diligence duquel la NouveUe- 
Trance fut en partie redevable de son salut, était venu en 
douze jours de Pescadoué et ajouta à M. Prévost que la flotte 
anglaise était en mer depuis six semaines. La seconde lettre 
du major était du sept et marquait que le sieur de Cannanville 
l'avait averti qu'il avait aperçu, vers Tadoussac, vingt-quatre 
bâtiments anglais, dont huit lui avaient paru fort gros. Le 



1 — Cette nouvelle expédition contre Québec, projetée par les 
Anglais en juillet 1691, manqua par le refus des médecins d'accom- 
pagner les troupes. 

2 — Il n'y avait point alors de lieutenant du roi en Canada — Note 
■de Charlevoix. 



134 RELATION DE CHARLEVOIX 

major ajoutait que, sur cet avis, il avait détaché le sieur de 
Grandville, son beau-frère, avec une biscaïenne et un canot 
bien armé pour avoir des nouvelles plus certaines. 

Le gouverneur-général eut quelque peine à croire qu'une 
flotte si considérable fut si proche sans qu'il eût seulement 
eu le vent qu'on armait à Boston. Il s'embarqua néanmoins 
sur l'heure même avec M. de Champigny dans un petit bâti- 
ment où ils pensèrent périr, et, le lendemain, vers les trois 
heures du soir, un second courrier de M. Prévost lui apprit 
que les Demoiselles de La Lande et Joliet avaient été prises 
auprès de Tadoussac par une flotte de trente-quatre voiles, 
qui pouvait bien être, dans le temps qu'il écrivait, à l'Ile-aux- 
Coudres, c'est-à-dire, à quinze lieues de Québec. 

Ce qui avait le plus contribué à tromper M. de Fron- 
tenac, et à le tranquilliser par rapport à Québec, c'est qu'il 
croyait les Anglais fort occupés du côté de l'Acadie à 
laquelle il avait ])lus d'une raison de croire qu'ils en vou- 
laient. Le fait était vrai ; mais il avait mal supposé que 
l'Acadie arrêterait les Anglais plus longtemps qu'elle ne fit. 
D'ailleurs il ne pouvait se persuader qu'il pût sortir de Bos- 
ton assez de forces pour attaquer en même temps toute la 
Nouvelle-France, encore moins que l'Acadie fut conquise et 
que les conquérants lui en apportassent la première nouvelle. 

Quoiqu'il en soit, il y a tout lieu de croire que le pillage 
de Plaisance, ni même la perte de l'Acadie, supposé qu'on en 
eût été instruit en Canada avant que de recevoir la nouvelle 
de l'ari'ivée des Anglais à Tadoussac, ne parurent point au 
gouverneur-général des raisons de craindre d'être lui-même 
attaqué sans en être averti assez à temps pour se préparer. 
Il est certain du moins que, s'il l'eût été trois jours plus tard 
de l'approche de l'ennemi, il eût pu trouver l'amiral Phips 
dans la capitale, lorsqu'il y arriva lui-même et que, si la 
flotte anglaise n'eût pas été si fort contrariée des vents, ou, 
avait eu de meilleurs pilotes, Québec eût été pris avant qu'on 
sût à Montréal qu'il était assiégé. 

Mais il faut convenir que jamais surprise ne fit plus d'hon- 
neur à aucun général et ne tourna plus à la honte de celui 
qui en devait tirer avantage. La première chose que fit M. de 
Frontenac, dès qu'il eut reçu le second courrier de M, Prévost, 



RELATION DE CHARLEVOIX 135 

fut d'envoyer M. de Eamesay, gouverneur des Trois-Rivières, 
au chevalier de Callières, pour lui ordonner de descendre à 
Québec le plus promptement qu'il serait possible, avec toutes 
ses troupes, à la réserve de quelques compagnies qu'il devait 
laisser pour garder Montréal, et de se faire suivre par tous 
les habitants qu'il pourrait rassembler dans sa route. 

Il marcha ensuite sans s'arrêter jusqu'à Québec, où il 
arriva le quatorzième d'octobre à dix heures du soir, et où il 
apprit que la flotte anglaise était au pied de la traverse de 
l'Ile d'Orléans. Il fut entièrement satisfait de l'état où le 
major avait mis cette place : cet ofiicier y avait fait entrer 
un gi'and nombre d'habitants qui montraient beaucoup de 
confiance et de résolution, et, quoiqu'il n'eût eu que cinq jours 
pour faire travailler aux fortifications, il n'y avait aucun 
endroit faible dans la ville où il n'eût pourvu de manière à 
ne pas craindre un coup de main. 

Le général y fit encore ajouter quelques retranchements 
qu'il jugea nécessaires, et confirma l'ordre, que le major avait 
fort judicieusement donné aux capitaines des compagnies de 
milice de Beaupré, de Beauport, de l'Ile d'Orléans et de la 
côte de Lauzon, qui couvraient Québec du côté de la rade, de 
ne point quitter leurs postes, qu'ils ne vissent l'ennemi faire 
sa descente et attaquer le corps de la place, auquel cas ils 
devaient se tenir prêts à marcher où on les appellerait. 

M. de Longueuil, fils aîné du sieur LeMoyne, était allé, 
avec une troupe de sauvages hurons et abénaquis, pour exa- 
miner les mouvements de la flotte ; toutes les côtes avancées 
dans le bas du fleuve étaient bien garnies ; les habitants 
témoignaient partout une grande envie de bien faire ; les 
Anglais ne pouvaient pas envoyer une chaloupe à terre 
qu'elle ne trouvât le rivage bordé de mousquetaires qui 
l'obligeaient d'abord de regagner le large. Enfin, il arrivait 
continuellement à la ville des milices de Montréal et des 
Trois-Rivières aussi remplies de bonne volonté que celles des 
environs de la capitale. 

Le quinzième (d'octobre), le chevalier de Vaudreuil, com- 
mandant des troupes, partit de grand matin avec cent hommes 
pour aller à la découverte, et pour charger les ennemis s'ils 
entreprenaient de faire une descente ; mais le Comte de Fron- 
tenac lui avait expressément recommandé de ne les point 



136 RELATION DE CHARLEVOIX 

perdre de vue et de donner avis de tous les mouvements 
qu'ils feraient; commission dont il s'acquitta parfaitement. 
A cette précaution le général en ajouta une autre qui n'était 
pas moins nécessaire. 

On attendait des navires de France et il était à craindre 
que, ne se défiant de rien, ils ne vinsent se livrer entre les 
mains des Anglais. M. de Frontenac qui pensait à tout, et 
avait conservé dans l'embarras d'une surprise une présence 
d'esprit merveilleuse, dépêcha le même jour deux canots bien 
équippés par le petit canal de l'Ile d'Orléans, avec ordre, à 
ceux qu'il y fit embarquer, d'aller aussi loin qu'ils pourraient 
au-devant de ces navires et de les avertir de ce qui se passait. 
Il fit aussi commencer en même temps une batterie de huit 
pièces de canon sur la hauteur, qui est à côté du Fort ^ et 
elle fut achevée le lendemain. 

Ainsi les fortifications commençaient au Palais, sur le bord 
de la petite rivière St Charles, remontaient vers la haute 
ville qu'elles environnaient et venaient finir à la Montagne, 
vers le Cap-aux-Diamants. On avait aussi continué depuis le 
Palais, tout le long de la grève, une palissade jusqu'à la 
clôture du Séminaire où elle était terminée par des rochers 
inaccessibles qu'on appelle le Sault-au-Matelot, et là il j 
avait une batterie de trois pièces. Une seconde palissade, 
qu'on avait tirée au-dessus de la première, aboutissait au 
même endroit et devait couvrir les fusilliers. 

La basse ville avait deux batteries, chacune de trois pièces 
de dix-huit livres de balle, et elles occupaient les intervalles 
de celles qui étaient à la haute ville. Les issues de la ville 
où il n'y avait point de portes étaient barricadées avec de 
bonnes poutres et des barriques pleines de terre en guise de 
gabions, et les dessus étaient garnis de pierres. Le chemin 
tournant de la basse ville à la haute était coupé par trois 
différents retranchements de barriques et de sacs pleins de 
terre avec des manières de chevaux de frise. Dans la suite 
du siège on fit une seconde batterie au Sault-au-Matelot et 
une troisième à la porte qui conduit à la rivière St Charles. 
Enfin on avait disposé quelques jjetites pièces de canon 

1 — ^L'emplacement du bastion de notre citadelle actuelle. 



/ RELATION DE CHARLEVOIX 137 

autour de la haute ville et particulièrement sur la butte 
d'un moulin qui servait de cavalier. 

Le seizième, à trois heures du matin, M. de Vaudreuil 
revint à Québec ; il rapporta qu'il avait laissé la flotte 
anglaise à trois heues de la ville, mouillée à un endroit appelé 
Y Arbre Sec ; et, en effet, dès qu'il fut jour, on l'aperçut des 
hauteurs ; elle était composée de trente-quatre voiles de diff'é- 
rentes grandeurs, et le bruit se répandit qu'elle portait trois 
mille hommes de débarquement. A mesure qu'elle avançait 
les plus petits bâtiments se rangeaient le long de la côte de 
Beauport, entre l'Ile d'Orléans et la petite rivière ; les autres 
tenaient le large ; tous jetèrent les ancres vers les dix heures, 
et dans le moment on aperçut une chaloupe qui débordait de 
l'amiral et qui venait vers la ville. 

On ne douta point qu'elle ne portât un trompette parce 
qu'elle avait un pavillon blanc à son avant et M. de Fron- 
tenac envoya à sa rencontre un officier qui le joignit à moitié 
chemin, fit bander les yeux au trompette et le conduisit au 
Fort. La surprise de cet homme fut extrême lorsque, le ban- 
deau lui ayant été ôté, il aperçut le Gouverneur-Général, 
l'Evêque et l'Intendant, au miheu d'une grande salle toute 
remplie d'officiers ; mais, pour comprendre ce qui causait son 
étonnement, il faut se souvenir que M. Prévost, sur le pre- 
mier avis de l'approche des Anglais, avait envoyé le sieur de 
Grandville, son beau-frère, pour en avoir des nouvelles plus 
certaines et plus circonstanciées. 

Cet officier s'étant peut-être avancé avec trop peu de pré- 
caution, ou, ce qui est plus vraisemblable, trompé par quelques 
pavillons français que les navires anglais, dont il ne voyait 
qu'une partie, avaient arborés, fut pris par l'amiral même, 
auquel il avoua, ce qui était vrai, que Québec était sans forti- 
fications, sans troupes et sans général. Phips, qui n'avait 
pu douter de la sincérité de ce rapport et à qui il n'était pas 
venu à l'esprit que les choses eussent si fort changées en si 
peu de temps, avait compté de coucher à Québec le jour 
même qu'il mouillerait dans la rade et que cette place ne lui 
coûterait pas plus que ne lui avait coûté le Port-Royal : il 
s'était expliqué sur cela avec une confiance qui s'était com- 
muniquée à toute son armée. 

Le trompette, avant que d'arriver au Fort, en avait déjà 



138 RELATION DE CHARLEVOIX 

pu perdre un peu, car on l'avait promené exprès tout autour 
de la place où il fut fort étourdi des grands mouvements 
qu'il entendit dans tous les quartiers, chacun se faisant un 
plaisir d'augmenter son embarras et de lui donner lieu de 
croire que toute la ville était semée de chausse-trapes et de 
chevaux de frise et que l'ennemi ne pourrait point faire vingt 
pas sans être obligé de franchir un retranchement ; mais la 
vue du gouverneur-général, si bien accompagné, et la conte- 
nance des officiers achevèrent dé le déconcerter. Il présenta 
en tremblant la sommation, qui était par écrit et en anglais 
et qui fut interprétée sur-le-champ. La voici telle que 
M. de Frontenac l'envoya au Marquis de Seignelay : je l'ai 
exactement transcrite sur l'original même, ^ 

Cet écrit fut lu à haute voix et il excita l'indignation de 
toute l'assistance. Dès qu'on en eut achevé la lecture le trom- 
pette tira de sa poche une montre, la présenta au gouver- 
neur-général, et lui dit qu'il était dix heures et qu'il ne pou- 
vait attendre sa réponse que jusqu'à onze. Alors il se fit un 
cri général et le sieur de Valrennes, élevant la voix, dit qu'il 
fallait traiter cet insolent comme l'envoyé d'un corsaire, 
d'autant plus que PhijDs était armé contre son légitime sou- 
verain et s'était comporté au Port-Eoyal en vrai pirate, ayant 
violé la capitulation et retenu prisonnier le sieur de Menneval, 
contre sa parole et le droit des gens. 

Monsieur de Frontenac, quoique piqué au vif, témoigna 
plus de modération ; ^ il ne fit pas même semblant d'entendre 
le discours de Valrennes et adressant la parole au trompette 
il lui dit. 3 

Le trompette demanda cette réponse par écrit, le général 
refusa de la donner et ajouta : 

" Je vais répondre à votre maître par la bouche de mon 



1 — Voir pages 24 et 106. 

2 — D'après Charlevoix, et son autorité est considérable, ce serait 
le sieur de Valrennes et non pas Frontenac, comme le dit La Hon- 
tan, qui aurait menacé de la potence le parlementaire de Sir Wil- 
liam Phips. Tous les admirateurs de Frontenac seront heureux de 
croire à cette rectification historique ; il était pénible d'admettre 
que l'illustre gouverneur, dans une circonstance aussi solennelle, se 
fut oublié à ce point. 

E. M. 

3 — Voir pages 25 et 75. 



RELATION DE CHARLEVOIX 139 

" canon : qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on 
" fait sommer un homme comme moi." 

Il fit signe ensuite qu'on remît le bandeau au trompette 
qui fut reconduit jusqu'à l'endroit où on l'était allé prendre. 
Dès qu'il fut arrivé à bord on commença de tirer d'une des 
batteries de la basse ville, ce qui surprit fort les Anglais ; 
Phips surtout ne revenait point de son étonnement de se voir 
obligé d'assiéger dans les formes une ville où il s'était flatté 
qu'on n'aurait pas la hardiesse de l'attendre autrement que 
pour se soumettre à lui. 

Mais ce fut bien pis encore, quand du premier coup de 
canon son pavillon ayant été abattu, et la marée l'ayant fait 
dériver, quelques Canadiens allèrent le prendre à la nage, et, 
malgré le feu qu'on faisait sur eux, l'emportèrent à la vue de 
toute la flotte : il fut porté sur le champ à la cathédrale où il 
est encore. 

Le même jour, 16ième, vers les quatre heures après-midi, 
M. de Longueuil, accompagné de Maricourt, son frère, nou- 
vellement arrivé de la Baie d'Hudson, passa en canot le long 
de la flotte anglaise qu'il voulait observer. Quelques cha- 
loupes se détachèrent pour l'enlever ; mais il gagna terre et 
obligea par un très grand feu de mousqueterie ceux qui le 
poursuivaient à regagner leurs navires. 

Le lendemain une barque anglaise remplie de soldats 
s'approcha de la rivière de St Charles pour examiner si l'on 
pourrait faire descente entre Beauport et cette rivière ; mais 
elle échoua assez loin de terre. Elle ne laissa point de faire 
un assez grand feu ; mais on y répondit fort bien. Quelques 
braves voulaient attaquer la barque ; mais on ne pouvait 
l'aborder sans avoir de l'eau jusqu'à la ceinture et il fallut y 
renoncer. 

Le principal dessein du Comte de Frontenac était d'en- 
gager les ennemis à traverser la rivière St Charles, et ils ne 
pouvaient effectivement attaquer la ville que de ce côté-là. 
Sa raison était que cette rivière n'étant guéable que de marée 
liasse quand une fois ils l'auraient passée on pourrait, sans 
trop hasarder, aller à eux en bataille et que, dès qu'on les 
aurait culbutés, ils ne pourraient jamais se remettre, étant 
obligés de marcher une demi-lieue dans la vase jiîsqu'aux 
genoux pour regagner leurs chaloupes. Au lieu que si les 



140 RELATION DE CHARLEVOIX 

Français passaient la rivière pour aller à eux ils ne le 
pourraient faire qu'avec le même désavantage. On aurait pu 
rétorquer ce raisonnement, en faisant observer que, si l'ennemi, 
après avoir passé la rivière, poussait les nôtres avec succès, se 
trouvant vis-à-vis l'endroit faible de la place, il y pourrait 
entrer avec les fuyards ; mais le général comptait trop sur la 
valeur de ses troupes pour appréhender cet inconvénient ; 
d'ailleurs il était bien résolu de ne point dégarnir sa place, et 
d'être toujours à portée de soutenir ses gens. On vit bientôt 
qu'il avait pensé juste. 

Le dix-huit, à midi, on aperçut presque toutes les chaloupes 
chargées de soldats tourner du même côté ; mais comme on 
ne pouvait pas deviner en quel endroit précisément elles 
tenteraient la descente, elles ne trouvèrent personne pour la 
leur disputer. Dès que les troupes furent débarquées M. de 
Frontenac envoya un détachement des milices de Montréal et 
des Trois-Rivières pqur les harceler ; quelques habitants de 
Beauport se joignirent à elles, mais tout cela ne faisait 
qu'environ trois cents hommes et les Anglais étaient au 
moins quinze cents, rangés en bataillons, dans une assez 
belle ordonnance. 

D'ailleurs comme le terrain en cet endroit est fort maré- 
cageux, embarrassé de broussailles et coupé de rochers, que la 
marée était basse et que, pour aller à l'ennemi, qui s'était 
bien posté, il fallait marcher dans la vase, on ne pouvait l'at- 
taquer que par manière d'escarmouche et par pelotons. Les 
Anglais, pour la même raison, ne pouvaient pas profiter de 
toute leur supériorité. Ainsi on ne put combattre ce jour-là 
qu'à la manière des sauvages. 

Non seulement cette manière déconcerta les Anglais, qui 
n'y étaient pas accoutumés, mais elle leur ôta même la con- 
naissance du petit nombre de ceux à qui ils avaient affaire. 
Le combat dura environ une heure ; les Canadiens volti- 
geaient de rocher en rocher tout autour des Anglais qui 
n'osaient se séparer ; le feu continuel qu'ils faisaient n'incom- 
modait pas beaucoup des gens qui ne faisaient que paraître 
et disparaître et dont tous les coups portaient parce que ces 
bataillons se tenaient serrés ; aussi le désordre s'y mit-il 
bientôt : ils prenaient les Canadiens pour des Sauvages et on 
les entendit dire en se retirant qu'il y avait des Indiens 
derrière tous les arbres. 



RELATION DE CHARLEVOIX 141 

M. de Frontenac ne voulut pourtant pas leur donner le 
temps de s'apercevoir qu'ils n'avaient en tête qu'une poignée 
de monde ; il commanda un bataillon de troupes réglées pour 
assurer la retraite qu'il fit sonner dès que le jour commença 
à manquer. Nous perdîmes en cette rencontre le chevalier 
de Clermont et le fils du sieur de la Touche, seigneur de 
Champlain, qui avaient suivi les milices comme volontaires. 

Nous eûmes aussi dix ou douze blessés dont le plus con- 
sidérable fiit le sieur Nicolas Juchereau de Saint-Denis, 
seigneur de Beauport, qui commandait ses habitants ; il avait 
plus de soixante ans et combattit avec beaucoup de valeur 
jusqu'à ce qu'il eût un bras cassé d'un coup de feu. Le Eoi 
récompensa, peu de temps après, son zèle et son courage en 
lui accordant des lettres de noblesse et il fit en même temps ^ 
la même grâce au sieur Hertel qui se distinguait dans toutes 
les occasions à la tête des milices des Trois-Eivières. Cette 
journée coûta cent cinquante hommes aux ennemis qui s'en 
vengèrent sur quelques maisons voisines où ils mirent le feu. 

Le même soir, les quatre plus gi'os navires vinrent mouiller 
devant la ville ; le contre-amiral qui portait pavillon bleu se 
porta un peu sur la gauche, vis-à-vis le Sault-au-Matelot ; 
l'amiral était à sa droite, et le vice-amiral un peu au-dessous, 
tous deux vis-à-vis la basse \ille. Le quatrième, qui avait la 
flamme de chef d'escadre,s'avança vers le Cap-aux- Diamants. 
La ville les salua la première, ensuite ils firent grand feu et 
on leur répondit de même. Sainte-Hélène pointa presque tous 
les canons de la principale batterie et aucun de ses coups ne 
porta à faux. Les ennemis ne tirèrent ce jour-là que contre 
la haute ville, où ils tuèrent un homme et en blessèrent deux, 
sans faire aucun autre dommage. 

Ils en voulaient surtout aux Jésuites auxquels ils attri- 
buaient tous les ravages que faisaient les Abénaquis dans la 
Nouvelle-Angleterre et ils s'étaient déclarés que quand ils 
auraient pris la ville ils leur feraient un mauvais parti : mais 
aucun de leurs coups ne porta sur leur collège, et leurs me- 
naces étant venues aux oreilles de Sainte-Hélène, de ses 



I — Jacques Viger, dans les annotations de l'ouvrage de Charle- 
voix, dit que les lettres de noblesse de Juchereau de Saint-Denis 
étaient datées de février 1692, et celles d'Hertel, d'avril 1716. 



142 RELATION DE CHARLEVOIX 

frères et de plusieurs autres des plus considérables Canadiens, 
ces braves protestèrent qu'ils se feraient plutôt tous tuer à la 
porte de ces religieux, que de souffrir qu'on leur fît la moindre 
insulte. 

Vers les huit heures on cessa de tirer de part et d'autre. 
Le lendemain la ville recommença encore la première et les 
Anglais ne firent pas un aussi grand feu que la veille. Au 
bout de quelque temps le contre-amiral se trouva si fort 
incommodé par, les ha,ttevies du S ault- au- Matelot et par celle 
qui était en bas sur la gauche, qu'il fut contraint de s'éloigner. 
L'amiral le suivit bientôt avec précipitation. Il était percé à 
l'eau en plusieurs endroits, il avait plus de vingt boulets 
dans le corps du bâtiment, toutes ses manœuvres étaient cou- 
pées, son grand mât presque cassé et un grand nombre de ses 
matelots et de ses soldats tués ou blessés. Les deux autres 
navires tirèrent encore quelque temps; mais à midi ils cessè- 
rent de tirer et à cinq heures du soir ils allèrent se mettre à 
l'abri de notre canon dans VAnse des Mères ( Ursulines), 
derrière le Cap-aux-Diamants. Ils n'y restèrent pourtant pas 
longtemps parce qu'ils y essuyèrent un grand feu de mous- 
queterie qui leur tua bien du monde, ce qui les obligea de 
s'éloigner encore davantage. 

Tout ce jour-là les troupes qui avaient débarqué près de 
Beauport restèrent tranquilles dans leur camp et on se con- 
tenta de les observer. Le vingtième (jour), de grand matin, 
ils battirent la générale et se rangèrent en bataille. Ils 
demeurèrent dans cette posture jusqu'à deux heures après- 
midi, criant sans cesse : Vive le roi Ouillaume ! Alors ils 
s'ébranlèrent et il parut, à leur mouvement, qu'ils voulaient 
marcher vers la ville, ayant des pelotons sur les ailes et des 
Sauvages à l'avant-garde. 

Ils côtoyèrent quelque temps la petite rivière en très bon 
ordre ; mais MM. de Longueuil et de Sainte-Hélène, à la 
tête de deux cents volontaires, leur coupèrent chemin et, escar- 
mouchant de la même manière qu'on avait fait le dix-huit, 
firent sur eux des décharges si continuelles et si à propos 
qu'ils les contraignirent de gagner un petit bois d'où ils firent 
un très grand feu. Les nôtres les y laissèrent et firent leur 
retraite en bon ordre. 



RELATION DE CHARLEVOIX 143 

Nous eûmes dans cette seconde action deux hommes tués 
€t quatre blessés; du nombre de ceux-ci furent les deux 
commandants qui combattirent toujours les premiers avec 
leur valeur ordinaire ; mais M. de Longueuil en fut quitte 
pour une assez grosse contusion ; Sainte-Hélène, son frère, 
voulant avoir un prisonnier reçut un coup de feu à la jambe, 
qui ne parut pas dangereux. Il en mourut néanmoins peu 
de jours après, au grand regret de toute la colonie qui perdait 
en lui un des plus aimables cavaliers et des plus braves 
hommes qu'elle ait jamais eus. 

Pendant cette action M. de Frontenac s'était avancé en 
personne à la tête de trois bataillons de ses troupes et les 
avait rangés en bataille sur le bord de la petite rivière, résolu 
de la passer si les volontaires se trouvaient trop pressés; 
mais les ennemis ne lui donnèrent pas lieu de faire autre 
chose que d'être spectateur du combat. Leur perte fut ce 
jour-là pour le moins aussi grande que la première fois ; mais 
quand ils virent les Français se retirer, ils se jetèrent sur les 
bestiaux qu'on avait négligé de mettre en sûreté ; ils les 
tuèrent tous et en envoyèrent une partie sur la flotte où l'on 
était dans une très grande disette de viande fraîche. 

La nuit suivante l'amiral leur fit porter cinq pièces de six 
livres de balle, ce qui ne fut connu des assiégés que quand 
elles commencèrent à tirer. Les Anglais s'étaient mis en 
marche avec cette artillerie dans le dessein de battre la ville 
en brèche, mais on ne leur permit pas d'aller bien loin. Le 
sieur de Villieu, lieutenant réformé, qui avait obtenu du 
général un petit détachement de soldats, tous gens de bonne 
volonté, était parti avant qu'ils fussent sortis de leur camp, 
comme s'il eût voulu en enlever quelque quartier, et il avait 
été suivi de près par quelques autres petites troupes qui 
avaient à leur tête MM. de Cabanac, Duclos, et De Beau- 
manoir. 

Villieu, qui rencontra le premier les ennemis, leur dressa 
une embuscade et les y attira en escarmouchant ; il y soutint 
assez longtemps tous leurs efforts et comme ils virent qu'ils 
ne pouvaient le faire reculer, ils se mirent en devoir de l'en- 
velopper ; mais un des détachements qu'ils avaient fait pour 
cela tomba dans une seconde embuscade où les habitants de 
Beauport, de Beaupré et de l'Isle d'Orléans, commandés par 



144 RELATION DE CHARLEVOIX 

le sieur Carré, les attendaient; un autre fut rencontré parles 
trois officiers dont je viens de parler et tous deux furent mis 
en grand désordre. 

La partie était pourtant trop inégale de la part des Français 
pour entretenir plus longtemps le combat, et, comme s'ils se 
fussent concertés, ils commencèrent à se retirer au petit pas, 
en combattant toujours, jusqu'à ce qu'ils se fussent tous 
réunis auprès d'une maison palissadée et située sur une 
éminence. Ils y firent un si grand feu qu'ils arrêtèrent toute 
l'armée. Ce fut alors que les Anglais commencèrent à faire 
usage de leurs pièces de campagne ; mais on leur répondit 
de la batterie qui était à la porte de la petite rivière ; d'ailleurs 
ils tiraient si mal qu'ils ne blessèrent personne. La mousque- 
terie ne fut guère mieux servie ; elle ne tua qu'un jeune 
écolier et ne blessa qu'un sauvage. 

Ce feu dura jusqu'à la nuit que les Anglais se retirèrent 
en jurant contre les Français qui se battaient, disaient-ils, 
derrière des haies et des buissons, à la manière des Indiens. 
Ce qui les fit résoudre à la retraite, c'est qu'ils avaient un 
grand nombre de morts et de blessés. Ils la firent d'abord 
en assez bon ordre ; mais ils la changèrent bientôt en une 
véritable fuite parce qu'ils entendirent sonner le tocsin à la 
cathédrale. Ils s'imaginèrent qu'ils allaient avoir sur les bras 
le gouverneur-général et toutes les troupes et ne songèrent 
plus qu'à regagner au plus vite leur camp. Le tocsin n'était 
pourtant qu'un stratagème du sieur Dupuy, lieutenant parti- 
culier de Québec, lequel avait été officier avant que de se 
faire magistrat, et s'était bien voulu charger de faire, pendant 
le siège, les fonctions d'aide-major, dont il s'acquitta fort bien. 
Tandis que ceci se passait auprès de la petite rivière, les 
deux vaisseaux ennemis, qui étaient au-dessus de Québec, 
descendirent avec la marée pour se mettre en ligne : en 
passant devant la ville ils essuyèrent quelques volées de 
canon, ils y en envoyèrent aussi quelques-unes ; mais qui ne 
firent aucun effet. ^ La nuit du vingt-un au vingt-deux fut 
très obscure et il plut beaucoup : les Anglais débarqués au- 
près de Beauport en profitèrent pour décamper, quelques 



1 — Quelques mémoires disent que ce fut l'après-midi du vingt- 
deux que ce» navires se retirèrent. Note de Charlevoix. 



RELATION DE CHARLEVOIX 145 

détachements que M. de Frontenac avait fait filer par leurs 
derrières ayant renouvelé leur crainte d'être attaqués par 
toutes les troupes de la colonie. Ils regagnèrent donc leurs 
chaloupes sans se donner même le temps d'emporter leur 
canon. 

On apprit cette retraite au point du jour par des Sauvages 
qui battaient l'estrade et on trouva dans leur camp, outre les 
canons montés sur leurs affûts, cent livres de poudre et qua- 
rante à cinquante boulets. Quelques temps après trois cha- 
loupes armées revinrent pour retirer ce qu'on avait négligé 
d'emporter ; mais ceux qui s'en étaient déjà emparés tirent si 
grand feu sur les chaloupes qu'elles n'osèrent aborder. L'amiral 
qui s'en aperçut eu envoya trente nouvelles ; mais ceux qui 
les commandaient, après avoir tenu conseil hors de la portée 
du mousquet, ne jugèrent pas à propos de tenter la descente 
et s'en retournèrent. 

M. de Frontenac donna de grandes louanges à tous ceux 
qui avaient eu part au dernier combat. Il permit à Carré ^ 
et à sa troupe d'emporter chez eux deux pièces de canon -, 
pour être un monument étemel de la belle action qu'ils 
avaient faite. On convenait que les plus expérimentés 
n'auraient pas mieux manœuvré que n'avait fait cet habitant, 



1 — Pierre Carré demeurait à Ste Anne de Beaupré. La Sania 
Scala occupe actuellement l'emplacement précis de sa maison qui 
était bâtie dans le jardin du presbytère, au temps de l'ancienne 
église, démolie en 1876. 

2 — D'après M. l'abbé Laverdière, l'un de ces canons serait au 
Château Bellevue, Petit Caj) St Joachim. En efifet, les quelques 
amis intimes des Messieurs du Séminaire de Québec, peuvent s'as- 
surer, en visitant leur princière villa, de la présence de ce canon 
historique. Il faudra, par exemple, le chercher dans l'herbe, quelque 
part vers Liesse, car on ne lui a pas même fait la charité d'un 
pauvre août de bois. C'est une pièce do petit calibre, et qui porte 
gravée, entre la lumière et le bouton de culasse, la lettre P, encore 
aujourd'hui parfaitement lisible. 

Pourquoi ne pas la transporter, dès maintenant, au musée de 
l'université Laval ? Je ne suis pas en mesure de prouver qu'elle soit 
authentique : mais l'opinion de l'historien Laverdière vaut bien ' 
l'incrédulité, je ne dirai pas l'ignorance, de ses contradicteurs. Dans 
tous les cas ramassons-la par prudence ; dans l'espoir que ce canon 
soit bien le trophée offert par Frontenac à Pierre Carré. Il sera 
toujours temps de le revendre aux marchands de bric-à-brac si l'on 
constate plus tard qu'il n'est qu'une fausse relique. 

10 



146 RELATION DE CHABLEVOIX 

et les Anglais même lui rendaient toute la justice qu'il 
méritait. 

Mais rien ne déconcerta davantage l'amiral Phips que 
de voir toutes les troupes et les milices de la colonie ras- 
semblées à Québec. Il avait compté sur une diversion du 
côté de Montréal, qui devait en occuper une bonne partie, 
et voici sur quoi il fondait cette espérance. Les avis qui 
avaient été donnés au Comte de Frontenac, par l'Iroquois 
La Plaque, d'un grand nombre de sauvages campés sur 
les bords du lac Saint-Sacrement, n'étaient que trop jus- 
tes. Ce n'était même qu'une partie d'un corps de trois 
mille hommes, Anglais, Iroquois, Mahingans, qui devaient 
attaquer le gouvernement de Montréal tandis que la flotte 
anglaise ferait le siège de Québec. Il y avait tout lieu de 
craindre que le Canada, déjà affaibli par les grandes pertes 
qu'il avait faites les années précédentes, ne succombât sous deux 
efïbrts aussi puissants, s'ils avaient pu être bien concertés ; 
mais le ciel y pourvut ])ar un de ces coups inespérés où il n'est 
pas permis de méconnaitre cette Providence qui veille à la 
conservation des Etats et qui sait tirer le secours qu'elle leur 
prépare d'où il était le moins naturel de l'attendre. 

Les Anglais et les Mahingans, en allant joindre les Iroquois, 
furent attaqués de la petite vérole et plusieurs en portaient 
encore les marques lorsqu'ils arrivèrent au rendez- vous. Les 
Iroquois, que le retardement, causé par cette maladie, avait 
déjà mis de fort mauvaise humeur, furent saisis à cette vue 
de la crainte que le mal ne les gagnât et reprochèrent à leurs 
alliés qu'ils étaient venus pour les empoisonner. En effet, 
plusieurs furent bientôt attaqués de la même maladie et il y 
en eut jusqu'à trois cents qui en moururent. Il n'en fallut 
pas davantage pour engager tous les autres à quitter un lieu 
si funeste et à se séparer de ceux qu'ils croyaient y avoir 
apporté la contagion. Ainsi toute l'armée se dissipa. 

On ajoute même, sur des mémoires que je ne garantis pas, 
que les Anglais avaient envoyé devant eux des cassettes 
fermées où il y avait des habits empoisonnés et que leur 
dessein était de les laisser piller aux Français ; mais que les 
cassettes ayant été ouvertes par les Sauvages tous ceux qui 
furent curieux de se vêtir de ces habits en moururent. Ce 
qui fit peut-être ajouter foi à ces bruits populaires fut que la 



RELATION DE CHARLEVOIX 147 

blessure dont M. de Sainte-Hélène était mort n'ayant pas 
été jugée considérable, quelques-uns publièrent que la balle 
dont il avait été frappé était empoisonnée ; cependant 
il est certain que plusieurs autres Français, qui avaient été 
blessés dans les différentes rencontres par les troupes anglaises 
débarquées à Beauport, guérirent de leurs blessures et que le 
chirurgien qui pansa Sainte-Hélène se plaignit de ce qu'il 
n'avait pas voulu garder le régime qu'il lui avait prescrit. 

On a encore dit, et ce semble avec plus de vraisemblance, 
que ce qui avp,it achevé de brouiller les Anglais avec les 
Iroquois c'est que les premiers ne voulurent jamais s'embar- 
quer dans les canots des seconds qui sont d'écorce d'orme, 
assez mal travaillés et fort plats de bord ; que, sur ce refus, 
les Iroquois les traitèrent de lâches, leur firent les plus 
sanglants reproches et qu'en s'en retournant chez eux ils 
ruiuèrent tous les grains et tuèrent tous les bestiaux des 
environs d'Orange. Pour moi, je suis persuadé que dans les 
motifs de la retraite de ces sauvages il y entra beaucoup de 
cette politique dont nous verrons encore des effets bien mar- 
qués et qui consiste en ce qu'ils ne veulent pas qu'aucune 
des deux nations européennes entre lesquelles leur pays est 
situé prenne une trop grande supériorité sur l'autre, persua- 
dés qu'ils en seraient bientôt les victimes. 

Quoi qu'il en soit de ces circonstances, qui ne sont pas 
également avérées, on ne fut bien instruit à Montréal du 
danger qu'on y avait couru qu'assez longtemps après la dissi- 
pation de ce grand parti; et il y a bien de l'apparence que 
l'amiral Phips l'ignorait encore à son arrivée devant Québec, 
et qu'il ne s'en douta que quand il apprit que tout était 
tranquille à Montréal. Ce soupçon, qui était très bien fondé, 
€t le mauvais succès des différentes tentatives qu'il avait 
faites pour pénétrer dans Québec par la rivière Saint-Charles, 
le déterminèrent enfin à lever le siège. Il avait perdu, dans 
les trois actions dont nous avons parlé, près de six cents 
hommes ; il a même passé pour constant qu'il ne lui restait 
plus un seul boulet à tirer, que dès le dernier {premier ?) 
jour ses canons n'étaient guère chargés que de méchantes 
ferrailles et que toutes ses autres munitions étaient pareille- 
ment épuisées. 



148 RELATION DE CHARLEVOIX 

Le vingt-trois, sur le bruit qui se répandit du départ pro- 
cliain de la flotte, MM. D'Orvilliers et de Subercaze, capi- 
taines, allèrent, avec cent hommes, se jeter dans l'Ile d'Orléans, 
et le sieur de Villieu eut ordre de descendre, par le petit 
canal, jusqu'au Cap Tourmente, afin de s'opposer aux des- 
centes des Anglais. Sur le soir, la flotte leva les ancres et se 
laissa dériver à la marée. Le vingt-quatre, elle mouilla à 
V Arbre Sec ; elle emmenait un assez grand nombre de Fran- 
çais qui avaient été faits prisonniers en différentes rencontres 
et, entr'autres, le sieur Trouvé, prêtre, que Phips avait détenu 
depuis la prise du Port-Eoyal, M. de Grandville et les 
Demoiselles Joliet et de La Lande. 

Cette dernière, voyant qu'on ne parlait ni de rançon, ni 
d'échange, demanda à l'amiral s'il n'aimerait joas mieux retirer 
les Anglais prisonniers en Canada que d'emmener à Boston 
des Français dont il serait embarrassé, et s'offrit d'aller faire 
de sa part au Comte de Frontenac la proposition d'un échange 
où les deux nations trouveraient également leur avantage. 
Son offre fut acceptée; elle fut conduite à Québec et eut 
encore moins de peine à résoudre le gouverneur-général à 
entrer en négociations sur cet article avec l'amiral anglais. 
M. de Frontenac lui envoya même son capitaine des gardes 
chargé d'un plein pouvoir et, comme le nombre des prisonniers 
était à peu près égal de part et d'autre, le traité fut conclu 
sans aucune difficulté et exécuté de bonne foi. 

Phips continua ensuite sa route fort chagrin d'avoir perdu 
la meilleur partie de son bien dans \ine expédition dont il 
avait fait presque tous les frais dans l'espérance d'une grande 
fortune et très inquiet sur ce qu'il deviendrait dans une saison 
si avancée, sans pilotes côtiers, sur un fleuve qu'il ne con- 
naissait pas bien, et avec des vaisseaux si mal en ordre et si 
dépourvus de vivres et de munitions. Le sien pensa même 
périr en faisant la traverse de l'Ile d'Orléans et, avant que de 
sortir du fleuve, il perdit ou fut obligé d'abandonner jusqu'à 
neuf de ses bâtiments dont une partie des équipages était 
morts ou de maladie ou par d'autres accidents. 

Deux jours après son départ de devant Québec, des Abéna- 
quis arrivèrent de l'Acadie ou des environs et publièrent que 
les Anglais avaient été battus sur mer en Europe ; ce qui se 
trouva véritable, le comte de Tourville ayant défait dans la 



RELATION DE CHARLEVOIX 149 

Manche les flottes réunies de Hollande et d'Angleterre ^ . Ces 
Sauvages apprirent encore que la petite vérole avait fait 
mourir quatre cents Iroquois et cent Mahingans, de ceux 
qui étaient destinés pour attaquer Montréal ; que cinquante 
Flamands devaient bientôt partir de la Nouvelle- York pour 
aller reprendre les négociations avec des Outaouais de Michil- 
limakinac, mais que leur dessein était de tromper ces 
Sauvages ; que depuis deux mois les Kanibas avaient défait 
un parti de soixante-dix Anglais et de trente Mahingans ; 
que le gouverneur de la Nouvelle- Angleterre leur avait fait 
des propositions très avantageuses mais qu'ils lui avaient 
répondu que ni eux, ni leurs enfants, ni les enfants de leurs 
enfants ne feraient jamais ni paix, ni trêve avec une nation 
qui les avait si souvent trahis. En effet, les Anglais n'avaient 
jamais traité de bonne foi avec ces peuples et ceux-ci ne 
pouvaient surtout digérer que, quelques années auparavant, 
plusieurs d'entre eux étant allés à Boston, en temps de paix 
et pour les affaires de leur commerce, on les avait tous 
massacrés sous divers prétextes. 

Cependant, il restait encore un peu d'inquiétude à M. de 
Frontenac touchant les vaisseaux de France qu'il attendait ; 
mais ils avaient été avertis à temps de l'arrivée de la flotte 
anglaise à Québec et ils s'étaient mis à couvert dans le 
Saguenay ; ils y demeurèrent jusqu'à ce que cette même 
flotte eut repassé et fut assez loin pour ne pas craindre d'en 
être aperçus. Le douzième de novembre ils mouillèrent 
devant la capitale où ils causèrent d'autant plus de joie qu'on 
y était plus en peine pour eux et qu'on y manquait générale- 
ment de tout. Ils ne remédièrent pourtant pas à la famine 
qui devint bientôt extrême, parce que, comme je l'ai déjà 
remarqué, ^ les courses des Iroquois pendant le printemps 
n'avaient presque pas permis aux habitants de semer. 

On fut donc obligé d'envoyer les soldats vivre chez les 
habitants les plus aisés, et ceux-ci, non seulement les reçurent 
sans murmurer, mais encore avec joie. Ces bonnes manières 
et le zèle que tous avaient fait paraître dans tout le cours 



1 — Bataille de Beachy Head. 

2 — Charlevoix : Histoire Générale de la Nouvelle-France, livre 
XIV, pages 52 et 59. 



150 MÉDAILLE DE LOUIS XIV 

d'une campagne pendant laquelle ils n'avaient presque point 
quitté les armes, l'affection avec laquelle ils s'étaient portés 
à tout ce qu'on avait souhaité d'eux pendant le siège, et le 
courage dont ils venaient de donner tant de preuves, tout 
cela leur fit beaucoup d'honneur. Le Koi, à qui le gouver- 
neur-général eut grand soin d'en rendre un compte fidèle, n'y 
parut pas moins sensible, qu'à l'heureuse délivrance de 
Québec ; événement que Sa Majesté jugea néanmoins assez 
considérable pour vouloir qu'on le transmit à la postérité 
parmi les plus glorieux de son règne, ayant fait graver à ce 
sujet une médaille ^. 



1690 
LA FLOTTE ANGLAISE REPOUSSÉE EN CANADA. 



Les Anglais, qui en Europe n'avaient pu rien tenter avec 
succès contre la France, ni par terre ni par mer, se flattèrent 
de mieux réussir, s'ils attaquaient les Colonies Françaises 
dans l'Amérique. Ils assemblèrent à ce dessein les meilleurs 
troupes qu'ils eussent en ce pays-là, et firent voile pour aller 
assiéger Québec. Vers la my-oetobre ils parurent dans la 
rivière de Saint- Laurent, avec trente-quatre voiles de toutes 
grandeurs. Le comte de Frontenac, gouverneur de la nouvelle 
France, se prépara à les bien recevoir. Deux mille hommes 



1 — Pour l'entière satisfaction de mes lecteurs, je dois leur expli- 
quer ici la présence des points de suspension qui émaillent la plupart 
des relations précitées. Ces points de suspension ne représentent 
pas des lacunes qui se pourraient trouver aux documents ou dans 
leurs copies, mais des passages que j'ai moi-même retranchés parce 
qu'ils avaient trait à des événements et à des personnages absolu- 
ment étrangers au second siège de Québec. L'espace énorme (près 
de cent cinquante pages) qu'il a fallu consacrer à la reproduction 
des dix-neuf récits contemporains de la grande action militaire que 
j'étudie, m'a contraint de recourir â ce procédé rigoureux. 



MÉDAILLE DE LOUIS XIV 



151 



qu'ils mirent d'abord à terre furent battus. Les ennemis ne 
se rebutèrent pas, et s'avancèrent ; mais un petit corps de 
troupes réglées les arrêta. Par mer leur attaque ne fnt pas 
plus heureuse. Quatre de leurs plus gros vaisseaux, qui 
s'approchèrent de Québec pour le canonner, furent si mal 
traités par le feu de la place qu'ils prirent le parti de se reti- 
rer. Enfin, pour dernière tentative ils voulurent s'emparer 
d'un poste avantageux près de la ville et tombèrent dans une 
embuscade, où on- leur tua encore beaucoup de monde. Tant 
de mauvais succès les firent résoudre d'abandonner leur des- 
sein. Ils se rembarquèrent à la faveur d'une nuit obscure, et 
avec tant de précipitation qu'ils laissèrent à terre cinq pièces 
de canon. Leurs plus gros vaisseaux furent fort endommagés 
et il leur en coûta plus de 1200 hommes. 
C'est le sujet de cette médaille. 




On voit la ville de Québec assise sur un rocher, et ayant à 
ses pieds des pavillons et des étendards aux armes d'Angle- 
terre. Elle a près d'elle un animal qu'on appelle Castor et 
qui est fort commun au Canada. Au pied du rocher est le 
fleuve de Saint-Laurent appuyé sur son urne. La légende, 
Francia in novo orbe victrix, signifie, La France victo- 
rieuse dans le nouveau monde. L'exergue, Kebeca libk- 
RATA, M DC XC. Québec délivré, 1690. 



Description tirée des Médailles sur les principaux événements 
du règne entier de Louis le Grand avec des explications historiques, 
page 234 A Paris, de l'Imprimerie royale, 1723. 



152 DÉCLARATION DE GUERRE 

DÉCLARATION DE GUERRE DE LA FRANCE A 
L'ANGLETERRE. 



Documents relatifs à Vhistoire de la Nouvelle-France 

Tome I, page 463. 



A Marly, le 25 juin 1689. 

Sa Majesté aurait déclaré la guerre à l'usurpateur d'Angle- 
terre dès que son entreprise a éclaté si Elle n'avait appré- 
hendé de confondre avec les adhérents du dit usurpateur les 
sujets fidèles de Sa Majesté Britannique, et qu'Elle n'eût 
toujours espéré que les honnêtes gens de la nation anglaise, 
ayant horreur de ce que les souteneurs du Prince d'Orange 
leur ont fait faire contre leur roi légitime, pourraient rentrer 
dans leur devoir et travailler à chasser le dit Prince d'Orange 
d'Angleterre et d'Ecosse. 

Mais Sa Majesté ayant été informée que le dit Prince 
d'Orange lui a déclaré la guerre par son ordonnance du 17 du 
mois de mai dernier, Sa Majesté a ordonné et ordonne à tous 
ses sujets, vassaux et serviteurs de courir sus aux Anglais et 
Ecossais, souteneurs de l'usui^ation des royaumes d'Angleteire 
et d'Ecosse, et leur a défendu et défend d'avoir ci-après avec 
eux aucune communication, commerce, ni intelligence, à peine 
de la vie ; et à cette fin. Sa Majesté a, dès à présent, révoqué 
toutes permissions, passeports, sauvegardes et sauf-conduits 
qui pourraient avoir été accordés par Elle ou par ses lieute- 
nants-généraux et autres officiers, et les a déclarés nuls et de 
nulle valeur, et défend à qui que ce soit d'y avoir aucun 
égard. 

Mande et ordonne Sa Majesté au sieur Marquis De Denon- 
ville, gouverneur, et son lieutenant-général en la Nouvelle- 
France, au sieur de Champigny, Intendant de la Justice, 
Police et Finances au dit pays, aux gouverneurs et tous 
autres officiers qu'il appartiendra, que la présente ils fassent 
exécuter dans l'étendue de leurs pouvoirs et jurisdictions. 



LETTRE PASTORALE 153 

Car telle est la volonté de Sa Majesté voulant, qu'à la dili- 
gence de son procureur au Conseil Souverain de Québec, la 
présente soit enregistrée tant au greffe du dit Conseil que 
des autres jurisdictions, et qu'elle soit affichée dans tous les 
ports, havres, et autres lieux qu'il appartiendra, à ce qu'aucun 
n'en prétende cause d'ignorance. 

Fait, etc., ^ 

/ 




LETTRE PASTORALE DE W^ DE ST-YALLIER. 

Pour disposer les peuples de ce diocèse à se bien défendre contre 

les Anglais. 



Vous êtes suffisamment informés de l'étrange calamité dont 
nous sommes tous menacés par l'approche des Anglais, 
ennemis non seulement de. nous Français, mais de notre foi 
et de notre sainte religion. Est-il possible que vous aimant 
tendrement comnie je fais, et vous portant tous dans mon 
sein, je ne tremble pas dans la seule pensée du ravage que 
pourrait faire parmi vous l'hérésie, si la justice divine permet- 
tait une fois que ce feu s'allumât dans le cœur de vos enfants. 
Levons les yeux plus haut. Mes Très Chers Enfants, et 
regardons Dieu tenant la foudre en main qu'il est prêt de 
laisser choir sur nous ; il la fait gronder afin de vous retirer 
de l'assoupissement des péchés qui ont irrité sa colère, 
tout ce qu'il prétend est que vous retourniez à lui et que par 
la pénitence vous lui fassiez rétracter l'arrêt de condamnation 
qu'il a peut-être prononcé contre vous. Ne soyez pas sourds 



1 — Ce fut à l'automne de la même année (1689) que les Français 
publièrent, à Port-Koyal, l'ordonnance de Louis XIV portant décla- 
ration de guerre. 



154 LETTRE PASTORALE 

à une voix si terrible, que les marchands ne se flattent plus 
malheureusement dans leur trafic, et ne mettent plus des 
oreillers sous leur têtes pour dormir en sûreté de conscience ; 
que l'usurier ne s'abuse plus, s'empressant, sous de différents 
prétextes, de pouvoir tirer l'intérêt de son argent, puisque 
Dieu déclare qu'il regarde ce commerce comme abominable ; 
que le vindicatif renonce au désir de se venger et soit non 
seulement disposé à voir son ennemi, mais à l'aimer cordiale- 
ment et lui faire du bien ; que l'impudique ne continue plus 
dans ses désordres ; mais surtout que les pécheurs sacrilèges 
cessent d'outrager leur Dieu par les profanations réitérées de 
tout ce qu'il y a de saint et de plus sacré dans la religion. 
Vous comprenez assez ce que je veux dire, Mes Très Chers 
Enfants. Ce reproche n'est que trop bien fondé dans un pays 
où on approche si souvent, des sacrements et où l'on voit si 
peu d'amendement, car qui est celui qui découvre avec toute 
la sincérité qu'il doit ses péchés à son confesseur dans le 
sacrement de pénitence ? qui est celle sur laquelle la honte 
et la crainte ne font pas de telles impressions qui la portent 
à ne s'accuser que d'une partie de ses péchés ? qui, par respect 
humain, n'ose point aller trouver celui qui serait le plus capable 
de faire sortir le poison abominable de leur cœur qui les 
étouffe ? qui est celui qui, ne voulant pas quitter ses habitudes 
et les occasions prochaines da péché, et ne sentant point de 
contrition dans le cœur, laisse de s'approcher de la Sainte 
Table ? Qu'est-ce qu'il y a de plus capable de donner de la 
frayeur que de voir la facilité de s'approcher de la Sainte 
Communion jointe àcelle de continuer l'habitude de son péché ? 

Mais ce que j'appréhende, qu'il y a de nouvelles dissensions 
entre vous,que des particuliers ne craignent point de troubler le 
repos public pour des intérêts domestiques ; (ce gui j achèverait 
de vous abattre et de vous accabler, si je ne me promettais de 
de votre piété et de votre fidélité à votre nation et à votre 
Eoi que vous prendrez toutes les mesures possibles pour bien 
repousser vos ennemis et vous conserver en paix avec Dieu 
par l'éloignement de tout ce qui peut l'offenser. 

Marchez donc. Mes Très Chers Enfants, comme il est 
convenable que marchent ceux que Dieu a tirés par sa puis- 
sance des ténèbres pour les faire passer dans le Eoyaume de 
son Fils, marchez en plein jour dans les jours d'aftiiction 



LETTRE PASTORALE 155 

comme des hommes de lumière et comme des enfants qui 
habitent une lumière inaccessible, prévenez sa colère, pros- 
ternez-vous devant lui en esprit, reconnaissez que vos crimes 
méritent bien une générale désolation. 

Mais, recourant à sa miséricorde, et lui offrant un cœur 
contrit et humilié, soyez assurés qu'il ne pourra point être 
rejeté, qu'il montera jusqu'à son trône en odeur de suavité, et 
éloignera de vos têtes le fléau de sa plus grande fureur. 

Je vous invite à bien garder vos côtes, d'être exacts à bien 
défendre l'entrée de notre ville ; mais comme vous la gar- 
derez en vain si le Seigneur ne la garde, prenez pour la 
meilleure et la plus sûre sauvegarde la pénitence et l'amen- 
dement de vie. Auparavant de finir, permettez-nous de vous 
recommander l'obéissance aux puissances supérieures établies, 
comme à Dieu même, le soulagement des pauvres dont le 
nombre s'augmente tous les jours, une modestie véritable- 
ment chrétienne aux femmes et aux filles, et une ardente 
dévotion à la Sainte Famille ; qu'auriez- vous à craindre ayant 
une aussi puissante protection, pourvu que l'honorant de 
bouche vous l'honoriez par vos actions, et que vous ne la 
forciez pas de s'éloigner de vous par vos péchés ? Ce sont les 
vœux d'un père dont l'affection s'augmente de jour en jour 
pour vous, qui vous porte dans son sein pour vous mettre 
dans celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ auquel soit gloire, 
honneur et louange aux siècles des siècles ; quiconque ne 
l'aimera pas soit anathème i. 

Jean, évêque de Québec. 
Donné à Québec. 



1 — Cf : Mandements des Evêques de Québec. Vol 1er, page 265, 
édition. 1887. 



CHAPITEE PEEMIEK 



HISTOIRE DES ARCHIVES ANGLAISES 



Autant la surabondance des archives françaises relatives 
au siège de Québec, en 1690, prolongea jusqu'à l'interminable 
un abrutissant travail de compilation, autant le défaut des 
archives anglaises multiplia mes recherches historiques en les 
comphquant des plus fâcheuses incertitudes. Cette disette 
documentaire, cette famine archéologique s'aggravait encore 
des silences obstinés, des lacunes malhonnêtes, des réticenses 
convenues des quelques rares auteurs, Hutchinson, Mather, 
Sewall, Andros, dont il m'avait été possible d'atteindre les 
ouvrages à Québec, à Montréal ou à Ottawa i. 

C'est le devoir cruel de l'historien impartial de raconter 
également la victoire et la défaite, qu'elle exalte ou qu'elle 
humilie sa nation ! Fiat justUia, ruât cœluTn. La vérité est 
à ce prix. 

Aussi je m'explique, j'excuse même, le mutisme de Sir 
William Phips, de Walley, de Mather et de plusieurs autres 
sur la désastreuse expédition de 1690, la plus considérable 
de toutes les opérations militaires des Etats de la NouveUe- 
Angleten-e au ITième siècle, ^ exceptant toutefois la guerre 
Indienne qui dura dix ans, — comme le siège de Troie. 

Ce double embarras, pénurie, mutilation des archives 
anglaises, compliquait encore la chasse aux documents, la , 
plus pénible qu'il soit possible d'imaginer. 

Pour faciliter autant que simplifier le travail ardu des 
recherches j'avais rédigé un Questionnaire avec citations et 



1 — Bibliothèques du Parlement à Ottawa, de l'université Laval à 
Québec, de l'université McGill à Montréal. 

2 — The two expéditions (Port-Royal and Québec) of Sir William 
Phips were the most important military opérations that had then 
(I7th century) taken place in the colonies, if the Indian Wars be 
excepted. 

Fenimore Cooper : Histoire de la Marine des Etats-Unis. 



158 ARCHIVES ANGLAISES 

références. Le voici, tel qu'adressé aux archivistes d'Ottawa, 
de Londres et de Boston. 

Quotation — Upon the 23rd of September we came to an anchor 
at Tarasack (Tadoussac) a council of warr was called, such orders 
and ordinances made as was judged necessary and ordered to be 
published in every vessel and at the head of each company whioh 

CEDEES AEE UPON EECOED AND MAY BE SEEN. 1 

Question Are those oedees still in existence ? 

Quotation — The next morning after the fleet arrived Sir William 

Phips sent a summons ashore The French say the Major yvho 

carried the summons was threatened with a gibbet, etc. 2 

Question — Where could I get the name of that officerbearing the 
summons ? 3 . 

Question Where are the pay-eolls of the New-Englanders' 

expédition deposited ? 

Question — Are you aware that a roll call ever existed on board 
of the fleet commanded by Sir William Phips ? And. if so, has it 
been published and where could it be found ? 

Question Did Sir William Phips keep a Journal. And, if so, 

where could it be found ? 4 



] — Hutchinson's History of Massachusef s Bay. — Appendix : 
Major Walley's Journal p. 554. 

2 — Idem, page 400. 

3 — Hutchinson nous dit que ce fut un major qui porta au Château 
St-Louis l'ultimatum de l'amiral Phips. Parkman soutient que le 
parlementaire n'était qu'un officier subalterne : " It {the boat) 
brought a subaltern officer who announced himself as the bearer of 
aletter from Sir William Phips to the French commander." — Count 

Frontenac and Neic France under I^ouis -tf/F, page 264 J'ignore 

sur quelles autorités s'est appuyé Parkman pour contredire Hut- 
chinson. 

Nous connaissons les noms de quatorze des majors de l'expédition, 
savoir : Thomas Savage, Samuel Ward, Charles Frost, J eremiah 
Swayne, Nathaniel Wade, Bartholomew Gedney, John Walley, 
Quincy, Phillips, Hutchinson, Henchman, Appleton, Saltonstall, et 
Benjamin Church. 

Voir le chapitre de ce livre intitulé : L^ Armée Anglaise. 

4^-J'avais préparé ce Questionnaire en 1888. Depuis, en consul- 
tant Ij Histoire du Massachtisetts par John Stetson Barry, Boston, 
1856, vol. II, deuxième époque, j'ai lu, au pied de la page 84, la note 
suivante : "The original journal of Phips's expédition was given to 
Admirai Walker, in 1711, who was then about to sail for Québec, 

and Avas lost, with other papers, on board the Edgar Walker'' s 

Journal, page 87.'' 



ARCHIVES ANGLAISES 159 

Question. — Can you give me the names of the soldiers killed 
wovnded or missing in the New-Englanders' expédition against 
Québec, in 1690 ? 



Je reçus deux réponses d'Ottawa ; l'une de M, William 
Kingsford, historien, l'autre de M. Douglas Brymner, chef du 
Département des Archives. 

Voici la lettre de M. Kingsford. 

Ottawa, 127, Stewart st. 

19 October, 1888. 
Dear Sir, 

I hâve this morning received your letter of the 17th, I hâve much 
pleasure in endeavouring to meet your wishes ; but I doubt if I oan 
do so to the extent you désire. 

1° Hutchinson was Governor of Massachusetts and it is évident 

by his allusions throughout his history that he had access to 

officiai documents and that he grounded his assertions on tlie pay- 
rolls, etc. 

2° I am not aware that thèse pay-rolls hâve been published nor 
do I knovv if they are extant in the Boston Archives. 

3° I never heard of an Order Book of Phips. 

4° Walley's officiai narrative, is given in an appendix by Hutchin- 
son and I do not believe that it has at any time been disputed. 

5° I do not think it possible at this date (1888) to obtain the 
names of the killed and wounded. 

As far as my memory goes I do not think Hutchinson gives such 
names. I attach no importance myself to them and the duty of the 
historian, in my humble judgment, is to be as brief as he can in his 
narrative, in order to be understood. Thèse names might correctly 
find a place in your monograph. 

I am afraid that the information which I give you is of little 
importance. I do not know any vvriter who can hel2J you. 

If there is any further question you désire to ask 1 beg you will 
do 80 sans façon, I will reply to it as best I am able with much 
pleasure and 

1 am, 

Sincerely yours, • 

William Kixgsford. 
Ernest Myrand, Esquire. 



160 ARCHIVES ANGLAISES 

Dans sa lettre, eu réponse à mon Questionnaire, M. Dou- 
glass Brymner me référait à la page 19 de son Rapport sur 
les Archives Historiques, année 1883. — Sommaire des docu- 
ments déposés au Public Eecoed Office, à Londres. 
Eecueils Coloniaux, Colonial Entry Books, Volumes 62 et 64. 

Volume 62, page 267. Bref récit de l'expédition de Sir 
William Phips en Acadie, et de celle contre Québec, en 
Canada ; la première en mars 1689-90 ; l'autre, le 10 
août, 1690. 

Le Volume 64 contient les Réunions du. Conseil et de 
l'Assemblée Générale du Massachusetts, depuis le 25 mai 
1686, jusqu'au 26 Septembre 1695. 

M. Brymner m'écrivait ce qui suit au sujet de cette 
archive : " A careful perusal of the minutes contained in that 
volume Iso. 64 — particularly the one dated from November 
1690 to May 1691, — might disclose the names of the 
soldiers killed, wounded or missing, the number of the vessels 
lost at sea, etc., etc., in fact, of ail the most interesting 
features of the expédition." 

Enfin, il me donna l'adresse d'une personne qualifiée en ce 
genre de travaux archéologiques, Madame Salmon, British 
Muséum, Reading Room, London, avec laquelle j'aurais à 
correspondre. 

Effectivement j'allais me mettre en rapport avec cette 
dame, quand M. Archibald Campbell, protonotaire de la Cour 
Supérieure à Québec, et l'un de mes chefs de bureau, s'offrit à 
transmettre mon Questionnaire à son gendre, Sir Alfred 
Jephson, capitaine de la Marine Eoyale, à Londres i. J'ac- 
ceptai avec empressement. Un mois plus tard je recevais une 
copie officielle du rapport de Sir William Phips, annexée à la 
lettre suivante : 



1 — Sir Alfred Jephson, capitaine de la marine royale anglaise, 
fut créé chevalier à l'occasion des services éminents rendus par 
lui à l'Exposition Navale de Londres, tenue en 1891. 

M. Alfred Jephson agissait comme secrétaire honoraire de l'expo- 
sition, et les journaux de la métropole furent unanimes à vanter, 
non seulement son zèle infatigable et éclairé, mais encore à lui rap- 
porter la meilleure part du succès de cette gigantesque entreprise. 



ARCHIVES ANGLAISES 161 

United Sbrtioe Club. 

Pall Mail, S, W., London. 8 Novr 1889. 
Archibald Campbell, Esquibe, 
My dear Father, 

I enclose the first bit of information for your friand, the records 
he calls Colonial Collections are now known as Colonial Entry 
Books. I mention this in case he wishes to refer to them again. 

I hâve transcribed the account of Sir William Phips's expédition 
in August 1690 against Québec, and hâve copied it exactly as 
written in the original way to the spelling, capital», and Sir W. 
Phips's signature. 

In Volume 64 Colonial Entry Books, strange to say, the dates Mr. 
Myrand wants — November 1690 to May 1691 — are missing, i. e — 
there is a lapse from 1687 to 16 May 1692, and no one seems to 
know where the documents hâve gone. I searched both before and 
after thèse dates but found nothing touching on the expédition. 

Though the Eecoi-d Office people, including Mr Redington, are 
most obliging, it is exceedingly difficult to get information. No 
one seems to know if jPay-roZZ^of 1690orlistsofkilledand wounded 
exist, or, if so, where they are. If any known book exists they will 
get it for me, but to vague questions they dont seem to know how 
to help me. 

The matters in which Mr Myrand is so interested are more in tiie 
Department of a Mr Salisbury than Mr Redington 1 and I am going 
to see Mr Salisbury again in a few days 

Alfred Jephsox. 

J'adressai nue quatrième et dernière copie de mon Ques- 
tionnaire à Mademoiselle C. Alice Biker, de Cambridge, Etat 
du Massacliussetts. Xotre distingué bibliophile, M. Philéas 



1 — l'avais donné à Sir Jephson le nom de M. .Joseph Redington 
pour la raison que le London Saturday /?ei;ie«r avait publié, à la date 
tlu 31 aoiit 1889, un article très élogienx d'un ouvrage de M. Reding- 
ton intitulé : 

Calendar of Treasury Pipers 1720-1728, preservedin Her Majesty's 
Public Record Office. M. Redington est actuellement assistant- 
conservateur au Public Record Office de Londres. 
11 



162 ARCHIVES ANGLAISES 

GagnoD, me l'avait signalée comme étant une personne aussi 
instruite que bienveillante, ^ très versée dans l'étude des 
archives historiques de Boston. Je m'autorisai de son nom 
pour lui écrire. Non seulement Mademoiselle Baker répondit 
à ma lettre, mais, à la seule fin de m'être utile, elle fit deux 
fois le voyage de Cambridge à Boston et passa deux après- 
midi compulsant à mon profit les précieux manuscrits du 
State Hnuse. Je ne m'explique une telle générosité de bons 
offices que par un double sentiment d'estime profonde et 
d'inaltérable reconnaissance envers M. Philéas Gagnon. Celui- 
ci, en effet, avait rendu à Mademoiselle Baker un service 
signalé. En 1888, la jeune Américaine vint à Québec, 
en quête de documents dont la découverte, possible mais très 
problémative, pouvait aider à reconstituer la généalogie de sa 
famille. 

L'une des premières sources d'information qu'on lui indi- 
qua fut l'inestimable bibliothèque du conseiller de ville M. 
Philéas Gagnon. Et ce fut là, dans les cartons de l'archiviste, 
qu'elle remarqua une lettre de naturalité que l'antiquaire 
avait achetée à cause de la grande beauté des autographes du 



1 — Au mois d'octobre dernier (188S), mademoiselle Baker faisait 
une lecture dans l'église de Deerfield, petite ville de l'Etat du 
Massachusetts. Le sujet de cette conférence je vous le donnerais 
en mille que vous ne le devineriez pas : c'était, Mgr Plessis, évêque 
de Québec ! 

Mlle Baker, qui avait su se rendre très familière avec les plus 
petits détails de la vie de ce prélat, a réussi à intéresser beaucoup 
l'auditoire malgré qu'il fut en entier composé de protestants. La 
raison pour laquelle ce sujet avait beaucoup d'intérêt, c'est que Mgr 
Plessis était le descendant d'une demoiselle French, qui, enlevée 
très jeune du village de Deerfield en 1704, par Hertel de Rouville 
et un parti d'Iroquois du Sault Saint-Louis, près de Montréal, fut 
amenée au Canada, et se maria plus tard avec un Canadien-français. 

Mademèiselle Baker avait exposé un joli portrait de Mgr Plessis 
dans l'église où, en 1704, un de ses ancêtres était ministre congré- 
gationaliste. Les gens de Deerfield semblaient charmés de compter 
cet homme illustre parmi les descendants de leur ville. Et la 
conférence terminée, le ministre desservant la petite église de 
Deerfield demanda comme une faveur à mademoiselle Baker de 
bien vouloir laisser ce portrait suspendu aux murs du temple. Elle 
y acquiessa avec le \Aus grand plaisir. 

Philéas Gagnon. 

U Union Libérale de Québec, numéro du 21 décembre 1888. 



ARCHIVES ANGLAISES 163 

gouverneur Vaudreuil et de l'intendant Eaudot, C'était une 
requête d'Anglais et de Hollandais faits prisonniers à Deer- 
field en 1704 et qui demandaient à Louis XIV, par l'inter- 
médiaire de son représentant, le gouverneur de la Nouvelle- 
France, l'honneur de devenir ses sujets, et la faveur, plus 
grande encore, d'embrasser le catholicisme, religion dans 
laquelle ils voulaient maintenant vivre et mourir. La requête, 
rédigée à Québec à la date du 30 octobre 1706, était signée 
de dix noms parmi lesquels se trouvait celui de Thankful 
Stebhins, baptisée Thérèse Stebbins, l'ancêtre tant cherchée 
par mademoiselle Alice Baker. Ce fut le trait de lumière, la 
clef du problème, le point de départ de toutes les recherches 
subséquentes qui eurent pour résultat d'amener l'intelligente 

Américaine à retrouver ses parents au cimetière de 

Chambly i. 

La sollicitude empressée, l'extrême complaisance qui frap- 
pent au coin de la plus élégante courtoisie les démarches 
de mademoiselle Baker à mon égard s'expliquent par un beau 
sentiment de vivace reconnaissance : elle a saisi au vol cette 
occasion fortuite de remercier une fois de plus M. Philéas 
Gagnon, dans la personne de l'un de ses amis. 

Voici un extrait de cette lettre : 

Cambridge. Feby 8th, 1891. 
Mr. Ernest Myraxd. 
Dear Sir, 

I hâve been delaying to answer your last letter for two reasons... 

And now about your own work. 

I interviewed Dr. S. A. Green, the librarian of the Massachusetts 
Historical Society, to ask him if he could recommend one who 
whould be trustworthy. He knew of no one. I also spoke with Mr. 
Dean, librarian of our Historical and Genealogical Society. He 
would try to ihink of some one. He mentioned an expert, whom I 



1 — Cf : L'Union Libérale, 4 et 11 octobre 1889. Antiquités cana- 
diennes : Deerfield et ses captifs, par M. Philéas Gagnon. 

La Gazette & Courrier de Greenfield, Massachussetts, a publié, 
dans son numéro du 28 février 1891, la conférence donnée à Deer- 
field par Mademoiselle Baker. 



164 ARCHIVES ANGLAISES 

know, and of whom I had thought, but I had not applied to her 
because I think her price is to high. She ask tifty cents an hourfor 
her researches and in the kind of work you want done I think this 
is too costly. The Honorable George Sheldon, who is my cousin, an 
antiquarian and genealogist of high authority, was last week at my 
house on a visit and I showed him your list of questions and he 
went with me to the State House. We worked there two afternoons. 
Could not get track of any pay-rolls of the Phips's expédition, 

found no end of interesting matter in relation to the expédition 

commissions to officers, lists of men and vessels, etc. This, of 
course, in the General Court Records, just as they were jotted down 
at the time, from day to day. Hère is a samjDle : 

Vol. 36, page 117,— Mass — Archives: 

Order from Gov Bradstreet, under order from General Court, 
to Joseph Eldridge, to take the ship of Andrew Dolbury now lying 
in Merriniac River, bring her to Boston and fit lier for the Canada 
Expédition. — June 12, 1690. 

Vol. 36, page 120, — Mass — Archives : 

Ordered that capt. Cratie's ship and capt. Parson's new ship be 
taken uj) forthwith for the service of their Majesties against ye 
French at Canada June 14, 1690. 

Capt. Alden with sloop Mary sent to Port-Eoyal to bring Pilotes 
for the Exp. to Canada and to stop at Casco and bring home the 
gunns left at Capt. Davis's fort. 

Vol. 36, page 135 : List of Majors and Capts nominated for the 
Canada Exp. 

Then, there follow lists for some différent towns and counties of 
Massachussetts and similar lists recur again and again. 

There are also lists of volunteers from several towns for the expé- 
dition. Hère is a sample copied Verbatim et litteratim. 

" Volunteers entered for Milton they desiring for to choose their 

ofesers. 

Samuel Su.mnek, 

Jaramiah Sumnek, 

David Hangek, Jîinior.^^ 

There are lists of ministers i. e. chaplains for the service ; surgeons 
for the service, etc. In short, there is a vast amount of material 
scattered through the archives and through the Court Records 

Whetlier the collection of ail this would answei- any or ail of your 
questions, is a question. That there is any where in our archives anr 



ARCHIVES ANGLAISES 165 

complète list, anywhere together of seamen, soldiers, oflBcers or 
ships, I doubt, though I hâve not made yet suflBicient enquiry to 
warrant my expressing any opinion. 

If you could personally spend a montli in Boston, I think you 
could find a great deal to interest you on those books. 



Truly yours, 

Alice Baker. 

Passer un mois à Boston ! Elle était vraiment séduisante 
la proposition de mademoiselle Baker ! Guignou de sort, je 
n'avais pas même le temps d'y aller ! Temps est un des mots 
les plus utiles de la langue française ; il a bien la valeur de 
l'inestimable chose qu'il représente. Il est d'emploi divers : 
synonyme, euphémisme, l'un ou l'autre, et l'un et l'autre, à 
volonté, suivant le besoin de la phrase... et de la situation. 
Inutile donc d'en souligner le sens exact pour des lecteurs 
intelligents qui savent par cœur l'axiome universel du com- 
merce. 

Passer un mois à Boston, cela faisait plaisir d'y songer tout 
de même. J'y pensai si bien qu'il m'advint de me souvenir 
qu'un mien ami, M. Eudore Evanturel, avait vécu non pas un 
mois, non pas une année, mais un lustre entier — style acadé- 
mique — c'est-à-dire cinq ans dans l'Athènes yankee des 
Etats-Unis de l'Amérique du Nord. 

Dix-huit mois durant il avait été le secrétaire particulier 
de Francis Parkman, dix-huit mois durant il avait partagé sa 
laborieuse intimité, vécu sa vie d'historien, travaillé, sous sa 
direction, au State House de Boston, le plus vénéré des sanc- 
tuaires archéologiques de l'Etat du Massachussetts. 

En cette occasion Mr Eudore Evanturel fit preuve d'intel- 
ligence et de patriotisme. Car, saisissant l'importance de la 
mission qui lui était confiée, et la valeur inestimable des 
manuscrits auxquels il avait eu un si rare et si facile accès, 
le collaborateur de Francis Parkman prépara en toute hâte 
un catalogue des pièces essentielles qui pouvaient servir à 
l'histoire du Canada, et l'expédia de suite à Mr Alfred Garneau, 
d'Ottawa, un fin connaisseur, qui s'intéressa vivement à la 
découverte, et chercha à faire exploiter, par le gouvernement 
fédéral canadien, cette mine d'archives inédites, convaincu de 



166 ARCHIVES ANGLAISES 

sa richesse inépuisable. Mr Alfred Garneau en fut pour ses 
frais d'enthousiasme, qu'il ne fit jamais taxer d'ailleurs. 

Au commencement de l'année 1881, Mr Eudore Evanturel 
revint des Etats-Unis et descendit à Québec. Le 4 mars, 
même année, l'honorable Théodore Paquet, alors Secrétaire de 
la Province, le chargea de transcrire les documents du State 
House de Boston. 

Mr Eudore Evanturel boucla ses malles et retourna au 
Pays du Pork é Beans. Il y transcrivit, d'une seule haleine, 
tous les documents de la collection Perley Poor i qui furent 
publiés en 1883 par ordre de la Législature de la Province 
de Québec. 

L'année suivante, 4 août 1882, sur l'ordre du successeur de 
l'honorable Théodore Paquet au Secrétariat de la Province, 
l'honorable Jean Blanchet, l'un des juges actuels de notre 
Cour d'Appel, M. Eudore Evanturel reprenait une troisième 
fois la route de Boston pour y transcrire, alors, les docu- 
ments de la collection anglaise, laquelle était de beaucoup 
plus importante que la collection Perley Poor. 

Les originaux de ces documents de langue anglaise étaient 
réunis en gros volumes intitulés : General Court Records, — 
16oo-1691 — Hutchinson Papers, Military, Maritime, etc., 
etc. 2. 

C'était précisément la copie de ces manuscrits séculaires 
qu'il me tardait de consulter longuement, car j'étais convaincu 
que j'y trouverais des notes fort précieuses — sinon tous les 
renseignements essentiels — au sujet de l'expédition navale de 
Sir William Phips contre Québec. 

J'exposai ma situation à l'ami Eudore Evanturel qui répon- 
dit sans hésiter : " Je suis certain de ton affaire ! Tu vas 
frapper la veine au premier coup ! Sans avoir particulièrement 



1 — C'est une collection des documents français, copiés à Paris 
par Benjamin Perley Poor, aux frais de l'Etat du Massachussetts. 

2 — Cf : Report to the Législature of Massachusetts made by the 
commissioners (Henry B. Pierce, Samuel A. Green, Justin Winsor, 
William P. Upham, Augustus E. Scott) upon the condition of the 
Eecords, Files, Papers and Documents in the Secretary's Depart- 
ment, January 1885. 

Les archives du General Court renferment encore plusieurs lettres 
de nos anciens gouverneurs français ; il y en a aussi du célèbre 
marin d'Iberville. 



ARCHIVES ANGLAISES 167 

étudié cet épisode militaire je me rappelle avoir copié des 
commissions d'officiers, des états d'armements, des consigna- 
tions de transports, des nolisements de vaisseaux de guerre, en 
rapport avec l'expédition de 1690." .;;'-' '"^ 

Et il m'amena jubilant, enthousiaste, dans les voûtes 
augustes du département du Kégistraire. Enfin j'allais 
palper du genuine manuscrit bostonnais. Infandum ! horri- 
bile dictu ! Pas la moindre page de foolscap blanche ou 
bleue à l'horizon ! — Rien de rien ! Tout s'était évanoui, fondu 
— comme un éclair suiffé dans un groseiller sans feuilles — 
like greased lightning in a leafiess goose-berry-bu-sh. Je ne" 
garantis pas la traduction ci-dessus, mais le texte est de M. 
Jules-Paul Tardivel. 

Désespéré, fou de colère, Eudore Evanturel charbonna la 
muraille d'un si furieux point d'interrogation que la chaux 
en est demeurée blanche de peur ! 

Alors, à travers le département du Régistraire, aux quatre 
coins du Palais Législatif, commença une chasse aux archives, 
ardente, féroce, implacable, une course au document, affolante, 
légendaire, une de ces poursuites insensées comme il ne s'en 
continue qu'aux pays de .la ballade et du rêve. Inutile 
d'ailleurs d'accumuler les épithètes ou de recourir aux com- 
paraisons classiques pour expliquer le mal qu'on se donna à 
relancer à Québec, trois mois durant, des papiers qui se 
retrouvèrent par hasard (!) au fond d'une vénérable armoire 
au presbytère de Ma«kinongé. 

Et les nuages de poussière et les flots de récriminations 
hargneuses soulevées au passage, et les fatigues morfondantes 
de la route, subies en pure perte ! Que voulez-vous ? rien ne 
sert de se dépiter! La mauvaise humeur ne rend que plus 
fourbu. M. l'abbé Bois était mort ; vivant, il aurait eu proba- 
blement de bonnes raisons pour expliquer chez lui la présence 
d'archives qui ne devaient pas quitter la maison, c'est-à-dire 
les voûtes du Bureau du Régistraire à Québec. 

Enfin, n'en parlons plus, et ne gardons rancune à personne. 
Les documents égarés sont rentrés au bercail. 

Les records copiés par M. Eudore Evanturel au State 
House de Boston, couvrent une période de 286 années (de 
1508 à 1794). 

Les notes particulières à l'année 1690 ne donnaient que les 



168 ARCHIVES ANGLAISES 

gi'andes lignes de l'expédition de Sir William Pliips contre 
Québec. On ne pouvait exiger davantage étant donné la 
nature et l'étendue d'un pareil travail exécuté dans des 
conditions de rapidité exceptionnelle. Comme je désirais 
étudier par le détail le second siège de Québec je résolus à 
mon tour d'aller à Boston où j'arrivai, le matin du 7 octobre 
1891, aussi gratis qu'incognito, l'Honorable Pierre Garneau, 
alors premier ministre intérimaire de la Province, m'ayant 
fait le cadeau d'un billet complimentaire sur le Québec- 
Central. 

J'ai retrouvé au State House de Boston la courtoisie de 
Sir Alfred Jephson unie à la bienveillance de Mademoiselle 
Alice Baker. Non seulement les ofticiels du Département me 
donnèrent le plus libre accès aux manuscrits historiques de 
l'Etat du Massachusetts, mais ils me firent encore l'inestimable 
faveur de collationner eux-mêmes mes copies avec les textes 
originaux, de sorte que je suis revenu au pays armé de pièces 
justificatives, vidimées, collationnées, authentiquées, apos- 
tillées, paraphées, etc., etc., capables de satisfaire les plus grin- 
cheux critiques. 

Je le répète, cet accueil a été de l'amitié spontanée, toute 
de générosité et de confiance, et qui ne s'est pas réduite aux 
prévenances banales, aux politesses creuses du savoir-vivre 
officiel dans les bureaux publics. Cette bienveillante ne s'est 
pas démentie. d'une heure, on est allé jusqu'à la fatigue d'un 
travail absolument étranger aux affaires du Département. 
Un exemple le prouvera mieux que toute phrase retentis- 
sante. Le chapitre de mon livre, L'Armée Anglaise, Tenfeviae 
trois cent quarante-deux noms de militaires : officiers, soldats, 
matelots, bref le recensement nominal du corps expédition- 
naire. Eh bien, chacun de ces trois cent quarante-deux noms 
n'a pas été seulement comparé avec les listes originales, mais 
encore épelé, discuté avec rigueur, au point de vue de la 
meilleure orthographe, pour ceux-là que l'état du manuscrit 
permettait encore d'épeler, et suivant les probabilités pour les 
illisibles. Car il ne faut pas s'imaginer que les écritures 
anglaises du 17ième siècle soient faciles à déchiffrer. 

En voici, comme exemple, un fac-similé de premier choix. 

PIoNORETH Seh — Your last is befor vs. having Considert 
the Contenu I most allow Wath your represent to me therein. 



ARCHIVES ANGLAISES 169 

I am Sori Your vessell happent Yust at sutche theime when 
som frauch heer by their II Caridg provoket the piple Whereby 
the war Stierd up to vs Sévérité to prevent some off the 
franch their arogants who ar hir In greth nomber en thinke 
It is now ther teime We ar distrost at ouer bak and In ouer 
Bossm We hâve Men with we kannot well trost with was 
the Cas 2 was sesed one Clerd thoder Condemned then 
Information was Brought In Court When the Suth with I 
kold en most noth hinder. en so se was Condemned for min 
parth I freli given again His Maiestes part a band will satisfie 
me Iff Demanded from his Maieste the Informer's parth Is 
not at min disposall but I. prevalle that he shall be satisfied 
with 10 or 12 £ en somme few Charges ther Is vpon the 
Vessell Is aprized 45 £ but nu It hapens that we hâve presed 
one bermodian for his Maieste Service for the Expédition off 
Canada en that the Oners thereoff Complains that in Bermodes 
the will starff for want off provisions en desires your Vessell 
to bring them suply where for a resonable hier most be 
allowed to y ou 

Iff in the foreseid I kan render to Goevernour Koxe min 
service en your plais to accept It You shall be Welkom to it 
but I Expect him hir that was mister off the vessell to go 
Pilot for Canada a Cording his promis I hoop your will not 
hinder him but reder Incourage him for he Is able to render 
his Maieste goed service I further refer your to Wath I hâve 
Vrit to Mesf Henli being publik Conoerns en hoop your Will 
Contribut to vrge the piple that the ma be sensble off this 
aproching en Menasing Storme en that the are alike Con- 
cerned In ouer Just en necessarie Deling & vrg for ther 
assistance that we ma be able to make up a 1000 men. en 
that troe Gods Blessin We ma tak a Way the Causse off 
ouer Misseris. 

Your wille obligie mee with on ansur In the meantime I 
remaine 

Endorsed " A coppy of a Letter of Leisler to John Tathem 
at Burlington 7"^ May 1690 i. 

Je laisse aux amateurs de statistiques le soin de calculer, 
à un goddam près, les jurons cai'abinés que dut lâcher celui- 

1 — Cf : Documentary History of New York, Vol. II, p. 241. 



1*70 ARCHIVES ANGLAISES 

là qui, le premier, déchiffra ce manuscrit abominable. Rie 
robur et aes triplex ! 

Je ne saurai jamais assez remercier messieurs les officiers 
du State House de Boston, et tout particulièrement M. le 
Dr. Strong, M. George W. Brown et MM. J. J. et W. L. 
Tracey, deux frères aimables au superlatif, pour les préve- 
nances exquises et le secours intelligent de leur savoir et de 
leur expérience es matières archéologiques. L'intérêt que Ton 
m'a témoigné n'en était pas un de commande. Cette sollici- 
tude inquiète, cette bienveillance constante s'expliquent par 
des raisons absolument étrangères au mérite discutable de 
celui qui en était l'objet. 

Boston est une ville savante, lettrée, fière de s'entendre 
appeler Athènes. Elle a la conscience et le souci de cette 
renommée européenne. Aussi, rien qu'elle ne fasse pour la 
maintenir éclatante, lumineuse, rayonnante au loin comme 
un phare. New- York met sa gloire dans ses millions, Chi- 
cago dans ses porcs, Philadelphie dans ses blés, Pittsburg 
dans ses pétroles, Boston place son orgueil dans ses livres. 
Sachant que je publierais des fragments considérables des 
archives inédites de l'Etat du Massachusetts on a voulu que 
les versions de Québec et de Boston fussent concordantes 
jusqu'à parfaite identité. Car, c'est au State House une déter- 
mination bien arrêtée d'éditer tous les manuscrits historiques 
actuellement déposés dans ses voûtes. 

De là ces soins attentifs apportés à la collation de mes 
copies. Je ne puis donc offrir à mes lecteurs, en faveur des 
documents originaux anglais reproduits dans cet ouvrage, des 
garanties plus sûres d'exactitude et d'authenticité. 



CHAPITEE DEUXIÈME 



GENERAL COURT RECORDS 



Inter-Charter 1689-1690-1691. Vol. 35 and seq. 



Archives de VEtat du MassacJiussetts déposées au State House 
de Boston. 



eth December, 1689. 

It being a matter of great importance to the welfare and 
security of their Majesties' subjects in thèse parts of America 
that due measures be taken with référence to our neighbouriug 
Erench enemies, who, as we are well informed bave at Port- 
Eoyal declared war against our nation and bave made great 
déprédations upon us, by taking severall of our fîsbing 
ketcbes and other vessels, some of wbich tbey keep still at 
Port-Eoyal ; and are alsoe continually aiding and assisting oui 
indian enemies by supplying them with armes and ammuni- 
tions wbich assures us that, by ail ways and measures they 
can, they will endeavour the hurt and destruction of their 
Majesties' subjects hère, wbich, where they bave any consi- 
dérable fortifîed port or harbour near us, they bave the 
more (chance to do). 

We, the Commissioners of the Colonies of the Massachu- 
setts and Plymouth, and Province of New-Hamshire doe 
therefore remind it to your honorable The Governour and 
Council and Eepresentatives of the Massachusetts Colony 
now assembled, andalso to the rest of the government of said 
colonys and provinces in thèse ports, that His Majesty's 
déclaration of w^ar against the French King and his subjects 



172 GENERAL COURT RECORDS 

be forthwith published in the respectives colonies, and that 
due care be taken that the Militia be well posted and the 
fortifications in the sea port towns be fitt for service ; that so 
we may be in the best posture we can to défend ourselves 
from any attack of the eneray and to assist each other ; we 
further remind to the Honorable the Governour and Council 
and House of Eepresentatives now sitting that a committee 
of neet persons be appointed to inquire into the présent state 
and condition of our neighbours the French and consider 
what may be proper and necessary for us to doe respecting 
them, so as to prevent their being able to make further 
déprédation on us, and their assisting and supplying our 
Indian enemies ; and make report thereof to the présent con- 
vention, or, in their absence, to the governour and Councill, 

The Honorable Commissioners' représentations to the Honorable 
■Governour and Councill and Représentatives of the Colony of the 
Massachusett's Bay in New-England, as to the French afiairs 1 

4th january 1690. 

Voted for the encouragement of such gentlemen and mer- 
chants of this colony ( Massachussetfs) as shall undertake to 
reduce Penobscot, St John, Port-Royal and the coast of Casco 
to their Majesties' Government they shall hâve the use of the 
two sloops of war with their ordinances and appartenances 
for three or four months on free costs and ail the profit they 
can make from our french enemies and trade of the places 
they shall take for the future till there be other orders given 
from their Majesties. 

14 mars. 

L'expédition contre Port-Eoyal est décrétée ce jour. 

On offrait aux soldats volontaires de l'expédition : 

1" Une solde égale à celle payée aux troupes régulières 
engagées dans une guerre indienne ; 

2" Etant donné que Port-Royal fut emporté d'assaut, la 
moitié du butin devait être divisé entre les soldats et les 
officiers indistinctement ; l'autre moitié revenait de droit à 
l'Etat, ainsi que le matériel des arsenaux capturés ; 



1 — La déclaration de guerre de l'Angleterre à la France fut 
publiée à Boston le lendemain, 7 décembre 1689. 



GENERAL COURT RECORDS 173 

3" Les veuves ou les enfants des morts, ou, à leur défaut, 
leurs plus proches parents ou héritiers légaux, recevraient 
leur part du butin. 

Sir William Phips était le commandant en chef de l'expé- 
dition contre Port-Eoyal et le capitaine Gregory Sugars, 
son lieutenant. Les capitaines Nathaniel Green, Richard 
Middlecott, Nathaniel Oliver, Andrew Belcher, Samuel Legg, 
William Johnson i John Alden, Cyprien Southack, etc, 
commandaient le corps expéditionnaire. Henry Dearing en 
était le Commissaire-Général. 

Lors de l'expédition contre Port-Royal. Le Révérend Joshua 
Moody fut nommé chapelain de la flotte et de l'armée. Cette 
nomination apparaît aux archives du General Coukt, à la 
date du 22 mars 1690. [Inter-Charter Vol 2 page 53.) 



Préambule des instructions données à Sir William Phips 
lors de l'expédition militaire contre Port- Royal (Annapolis 
actuelle). 

You are to keep your oflicers, mariners, seamen and soldiers 
in good order and under command and to take effectuai care 
that the worship of God be maintained, kept up and duly 
attended on board ail the vessells, and when you come to 
shoare in daily reading of the word of God and prayers and 
so far as the emergency and necessity of your affairs will give 
leave. 

That the holy Sabbath be duely sanctified and spent only 
in dutyes of piety, work of necessity and mercy. That 
swearing, drunkenness, blasphemy and ail manner of pro- 
phamers be avoided or duely punished according to the laws 
and orders of the said sea or laws military, that so the 
présence and blessing of God may accompany you in the 
]»resent undertaking 2 ." 



1 — Etait le lieutenant de toutes les forces de terre. 

2 — La prise de Port-Koj-al— (23 mai 1690)— nous fournit un beau 
cas d'ioonoclasie : 

" Sir William Phips arrived this day (30th may 1690) with ye 
Governor of Port Royall, two Priests and about sixty Souldiers 
with their great gunns and stores of Warr and other Plunder. The 
Inhabitants havo sworne Alegiance to King William and Queen 



1Y4 GENERAL COURT RECORDS 

Ces instructions furent exactement répétées à Sir William 
Phips au départ de la flotte anglaise pour Québec, au mois 
d'août suivant. 

20th March. 

To come to the main business, wh. is the subduing of 
Canada, not so difficult as is represented to people hère, we 
conceive it is of the moment that ail true protestant subjects 
ought to join and according to their qualities and capacities 
to be aiding and assisting in the same. 

We are of opinion that such an expédition (celle de 

Port-Royal) will not obtain our aim, and therefore, if it could 
possibly be, the only way is to strike at the head by taking 
Quebeck, and then ail the rest must follow. And mauy will 
be glad to see that day for they never can live worst than 

they doe now 

So that by making a good appearance of Christians and Indians 
by land will draw up the principal force to Mont-Eoyal and 
so facilitate the taking of Quebeck, which, if once effected, and 
the French removed, every one niay sett down peacibly and 
plant, sow, and reep in quietness, Besides, the honour of 
subduieng such people declared enemies to our Religion and 
peace, and the addition of so considérable a territory to the 
impérial crown of England ought to be a great encouragement. 

Therefore we hope your honours will direct the Councill 
to obtain the whole, and what will not the country men be 
willing to give to such fathers of their country, to such per- 

sons that accomplish so noble a design 

We pray your honours, gentlemen and représentatives, to take 
it into considération. We are ten men to one in Canada, if 
every body helps a little according to his abilities the business 
will be effected. T'is better to give ten pounds to save 
a hundred than one hundred pounds to save ten. The enemy 
can soon destroy and hâve already as much as would pay for 



Mary. The Fort demolished and their Crosses and Images Broken 

downe.^^ Doc. Eist. of New- York, Vol. 2, p. 260. 

Cf: Parkman : Atlantic MonthJy, Vol. 38. Decr. 1876, page 719: 
" We eut down the cross, writes one of his CPhips's) foUowers, 

" rifled their church, puUed down their high altar, and broke their 

" images " . 



GENERAL COURT RECORDS 1*75 

such an expédition. We hâve felt the smart of it allready, 
and we pray God it may rest -which cannot be expected. It 
is better and easyer to maintain men to kill the enemy than 
to maintain the poor women and chiidren who are drawn 
away by the enemy. The French are generally too quick for 
us ; therefore time is precious and but good use be made of it. 
There are divers good means that God Almighty has deter- 
mined the downfall of antichrist in our days. ^ 

25th March. 

Stirr up ail their Majesties' subjects in every place of the 
country into a hearty union for their own security and enga- 
gement against the treacherous and barbarous enemy. 2 

Massachusetts Government to the Earl of Shrewsbury. 3 

Right Honourable, 

May it please your Lordship, 

We hâve dispatched this Express with the duplicates of 
our Addresses and letters about six weeks since, by the 
hands of our Agents (who we hope are safely arrived) and 
farther to lay before their Majesties the présent state and 
condition of their Colonys and plantations in thèse parts, 
being annoyed and infested with both French and Indian 
Enemys, the first (tho formerly more Secret in the animating 
and supplying of the Indians against their Majesties' subjects) 
hâve of late openly appeared and joyned to their Assistance 
in the actual assaulting and desolating some more remote 
Villages and Plantations of the English, as Schenectady 
upon Hudson's Eiver, about twenty miles above Albany, and 
Salmon Falls, a plantation upon a brancli of Piscataqua 
River (altho the losse of both must principally be attributed 



1 — ^Mémorial to the Governor, Council and Kepresentatives of the 
Colony of the Massachussetts' Bay by the Convention of Civil and 
Military officers of the City and County of Albany. 

2 — Extrait de la réponse du Gouverneur Bradstreet à la Conven- 
tion d'Albany. 

3 — iMass. Archives, Inter- Charter Papers, vol. XXXY p. 374]. 



176 GENERAL COURT RECORDS 

unto their own deadly security and treachery of the Enemy) 
the Enemy having killed and captivated at both places 150, 
or thereabouts, men, women and children. 

We hâve not been wanting on our part to doe our utmost 
to intend the safety and pieservation of the whole of their 
Majesties' interest and had men in Garrison at both places 
sufficient with their own Inhabitants to hâve repelled the 
force of the Enemy, We are certainly informed by the 
Examination of some French prisoners lately brought in, that 
the French from Canada hâve live or six hundred out joyned 
with the Indians in several paiiys towards this country 
eastward and westward, which liath nécessita ted our considé- 
ration of the most effectuai means to resist and repell the 
further attack of that Vigilant and restless Enemy. And 
together Avith the enforcing of Onr Frontiers, exciting of 
the Maquas and other Indians engaged with us to alarme and 
molest the Enemy by Land hâve resolved upon Expédition 
against them by Sea to Port-Eoyal and other places adjacent, 
where they hâve taken severall of our fishing vessells ; and 
are setting forward the same under the conduct of Sir William 
Phips. It being the General opinion of the whole Country 
that there is no expectation of the putting an Issue to the 
Indian Warr, nor will their Majesties' subjects hère ever live 
in peace, but by the dislodging and removal of those ill neigh- 
bours, the French; their increase and strengtheuing thera- 
selves in thèse parts being judged utterly inconsistent with 
the interest of the Crown of England. God succeeding this 
présent attempt, it will greatly encourage to an attack upon 
Canada; if his Majesty be pleased to countenance the same, 
and to afford some assistance of Shipping with a speedy 
supply of ammunition, of which we are in great want, and 
can hardly spare sufficient to furnish the présent Expédition. 
We hâve been humbly bold to supplicate his Majesty to 
order a supply of xVrms and am munition for us ; and that 
this 1 small vessell cheifiy sent on that occasion may be 



1 — Le sloop Resolution. Ce vaisseau, réputé très rapide, jîavtit de 
Boston le 29 mars 1690 — le jour même de la signature de cette 

lettre L'ordre en conseil choisissant le Résolution avait été passé 

le 18 mars 1690. 

Cf. Andros Tracts, vol. III, pages 46, 47. 



GENERAL COURT RECORDS 177 

permitted speedily to returne, that we may net be unprovided 
for our necessary defence and to resist the assaults of the 
Enemy. 



Simon Bradstreet, Gov'. 

in the name of the Councill. 

Boston. 29th March 1600. 

24 avril. 

Réunion, à Xew-York, de tous les Rtats de la ISTouvelle- 
Angleterre, pour discuter l'opportunité d'une expédition mili- 
taire contre Québec et déterminer la ligne offensive de con- 
duite à prendre contre le Canada. Les Etats fédérés étaient 
au nombre de neuf : Le Massachussetts, la Virginie, le Alary- 
land, les deux Jersey, N"ew-York, Connecticut, Plymouth et 
le Rhode Island. 

28 mai. 

Le butin sera partagé moitié entre les soldats, les marins 
et les ofificiers ; moitié à l'Etat. Le matériel des arsenaux et 
les magasins de provisions appartiendront de plein droit à 
l'Etat. 

Les expéditionnaires qui perdront un membre, ou demeu- 
reront infirmes de leurs blessures, auront droit à une part 
prise sur la moitié du butin revenant à l'Etat. 

La paie des troupes sera la même que celle offerte aux 
volontaires des expéditions dirigées contre les Sauvages. 

La paie des matelots de la flotte sera la même que celle 
offerte aux marins de l'expédition contre Port-Royal. 

4 juin. 

OrderedthatGovernor Hinkley be forthwith sent unto and 
desired to send hither (to Boston) thirty whale boats for the 
présent expédition against Canada, with ail speed possible. — 
Past in the affirmative by the deputies. 

6 juin. 

Proclamation officielle promettant aux marchands de la 
Nouvelle-Angleterre, qui auront souscrit pour l'expédition 
12 



1*78 GENERAL COURT RECORDS 

contre Québec, partage égal avec l'Etat dans le butin de la 
conquête, soit un quart du butin ; la première moitié reve- 
nant de droit aux soldats volontaires i. 

7 juin. 

Personnel de l'un des comités exécutifs de l'expédition : 

Sir William Phips, 
Major Elisha Hutchinson, 
Capitaine Samuel Sewall, 
do Penn ïownsend, 
do Samuel Hayman, 
do Andrew Belcher, 
do Samuel Legg, 
MM. Peter Sergeant, 
do James Taylor, 
do Nathaniel Oliver, 
do John Clarke, 
do Kichard Middlecutt, 
do John Eyre, 
do Benjamin Alford. 



Embargo 'prononcé sur tous les navires entrés dans le port 
de Boston, du 14 juin au 10 septembre 1690. 

7th June. 

For the encouragement of the lieutenant Elisha Andrews 
or any other persons that shall be approved by tlie Governor 
and Council and such volunteers as shall list themselves to 
go out with them against the common ennemy, french and 
indians. 

It is ordered that they shall be allowed twelve pounds, in 
or as money, for every one of the eneray they shall kill or 
bring in alive, and to be paid three shillings per week a man 
whilst they are out in the service as also eigJd pounds, in or 

1 — La ration de chaque homme était d'une livre de pain, | Ibs de 
lard, 1 livre de bœuf et 1 chopine de pois. 



GENERAL COURT RECORDS 179 

■as money aforesaid, for every english captive they shall 
recover and bring back out of tlie enemies' hands, and that 
they shall be allowed, ivhat benejit they can make of their 
woTïien and children and plunder. 

Past in the affirmative by the deputies. 

12th June, 1690. 

Ordered that /ive suitable ships for warr and other necessary 
shipping & vessels for victuallors, attendors and fireships be 
forthwith impressed, taken up and fitted for their Majesties' 
service in the expédition by sea against the common enemy 
French and Indians at Canada etc., and the ship, whereof 
Andrew Dolbery is master, be one for that service. ^ 

15th July. 

Ordered that where any heads of familles in any town 
are sent forth in the publick service against the common 
enemy the sélect men of such town take care to give présent 
necessary relief to such families (not exceeding two shillings 
a week to a family) upon the crédit of such person wages, 
what shall be so advanced by the sélect men of any town, 
the account thereof being first adjusted by the committee for 
debentures, is to be deducted out such soldiers wages and the 
sum thereof to be allowed and made good by the treasurer. 

And the severall commissaries to the forces now abroad or 
that may be hereafter be sent forth are hereby ordered not to 
crédit any soldier whilst abroad above one half the value of 
his wages. 



Past in the affirmative, etc. 



Boston, May 30fch 1690. 



1 — " Wee shall not be ready this two or three weekes, five shipps 
of Warr heingto hefittedhesidesvictuallers,Jfire Shipps de Tenders. 
butt Persons seeme to be so generally Spirited that supose ail 
Imaginnable application with be made to forward ye undertaking." 

Lettre du gouverneur Bradstreet au gouverneur Leisler. — Docu 
mentary History of the State of New York, Vol. II, p. 258. 



180 GENERAL COURT RECORDS 

18th July. 

Whereas there is an order passed for the sélect men of 
Boston to take care of the sick and wounded soldiers and 
seamen in their Majesties' service. 

Ordered that the country treasure do pay or reimburse 
what the said sélect men shall expend for their relief and 
succour of such sick and wounded persons. 

Ordered that the sélect men of Boston take care that the 
housein the fort on the hill be provided for entertainement 
of sick and wounded soldiers and seamen ; also to provide 
suitable nurses, provisions, etc, at the charge of the country. 

Passed in the affirmative by the deputies, and consented 
to by the Governor and Maoistrates. 

18th July. 

Ordered that the volunteers, seamen and soldiers now listed 
for their Majesties' service be made up the number or twenty 
THREE HUNDEED by détachements out of the several régiments 
of militia, and that the Major-General issue out his warrants 
forthwith to the severall majors for that end and that they 
may be ready to attend the General's order. 

Major Quincy 390 men 

do Phillips 384 do 

do Hutchinson 320 do 

do Henchman 308 do 

do Appleton 308 do 

do Bai'tholomew Gredney 308 do- 
do do Saltonstall 282 do 

2,300 do 1 
Passed in the affirmative by the Deputies. 



1 S'il faut en croire Samuel Sewall, on n'était pas unanime à 

commander une telle levée de boucliers : 

" Majoi' Nathaniel Saltonstall and Major Tho. Henchman apply 
" themselvés to the Council shewing that if so many be pressed for 
'< Canada as the Order mentions, the frontiers will drawn in and 
" themselvés profess they will do so. " 

Diary de Samuel Sewall, à la date dia 25 juillet 1690. 



GENERAL COURT RECORDS 181 

18th July. 

Majors and Captains agreed upon for the Canada Exp&. 
dition 1. 



Captain Samuel Ward, 


do 


Nathaniel Norden, 


do 


Stephens Greenliefe, 


do 


George Corwin, 


do 


William Raymont, 


do 


Daniel King, 


Major 


Nathaniel Wade, 


Captain Ephraïm Savage, 


do 


Jonathan Danforth, 


do 


do Call, 


do 


Ebenezer Prout, 


do 


Josejih Wilson, 


Major 


Thomas Savage, 


Captain George Wing, 


do 


Andrew Gardner, 


do 


Thomas Andrews, 


do 


Edward Willy, 


do 


Thomas Bernard, 


do 


Ephraïm Hunt, 


do 


Thomas Vose, 


do 


John Willington, 



18th July. 

For prévention of vessells going out and carrying away 
men or provisions contrary to the orders made for an em- 
bargo, May 26th 1690, It is ordered that no vessels départ 
from any of the ports or harbours within this colony to any 
of the places on the coast eastward or westward hereof until 
they hâve been examined and searched by captain Prout and 
Mr Abraham Gourdin or their deputies, which examination 
to be certified under their hands upon penalty of forfeiture 
of such vessell and goods, transgressing this order, one third 

1 — Aux dates du 10 juin, 4 juillet et 1er août apparaissent de 
nombreuses commissions d'oflBciers devant commander l'expédition 
contre Québec. 



182 GENERAL COURT RECORDS 

to their Majesties, one third to the Governour, and one third 
to the said Prout and Gourdin. 

î^ast in the affirmative by the deputies. 

[Mass. Archives, Révolution, vol. CVII, page 219.] 



Letter of the Governor and Council to the Earl of Shrewshury. 
Eight. Honorable. 

May it please your Lord pp. 

According to our Obligation of Duty and sincère affection- 
to your Majesties Service, we hâve sundry occasional Convey- 
ances as well as by one express, formerly presented your 
Lord pp. with an Account of the publick affaires of their 
Majesties Coloiiys in New-England, and especially in réfé- 
rence unto a bloody War begun and carrying on against their 
Majesties subjects|^and Interest in thèse parts by a combina- 
tion of French and Indian Enemies, who by reason of the 
Dispersion of the English Settlements, the many Eivers and 
hideous Woods in the Eastern parts (which hitherto hath 
been the Principal Seat of the Warr) and the base treacherys 
and sculking of the Enemy, hâve gained Advantages by 
surprizal to perpetuate divers horrid and barbarous Outrages, 
Spoiles and Dévastations of the English dwellings. 

And it is the concurrent Opinion of the whole thatnotwith- 
standing the great charge and Trouble we hâve been at io. 
raising and sending out men, provisions and other supplysto 
their Assistance and Eelief, that we canuot secure and défend 
the Eemote Plantations whilst the Enemy forage and live 
upon us at our dwellings and anoy us upon ail Quarters by 
sending forth Partys, in the mean time being quiet at home ; 
so that upon consultation had, it is concluded to Eaise an 
United Force within their Majesties severall Governments 
as far as Virginia, to attack them in their owne Country, and 
that the forces from the Western Colonys joyne with the 5 
Nations of the Indians in friendship with us, to make their 
descent upon Canada from Albany, whilst at the same time 



GENERAL COURT RECORDS 183 

we send by sea to attack them at Quebeck ; for which prépa- 
rations are accordingly makeing to the utmost of oiir Capacity 
with siich Shipping as we hâve to set forth, expecting that 
we should before this time hâve received his Majestys Com- 
mands respecting that Affair, aad supplys of Arms and 
AmmunitioQs as we huiubly supplicated ia our last : but the 
season of the Year is so far spent that an Omission of a little 
time longer may loose the Opportiinity for this summer, and 
the Enemy by their continuai incursions may utterly waste 
our Remote Plantations before another season. 

We are not unsensible of the Greatnesse and chargeable- 
nesse of the Undertaking and Vast import thereof ; nothing 
lesse thau Necessity could hâve forced us thereto without 
their Majesties Gracions encouragement and supply of ship- 
ping. The Voice of Providence in the G-enerallity of the 
People, being extraordinarilly spirited and importunate to 
engage therein, bespeaking, setting forward the same, looking 
at it as the Principal means under God for their safety and 
defence by remyving and cutting otî supplys and aids to the 
Enemy, and a spécial Service to their Majesties for the 
Préservation of their Interest, hoping for their Majesties 
favourable Acceptance of our sincère Intentions and Endea- 
vours to promote their Honor and Interest and the safety of 
their subjects nnder our care. 

We formerly forwarded the Intelligence of the success of 
the Forces sent to Fort (Port) Royal who hâve reduced that 
place unto the obédience of the Crown of England, and awaite 
their Majesties settlement thereof; it will ba uur rejoycing 
if God please to honor us in improving us as Instruments of 
further service by smiling upon the présent Expédition. 

(Suit le récit d'un engagement avec les Français, étranger 
à Vexpéditioïh contre Québec) et il ajoute : This is the most 
considérable Action that we are certain to hâve done upon 
Enemy, and tho our loss (not so great in number as in some 
of more especial use and service) be matter of Lamentation, 
yet God is greatly to be acknowledged in giving any Check 
to the Enemy's Insolence, and we trust he is beginning to 
turne his hand iipon his and our Enemy. 

Our Coast is infested by French Privateers and Pirates 
which put us to no small Trouble and Charge to secure our 



184 GENERAL GGURT RECORDS 

shipping and sea ports against their Invasion, and hâve two 
Ships of Warr and another Vessell sent ont to cruize in and 
about Block Island for some who hâve lately made attack 
upon that Island, and hope to hâve a Good Account of them 
in a short time ^. 

Simon Bradstreet, 
Gov' in the name of the Council. 

Boston, in New-England 
July 19th 1690. 

Ist August. 

Ordered that Lieutenant Thomas Swift take a speedy care 
to provide sixty or more of the friend Indians well furnished 
with arms and ammunition to be sent out under a suitable 
commander against the common enemy ^ . 

Past in the affirmative, etc. 

15th April 1691. 

The unhappy disappointmeut of our last summer's enter- 
prize against the Frenchof Canada and the lost of men sustained 
therein (for more by sickness than by the sword) has laid us 
under no small disadvantage. In which the Providence of 
God by a long continuance of contrary winds and tempetuous 



l_Andros Tracts, Vol. III pp. 48, 49, 50 et 51. 

2 — On ignore la direction suivie par ces sauvages : joignèrent-ils 
l'armée de terre, ou furent-ils embarqués sur la flotte ? 

L'extrait suivant de la relation du jésuite Michel Germain Décou- 
vert semble justifier cette dernière hypothèse : 

" Alors deux de nos Hurons prirent l'épouvante et vinrent à toutes 
'' jambes nous dire que tout était perdu, et que tous les Français 
*' étaient morts ; qu'ils avaient vu parmi les Anglais 200 Loups 
" (c'étaient des Anglais déguisés en sauvages) et que ces Loups 
" allaient infailliblement désoler tout avec la hache et le feu." 

Les sauvages que commandait le lieutenant Thomas Swift périrent 
presque tous au retour de l'expédition. L'extrait suivant du Diary 
de Samuel Sewall le prouve : 

" Shute comes into Boston that night (Friday, November 8th 
" 1690) or next morning; hath thrown over aboard more than 60 
" persons since his going lience, most Indians of Plimouth " etc. 



GENERAL COURT RECORDS 185 

weather is more to be taken notice of ^ than any prépara- 
tions or strenght of the enemy in that design — Extrait d'une 
lettre du gouverneur Bradstreet au Gouverneur de la 
Virginie. 

Lttter from Bartholomew Gedney as to supplies for Salem Ketches 
in Canada expédition. 

Salem, 20th of April 1691. 
Sir, 

When the Salem vessels were at Nantasket in August last 
to join the rest of the fleet for Canada, myself and the rest of 
the committee for that affair in Salem being then with them 
expecting what remained for supplying our vessels to be 
ordered on board from the committee from Boston, which was 
two hundred gallons of rum : but finding that still wanting 
and the men likely to fail of that part of the supplies designed 
for them, major Kedford went up to Boston and brought, in 
behalf of the committee, so much rum as came to thirteen 
pounds in money which the committee in Boston were 
acquainted with and several times went to by the same, etc. 

Please to acquaint the Governor and Council of the case. 

I am Sir, 
Your most obedient and humble servant, 

Barth. Gedney. 



1 — Les Puritains croyaient fermement que les éléments, les 
événements fortuits, toutes les choses matérielles, ou les circons- 
tances accidentelles de la vie obéissaient à la volonté immédiate de 

Dieu Ils croyaient à l'esprit et à la lettre du Psalmiste : Ignis, 

grando, nix, glacies, spiritus procellarum, quœ faciunt verbum ejus. 

Cette réflexion de Bradstreet me rappelle ce passage de Walter 
Scott : Votre Seigneurie et l'intendant ont désiré que mon fils 
Cuddie s'occupât dans la grange d'une nouvelle machine pour 
vanner le grain ; cette machine semble s'opposer à la volonté de la 
divine Providence en procurant, par un art humain, du vent pour 
l'usage particulier de Votre Seigneurie au lieu de l'obtenir par des 
prières ou d'attendre patiemment que la bonté de la Providence 
veuille l'envoyer surl'airede la montagne — Walter Scott, Le vieillard 
des Tombeaux, page 47, chapitre Vil. 



186 GENERAL COURT RECORDS 

Instructions and orders for captain Raynsford, commander of 
the sloop Mary. , 

Information being given by your selfe and captain Samuel 
Gallop, that at your departure from the island of Anticosta^ 
lying in the mouth of the Canada Kiver, you left upon the 
said Island, the 25th day of March last past, one and twenty 
(21) men, their Majesties subjects, lately employed in their 
Majesties service who were cast ashore there by shipwreck 
and are destituted of ail help to corne ofî; 

And the sloop Mary being by order of this Board designed 
and fitted to go forth to fetch off the said men and provisions 
put on board for that end ; 

You are hereby ordered to take command of said slooj? and 
see that she be provided with twelve able men with whom 
you are to make agreement and forthwith to set sayle in her, 
making your course as direct as wind and weather will 
permitt unto the said island of Anticosta and there take in 
the aforesaid men left there or so many of them as shall be 
living with such appartenances belonging to the vessell that 
was wrecked there as are saved and make ail possible 
dispatch back again with said sloop unto this port. 

- You are to keep your men in good order under command 
and to cause them carefully to look out and keep a good 
watch both in your going, stay there and return, for avoiding 
of danger of rocks or shelves and to descry any ships or 
vessels upon the sea and to keep the said sloop in a good 
posture and readiness for your own defence, taking diligent 
care to prevent surprize by any, either at sea or on the island, 
and to make the best defence you can if you should be 
attacked by the enemy. 

In case any of the vessells or goods belonging to the French, 
the open declared enemy of the Crown of England, happen to 
fall within your povver without hazard of endangering your 
sloop or compa:\7 belonging to her for the recovery thereof 
you are hereby encouraged in their Majesties' name to des- 
troy, take or seize upon such vessels and goods for their 
Majesties' service and bring what you can of them with you 
to this port for tryal and adjudication so that you lose no 
time to cruise in search thereof, or retard your speedy dis- 
patch home. 



GENERAL COURT RECORDS 187 

You are to be very carefull of the vessell, stores and pro- 
visions, that there be no waste or embezzlement made. 

If you should hear of any other soldiers or seamen sent 
forth on the expédition against Canada that are yet missing, 
you are to endeavour to take them on board and bring them 
home with you, making what inquiry you can after them as 
you pass along the coast. 

You are to keep up the worship of God on board your 
vessell in dayly reading of his holy word and prayer and to 
suppress ail j)rophaness. 

Dated, in Boston, the 13th day of May, 1691. 

Simon Bradstkeet, Governor. 

Report of the appraisers of vessels lost in Canada Expédition. 

July 16th. 

Whereas an order was sent to us from the Honourable 
Governor and Councill for the appraising of sundry ships and 
other vessels that weare imployed on the Expédition to 
Canada in reguard of the sraallness of the time we had for 
the doiug thereof being but two or three days to apprayes 
neer thirty severall vessells it cannot be thought that we 
could come to any exactness not having time to take such 
notice of particular matterialls belonging to said vessels nor 
the vessels themselves and in particular the Briganteen Mary, 
whereof Mr John Eanfordf iiams/orc?^ went commander, on 
board of which Briganteen we neare and did give a guesse at 
the value of her, not seing ail her materialls but desiring the 
master to bring in an inventory of her forniture which we 
heard no more of. 

However wee doe judge that wee did apprayse her under 
her real value. 

Wm. Clutterbuck, 
Samson Stoddard. 1 



I — A la date du 1er août 1690, Abraham Gourdin et le capitaine 
Ebenezer Prout, étaient les inspecteurs de la flotte. 



CHAPITRE TROISIÈME 



PLYMOUTH COLONY RECORDS i 



GENERAL COURT ORDEES 



From the 14th August 1689 to the 24th June 1691, 

iExtracts.') 

In référence to the motion made by the honourable Conn- 
•cil and General Convention of Our friends and neighbours 
at Boston, for our advice and assistance in repelling and 
suppressing the barbarous heathens that hâve committed many 
barbarous murders and outrages at the eastern parts on the 
subjects of the Crown of England, this General Court déclare 
their concuri'ence therein, according to our weak capacity, 
and do commit the management thereof to Thomas Hinckley 
and John Walley, Esquires, their commissioners chosen for 
that end both for the inquiry into the ground of said war, for 
farther satisfaction and to order ail other suitable means and 
actions as they shall see cause, with the advice and concur- 
rance of such as may be commissionated thereunto by our 
friends and ancient confederates of the Massachussetts, and 
Connecticut, or by any other of their Majesties' colonies that 
may be concerned therein, as may through God's blessing 
conduce to the common good and safety of the whole against 
the common enemy according to such instructions as are by 
the Court given to them. 

2nd October, 1689. 

It is ordered by this Court that the Majors of the several 
régiments forthwith take care to procure a perfect list of ail 

l_Vol. VI, 1678-1691, p. 212 to 258. 



PLYMOUTH COLONT RECORDS 189 

the maies in their respective régiments, of what rank or 
quality soever from the âge of sixteen to sixty years, and to 
deliver the same to one of this colony, at or before the 14th 
day of this instant October (1689) by them to be caryed to- 
Boston in order to proportion the charge of the présent 

war. 

25th December, 1689. 

Whereas, by onr many provocations, we, by the just hand 
of Him who is the wise Disposer of ail things, are fallen into 
perilloiis times, eic, etc., it doth therefore much concern ns 
to take some most speedy and effectuai course to défend us 
by putting the mihtia in good order, etc. Be it therefore 
enacted by this Court, etc., that ail such as were military 
officers and that had been allowed or commissioned by thia 
Court in or before the year 1686 or that hâve been orderly 
chosen and allowed since their Majesties' accession to the 
throne and the late révolution of the government and hâve 
not recel ved commissions since, — that ail such officers and 
commanders with ail possible speed hâve commissions sent 
them, impowering them to act in the several places and com- 
mands they were chosen too, etc. 

Captain Jonathan Sparrow. 

Captain Edmonds. 

Lieutenant Smith. 

Captain John Hunter. 

Captain John Jacob, of Hingham. 

Lieutenant George Macey. 

20th May 1690. 

Ordered by this Court and the authority thereof that 
67 men, forthwith raysed in the colony, be sent by 
water to Albany or elsewhere to joyne with the forces of 
New-York, Massachussets or Connecticut etc., for the deffense 
of said place or other service of their Majesties against the 
common enemy. 

Ordered that" the town councils, sélect men, and majors 
take care that such as are impressed by their order, be, each 
one, fitted with a good, well fixt musquet or other sufficient 
armes, sword or hatchet, borne or cartouch box and not less 
than three charges of powder and shot for each man ; also 



190 PLYMOUTH COLONY RECORDS 

that they provide and care seasonably to send and put on 
board the vessel provided to carry the souldiers, two pounds 
and a half of powder, and 12 pounds of suitable bullets for 
each man sent out, unless otherwise ordered in the mean 
time. Also to take contrat that the powder be sent so as it 
may not be bruised or otherwise damnified. 

Ordered, that Major John Walley do impress, or otherways 
provide a suitable vessel to transport the soldiers if there be 
occasion, and to impress or hire seamen to sail and navigate 
said vessell ; also to take care that the souldiers be billetted 
or quartered until they are imbarqued ; also that he provide 
provision suitable to carry said souldiers to New- York or else- 
where, as may be ordered ; said vessel and men to be ready 
by the 5th day of June next ; and ail constables and other 
officers are hereby ordered and required to be aiding and 
assisting as there may be occasion, and to exécute such war- 
rants as they may receive from said John Walley for the 
performance of what promised. 

Captain Peter Hunt, of Eehoboth. 

Lieutenant Ephraïm Morton. 

Captain Thomas Howard or Haward, or Hayward. 

Captain Seth Pope, 

The Court appoint the last of this instant April to be kept 
and observed as a solemn day of fast and humiliation by ail 
the inhabitants of this colony. 

Lieutenant John Hamond, \ Company of the town of 
Joseph Dotey, enseigne. j Kochester. 

Thomas Thomson and James Soûl, of Middleborough, and 
Joseph Halley, junior, of Sandwich, sentenced to pay a fine 
of 4 pounds each for refusing to attend military service (the 
two first ones impressed for CanadaXn.) 

5tli June 1690. 

Having had information from the Hble Simon Bradstreet, 
Governor of the Massachusetts, in the name of the Council, 
of their présent expédition to Canada and places adjacent, 
and of their raising considérable forces for the service of their 
Majesties against the common enemy in thèse parts, they 
having also signified that they désire and expect somewhat 



PLYMOUTH COLONY RECORDS 



191 



from this and the other government, this Court having consi- 
dered thereof, in complyance therewith, hâve concluded to 
raise and send forth 200 souldiers, if need be, of English and 
Indians, to joyne with the Massachusetts and other confede- 
rated forces for their Majesties service as aforesaid ; and that 
there may be suitable care timely to impress, supply and send 
fourth our souldiers. 

Eesolved pr. the Gen. Court, to raise 200 men, l of 
them Indians, for the expédition of Canada, if our commis- 
sionners, on conférence with the others (Major Walleyand 
Major William Bradford) ^ less number, and to fitt 

them out with victuals, provisions and other necessaries, for 
the said expédition. 

Ordered that for this présent expédition for Canada or 
places adjacent, that the souldiers already impressed be made 
up, the proportions for each town as is hereafter set down, 
viz : 



Plimouth 

Duxborough .... 

Marshfield 

Scituate 

Bridge water 

Middleborough 

Barnstable 

Sandwich 

Yarmouth 

Eastham 

Succone&sett .. 



Men, 
13 
7 
7 
16 
8 
3 

12 
]0 
10 
10 
2 



98 



Brought over 

Manomoy 

Rochester 

Bristol 

Swansey 

Little Compton... 

Dartmouth 

Taunton 2 

Rehoboth 

Freetown 



Men. 
98 
2 
2 
6 
7 
4 
8 

14 

10 

2 



153 3 



1 — Le major William Bradford était député-gouverneur de l'Etat 
de Plymouth ; Thomas Hinckley en était le gouverneur. 

2 — And if there hâve been any drums, coulers or halberts pro- 
vided by virtue ofthe order of the Council of Warr they being 
delivered for the town's use, the town (Taunton) to pay for the 
same. 

3 — Each man to be provided with a well fixet gun, sword or 
hatchet, a home or cartouch box, suitable ammunition and a 
kapsack. 



192 



PLYMOUTH COLONY RECORDS 



Jonathan Alden, captain. 
John Tracey, lieutenant. 
Francis Bai'ker, enseigne. 

Thomas Hayward, captain. 
John Hayward, lieutenant. 
Samuel Packard, enseigne. 

Joseph Silvester, captain. 
Israël Chittenden, enseigne. 

Jonathan Hatch, junior, enseigne. 

Jonathan Sparrow, captain. 
Joseph Snow, lieutenant. 
Jonathan Bangs, enseigne. 

Thimothe Brookes, captain. 
James Cole, lieutenant. 
Robert Samford, enseigne. 

Edward Richmond, captain. 
William Southworth, lieutenant. 
Robert Browning, enseigne. 

Thomas Tabor, captain. 
Jonathan Dillano, lieutenant. 
James Tripp, enseigne. J 

Ordered by this Court that in this présent expédition there 
be raysed àO Indians ; 22 in the county of Barnstable, 22 
in the county of Bristol, and 6 in the county of Plymouth. 
If such do not présent as are to the satisfaction of one or 
more magistrates of the county, or the commander of the 
Company, that then, by warrant from a magistrate such be 
impressed as are most fitt. And that Plimouth county take 
care to provide armes and other neeessaries for 18 men, 
Barnstable county for 15 men, and Bristol county for 1*7 men. 

Captain Joseph Silvester. 

" John Goram. 
Lieutenants Jabiz Snow. 

" Samuel Gallop. 

Enseigne Preserved Abel or John Butterworth. 
" Samuel Lucos. 

Are chosen captains, lieutenants and enseignes, for the 
présent expédition. 



company 


' of Duxbury. 


do 


Bridgewater. 


do 


Scituate. 


do 


Succonesset. 


do 


Eastham. 


do 


Swansey. 


do 


L'tle Compton. 


do 


Darmouth. 



PLyMoùth colony records 193 

The first Thursday ol December. 

Eesolved, per this General Court, to add to the rate agreed 
ou by the last Geueral Court the sum of 1350 pouuds for 
the payraent of our souldiers in the late expédition to Canada 
and eastward, to be also forthwith raysed by rate upon ail 
rateable estate and inhabitants of this colony ; the same to be 
paid in porke, biefe, butter and corne, at the priées agreed on. 
iDy the last Genl Court or in cattle at money value, to be 
apprised by persons indifferently chosen by the parties that 
are to pay and receive the same, unless they shall agrée of 
the price between themselves, and that the several towus iu 
this colony that were over rated ye last year hâve so niuch 
deducted ont of their now rate. And that our souldiers wages, 
both eastward and at Canada expéditions, be paid alike in 
provisions or cattle. 

2nd June 1691. 

Ordered that every maie person in this colony of sixteen 
years old and upward, of what rank or quality soever, be 
allways provided with four pouuds of buUets lit for the bore 
of bis gun and ail the otherammunitions, armes and accouter- 
ments, according to the law in our printed books. 

24 juin. 

A la date du 24 juin 1691 un Couii Ovder élève à £2,700 
l'emprunt de colonie de Plymouth afin de rencontrer sa part 
des frais de l'expédition contre le Canada. 



13 



CHAPITPvE QUATIUÈME 



LA FLOTTE ANGLAISE 



Documents consultés. 



Boston Archives : General Court Eecords \ 

Walley : Journal of the Expédition against Canada, 
in 1690 2. 

Diary of Samuel Sewall ^. 

Docunientary history of the State of New- York *. 

Cotton Mather : The Life of Sir William Phips ^. 

Plymouth Colony Eecords ^. 

Andros Tracts '^. 



1 — Déposés au State House, à Boston. 

2 — Publié en appendice dans Hutchinson's History of the Massa- 
chussets' Bay, 176r>, deuxième édition. 

3 — Massachussetts Historical Collections, Vol. V, 5th séries. 

4 — Volume II, pages 141 à 357 inclusivement. 

5 — Magnalia Christi Americana, Book II, section 11. 

6_Volume VI, pages 212 à 258. 

7— Published by the Prince Society Vol I, 1868; Vol. II, 1869; 

Vol. III, 1874. — Boston, Massachusetts. 



\ t 



/^ 



l 



UEBEC,K,//e de l'unie 
rioue Se.jote4xlr io'mtt dans 
Ja-NouyelU Fran.ce atrec^ 

2'« FUjiire deS^JLcuxreitC 
<fJ'o Dearex ly f/latu-tes 
et LongitiLoleà^t^S Deqr. 
55. minuios de LaUtucCfs 
elle Alt aj SI* crée par les ■ 
A. M lots JW les I^/tuxçens 
par (fut. tlle est encore, 
possédée laix, iSSo depuis 
le 16 ' Pctoii-eJv^tfVLa. «i 
du. meine meis.Aiimar cU 
Fro'itanac eatant poxtr- 
loi-s Ooiit/e/tLêur du Pays 
ytic Isur/it /tottfeusernent 
Uvei- le '^teq e 



Renvoy desChifres 
qui fe trouvent dans 
îa Ville cle9"^'>*'C 

I le Rrf Loiui au Loye Af' 

le Ci»nU de Fi .■•itennc 
îMJy etleSi",utau-e 
J. Hospice des /i fcoie/s 
4. tes Pti-eijtsoiites 
y les l/'-s*lii>.is 

6 VMospifeJ, 

7 U Fit» s dt le- Con.aregaiu>}i 

8 BaUt'\e eU Auif Cartons 
s Plaile forme eu i/y a tnie 

BcUierit.de J Canoixi 
/O Place. ou-onErleva-en. iC S6 

le Butte du. Rau 
it SatUrie cCe-j Canons 
il Batterie de j Cnnont 
yj. le Paict* 
74 l'Rveché 
tg MtKtiin. ou. ilya uiie JBaflt 

de J CoMbrts 
t6. JBatterit s Caruins 
xy. Cmn»Z-j paw decouvr-ii; 

pmiij-uit le. flLtit 



A PARIS, 
Chez leS'-det'^r dans lisU 
du Palats Sur le S/u^Lf del'Ot 
Urjt a la Sphère ■ Royale. 



lis 



Hv. litfnjftrit. 




t?»li€ «arte Bgvirc dans hs .oilwtioiil historiques rt.: )i"trc iU«tingué l>U)lioiihile iiuébooquoi» M. PliiléiH Oaïiioii. 

160b —'Siège de Québec par les A.: 



d 




iais. — Cart^'^de l'ingénieur royal Robert de Yillenenvp. 



LA FLOTTE ANGLAISE 



195 



TABLEAU COMPARATIF DU NOMBRE DE VAISSEAl^X. 



Paa;e 

du 

liTre. 



Relation' de 



Statistique. 



8 
24 

35 
49 
53 
63 
75 

80 

85 

98 

105 

115 

120 

130 

(a) 
137 



Frontenac. 
Mouseiffiiat. 



Phips 

Savage 

La Hontan. 
La Potherie. 
Janclot 



Champigny 

Juchcreau 

Anne Bourdon. 
Cotton Mather. 

Découvert 

Mgr Laval 

Hutchinson 



Char 



•tIv 



34 voiles, dont 4 gros vaisseaux. 

34 " " 4 " " 

4 moindres, et le reste petits bâtiments. 

About 30 sails of sbips. 

32 ships and otlier vessels. 

34 voiles. 

30 vaisseaux, dont 3 fort grands. 

34 vaisseaux, dont 4 gros, 4 moyens, et 
le reste calques et brigantius. 

32 bâtimen's. 

33 voiles. 

34 vaisseaux. 

32 ships and tenders. 

30 vaisseaux. 

32 voiles, quelques-uns disent 34. 

Between 30 and 40 vessels, great and 
small. 



X . . .'. ; 34 voiles de différentes grandeurs. 



9th August, 1690. 

(a) Order is given to untnore, to be on a readiness if the wind should spring 
up. About 6, wind veer'd and tlie îfleet came to saiL /"our ships of War and 28 
others. 

DiAST OF Samcel Sewall, (page 327.) 



196 LA FLOTTE ANGLAISE 

D'après donc les relations contemporaines du siège l'effectif 
de la flotte anglaise varierait entre 30 et 40 vaisseaux. Je 
crois cependant qu'on doit les fixer à o2, suivant Cotton 
Mather, qui nous en a procuré le détail précis. — Il convient 
de rappeller encore à la mémoire du lecteur une ordonnance 
rendue par le General Court à Boston, en date du 4 juin 
1690, commandant au gouverneur Hinckley d'expédier à 
Boston, sous le plus court délai, trente baleiniers pour tenir 
lieu de transports à la flotte. ' Elle est reproduits verhathn à 
la page 177 de ce livre. Si nous ajoutons à ces oO balei- 
niers les 4 vaisseaux de guerre proprement dits, nous arrivons 
à un total de 34 voiles. 

Un autre document, auquel je réfère de nouveau le lecteur, 
est le Rapport des Evaluateurs, Clutterbuck et Stoddard, 
chargés d'estimer les vaisseaux perdus ou avariés de la flotte 
(to apprayes neer thirty sevcrall vessels.) (Voir page 187 de 
ce livre). Ce qui donnerait encore 34 voiles, si l'on compte en 
plus le Six Friends, le John é Thomas, le Swan, et VArae- 
rica-Merchant. 

Enfin, dans un vieux mémoire que j'ai trouvé au State 
House de Boston, document postérieur à l'expédition de Sir 
William Phips de plus de cinquante ans, j'ai lu ce qui suit : 

" The same year (1690) they ( Massachussetts colony) 
" raised abouttwo thousand men for the réduction of Canada 
" and a fieet of between thirty or forty sails. Though this last 
" attempt was unsuccessfull it does not appear to be ill 
planned ^. 

" And Your Majesties' Colonies of the Massachusetts and 
Plymouth were to equip a Navy by sea of 32 sails and 2,200 
^ouldiers and Mariners, which (without Your Eoyal Com- 
mission or Order) was accordingly done " 2. 
1. — Le vaisseau - amiral Six Friends : 44 canons, 200 
hommes. 
Commandant en chef de l'expédition : Sir William 

Phips, Chevalier. 
Capitaine : Gregory Sugars 
Maître d'équipage : Francis Knox. 

1 Ce mémoire est intitulé " Brief State of the merits andservice& 

of the Province of the Massachusetts Bay, their exertions and 
expenses in the common cause." — rédigé en 1762. 

2 — Andros Tracts Vol. II pp. 236 to239. Addressof the Gentry, etc., 



LA FLOTTE ANGLAISE 



191 



1. — Le vice amiral John d- Thomas : 2ô canons, 80 
hommes. 
Capitaine : Thomas Carter. 
3. — Le contre-amiral The Swan i. 

Capitaine : Thomas Gilbert. 
4, — U America-Mer chant, qui portait la flamme du chef 
d'escadre. 
Capitaine : Joseph Eldridge. 
Commandant (master) Andrew Dolberry. 
5. — Une frégate de 24 canons et de 150 hommes' 

d'équipage. 
6. — Un brigantin : 8 canons, 4 petarraros, 70 

hommes d'équipage. 
7. — Le sloop Mary : 4 canous, 2 peta,rraros, 50 
hommes d'équipage, capitaine Natha- 
uiel Hatch. 
8. — VAdventurer, capitaine William Bredlow, brigantia 

appartenant à Mr, Burriugton. 
9. — Le brigantin du capitaine Ebenezer Prout. 
10. — Le brigantin Mary: appartenant à John Bonner, 67 
hommes d'équipage ; capitaine John Kainsford ^. 



1 A la page 90 de son History of Canada, William Smith dit que 

c'est le Sevem et il cite à l'appui Oldmixon, Vol I, page 140. C'est 
une erreur. J'ai vérifié cette référence à la bibliothèque du Boston 
Athenœum. Le texte dit positivement The Swan. Ci: John Old- 
mixon : The British Empire in America, Vol. I page 66, édition de 
1708. 

2 — Contingent naval fourni par l'Etat de New York : " We are 
Jitting otit three vessells." — Lettre de Jacob Leisler 29 avril 1690. 

" We hâve hère (Ketc York) a privateer with 24 gunnes, 150 men 
who are engage togoe with ; a briggantine, 8 gunnes, four pitteraroes, 
70 men ; one sloope with four gunnes, two pitteraroes and 50 men 
by us equipped for to attack Québec." — Leisler au gouverneur 
des Iles Barbades — lettre du 17 mai 1690. 

Dans une lettre précédente (19 avril) adressée au gouverneur 
Treat, Leisler disait : 

" I hâve a men of warr riddy with 20 gunns and 120 resolute men 
commissioned for Canada and intend one or two Briggantines if 
possible. 

Cf : Documentary History of the State of New York, vol. II, pages 
245 and 236. 

3 — Célèbre par son naufrage, au retour de l'expédition, sur l'ile 
•d'Anticosti. 



198 LA FLOTTE ANGLAISE 

11. — Le bâtiment de Mr Winser. 

12. — Le sloop de Mr Thomas Brooks i. 

13. — JJ Amérique, un snow-hoat, capitaine Joseph Parsons. 

14, — Le sloop Mary, capitaine Benjamin Gallop ^. 

15. — Le brûlot d'Andrew Knott ^. 

16. — La quaiche Hannah & Mary 4, 
Commandant, Thomas Parker. 

17. — La quaiche Mary-Ann, propriétaire, Gregory Sugars, 
senior. 
Commandant, Gregory Sugars, junior. 

18. — Le vaisseau du capitaine Andrew Belcher. 

19. — J^he Blesser! William de New-York, croisière com- 
mandée par le capitaine William Masson. 

20. — Le brigantin John & Catherine de New- York, com- 
mandé par le capitaine Francis Goderis. 

21. — Le sloop Edward, capitaine John Swinton. 

J'ai la certitude de la présence de ces vingt et un vaisseaux 

devant Québec, au siège de 1690. 



Il n'existe que de vagues probabilités d'expédition pour les 
navires dont les noms suivent et que j'ai relevés au State 
House dans les General Court Records de l'Etat du Massa- 
chusetts. 

Le sloop Resolution, capitaine George Bollen ^. 



1 — Le major John Walley était tout probablement à son bord. 

2 — Ce sloop s'était emparé de la frégate La Roue, un pirate com- 
mandé par un forban du nom de Thomas Pound. Cette victoire 
coûta la vie au capitaine Samuel Pease, qui le commandait, de 
concert avec Benjamin Gallop. 

3 — Se perdit, au retour de l'expédition contre Québec, avec un 
contingent de bardes, de livres et d'instruments de marine évalués 
à cent louis sterling. 

4 — La quaiche se perdit également au retour de l'expédition. Elle 
était la propriété d'Andrew Knott et de Richard Arnold. Elle fut 
évaluée à 130 louis. 

5 — Le sloop Resolution, vaisseau réputé très rapide, partit de 
Boston le 29 mars 1690 pour l'Angleterre, ordonnance du 10 mars 
1690, où il allait chercher des armes et des munitions pour l'expé- 
dition contre Québec. Rien, dans les archives bostonniennes, 
n'indique qu'il se joignit à la flotte de Phip's. On sait seulement 
qu'il n'apporta aucun secours en argent ou en nature. 

Cf : General Court Records: Intre-Charter. Vol 35, p. 299. 



LA FLOTTE ANGLAISE 199 

La croisière Batchelor, 6 canons, 35 hommes d'équipage. 

La frégate La Rose. — Partie au mois de mai 1690 pour 
l'Angleterre il est possible qu'elle fût de retour à temps pour 
se joindre à l'expédition. 

La Concorde, 15 pièces de canon de l'ordonnance, -^l 'petar- 
raros et autre petite artillerie ; capitaine John Beale, 

Le John é James, capitaine Richard Foster. 

Le Batchelor, La Rose, La Concorde, et le John & James, 
seraient-ils ces quatre vaisseaux moirtcZres dont parle la rela- 
tion de Monseignat ? Nescio. 

Le Prince, vaisseau appartenant à un quidam du nom de 
Joshua Gee. 

La quaiche Ann, capitaine John Alden i. 

Le Pink Eagle, vaisseau de 80 tonneaux, capitaine Joseph 
Buckly. li' Aigle Rose brûla dans le port de Boston le 1" 
Décembre 1690. 

Les archives qui ont été consultées par les compilateurs du 
Documentary History of New-York signalent encore, pendant 
cette même année, à la date du l*' août 1690, la capture, en 
face de l'île Percée, d'un vaisseau français, le L Espérance, 
capitaine Julien Bigoir, propriété d'armateurs normands, Léon 
& Lafferie, de Hontleur. Les vainqueurs amenèrent leur 
prise à Boston, débaptisèrent le L Espérance qu'ils nommè- 
rent le Taon et lui donnèrent un nouveau capitaine appelé 
Eobert Colford. 

Il est strictement possible que les capitaines Masson, 
Goderis et Colford aient eu le temps de revenir à Boston, 
ré-appareiller et repartir pour le Canada conjointement avec 
la flotte expéditionnaire. Ils avaient huit jours pour cela, — 
le 9 août étant connu comme date du départ officiel de 
l'armada puritaine. Mais je dois vous avouer qu'une telle 
hypothèse est encore plus strictement improbable que stricte- 
ment possible. 

Enfin, il adviendrait peut-être que quelques-uns — deux ou 
trois seulement — des croiseurs dont les noms suivent fissent 
partie de l'escadre de Sir William Phips. 



1 — Le capitaine John ou Jonathan Alden jouissait d'une mauvaise 
réputation. Des officiers refusèrent un jour de le suivre à Port-Royal 
sous le prétexte qu'il n'était qu'un traître, commerçant en cachette 
avec les Français. 



200 LA FLOTTE ANGLAISE 

Le brigautin John & Joseph, capitaine John Wyman. 

Le brigautin du capitaine Philip Phillips. 

J^e brigantin Samuel, commandant John Wisewell. 

Le sloop Content, capitaine Richard Moon. 

La qnaiche Endeavour, capitaine Benj, Alden ou Allen. 

Le sloop Catherine, capitaine Christopher Goffe. 

Le sloop Royal Alhany, capitaine Gerrit Hardenburg i. 

Le sloop de Leurs Majestés, Mary, 14 canons, capitaine 
John Alden '^. 

Le sloop de Leurs Majestés, Speedwell, commandant John 
Cooke 3. 

Le brigantin de Samuel Walker. 

Ces dix derniers vaisseaux, sloops, quaiche et brigantins, 
étaient tous utilisés par le Gouvernement de la Nouvelle- 
Angleterre comme croiseurs, garde-côtes ou gardes-pêches. 
De plus, à tour de rôle, Boston et New-York leur comman- 
daient la chasse aux corsaires, aux pirates, (aux french pri- 
vateers comme les appelle Bradstreet) qui infestaient alors 
l'Atlantique. Alors aussi la guerre était déclarée entre la 
France et l'Angleterre, les flottes victorieuses de Louis XIV 
se promenaient triomphales sur tous les Océans, elles pou- 
vaient tout à coup apparaître devant New- York (le vieux 
Manatte des Hollandais) ei le foudroyer dans une heure. 
C'était l'ancien avis de Davaugour, énergiquement répété par 
Frontenac qui ne cessait d'écrire à Mr de Seignelay : Delenda 
est NeiL'-York ! Après trente ans d'expérience et de réflexions 
les gouverneurs du Canada en était encore à ce projet qu'ils 
considéraient le meilleur pour en finir à jamais avec les 
Etats de la Nouvelle-Angleterre. On était au lendemain de 
la bataille de Beachy Head ^ et l'on aurait eu à Boston 



1 — Le sloop Boy al Albany, partit au mois de mai 1690 pour l'Angle- 
terre. Il est douteux qu'il soit revenu à temps jjour rejoindre 
l'expédition. 

2 et 3 — Etaient probablement les deux croiseurs que le Gouverne- 
ment maintenait en permanence dans le port de Boston. 

4 — On apprit très tard à Boston la nouvelle de la bataille de 
Beachy Head. La flotte de Phips l'ignorait absolument lorsqu'elle 
partit pour Québec, le 9 août 1690. J'en trouve la preuve dans le 
journal de Samuel Sevvall — " 1 690 September 13th. This week we hear 
of a sore tight (Battle of Beachy llead) between the English and 
French fleets." La nouvelle de la bataille, livrée le 29 juin 1690, prit 
dix semaines à se transmettre à Boston. 



LA FLOTTE ANGLAISE 201 

l'imprudence de relever, sans les remplacer, les sentinelles 
du littoral, les croiseurs et les gardes-côtes, pour les envoyer 
dans les hasards dans une expédition lointaine appuyer une 
flotte qui n'avait nullement besoin de ce renfort ? C'eût été, 
non pas de l'imprudence, mais de la folie. 

En terminant cette étude sur les vaisseaux de Sir William 
Phips, je rappellerai la proclamation officielle de l'Etat du 
Massachusetts, en date du 6 juin 1690, promettant a moj mar- 
chands qui auront souscrit pour Vexpédition contre Québec 
PARTAGE ÉGAL avcG l'Etat dans le butin de la conquête. 
L'idée m'est venue, en la lisant, de relever les principaux 
noms des négociants et armateurs de cette province à cette 
époque. Ce sont probablement eux qui ont armé et fretté 
les quatorze transports dont les noms ont échappé à mes plus 
actives recherches au State House de Boston. Ils en étaient 
peut-être bien les propriétaires. 

Benjamin Browner, marchand ^. 

P. Butler, armateur public, 

Andrew Dolberiy, puissant armateur. 

John Poster, armateur 2. 

Samuel Gardner, marchand 1. 

Bartholomew Gedney, armateur 1 & 2. 

William Hirst, marchand 1. 

John Knox, armateur 2. 

Eichard Middlecott, puissant marchand ^. 

J. Nelson, armateur (2). 

Nathaniel Oliver, armateur 2 & 3. 

D. Parkman, marchand 1. 

Charles Kedford, armateur 1 & 2. 

Stephen Sewall, marchand 1. 

Sampson Stoddard, armateur public. 



1 — A la date du 17 septembre 1689, les croisières françaises leur 
avaient enlevé plusieurs quaiches et fait trente hommes de leurs 
équipages prisonniers. 

2— Bons puritains, c-à-d, bons fanatiques toujours" prêts à risquer 
les chances et à courir l'aventure d'une expédition militaire pourvu 
qu'elle fut dirigée contre les Français et les Papistes. 

3 — Membre du Comité Exécutif de l'Expédition contre Port- 
Eoyal. 



202 LA FLOTTE ANGLAISE 

Isaac Woodbury, marchand 1 & 4 i. 

Joseph Woolcot, marchand 1. 
Dernier renseignement et dernier mot sur l'invincible 
armanda de Sir William Phips : 
Etaient inspecteurs de la flotte : 
Abraham Gourdin (Gordon ?) et Ebenezer Prout, 



Nous savons déjà, par Cotton Mather et le baron de La 
Hontan, à quelle distance les quatre vaisseaux de guerre du 
Chevalier Phips vinrent mouiller devant Québec — " General 
Phips and bis men of war with their canvas wings flew close 

up unto the west end of the city 

He (Phips) lay within pistol-shot of the enemies' camion, 
and beat them from thence and very much battered the 
town. " 2 

" Phips vint mouiller avec quatre gros vaisseaux a la 
PORTÉE DU MOUSQUET de la basse ville. " ^ 

Nous connaissons de plus dans quel ordre ils se placèrent : 
" Les quatre plus gros vaisseaux vinrent mouiller sur le soir 
devant Québec; le contre-amiral qui portait pavillon bleu 
se posta un peu plus sur la gauche, presque vis-à-vis du 
Sault-au- Matelot ; l'amiral était sur la droite, le vice-amiral 
au-dessus, tous deux vis-à-vis la Basse- Ville, et le quatrième, 
qui portait la flamme de chef d'escadre, se mit du côté du 
Cap-au-Diamant. " ^ 

" Le contre-amiral qui avait le pavillon bleu se porta au- 
dessous de la ville, et l'amiral, vice-amiral et chef d'escadre, 
au-dessus ". ^ 



1 — Un beau matin (celui du 18 septembre 1689), des corsaires 
français, très royalistes d'ailleurs, passant par hasard à Salem, 

amenèrent à Port-Eoyal une quaiche, le Dauphin dont il était 

le propriétaire. 

2 — Cotton Mather, voir page 109. 

3 — La Hontan, voir page 59. 

4 — La Potherie, voir page 65. 

5 Janclot, page 76. 



LA FLOTTE ANGLAISE 203 

" Au bout de quelque temps le contre-amiral se trouva si 
fort incommodé par les batteries du Sault-au-Matelot, et par 
celle qui était en bas, sur la gauche, qu'il fut contraint de 
s'éloigner. L'amiral le suivit bientôt avec précipitation ". ^ 

La carte que publie le baron de La Hontan indique parfai- 
tement la position des vaisseaux anglais telle que précisée par 
les relations contemporaines ci-haut reproduites. 

Pour quelqu'un donc qui eût été placé sur le quai de la 
basse ville, le jeudi matin, 19 octobre 1690, les vaisseaux de 
Phips lui fussent apparus dans l'ordre suivant : 

1. Le John cC' Thomas, portant la flamme de chef d'escadre. 

2. Le vice-amiral, le Swan. 

3. JJamiral, le Six Friends, portant la Croix de St-George 
à la corne d'artimon. 

4. Le contre-amiral, V America -Merchant, portant le 
pavillon bleu. 

Les quatre vaisseaux mouillèrent, nous disent les relations, 
ù une portée de mousquet, within a pistol shot, ce sont les 
paroles même de Cotton Mather, c'est-à-dire qu'ils se tinrent 
à 150 verges mi7iimum ou 200 verges maximum d.es quais 
de la basse ville. Les cinq ou six cent coups de canon qu'ils 
tirèrent contre la ville, " tout ce furieux fracas d'artillerie 
se réduisirent, nous dit La Hontan, à faire voler quelques 
tuiles et à découvrir quelques maisons. Le dommage fut 
à peu près de cinq ou six pistoles." Le bombardement ne 
tua qu'une seule ])ersonne, un garçonnet de 16 ans, François 
Eoberge, et n'en blessa qu'une autre, le sieur de Vieuxpont. 
Quant aux artilleurs qui servaient les batteries françaises 
élevées sur les quais de la basse ville ils s'en tirèrent sains 
et saufs, eux et leurs pièces, malgré qu'ils fussent absolument 
à découvert et bien en présence de l'ennemi. 

Etant donné donc la maladresse proverbiale des miliciens 
de la Nouvelle-Angleterre, plus l'infériorité des armes de 
l'époque, je ne crois pas que l'on puisse étendre à l'au-delà de 
cinquante verges des bastingages et des sabords la zone véri- 
tablement dangereuse de la flotte anglaise. 



1 — Charlevoix, page 142. 



204 LA FLOTTE ANGLAISE 

Les vaisseaux de Phips étaient de fort petite taille. L'In- 
tendant Champigny dans sa lettre au ministre (M. de Seigne- 
lay), 10 mai 1691, écrivait ce qui suit : 

" Ils (les Agniés) ont dit qu'il n'était revenu à Boston 
que quatre vaisseaux de la flotte qui avait paru devant 
Québec et que les autres étaient restés à l'entrée de ce fleuve 
pour y attendre les bâtiments français. Mais il n'y a pas 
d'apparence que cette dernière circonstance soit vraie, n'étant 
pas possible d'hiverner dans ces endroits-là qui sont très 
dangereux, joint que presque tous leurs bâtiments n'étaient 
que de petites caiches, qu'ils avaient beaucoup de malades et 
de blessés et point de vivres, " ^ 

Malgré ses quarante-quatre canons et ses deux cents 
hommes d'équipage, leur vaisseau-amiral Six Friends ne 
jaugeait qu'un très faible tonnage. Voici comment en parle 
Fenimore Cooper dans son Histoire de la Marine des Etats- 
Unis : 

The royal cruisers that occasionally appeared in the Ameri- 
can seas, at that remote period {dose of the seventeenth cen- 
tury) were usually light frigates, of a class between the 
présent sloops andtwo-and-thirties, and in point ofarmament, 
and even size, were probably unequal to contending with the 
largest of the former. We hâve seen that one of Sir William 
Phipps's ships, in the expédition against Québec, carried 44 
guns and 200 hundred men, a disproportion between the crew 
and the armament, that proves the latter to hâve been exceed- 
iugly light. In that âge, the importance of métal was not 
appreciated, and the decks of vessels were crowded with 
guns, which did so little exécution, that great naval battles 
frequently continued days at a time, without producing 
décisive results. " 

Dans un chapitre précédent ^ Fenimore Cooper disait 
encore : 

" It appears by Hutchioson that in 1676, the foUowing 



1 — Archives du Département du Secrétaire de la Province de 
Québec ; — Manuscrits relatifs à l'Histoire de la Nouvelle- France, 
2ième série, Vol. 6 — 1691 à 1693. Lettre de V Intendant Champigny 
au Ministre, 10 mai 1691 page 3332. 

2 — Fenimore Cooper : Hlstory oj the Navy of the United^ States, 
eh. II. p. 24. 

3 — Idem : ch. I, pages 15 and 16. 



LA FLOTTE ANGLAISE 205 

vessels had been constructed in Boston, or its vicinity, and 
then belonged to the poits of that neighbourhood, viz : 

30 vessels between 100 and 250 tons 
200 " " 50 " 100 " 

200 " " 30 " 50 " 

300 " « 6 " 10 " 

Most of the small vessels were eraployed in the fisheries 
and the ordinary communications between the settlements 
on the coasts were kept up by water. The principal building 
stations were Boston, Charlestown, Salem, IpsM'ick, Salisbury 
and Portsmouth and there were at that early day, even, 
thirty master shipwrigbts 

In 1680, Connecticut possessed twenty-four vessels, with 
a total of 1050 tons, trading between that colony and Boston, 
NewfoundlaniJ, the West-Indies, etc. The succeeding year, 
forty-nine vessels entered the harbour of Portsmouth alone." 

(Jette statistique permet donc d'établir une moyenne satis- 
faisante de tonnage pour la marine marchande et militaire de 
l'époque. 



UNE COMMISSION D'OFFICIER ANGLAIS AU ITième SIÈCLE 

Jacob Leisler, Lieutenant-Govemor and Commander in 
chief of ye Province of New York etc. 

To Capn William Masson, Commandr of ye ship ye Blessed 
William, of New York. 

Greeting : 

Reposing great trust and Confidence In ye Prudence, 
courage and ability of you ye sd Capn William Mas- 
son as well lu Military as Maritime affaires I do hereby 
Constitute and apoint you to be Capn of ye s<l Ship and 
to take ye Care and Charge of ye same wth ail yr m en 
that now do or hereafter shall Belong unto ye sd Ship 
Requiring them to be obedient unto You wth ail ordriug You 
to Obey ail such orders as you shall from time to time receive 
from me or other YouR Superior officers hereby Comissiouat- 



206 LA FLOTTE ANGLAISE 

ing and Impoweriug you with ye sd ship and Comp y forth- 
with to saile for Quebeck In Cannada to warr as to your 
Wi~dome seem meet and to assault, attack, destroy as much 
as in you Lies and to oppose and to distruccon bring ail 
or any that shall défend or assist ye french Interest as well 
as In your Journey to Canada and returue upon ye Banck 
or Elsewhere you Can meete any to take Seize and make 
prize of ail goods on Shore or vessels at sea belonging to ye 
french King or any Inhabitants under there Governmt, as 
allso ail frenchmen themselves to take Slay, Kill or save 
Alive and to Injure thera in what you possibly Can Comand- 
ing you to Bring ail Vessells and goods that you shall take 
from them to this Your Comission port for Condemnation 
and for 3^our soo acting therein this shall Bee your Sufficient 
Comission. 

GiVEN etc, this 19th day of May 1690 etc In N York i. 

Jacob Leisler. 



MINUTES DU CONSEIL DE GUERRE 

At a Council of War held on board their MajesUes Ship Six- 

Friends, 2 riding at anchor in Canada River. 

September 23rd 1690. 

Ordered : 

I. That the laws and ordinances of war passed by the 
General Court of the Massachusetts, for the betier regulating 
their forces ; together with ail such additional laws and orders 
as shall now be made and ordained by this Council at their 
présent session ; be forthwith read and published at the head 
of each régiment or company of souldiers, and on board each 
and every ship and vessel in their Majesties Service for this 



I — Documeniary History of the State of New- York : Vol II p 250 
and 251. 

2 — Their Majesties hâve no such ship in New-England, but this 
ship belongs to merchants of Barbadoes. 



LA FLOTTE ANGLAISE 207 

présent expédition to Canada, etc. And that the same be 
put in exécution according to the true intend and meaning 
thereof. 

2. That each and every of the aforesaid laws and ordi- 
nances of war, and ail such other as shall frora time to time 
be made and ordain'd by the Council of War, shaîl be declared 
and published by beat of drurn or sound of trumpet, or other- 
wise at discrétion, at the head of each régiment or company 
of souldiers, and on board each and every ship and vessel in 
their Majesties fieet ; and that they be so read and published 
once a fortnight, or oftner, that so none may prétend to be 
ignorant thereof. 

o. That whatsoever person that is engaged in this présent 
service, shall by words or otherwise, reproach, sKght, or show 
disrespect to any of his Superior officers, shall be piinished 
as the Council of War shall see cause ; respect being had 
unto the circu m stances of place, office, person injuring, and 
injured ; as also the evil tendency thereof. 

4. That no commander or other person, présume to send 
or suffer any boat whatsoever to be sent to the shoar, or any 
ship or vessel to land any men after the first anchoring of the 
lieet, otherwise than as they shall receive orders from the 
General or council of war. 

5, That whensoever any men shall be sent on shoar, suit- 
able officers shall be sent with them, to command and order 
them, which officers are to be accountable for their actions 
and behaviours ; aud also are required, to attend the com- 
mands aud directions of their superior officers. 

(5. That it shall and may be lawful for any officer to shoot 
any person that shall first run away from under his com- 
mand in time of actual service, if he cannot be otherwise 
brought to attend his duty. 

7. That if any régiment, company of souldiers, or other 
person under command, shall refuse to advance foiward to 
charge the enemy, or such other service as shall be orderly 
and reasonably requirod of him or them, especially if through 
fear or cowardise, they shall refuse or stay behind, he or they 
shall loose their pay, and whole share of plunder, and be 
otherwise disgraced, and the principal punished according as 
a council of war shall détermine. 



208 LA FLOTTE ANGLAISE 

8. That no person whatsoever shall give intelligence, or 
liold any correspondence with the enemy on pain of death. 

9. That whosoever shall causelesly make an alarm, or 
needlesly, or wilfully lire a gun in the night, shall be put to 
death, or suffer siich grievous punishment asacouncil of war 
shall inflict. 

10. That no nian force himself upon a sentinel, being 
called unto three times to stand, upon the péril of his life. 

11. That if any souldier or other person, be found drunk 
on duty, or in time of actual service, he shall suffer death, or 
such other grievous punishment as the council of war shall 
détermine ; considération being had unto the ill conséquences 
that hath or might hâve been by reason thereof, 

12. That ail officers of what degree soever, take spécial 
care, that no souldiers or other person under his command, 
drink any brandy, wine, or other strong-liquor, at any time 
to excess, especially in time of service, and whilst we are in 
danger from the enemy : they are also duly authorized to seize 
and secure in order to try ail such as shall offend. 

13. That présent quarter be givcn to those of the enemy 
that shall ask it, according to the laws of arms and nations, 
if it can be donc without hazard. 

14. That ail persons whatsoever carry themselves as men 
and christians towards ail prisonsrs, especially such as hâve 
been men of place, aged persons, women, and children ; and 
that they présume not to offer any rudeness or uncivility to 
any woman or other person, on pain of such punishment as 
the council of war shall order, according to the circumstances 
thereof. 

15. That whatsoever souldiers or others, that shall fight or- 
quarrel one with the other in time of service, shall loose a 
month's pay, and be otherwise punished at the discrétion of 
the Council of war ; and whosoever shall so light or quarrel 
at other times, shall be punished at the discrétion of the 
commission-officers of that company. 

16. That no man shall pawn or exchange his arms, either 
in field or elsewhere without leave of his captain, or dispose 
of any arms of others, or any ammunition, hatchets, spades, 
shovels, or other stores or instruments of war, on such penal- 
ties and punishraents as a council of war shall order. 



LA FLOTTE ANGLAISE 209 

17. That whosoever, without consent as aforesaid, shall 
buy, receive, exchange, or take to pawn, any arms, ammuni- 
tion, or instruments of war, shall return such arms, ammiini- 
tion, and instruments without satisfaction, or forfeit twice the 
value thereof, and suffer such other punishment as a council 
of war shall appoint. 

18. That no man, without consent as aforesaid, being 
uuder command présume to fire his gun without order, on 
painof such punishment as the captain or commission-oSicers 
of that Company shall appoint ; and that no man présume at 
any time needlesly to fire his gun without or.ler, on penalty 
of two-shillings six pence, to be deducted out of his wages or 
plunder. 

19. That whosoever shall at any time seize or take any 
plunder, of what kind or nature, soever from the enemy, 
shall forthwith give notice thereof at the General, Lieute^ 
nant-General, or chief-officer présent, with au account thereof, 
that the same may be disposed and secured according to 
further order. And whosoever shall refuse or neglect so to 
do, shall forfeit his share of plunder, and make restitution of 
what tliey shall so conceal, withhold, or imbezil, and also 
suffer such further punishment as a council of war shall 
détermine. 

20. That no peison whatsoever présume to rifle any ship, 
boat, or any other vessel, or to break opeii, unlock, unty, or 
otherwise undoe, or make loose any chest, tiunck, bo-x, baie, 
bundle, or any other vessel wherein plunder of the enemy 
may be, wliether on board, or ou shore, in any house or other- 
wise, but shall secure the same whole and uudivided, as the 
same shall be found, and bring the same to the chief-otficer 
then and there présent, who is to take such further order 
therein, as shall be necessary upou pam of forfeiting his 
whole share of plunder, and sutfering such further punishment 
as a council of war shall inflict. 

21. That no person whatsoever présume to set fire unto, 
burn, wabte, deface, or otherwise spoile any fort, churcli. 
colledge, kùuse. harn, ship, vtssel or any other yvods, provi- 
sions, tvares, merchandizes, or estâtes whatsoever, or kill or 
destroy any hogs, cattle, or any other tame créature belonging 
to the enemy, without order from their captain. Which 

14 



210 LA FLOTTE ANGLAISE 

captains are required not to give order for so doing without 
iiecessity require, (which necessity is to appear such to the 
council of war if questioned.) But as they shall from time to 
time receive directions from the General, Lieutenant-General, 
major of the régiment, or Council of war. 

22. That no souldier, seaman, or other person under com- 
mand in this présent expédition, présume to plunder the 
enemy in time of hght nor whilst we are in any danger from 
the enemy; nor whilst they chase or pursue the enemy, nor 
hefore they hâve secured themselves from the enemy, nor 
until they hâve orders from the chief-ofhcers in that yjresent 
expédition, or at any other time or place then ordered, or 
contrary to articles made with the enemy, and declared on 
pain of death, or such other penalties and punishment as a 
council of Avar shall inflict. 

23. That the commission-of&cers of each company, do 
punish ail persons within their several companies respecti- 
vely, which after publication hereof, shall be found guilty of 
drunkenness, swearing, curseing, and neglect of the worship 
of God, petty-thefts, quarreling when not in service, unneces- 
sary firing when under command without order, not doing 
duty, doing duty negligently. 

Vera copia Examined, Nath. Barnes, Sec. Con. Bel ^. 



1 — Savagé's Account of New- Englanders against Canada Hyatfs 

Photographie Reprints — London — pp. 6, 7, 8, 9 dnd 10. 



CHAPITEE CINQUIÈME 



L'ARMEE ANGLAISE 



Dès février 1888 j'eus l'idée de' préparer une œuvre litté- 
raire en commémoration du deuxième centenaire de l'expé- 
dition navale des Etats de la Xouvelle-Angleterre contre 
Québec. 

Ce travail exigeait, au préalable, de très longues et très 
pénibles études, de véritables fouilles archéologiques, des 
recherches historiques aussi multiples que variées, difficiles à 
suivre, longues à atteindre, vu la distance des faits et leur 
recul perpétuel à l'horizon d'un passé qui s'efface avec le 
crépuscule de la tradition. 

Pour parler couramment du siège de Québec par les 
Puritains — la plus hardie de leurs expéditions religieuses et 
politiques en Amérique — il importait non seulement de 
connaître les grandes et les petites actions de cet événement 
considérable, mais encore les figurants et les acteurs de ce 
drame sonore comme une armure. Il s'en suivit un intermi- 
nable travail de vérifications de faits et d'identifications de 
personnes. Ce livre-ci en est le résultat. Complet par lui- 
même, il ne devait être cependant qu'une introduction, qu'un 
avant-propos, l'accompagnement obligato d'un roman militaire 
que je m'étais promis de publier à la date du 16 octobre 1890, 
et où l'on eîit bien parlé de Frontenac et de nos glorieux 
ancêtres, les soldats-paysans du ITième siècle. 

Nous sommes à cinq années de là, et l'œuvre est encore à 
paraître. La faute en est aux études préliminaires qui ont 
absorbé tout ce temps avec une avidité de sable buvant une 
pluie d'orage. Avant que de bâtir un édifice il faut en amas- 
ser les matériaux, les bien choisir autant que les bien 
travailler ; c'est la raison première, la cfmdition essencielle 
d'élégance et de solidité. Ainsi d'un roman historique. Je 



212 l'armée anglaise 

publie donc aujourd'hui mes recherches documentaires, sans 
me préoccuper outie mesure de mes belles phrases impatientes 
de prendre leur essor et de planer, ailes éployées, dans l'azur 
littéraire. Sans doute, pour un homme d'imagination comme 
moi, elle était caressante l'idée d'éditer un Frontenac à la date 
bi-centenaire du 1(3 octobre 189U ; mais on peut très bien 
aussi laisser passer l'à-propos d'un quantième historique sans 
compromettre absolument la fortune d'un livre. Qu'elle soit 
d'hier ou de demain l'occasion d'un ouvrage patriotique est 
toujours présente. 

Quand je publiai, en 1888, Une Fête de Noël sous Jacques 
Caitier, je n'avais eu qu'à choisir, à ma fantaisie, sur un rôle 
d'équipage, des noms de matelots qu'il me plut de mettre en 
scène et faire causer au caprice de mon imagination dont 
rien ne gênait les ailes, attendu que la découverte du Canada 
était alors l'unique événement dont il fallait tenir compte. 
Bref, ce premier essai n'était que la paraphrase littéraire 
d'un fait à l'aide d'un docunient savamment critiqué, com- 
menté, complété par des experts de la stature d'Alfred Eamé, 
De la Borderie, Laverdière, Benjamin Suite, Joiion des 
Longrais. Une connaissance générale, même superficielle, de 
l'histoire mon jmys suffisait à la tâche. 

Ici, rien de semblable : Phijps devant Québec est bien l'étude 
d'un événement, mais là s'arrête la comparaison : ce n'est 
plus sur un docunient que s'appuie l'immense travail archéo- 
logique, mais sur mille pièces authentiques, disséminées au 
quatre coins du Canada, et qu'il m'a fallu chercher, pour les 
plus rares et les plus précieuses, de Londres à Boston. Au 
lieu des cent-dix hommes des trois vaisseaux de Jacques 
Cartier, c'est la population de toute une ville, c'est l'effectif 
de toute une flotte qui se lèvent et témoignent de la bravoure 
de Frontenac à soutenir comme de sa gloire à repousser le 
siège de Québec attaqué par un ennemi dont le courage était 
digne de sa colère. 

1-îeconstituer les bataillons de Frontenac, les équipages de 
Phips, en faire le dénombrement nominal, ce miracle était-il 
possible ? et pouvait-on l'opérer à la satisfaction des plus 
sceptiques ? 

A part le chevalier Phips et son lieutenant John Walley, 
quels autres chefs expéditionnaires Garneau nomme-t-il ? 



l'armée anglaise 213 

Notre historien national les enveloppe, comme d'un suaire 
d'oubli, d'un silence absolu. Volontairement, sciemment, les 
compagnons d'armes du conquérant de Port-Eoyal ont été 
ignorés. Ignoramits ! Ignorentur ! L'on ne peut justifier 
ce dédain envers un aussi redoutable adversaire. 

On me répliquera : Don Quichotte et Sancho Pança ne 
rappellent-ils pas tout le roman de Cervantes ? 

Ce sarcasme n'a pas sa place ici. Le second siège de 
Québec ne fut pas une farce militaire, une grotesque esca- 
pade, un de ces coups d'écoliers dont Wolfe et Montcalm 
furent témoins la nuit du 12 juillet 1759. 

Sans doute l'armada Puritaine se brisa au rocher de Québec ; 
vainement Sir William Phips voulut rendre effective son 
orgueilleuse menace ; sa colère, comme l'effort du bombarde- 
ment de ses frégates, s'évanouit un fumée. Cette expédition 
n'en fit pas moins courir à la Colonie le plus grand danger. 
Il eut suffi que la flotte ennemie demeurât huit jours de plus 
en rade, que John Walley se retranchât, une semaine durant, 
aux grèves de La Canardière, ou s'en allât (comme on en 
avait discuté le projet au dernier conseil de guerre tenu au 
■carré du Six Frieiuls) camper à l'île d'Orléans. L'une et 
l'autre n'auraient eu qu'à se donner la peine d'attendre ; mal- 
gré le courage de ses soldats, le patriotisme de ses habitants, 
Québec se rendait fatalement ; la Famine, encore plus irrésis- 
tible que le bras armé de la Guerre, en eût ouvert toutes les 
portes ! 

Aussi, quand la flotte de Sir William Phips, chargée de 
honte et de blessés, disparut à l'horizon de Québec, ce ne fut 
pas une clameur railleuse, mais une prière ardente qui s'éleva 
de la nouvelle BéthuUe ! Ce ne fut pas un cri de victoire, le 
Vive le Roi ! officiel des champs de bataille européens au 
ITième siècle; un chant plus grave, plus recueilli, monta des 
églises : Te Deum, laudamus, te Dominum confitemur. Au 
seul Dieu des Armées, la Nouvelle-France rapportait la gloire, 
la grâce et la faveur de son salut ! 

Qui véritablement avait triomphé ? — Quid, dux ? Etait-ce 
Frontenac? Quid miles? Etait-ce Pierre Carré, l'héroïque 
habitant de Sainte- Anne de Beaupré ? — Quid strata ingentia 
ligna î Etaient-ce les retranchements, les palissades ou les 
ram parts du major Prévost ? 



214 l'armée anglaise 

Non pas ! En signum ! regardez là haut au clocher de la 
cathédrale cette bannière de la Sainte-Famille ! En victor ! 
Deus hic, Deus ipse triumphat ! 

Chanter la victoire de Québec avec l'hymne triomphal de 
Carillon, n'est-ce pas commettre un grave anachronysme ? 
Eh ! qui m'en accuserait ? La parfaite analogie de ces deux 
grands faits d'armes, leur égale intensité d'éclat, et leurs con- 
séquences glorieuses, ne justifient-t-elles pas une telle har- 
diesse littéraire ? 

Passées d'ailleurs au creuset de la critique, les victoires 
d'Octobre 1690 et de Juillet 1758 donnent, à l'analyse, les 
mêmes éléments constitutifs, les mêmes principes essentiels 
de Providence immédiate et de miracle absolu. Te Deuni de 
Prontenac, Te Deum de Montcalm, lequel est bien écho de 
l'autre ? En dépit des soixante-huit ans qui espacent leurs 
millésimes célèbres, ces deux exploits semblent aujourd'hui 
synchroniques. L'Histoire contemporaine du Canada les 
chante si près de nous que l'illusion en demeure invincible. 

L'expédition de Sir William Phips n'était pas aussi mépri- 
sable qu'on ne le croit généralement dans nos écoles élémen- 
taires ou académiques. Malgré qu'elle s'abîma, dans toute 
l'horreur d'une catastrophe, elle eut pour la Nouvelle-France 
un résultat désastreux, une conséquence fatale ; elle apprit 
aux Anglais le chemin du Canada. Cotton Mather pré- 
disait comme Cassandre lorsqu'il écrivit, à notre égard, cette 
phrase sinistre : 

" Like Israël engaging against Benjamin, it may be we 
saw yet but the heyinning of the matter : and thàt the vjay 
to Canada now heing learnt, the foundation of a victory 
over it might be laid in what had been already donc." 

Où le père a passé passera bien V enfant ! 

Quel malheur que Musset soit venu trop tard dans un 
monde trop vieux : écrit au 17ième siècle ce fameux vers eut 
bien prophétisé ! Car, pour les attentifs et les réfléchis, qui 
écoutent sonner, dans l'histoire vibrante du Canada, les fan- 
fares de la guerre, pour ceux-là, dis-je, les clairons de James 
Wolfe ne sont que des échos, lointains mais soutenus, des 
trompettes de William Phips ! 

Je ne crains pas la sentence que prononceront sur mon 
livre les tribunaux de la critique américaine, si jamais mon 



l'armée anglaise 215 

œuvre est citée devant eux. Elle renferme assez d'éléments 
de courage, de travail, de franchise et de sincérité, pour 
résister victorieusement à toute poursuite eu diffamation 
de caractère historique. Peu m'importent les proportions 
de bienveillance ou d'antipathie, d'intérêt ou de dédain qui 
entreront dans la composition du verdict littéraire. Qu'ils 
jugent avec la rigueur qu'il convient d'apporter à l'examen 
de pareilles études. Lors même qu'il me faudra comparaître 
et plaider j'aurai lieu de croire que cette Magistrature des 
Lettres, à l'instar de son austère collègue la Justice Légale, ne 
se départira jamais de son caractère auguste d'impartialité, 
d'intégrité absolue. Je crois même qu'elle prendra en con- 
sidération bienveillante ce fait d'un Canadien allant aux 
Etats-Unis relever, daus les archives nationales de cette 
grande république anglaise et protestante, les noms de ses 
ancêtres Puritains, de ces Croisés de la Eéforme en Amérique, 
et les publiant, en Palmare d'honneur, dans les fastes de son 
pays, le Canada catholique et français, à la seule fin de rendre 
à la vérité historique un témoignage plus complet, au courage 
militaire une louange plus éclatante. 

Dans tous les cas, étant donné que l'on refusât tout crédit 
à mon zèle je me crois bien rémunéré. Savoir le nom de son 
ennemi, c'est, en histoire, le connaître de vue. Je n'aurai 
pas perdu mes frais de voyage. 

DOCUMENTS CONSULTÉS 

Boston Archives : General Court Eecords ^. 
Walley : Journal of the Expédition against Canada in 
1690 2. 

Diary of Samuel Sewall ^. 

Documentary History of the State of New-York \ 
Cotton Mather : The Life of Sir William Phips ^. 
Plymouth Colony Eecords ^. 



1 — Déposés au State House, à Boston. 

2 — Publié en appendice dansHutchinson's History of the Colouy 
of Massachussets Bay — 1765 — deuxième édition. 

3 — Massachussets Historical Collections Vol V, 5th séries. 

4 — Volume II pages 141 à 357 inclusivement. 

5 — Magnalia Christi Americana. Book II, section 11. 

6 — Vohune VI (du 14 août 1689 au 24 juin 1691), pages 212 à 258. 



216 l'armée anglaise 

I 

ÉTAT-MAJOK 

Commandant en chef (h l'expédition 
4. Sir William Phips, chevalier. 

Lieutenant- Général 
3. Major John Walley, de Barnstable. 

OfUciers 





Major 


Quincy, 
Phillips, 
Hutchinson, 




commandant 


390 hommes, 

384 

320 






Henchman, 




(( 


308 






Appleton, 

Bartholomew 

Saltonstall, 


Gedney, 


u 
(I 


308 
308 

282 



Effectif de l'armée 2300 hommes ^ 

Secrétaire dû commandant en chef 

1. V. 36, p. 385. Nathaniel Barnes. 

Commissaires-Généraux de l'Expédition 

1. Edward Bomfield ou Bornfield, 
1 et 2. Henry Dearing, 
1. Capitaine John Poster, 
1. do Joseph Parson. 

Ministres protestants accompo.gnant l'expédition. 

Eeverend Mr John Haie, 
" " John Wise, 
" " Grindal Rawson, 
" " John Emerson. ^ 



1 — Pour être absolument au complet il convient d'ajouter à ce 
total une bande de soixante sauvages commandés par le lieutenant 
Thomas Swift. 

2 — Ordered that the Revds. Mr. John Haie, Mr. John Wise, Mr. 
Orindal Rawson and Mr. John Emerson, ministres of God's word, be 



l'armée anglaise 217 

Médecins accompagnant l'armée. 

1. V. 36, p. 426, 427, 428, John Barton. 

1. V. 36, p. 453, James Holgate. 

1. V. 37, p. 49, Bennett. 

1. V. 37, p. 61, 62, 63, 64, Eobert Melven \ 

1. V. 37, p. " " Prescot. 

1. V. 37, p. " " Deane. 

1. V. 37, p. " . " Fiske. 

1. V. 37, p. " " Endicot. . 

1. V. 37, p. 219, George Jackson. 



Offi^ciers 

1. Major Appleton. 

1. Capitaine Bazoon Alleu, de Boston, comté de Suffolk. 

1. V. 36, p. 155, capitaine Thomas Andrews, de Hiugham. 

1. " Elisha Andrews. 

Volontaires 

1. V. 36, p. 152, James Alin, de Medfield. 
1. V. 36, p. 384, Samuel Adams, de Boston. 



desired to accompany the General and Forces in the Expédition 
against Canada, to carry on the woi-ship of God in that expédition. 
Past in the affirmative by the Governor and Magistrates. 

Jo3. Addingtok, 

Secretary. 
Slst July, 1690. 

1 — Le compte de pharmacie du docteur John Barton, s'élevait à 
£20 Os. 5d. ; celui de James Holgate à £18 ISs. Od. et celui de 

George Jackson à £20 3s. 4d Je remarque, avec admiration, qu'ils 

n'ont rien chargé pour leurs visites ! L'insuffisance des archives 
nous permet de croire même qu'ils ont donnés leurs soins ad valorem, 
c'est-à-dire pour rien 1 



218 



l'armée anglaise 



Oj^ciers 



1. Commissaire-Général Edward Bomfield ou Bornfield. 

1. Capitaine Thomas Barnard, de Boston, comté 

de Suffolk. 
1. " Thomas Brown, 

1. " Andrew Belcher i, 

1. " Burnums {Barnum ?) 

1. V. 37, p. 46, " Wilham Bradlow or Bredlow. 

1, " John Beale. 

Enseigne John Butter worth ou Preserved Ahel, 



Volontaires 



1. V. 36 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. 

1. V. 37 

1. " 



p. 152 
p. 153 
p. 154 
p. 154 
p. 155 
p. 155 
p. 155 
p. 246 
p. 247 
p. 246 
p. 247 
p. 246 
p. 247 
p. 246 
p. 247 
p. 'ù^b 
p. 49 
p. 49 



Benjamin Bugby, de Medfield, 

V Thomas Bird, de Dorchester. 

George Blackman, de Dedham. 
John Beals, de Hingham. 
Jonathan Bur, " 

Caleb Beals, 

>■ John Bateman, de Woburn. 

>■ Isaac Brooks, " 

> John Brooks, " 

Ebenezer Brooks, " 

>• David Bennett, de Eowley. 
William Brown, '• 



1 — Fit partie de l'expédition contre Port- Royal. 



l'armée anglaise 219 

C 

Major Benjamin Church ^. 

Ojfficiers 

5. Capitaine Thomas Carter. 

1. " George Corwin, de Salem, comté d'Essex, 

1, " Daniel Champney. 

1. Lieutenant Jonathan ou John Call, de Charlestown, comté 

de Middlesex. 
4. " Martin Clock 2. 

Volontaires 



V. 36, p. 152 Eobert Cosh, de Medfield. 

" p. 153 Joseph Curtis, de Dorchester. 

p. 153 Peter Colly 

" p. 153 Isaac Caps (sauvage) " 

" 1 ^4- r ■''^o^^s Chaplin / " 

;; P- J^^jWimamCheney 

p. 154 Solomon Clarke 

p. 154 William Cooke 

" p. 154 Isaac Ceups " 

" p. 154 Augustine Clément " 

" 24.7 l ^^charie Converse, de Woburn 

" 247 r ^^^^^1 Converse, " 

1 — Commandait le contingent de l'Etat de Plymouth. 
2 — Appartenait au contingent de New- York. 



220 l'armée anglaise 

B 

Officiers 

1 et 2. Commissaire-Général, Henry Dearing. 
1. Capitaine Nathaniel Dows, de Charlestown, comté de 
Middlesex. 

1. " Jonathan Danforth, de Billerica, Middlesex. 

2. " Benjamin Davis. 

4. Enseigne Jacobus De Warin i. 

Yolontaires 

1. V. 36 p. 152 Samuel Danel, de Medfield, 
1. " " Eobert Danel, 

1. " ^.„ 1" William Dean, de Woburn. 

Officiers 

4. Capitaine Joseph Eldridge, 

1. " Elliot, 

1. " Edmonds. ~ 



1 — Appartenait au contmgent de New-York. 

2 — Accompagnait le contingent d'hommes du Rhode Island 
et de Plymouth. A lui seul l'E'tat de Plymouth, fournit trois 
compagnies expéditionnaires. Ce contingent militaire était com- 
mandé par les oflBciers suivants : 

Capitaine Joseph Silvester. 

" John Gorom. 

Lieutenant Jabiz Snow. 

" Samuel Grallop. 

Enseigne John Butterworth. 

" Samuel Lucas. 



l'armée anglaise 



221 



1. Major Charles Fiost. 

Capitaine John Foster, Commissaire-Général. 
1. " Eichard Foster. 

V. 36 p. 155 Sergent Hiimphrey Ferguson, de Hingham. 
" p. 153 Caporal William Forrest, de Branbury. 

Volontaires 



1. V. 

1. 

1. 

1. 

1, 
1. 
1. 
1. 
1. 
1. 
1. 



Jonatlian Fisher, de Medfield. 
James Frizel, " 

Benjamin Fairbanks, de Dedham. 
Benjamin Freeman, " 

Joseph Fry, senior, de Hingham. 

94.7 l James Fowle, de Wobiirn, 
^ . - > Isaac Farrhar, " 



36 p. 152 
p. 152 
p. 153 
p. 153 
p. 155 
p. 246 
P- 
P- 
P- ^ 

p' 247 } ^^^^^ ^^^' 



O 



OjjUciers 



1. 


Major 


Bartholomew Gednev. 


5. 


Capitaine Thomas Gilbert. 


1. 


(( 


John Gould, de Topsfield, comté d'Essex. 


1. 


(( 


Andrew Gardner, de Muddv River, comté de 

Suftolk 


1. 


« 


Nathaniel Green \ 


3. 


« 


Greenough. 


6. 


(( 


John Goram. 



1 — Fit part de l'expédition contre Port-Royal. 



222 l'armée anglaise 

3, Lieutenant Stephen Greenleaf, de New-Bury, comté 

d'Essex 1. 
6. " Samuel Gallop. 

Volontaires 

1. V. 36 p. 152 John George, de Medfield. 

1. " p. 153 James Grant, de Dedham. 

1. " p. 153 Hosekiaj (Hezehiah) Gay, de Dedham. 

1. " p. 155 Henry Greene, de Hingham. 

1. " p. 155 Edmund Grosse, " 

247 1 
1. " p. ç.p V John Gold, de Stoneham. 

S 

Ojfficiers 

1. Major Hutchinson, 

1. " Henchman. 

1. Capitaine Ephraïm Hunt, de Weymouth. 

1. " James Hill. 

1. " Horden. . 

1. " Nathaniel Hatch. 

Volontaires 

1. V. 36, p. 152, Israël Harsse, de Medfield. 

p. 153, Samuel Hicks, de Dorchester. 

153, Daniel Hansher (Hanshaw?) de Molton. 

155, Enoch Hobart, de Hingham. 

155, Jonathan Hayse ou Phayse, de Hingham. 

155, Preserved Hall, 

155, Ebenezer Humphrey, de Hingham. 



1 — Noyé, au retour de l'expédition, le 31 octobre 1690, en face du 
Cai) Breton. Diary de Samuel Sewall, page 335. 







p- 






p- 






p- 






p- 






p- 






p. 



l'armée anglaise 223 



1. V. 37, p. 49, John Hidens, de Rowley 
1. " p. 49, Thimothy Holms, de Rowley 
3. John Hews {Hvgkes f) i, 
1. V. 36, Gorshom Hanks, de Malden. 



Volontaires 

1. V. 36 p. 154 Henry Jackson, de Dorchester, 

1. " p. 155 Nathaniel Johnson, de Hingham. 

1. " p. 370 John Jenkins 2 . 

1. "37 p. 49 William Jewets, de Rowley. 

1. " p. 46 Joseph Jewett, " ^ 



Ojfficiers. 



1. V. 70 p. 181 Capitaine Daniel King. 
1. " Andrew Knotfc. 



Volontaires. 
1. V. 36 p. 154 Peter Kelye, de Dorchester, 



1 — Mourut de la dissenterie au retour de l'expédition. 

2 — Matelot que Sir William Phips fit embarquer de force à bord 
du Six Friends et qui le poursuivit en dommages au montant de 
cent livres sterling. 

3 — Se fit voler son fusil au retour de l'expédition par un de ses 
camarades, William Lincoln, parce qu'il n'avait pas d'argent pour 
payer la traite au passage du tropique. 



224 l'armée anglaise 



Ojfbciers 

1. Capitaine Samuel Legg. 
4. " Bernard Lewis ^. 

3. Enseigne William Lougfellow ^. 
6. " Samuel Lucos. 

Volontaires 



155, John Lincoln, de Hingham, tambour, 
153 et 154, Henry Lyon, de Dorchester. 
153 et 154, Eliah Lion, 
153 et 154, Joseph Long, • " 

154, Joseph Lang, " 

155, Josiah Loring, de Hingham. 
155, Nathaniel Lobden. " 

246 et 2 7, Reuben Lilly, de Woburn. 
46 et 49, WilMam Lincoln, de Eowley. 



M 

2. Capitaine Minot. 

1 et 2. Capitaine John March, de New Bury ^. 

1. V. 70, p. 181, Sergent Samuel Morgan, blessé. 

Volontaires 

Unit Mosly, de Dorchester. 
Samuel Medcalfe, de Dedham. 
Daniel Macerworthy, " 

1 — Appartenait au contingent de l'Etat de Xew-Yoïk. 
2 — Noyé, au retour de l'expédition, le 31 octobre 1690, en face du 
Cap Breton. Diary de Samuel Seirall, p. 335. 
3 — C'était un brave. 





V. 36, p. 




V. 36, p. 




" P- 
" p. 

" P- 
" p. 
" P- 




•' P- 
V. 37, p. 



1. 


V. 


36 


P- 


153 


1. 




(( 


p. 


153 


1. 




(( 


P- 


153 



l'armée anglaise 225 

1. V. 36 p. 154 Unit Mawdesley, de Dorchester, 

1. y. 30 p. 321 Abraham Miller, 

3. William Mitchell \ 

3. " p. 321 Jabez Musgro 2. 

Officiers 

1 . Capitaine Nathaniel Norden, de Marblehead,comt é d'Essex . 
1 « 4.0 i Capitaine Philip Nelson, de Rowley. 

Volontaires 

1. V. 36 p. 153 Jacob Nouls, de Dedham. 

1. " p. 155 Philip Nicuaman, de Hingham. 

1. " p. 155 William Ness. 

O 

1 et 2. Capitaine Osgood, 

P 

Officiers. 

5. Sir William Phips, commandant en chef, de Boston. 

1. Major John Phillips. 

1. Capitaine Joseph Parson, Commissaire-Général. 

1. Capitaine Ebenezer Piout, de Medford, comté de Mid- 

dlesex. 
1. '• Prentice. 
1. " Thomas Parke ou Parker. 

3. Sergent Increase Pilsbury ^ . 



1 — Noyé au retour de l'expédition, le 31 octobre 1690, en face du 
Cap Breton. Diary de Samuel Setcall, p. 335. 
2_Ibid. 
3_Ibid. 

15 



226 l'armée anglaise 

Volontaires. 
1. Y. 36 p. 152 Jeremiah Parker, de Medfield. 



1. 
1. 
1. 
1. 
1. 
1. 
1. 



p. 152 Samuel Perry, 

p. 153 Ebenezer Pope, de Dorchester. 

p. 153 Daniel Pond, junior, de Dedham. 

p. 154 John Pope, de Dorchester, 

p. 246, 247 Jonathan Poole, de Eeading. 

p, " Thomas Pierce, de Woburn. 

p, " Joseph Pierce, de Woburn. 



1. Major Quincy, 

» 

Officiers. 

1. Capitaine William Eaymond, de Beverley, comté d'Essex, 
1. " John Eainsford, i , 

Volontaires 

1. V. 36 p. 153 William Kobboson, de Dorchester, sau- 
vage, 
1. " p, 155 Peter Riply, de Hingham. 
1. " p. 155 Thomas Kobbards, 
1. "p. 246 et 247 Joseph Read, de Woburn. 
1. " p. 246 et 247 Jahn Rus.sell, 
1. "p. 246 et 247 John Richardson 
1. V. 37 p. 49 Edward Raree, de Rowley. 



Officiers. 



1. Major Saltonstall. 

1. " Thomas Savage. 

1. " Jeremiah Swayne. 

1 — Naufragé sui- l'île d'Aiiticosti. 



l'armée anglaise 227 

1. Capitaine Gregory Sugars. 

1 et 2. " Shute. 

1. " Joshua Scottow i. 

6. " Joseph Silvester. 

1. V. 36 p. 155, capitaine John Smith, de Hingham. 

1. Lieutenant Ephraïm Savage, de Eeading, comté de Mid- 

dlesex ^. 
1 et 2 " & Deacon Thomas Swift ^. 
'6. Lieutenant James Smith *. 

0. " Ephraïm Sale. 
6. " Jabiz Snow. 

2. Maître-canonnier Alexander Smart. 

1. V. 37 p. 49 Sergent Spofford, de Rowley. 

Volontaires. 



Y. 36 p. 153, 154 Ebenezer Sumner, de Dorchester. 
p. " William Sumner, 

" p. 153 

" p. " Samuel " de Molton. 

" p. " Zachariah Summer, " 

" p. " Joseph Somer, " 

" p. " Samuel Starns, de Dedham. 

" p. 154 Samuel Sumner, de Dorchester. 

" p. " Jeramiah 6umner, " 

p. " Joseph Shute, 

" p. 15Ô John Simmons, de Hingham. 

" p. 246, 247 James Symonds, de Wobum. 

V, 37 p. 49 Samuel Smith, de Rowley. 
Solomon àtuard. ^ 



1 — Le capitaine Joshua Scottow et MM. Thomas Broughton et 
William Goldman étaient les trois membres de la commission char- 
gée de pourvoir aux prisonniers français de Port-Royal. 

2 — Cousin de Samuel Sewall, l'auteur du Diary. 

3 — Commandait une troupe de soixante Indiens. 

4 — No3'é au retour de l'expédition, le 31 octobre 1690, en face du 
Cap Breton Diary de Samuel Sewall p. 335. 

5 — Mourut de faim à bord de V Adventurer, au retour de l'expé- 
dition. 



228 l'armée anglaise 

T 
Volontaires. 

Thiserot ^ 
1. V. 36 p. 153, 154 Joseph ou >- tambour, de Dorcliester 

Trisket. J 
1. " p. 153 James Thorp, de Dedham. 

1. " pp. 246, 247, William Temple, de Eeading. 



1. Capitaine Thomas Vose. 

W 

Officiers. 



3. Major John Walley, de Barnstable, Lieutenant-Général. 

1. " Samuel Ward, d'Ipswick, comté d'Essex i . 

1. " Nathaniel Wade. 

1. Capitaine William Wormall ^ , de Lynn, comté d'Essex. 

1. " Joseph Wilson, de Malden, comté de Middlesex. 

1. " John Wing, de Boston, comté de Suffolk. 

1. V. 36 p. 154, capitaine John Withington "^ de Dorchester, 

ou > comté 

1. " p. 169 et 170, capitaine Willingtonj de Suffolk 



1 — Mort de ses blessures, à Boston — " Saturday, Novembre 22. — 
" Went to the burial of Major Samuel Ward ; was buried a very 
" little to the westward of our tomb. Majors Walley, Savage, 
" Townsend, Capiains Wing, Greenough, Barnard, bearers. Gover- 
" nor Bradstreet and 's Lady went next the herse. Major Hutchin- 
*' son with about 13 files 4 deep attended the funeral. One volley 
" only, because of the scarcity of Powder." — Diary of Samual 
ISewaU, page 335. 

2 — Wormall, Wormwall, Wormivood ou Normall ^ V. 36, pp. 
169 et 170. 



l'armée anglaise 229 

1. V. 70 p. 166 Capitaine Edward Willy, de Boston, comté 

de Suffolk. 

1. Capitaine George Wing. 

1. " William White. 

1. " Jonathan Woodsman. 

1. V. 36 " Joseph Wilson. 

1. Lieutenant Willard, de Lancaster. 

1. 36 pp. 246 et 247 Enseigne Joseph Wynn, de Woburn. 

1. " p. 154 Sergent Aramiel Weekes, de Dorchester. 

Volontaires 

1. V. 36 p. 152 William Willis, de Melfield. 

1. " p. 153 Azor Willis, de Dorchester, sauvage. 

1. " p. 153 Jonathan Whitmg, de Dedham. 

1. " p. 154 Sesour {César) Willis, de Dorchester. 

1. " pp. 246 et 247 Incress Wynn, de Woburn. 

1. " pp. 246 et 247 Samuel Wyman, 

1. " pp. 246 et 247 John Wyman, junior " 

1: " pp. 246 et 247 Joseph Wright 

1. " pp. 246 et 247 Joseph Wright, junim^ " 

1. V. 37 p. 46 Ebenezer Wood. 



LA COMPAGNIE DU CAPITAINE JOHN MARCH 

Composée de soldats volontaires appartenant au " North Régiment 

of Essex." 

1. V. 36 p. 155 Capitaine John March, de Newbury. 

1. V. 37 p. 104 et 105 Lieutenant Jonathan Allen, de Sals- 

bury, blessé. 
1. " p. 104 et 105 " Hunnewell Pilott, èiess^. 

1. V. 36 p. 155 " Stephen Johnson, d'Andover. 

1. " p. 155 Enseigne Lawrence Hart 

1. V. 37 p. 104 I ggj.ggjjj. Freeman Clarke, d'Ipswick, blessé. 

î: " p. 105 } Soldat JonathanVuie | ^^ j;rewbmy, blessé. 
1. Y. 36 p. 155 " ou John Vie. j 



230 l'armée anglaise 



1. 


V. 37 


p. 104 et 105 Soldat William Davidge, de Tops- 










lîeld, blessé. 




<( 


p. 104 et 105 


" George Lilly, de Linden, blessé. 




« 


p. 104 et 105 


" Francis Britton, de Newbury, 










blessé. 




V. 36, 


p. 155, 


Soldat John Brown. 






(( 


<( 


John Davis. 






(( 


<( 


Edward Bêle. 






« 


C( 


Edward Goodwin. 






(( 


(< 


Benjamin Goodrige. 






C( 


« 


Henry Dowe. 






(( 


C( 


John Badger. 






<( 


« 


Thomas Heirs. 






• < 


li 


Percival Chubb. 






<< 


•• 


Samuel Austin. 






(( 


« 


Eichard Kent. 






<< 


« 


Benjamin Kimbal. 






<( 


(( 


Joseph Gold. 






« 


« 


Ephraïm Hoit. 






« 


(( 


John Prowse. 






« 


(< 


Thomas Barnard. 






(( 


(< 


Kalph Blagdon. 






(( 


« 


John Poor. 






« 


(( 


John Huse (Hughes). 






(( 


<< 


Benjamin Poor. 






(( 


(< 


Samuel George. 






(< 


« 


John Wallingford. 






(( 


(C 


John Taylor. 






(( 


<( 


George Everson. 






(( 


<< 


Samuel Smith. 






(< 


« 


Henry Lunt. 






(( 


(( 


John Sweat. 






« 


(( 


Thomas Cotton. 






« 


« 


Joseph Andrews. 






« 


(( 


Nathaniel Crosbey. 






<( 


" 


John Ring. 




!2; 

O 



O 






CHAPITRE SIXIÈME 
L'ARMÉE CANADIENNE-FRANÇAISE 

TROUPES RÉGLÉES ET MILICES 

Liste alphabétique de V état-major, officiers^ sous-officiers, soldats. 



(Archives consultées.) 

1° Le Dictionnaire Généalogique de M. l'abbé Tanguay — Vol. 1er, 
édition 1871. 

2° Le Registre Journalier des Malades de l'Hôtel-Dieu de Québec, 
tenu depuis le mois de juin 1689 1. 

3° Le Recensement nominal de l'année 1681,publié dans L'Histoire 
des Canadiens-Français de M. Benjamin Suite. Tome V, page 53 
et seq. 

La Révérende Mère Saint-André, archiviste de l'Hôtel-Dieu de 
Québec, avait eu l'extrême complaisance de me préparer un Index 
Alphabétique des soldats venus à V Hôtel-Dieu de Québec, denovembre 
^689 à juillet lf'93 C'est un travail admirable de patience et de 
précision. Il était accompagné du post-scriptum suivant : 

" J'aurais pu me contenter de faire des recherches dans l'année 
1690 ; mais j'ai reconnu plusieurs malades d'octobre et novembre 
venus à l'hôpital dans les années suivantes, et indiqués alors comme 
soldats. J'ai cru vous rendre service en prenant leurs noms. Et 
voilà pourquoi j'ai suivi les registres jusqu'au 14 juillet 1693 époque 
où il est venu de nouvelles troupes au Canada." 

1 — Il se continue, sans interruption, depuis au delà de 203 années. 



232 l'armée canadienne-française 

Commandant en chef 

Louis de Buade. comte de Frontenac, gouverneur-général de 
la Nouvelle-France. 

Colonel des troupes 

Claude de Ramesay, seigneur de la Gesse, Montigny et Bois- 
Fleurant, gouverneur de Montréal. 

Majors des troupes 

Daniel D'Auger, sieur de Subercase. 
Joseph Deraonic. 
Jacques Labady. 

Jacques de Noray, sieur d'Alencour et Dumesnil ou Du- 
mesny, lieutenant des vaisseaux du Eoi. 

Majors de milices 

Jacques Perrot, sieur Deryzy. 
Eustache Fortin. 

Capitaines 

François du Gué, sieur de Fougère, lieutenant-colonel du 
régiment de Conti. 

Armand Louis de Lorndarce, baron de La Hontan et Her- 
lèche, chevalier de l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel. 

Monsieur De la Balde. 

César Marin, sieur de la Massière. 

Guillaume De Lorimier, sieur des Bordes. 

Monsieur de Cruzel. 

Charles Henri d'Alogny, marquis de la Grois. 

Charles Le Moyne, baron de Longue uil ^ . 

Joseph Desjordy, sieur de Cabanac. 

Jean-Baptiste Céloron, sieur de Blainville. 

1 — Blessé au siège. 



l'armée canadienne-française 233' 

Philippe Clément Duvault, sieur de Valrennes. 

Jean Bouillet, sieur de la Chassaigue. 

Paul Lemoyne, sieur de Maricourt. 

Monsieur De Mantes. 

Michel Le Neuf de la Vallière et de Beaubassin. 

Joseph -Alexandre de l'Estringan, sieur de St- Martin. 

François-Marie Renaud-Davenne, seigneur de Desmeloises. 

Louis- Joseph Le Gouès de Préau, seigneur de Gouès, che- 
valier de Grais. 

Le chevalier Claude-Charles Legouès de Merville. 

Daniel Greyzolon, sieur Du Luth, capitaine réformé ^ . 

Monsieur De Beaucourt. 

Pierre de St-Ours. seigneur de St-Ours, premier capitaine 2. 

Olivier Morel de la Durantaye. 

Pierre de St-Yincent, baron de Marcy, chevalier de St- 
Louis, premier capitaine. 

PieiTe de Troyes. 

Charles Aubert, sieur de La Chenaye, sieur de Beaucour, 



1 — Le capitaine réformé est celui dont la place ou la charge a été 
supprimée et qui, quelquefois, reste dans le même corps, ou est 
incorporé dans un autre : on lui conserve son titre d'ancienneté, 
suivant la date de sa commission ; ce qui peut lui être avantageux 
dans la suite. 

Il y a encore des capitaine réformés en pied ; ce sont des maisfres- 
de-camp dont le régiment a été cassé dans la réforme et réduit à une 
compagnie, qu'il commande ; c'est ce qui se fit en 1668 après la paix 
d'Aix-la-Chapelle. Histoire de la Milice Française par le R. P. 
Daniel, de la Compagnie de Jésus, Paris, 1721, tome II, p. 58-59. 

Quant à la question de savoir si DuLuth était présent au siège de 
Québec, M. Benjamin Suite m'écrit : " Je ne conjecture rien. Mes 
notes m'apprennent que DuLuth, à la date du 16 octobre 1889, 
l'année précédente du siège, défit un parti d'Iroquois au lac des 
Deux-Montagnes. (Cf : Charlevoix 1, 550; Ferland II, 186, Parkman ; 
Discovery of the Great West p. 254; Frontenac, 193; Belmont : 
Histoire du Canada, 31.) En 1691, l'année suivante du siège, DuLuth 
figure au registre de Montréal. (Cf. Tanguay : Die. Gen : I, p. 210 et 
283.) DuLuth n'a pas dû s'éloigner du Bas Canada en 1690; c'est le 
lieu du danger principal. Je ne puis croire qu'il ait été envoyé dans 
l'ouest en ce moment." 

2 — Un premier capitaine, c'est, à mes yeux, le capitaine d'une 
compagnie. Son lieutenant, ou second capitaine, explique la position 
du premier. 

Note de M. Benjamin Suite. 



234 l'armée canadienne-française 

commissaire-général de MM. de la Compagnie des Indes 
Occidentales, 

Dosta, capitaine réformé, tué à Laprairie en 1691. 

Claude Dorvilliers. 

Jacqiies Dumesnil-Heurry, sieur de St-Marc. 

Monsieur le Marquis Thomas de Crisafy. 

Alphonse de Tonti, baron de Paludy. 

François Lefebvre, sieur Duplessis-Faber, 

Kaymond-Blaise Desbergères, sieur de Rigauville. 

Pierre Descayrac de L'Autheur, sieur de Reau. 

Pierre Descloches. 

Louis Desclochers, sieur de la Renaudière. 

Augustin Le Gardeur de Courtemanche. 

Le baron Anselme de St-Castin. 

Monsieur De Basserode, du régiment de Languedoc. 

Pierre Payen de Noy an, commandait une compagnie franche. 

Louis De la Porte de Louvigny, aide-major. 

Philippe De Rigaud-Vaudreuil. 

Jacques Hertel, sieur de Cournoyer. 

Nicolas Daueau, seigneur de Muy. 

Charles Petit Le Villiers. 

François-Bernard-Claude Fleutelot, marquis de Rompre. 

Monsieur LeVerrier. 

Louis De la Rue, sieur de la Mothe, chevalier, contrôleur 
de la Marine et des Fortifications. 

Antoine de Lamothe-Cadillac. 

Jacques Levasseur de Néré, chevalier de St-Louis, ingé- 
nieur en chef qui dirigea les travaux des fortifications de la 
Nouvelle-France. 

Pierre Bécard de Gran ville, 

Jean De Mines. 

Jacques de Chambly. 

François de Galiffet, sieur de Câlin, lieutenant-gouverneur 
de Montréal. 

Monsieur de iSt- Jean. 

Monsieur De Repentigny. 

Monsieur De Vivier. 

Séraphin de la Valtrie, du régiment de Lignières. 

Monsieur de Bouraillon. 

Monsieur de Manteth. 



l'armée canadienne-française 235 

Monsieur de Saint-Cirq, capitaine en pied i. 
Eéné Eobineau de Portneuf, baron de Bécancour. 
Jacques Maleray, sieur de Mollerie. 

Charles - Guillaume - Emmanuel - Théodore de Maupoux, 
comte de l'Estrange, chevalier. 

Joseph Couture de la Cressonnière. 

Pierre d'Au, Sieur de JoUiet. 

Nicolas Lecompte de la Eigotterie. 

Philippe de Vernon, Sieur de la Fouille. 

Pierre de Quatrebarbe, capitaine réformé. 

Nicolas Eivard de Lavigne. 

Christophe Dufrost de la Jemmerais. 

Guillaume St-Cyr. 

Monsieur de Granville, prisonnier de Sir William Phips. 

Brouillon. 

Nicolas Perrot, capitaine de la côte de Bécancour. 

Jean Gagnon, commandant de la côte du Sud 2. 

Noël Gagnon, commandant de la côte Beaupré. 

Claude Guimont. 

Pierre Pépin dit Laforce, capitaine de milice. 

Denis Eichard. 

Nicolas Juchereau de Saint-Denis, seigneur de Beauport. 

Lieutenants. 

Alexandre Samuel De Clermont, lieutenant réformé ^ . 



1 — Le capitaine en pied est celui dont la compagnie a été conser- 
vée après la réforme des troupes. 

2 — Le comte de Frontenac forma, vers 1675, les cadres de la 
milice, tels qu'ils ont existes jusqu'à 1760. Tout homme en état de 
porter les armes appartenait à une compagnie et faisait les exer- 
cices militaires à dates fixes. Le capitaine de paroisse commandait 
la compagnie ou les compagnies de sa paroisse. En cas de plus 
d'une compagnie, il n'y avait pas de major, mais des lieutenants 
commandaient les compagnies et le capitaine de la paroisse 
prenait la direction de tout. Ce capitaine était appelé le capitaine 
de la côte parce que, chaque paroisse aboutissant au fleuve, il devait 
distribuer ses ordres le long de la côte du fleuve, au lieu d'être 
obligé de remonter dans les terres et de circuler de rang en rang, 
ou de concession en concession, comme lorsque les habitants sont 
groupés et ne suivent pas un alignement rigide. 

Benjamin Suite : Payes d^ histoire du Canada, 1891, page 300. 

3 — Tué à la Canardière, au combat du 18 octobre 1690. 



236 l'armée canadienne-française 

Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène ^ . 

De Brébeuf. 

Charles Caumartin, sieur de l'Intelle. 

Jacques Charles de Bleury de Sabrevois, Cie de Muy. 

Louis Herbin de Bricourt. 

Louis de Cannes, sieur de Falaise, 

Pierre de Brosse, sieur du Bocage. 

Etienne De Miray. 

François Le Mondion De Mongarou, sieur de la Ganterie. 

Isaac de la Peau, Cie de M. Dugué. 

Denis D'Estienne. 

Etienne De Villedonné. 

Sébastien de Villieu. 

Domergue, lieutenant réformé, tué au combat de Laprai- 
rie, 1691. 

Antoine Du Verger d'Aubusson. 

Pierre Ferré, sieur de l'Espiné. 

Charles Gaspard Piot De L'Angloiserie, chevalier de Saint- 
Louis. 

Yalentin Frappier, sieur de Beauregard. 

Eéné Frérot, sieur de la Chenaye. 

Le chevalier François- Augustin, baron de Joannes. 

Antoine Lafraynaye, sieur de Brucy, du régiment d'Au- 
vergne. 

Léon Levreaux de Langy. 

Balthazar-Louis LeFiluart de Songer, 

Jules Le Fournier, sieur du Vivier 2. 

Paul LeGardeur, sieur de Montesson. 

Eéné LeGardeur, sieur de Beauvais. 

Charles LeGardeur, sieur De Flsle, 

Pierre-Noël LeGardeur. 

Constant Le Marchand de Lignery. 

Antoine Le Planvos, lieutenant en pied. 

Antoine Planiol, Cie De la MoUerie. 

Le chevalier Louis Sénéchal. 

Koch Thœry de l'Ormeau, au régiment de La Eeine. 



1 — Mort de ses blessures, à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 3 décembre 
1690- 

2 — Son père était le premier exempt des Gardes du Prince de 
€ondé. 



l'armée canadienne-française 237 

Antoine de C'iisafy, frère du marquis Thomas de Crisafy. 

Charles Renault Du Buisson, blessé au siège. 

Louis François Coquet ^. 

Gabriel Dumont, sieur de Blaignac, Cie de la Chas- 
saigne. 

Olivier LeMercier, Chevalier de Beaurepos^ Cie de la Chas- 
saigne. 

Nicolas Paris de Eougement, Cie de Bouraillon. 

Gédéon de Catalogne, Cie de Subercaze. 

Etienne de la Vernette, sous-lieutenant de la Cie de M. 
Descayrac. 

De Saldes, sieur de Savernet, lieutenant et brigadier de M. 
de Frontenac. 

Ojfficiers 

Jean-Baptiste Bissot, sieur de Vincennes. 
Bacqueville De la Poterie. 
Quentin de la Salle. 
Jean DeLaur, sieur de Balançin. 
Paul Louis de Lusignan. 
Jean De Miray, sieur de l'Argenterie. ^ 
Bernard de Précillon. 
Claude Drouet, sieur de Richardville. 
Louis Filleau, sieur de la Bouche terie 
François Le Gantier, sieur de la Vallée- Ranëe. ^ 
Joseph- Augustin Le Gardeur de Caumont. 
Jean de Lobinois, 
Jean Sicard de Carufel 
Louis Maray de la Chauvignerie. 
Noël Chartrain. 

Joseph- Daniel Migeon de Lagauchetière. 
Pierre -François Hallouin,^ sieur de Perottière, Cie Rigaud- 
Vaudreuil. 



1 — Greffe de Paul Vachon Minutes du 27 mars 1689. 

2 Frère du lieutenant Etienne de Miray. 

3. — Commandait au Fort de Lachine en 1689. 



238 l'armée canadienne-française 

Anciens soldats du Régiment de Carignan 



Pierre Bécard de Grandville, enseigne. 

Alexandre Berthier, seigneur de Villemur, cœpitaine'^. 

Charles-Thomas Conillard, seigneur des Islets et de Beau- 
mont, capitaine ^. 

Jacques de Chambly, capitaine. 

Jean-Baptiste-François Deschanips, sieur de la Bouteil- 
lerie, capitaine -^ . 

Jacques Duguay, chirurgien. 

Jacques Dumesuil-Heurry, écuier, sieur de Saint- Marc, 
capitaine * . 

Paul Dupuis, seigneur de l'Ile-aux-Oies, enseigne. 

François Jarret de Verchères, capitaine ^ . 

Jacques Labady, sergent. 

Sebastien Le Bossier de Villieu, enseigne. 

Louis Le Petit, capitaine ^. 

Séraphin Margane, sieur de la Valtrie, lieutenant '^. 

Pierre Mouet de Moras, enseigne, de la compagnie d'Arnoul 
de Loubias, capitaine de l'une des compagnies du régiment 
de Carignan. 

Olivier Morel, sieur de la Durantaye, capitaine. 

Nicolas Paris de Eougemont, capitaine. 

François Marie Perrot, capitaine, au régiment d'Auvergne. 

Le Chevalier Poch de St-Ours, enseigne ^. 



1 — Fonda la seigneurie de Berthier, en haut. 

2 — Fonda la seigneurie de Beaumont. 

3 — Fonda la paroisse de la Rivière Quelle. 

4 Il vivait encore en 1696, année où il commanda un bataillon 

dans la guerre contre les Iroquois. 

5 — Fonda la seigneurie de Verchères. 

6 Ordonné prêtre en 1670, se consacra aux missions des Abéna- 

kis Il était au nombre des prisonniers français amenés par Sir 

William Phips à bortl du Six Friends. 

7 Lieutenant au régiment de Lignères, prit du service sous M. 

de Tracy en 1664 et vint au Canada l'année suivante. Fonda la 
seigneurie de La Valtrie. 

8 — De la Compagnie de M. de Chambly. 



l'armée canadienne-française 239 

Le baron Vincent de Saint-Castiu. 
Pierre de St-Oiirs, capitaine ^. 

Dominique de Saint- Paul, sieur de la Mothe-Lussière, capi- 
taine, seigneur de St-François-du-Lac. 
Gilles Luton dit Bonvouloir, soldat. 



N. B -J'ai préparé ce recensement sur la belle étude de M. Ben- 
jamin Suite : Officiers du Régiment de Garignan. 

Enseignes 

François de Bellestre. 
Réné-Jean Boucher de Montbrun. 

Jacques-François Chevalier, sieur de Bourchemin, Cie de 
M. D. St-Jean. ' 

De Bragelonne, Cie De La Durantaye. 

Jean Deliesseline, sieur de Putot, Cie De la Chassaigne, 

François Duchesny dit Lamusique. 

Paul Dupuis. 

Joseph-Antoine de Frenel, sieur de la Pepardière. 

François Gêné, Cie Contrecœur, 

Sieur de Mondion, Cie De la Chassaigne. 

Henry de Portaux, Cie de Grais. 

Antoine de Eupalley, sieur Desjardins. 

Pierre Doffin dit Montorgueil. 

Sergents. 

L'Amérique, de la Cie de M. De la Chassaigne. 

Jacques Amelot dit Sans-Peur. 

André Achin. 

Louis Belisle, Cie de Manteth. 

Charles Belonde dit Fougère, Cie De la Chassaigne. 

Jean de la Borde, Cie de la Grois. 

Boulogne, Cie De Mines. 



1 — Fonda la seigneurie de St-Ours. Devint premier capitaine 
des troupes et reçut la croix de St-Louis. 



240 l'armée canadienne-française 

André Bourdelais d'Arpentigny, Cie M, de Subercaze. 

Jean Bredel, Cie LeVasseur de Néré. 

De la Bussière. 

Martin Casaubon. 

Thomas Castillion, Cie de la Mothe. 

Etienne Charpentier, Cie de St-Ours. 

Denis Charpentier dit Sansfaçon, 

Danjeau, Cie De la Chassaigne. 

Jacques Desgagnés, Cie Desmeloises. 

François Dumontier, i Cie de Vaudreuil 

François Francœur. 

Jean Guillou dit Lamour, Cie De Lorimier. 

Jean Gauthier, Cie de Crisafy. 

Eobert Groston dit St-Ange, Cie de Noyan, 

De Goiiletrez, Cie de Muy. 

André Girault, Cie de Subercaze, 

Jean Hobertin, Cie de Muy. 

Jean Joly dit Jolycœur. 

François Letard, Cie de Villiers, 

Antoine Legendre de Bélair, Cie Le Verrier. 

Robert Laisné dit la Croix. 

Pierre Lusseau. 

Mathurin Marois, Cie De Merville. 

Jean Robidas dit Manseau, Cie De Crisafy. 

François Ménage dit Lafrance, Cie De Subercaze. 

Michel Moreau, sergent -notaire. 

Maiandy, Cie De Subercaze. 

Pierre Meriault dit Laprairie, Cie Maricourt. 

Valérieu de Ponet (?) Cie St-Ours, 

Jean Pruneau dit Bois- Joly, Cie Macari. 

Jean Paré, de la garnison de Lachine. 

Jean Vergeat dit Prénouveau, de la Garnison de Québec. 

Nicolas Vinet dit Laliberté, Cie De Longueuil. 

La Treille, Cie De Lorimier. 

Pierre Merçan dit Lapierre. 

Elie Chalumau. 

André Luzignan. 

1 — Secrétaire de M. de Vaudreuil. 



L*ARMÉE CANADIENNE-FRANÇAISE 241 

Caporaux 

Jacques Blanchet dit Lafrance. 

Pierre Larocque. 

Guillaume Adam, Cie De Longueuil. 

Bernard de Caristille, Cie De Cruzel. 

Jean Dionet dit Lafleur, Cie Desmeloises. ' 

Jean Féron dit Sans-Terre. 

Joseph Hébert dit Latrimouille, Cie Dumesnil. 

Pierre Le Boulanger, de la garnison des Trois-Eivières. 

Pierre Moreau dit Francœur, Cie de Maricourt. 

Thomas Morteseigne dit Labonté, Cie De Cruzel. 

Pierre Payet dit St. Amour ^, Cie La Mothe. 

Fi-ançois Philippon. 

Louis Prégeat dit l'Oeillet. 

Antoine Penault. 

Adrien Rigau, Cie de Bouraillon. 

Nicolas Senet dit Laliberté, caporal et notaire royal. 

Louis Villier dit St.-Louis, Cie Le Verrier. 

Tambour-Tnajor 

Jean Cluseau dit l'Orange. 

Garnison de Québec en 1690, casernée au Château St-Louis 2. 

Capitaine, Charles Graspard Piat dit L'Angloiserie. 
Offi^cier, Antoine Bonchrétien. 
Sergent, Jean Vergeat dit Prénouveau. 
Cadet, Jean-Baptiste Guenichon dit Beusseville, blessé au 
siège ^. 

1 — Prisonnier chez les Iroquois en 1690. 

2 — Elle se composait de 2 sergents et de 25 soldats. Elle était 
entretenue par les Fermiers du Canada. 

Cf: Bacqueville de La Potherie : Histoire de V Amérique Septen- 
trionale, depuis 1534 jusqu'à 1701. 

3 — Au Registre Journalier des malades de l'Hôtel-Dieu, il est qua- 
lifié de garde de M. le Comte Frontenac. 

La Compagnie des Gardes du Gouverneur se composait d'un capi- 
taine, d'un lieutenant, d'un cornette et de dix-sept carabins, en 
tout 20 hommes. 

Le carabin était un soldat de cavalerie légère. 

'' Le Gouverneur a 8748 francs pour sa Compagnie des Gardes." — 
Cf : Bacqueville de La Potherie : Idem. 
16 



242 l'armée canadienne-française 

Soldats 

Yves Godu dit Sanssoucy, blessé au siège. 

Michel Duperré dit La Eivière. 

François Gibaiit. 

Louis Loisel. 

Le Prince. 

Jean Prou dit Baguette, 

Thomas Langleiez dit Chevalier. 

Laverdure. 

Soldats. 

A 

Aubin dit Lafrance, Pierre. 
Aubin dit St. Onge, Louis. 
Auger dit Granchamps, Julien, Cie de Cabanac. 
Andro dit Bergeras, Elie, Cie de Longueuil. 
Arvée ou Aruce, Jean, Cie de St.-Ours. mort de ses bles- 
sures, à l'Hôtel- J-)ieu, le 12 novembre 1690. 
Aubin, Eéné, Cie Duplessis. 
Aubry dit Larose, Germain, Cie De Eepentigny. 
Achin, Jean. 

Antoine dit Lamer, Jean, Cie Du Mesnil. 
Artel, François, cadet, 
Aubuchon, Jacques, blessé. 



Bizeux dit Larose, Jean. 

Barbot dit Boisdoré, Jean. 

Barré, Jacques, soldat menuisier. 

Beaubattu, David, 

Belcourt, Jean, (Irlandais de lÀTnerick). 

Belong, Jean Joseph, 

Bouvier dit Lagarenne, Maurice, Cie de Blainville. 

Bodin dit Desjardins, Philippe, Cie Desmeloises, 



l'armée canadienne-française 243 

Boursot dit St. Onge, Mathieu, Cie de Cabanac. 

Brault dit Lafleur, Pierre, " " 

Bonnefond dit Savoyard, André, " " 

Brébant dit Lecoinpte, Pierre, Cie de la Mothe. 

Bardet, Pierre, Cie de la Grois. 

Bloudeau dit Lajeunesse, Pierre, Cie Dumesnil. 

Bertrand de Toulouse, Jean, " " ' 

Branchaud, Charles, " " 

Bernard de Kadeville, Cie de Lorimier. 

Brenezi dit Larivière, François, Cie Du Luth. 

Beauregard, François, Cie Du Luth. 

Bosselet dit Jolycœur, Mathieu, Cie De Beaucour, 

Branche, Jean, Cie de la Durantaye. 

Blanchard dit Lafleur, Jean, blessé, Cie d'Orvilliers. 

Boulier dit Lamarche, Pierre, Cie Duplessis ou Cabanac. 

Brindamour, Cie de Muy, 

Blénier dit Jarry, Bernard, Cie M. Le Verrier. 

Brunet dit Lafaye, François, Cie Du Vivier. 

Bidelin dit Lamarche, Jean, Cie De la Chassaigne. 

Bigot dit LagirotHée, Jacques, Cie de la Grois, 

Bonin dit Lafleur, René, Cie de Maricourt. 

Bauné, Pierre, 

Barbotin, Nicolas. 

Baron, Jean. 

Barthélemi dit Lespérance, Jean, Cie de La Grois. 

Bernard, Cie Maricourt. 

Bison ou Brisson dit Laroche, Bastien. 

Bonneau dit Tourangeau, Ambroise. 

de Bonnefoi dit Lagrandeur, Jean, Cie La Vallière. 

Boutin dit De Borré, Pierre. 

Boutet dit Vignoble, Clément. 

Branche dit Toulouse, Jean. 

Bruno, Brice. 

Brice dit Lajeunesse, Paul, Cie Des Meloises, 

Brisar Etienne. 

Brûlée dit Lafrance, George. 

Brunet dit St.-André, Antoine. 

Bretet dit La Lime, Pierre. 



244 l'armée canadienne-française 



Circé dit St. Michel, François, soldat-chirurgien. 

Congé, Claude, blessé, Cie de la Vallière. 

Chevalier dit Labbé, Pierre, Cie de Cabanac. 

Chasle dit Duhamel, Jacques, Cie de Cruzel. 

Cavalier dit Basque, Jean-Baptiste, Cie Dumesnil. 

Cochant dit Champagne " " 

Courage dit Jolicœur, François, " " 

Chartier dit Lamarche, Mathurin, " " 

Courier dit Bourguignon, Mathieu, " " 

Coutura dit Desloriers, Bernardin, Cie Du Luth. 

Cousin dit St.-Onge, Michel, Cie de Beaucourt. 

Charleb(.is dit Jolly, Jean, Cie de Crisafy, 

Chouanard dit Lagirotiée, Pierre, Cie Desbergères. 

Chevalier dit Laflèche, Guillaume, Cie de Louvigny. 

Capel dit Desjardins, Jean, Cie de Vaudreuil. 

Chenaye dit Vandamois, Charles, Cie de Muy. 

Colin dit Laliberté, Jean. " " 

Collet, Jean, Cie LeVilliers. 

Pierre Colombe dit Bontan (Bontemps) blessé, Cio 

Desquerac. 
Callès, Charles, Cie La Vallière. 
Chevalleraux dit Laviolette, Eenaux. 
Choren dit La Giroflée, Cie des Bergères. 
Cormelay dit Laforme, Noël. 
Courier dit Bordelais, Kayniond, 
Chauret dit Eochefort, Michel. 



]> 



Duchesneau dit Sans-Eegret, Eéné. 

Dupuis dit Jolicœur, François. 

Desmarets, Cie de Valrennes. 

Du Congé dit Lafortune, Claude, de Valrennes. 

De Dhay, Jean, Cie de Merville, 

De Lorme dit Sans-Crainte, Pierre, Cie de Merville. 

Denis, Jacques, Cie de Cruzel. 

Délasse dit Lafleur, Jean, Cie Dumesnil. 



l'armée canadienne-française 245 

De la Salle dit le Basque, Jean, Cie de Lorimier. 
Desforges dit St-Maurice, Jean, Cie de Lorimier. 
De la Sague dit le Basque, Jean, Cie de Lorimier. 
Danneville dit DesMoulins, Michel, Cie de St-Ours. 
De St.-Nicolas, Cie de la Durantaye. 
Desprès, Philippe, blessé, Cie d'Orvilliers. 
Dumont dit Champagne ^, Cie de Crisafy, 
Dubois de Perigord, Cie Duplessis. 
De Guillantena dit Le Basque, Jacques, Cie Duplessis. 
Despeignes, Gabriel, Cie de Courtemanche. 
Do dit Sansoucy, Antoine, Cie de la Grois. 
Desnoyers dit Larnontagne, François, Cie Maricourt. 
De la Ferronaye dit L'Amirauté, Charles, Cie Ces Ber- 
gères. 
De la Forque dit La Couture, Louis, Cie La Yallière, 
De la Roche, Pierre, Cie De Alaupoux. 
D'Esgly, François. 
Desprès, Philippe, Cie D'Orvilliers, 
D'Olonne, Julien. 

D'Olonne dit Le Parisien, Louis, Du Mesnil. 
Du Hemmis, Louis, 

Dumeny dit Lamusique, Pierre, Cie de Merville. 
Dumont, Cie La Vallière. 
Dusereaux, Jean-Baptiste, Cie Des Bergères. 
Duberger, Etienne, Cie de Maupoiix. 
Daniel, Jean, de Xaintes. 
DuClos dit Duclos, Pierre, 
Delané Germain, Cie LeVasseur. 
Dandurant Antoine, Cie De Maupoux. 
Desbains dit Lafontaine, Joseph, ^ Cie De la Chenaye. 
Duperré dit Larivière, Michel, de la garnison de Québec. 
Descent dit Sanspitié, Raphaël, Cie De la Chassaigne. 
Duparc dit St. Lô, Robert, Cie Bouraillon, 



1— Fut fusillé en 1691. 

2 — Il est témoin avec Pierre Monseau dit Lavergaille, un autre 
soldat de M. de La Chenaye à l'inventaire des Biens de Demoiselle 
Marie Catherine LeNeuf, veuve de Pierre Denys, Ecuyer, sieur de 

la Ronde — Crreffe de Rageot, minute du 27 février 1684 Papiers 

de la famille de feu Joseph Edouard DeBlois, Ecr, avocat. 



246 l'armée canadienne-française 

Etienne dit Lamontagne, Jean, Cie Desbeigères. 
Ethier dit Lafleur, Georges, Cie De Muy. 
Eloy GiUes. 

Edelin dit Labonté, Guillaume, Cie De Muy, 
Edmé, Erançois, Cie de Noyan. 



Fonteneau dit Desmoulins, Pierre. 
Fore dit Laprairie, Daniel. 
Frappe d'Abord, dit Quadra, Cie Dumesnil. 
Frichet, Jacques, Cie Dumesnil. 
Fabas dit St. -Germain, Guillaume, Cie de Troyes. 
Four dit Jolvcœur, IJenis, blessé au siège, mort le 7 décem- 
bre 1690, Cie d'Orvilliers. 
Foureau dit Briudamour, Michel, Cie Duplessis. 
Fernando Joseph, Cie Le Vilhers. 
Ferré dit Lachapelle, Jean, Cie Le Villiers, 
Feriot dit La Coste, Jacques, Cie de Maupoux. 
Florentin dit La Treille, Nicolas. 
Forgeron dit Larose, Jean. 
Fournier dit Lafortune, André, Cie La Vallière. 
Flore de St.-Biieux, Jacques. 
Fabrice dit Fondom, Pierre. 

Geusse, Hilaire. 

Gouyon, Guillaume. 

Gourbeil dit Tranchemontagne, André, Cie Crisafy. 

Guibert Jasmin, Jean, Cie de Tonti, 

Gide, Jean, Cie de Basserode ^. 

Guérin dit Laviolette, Claude, Cie Noyan. 

Guichard dit Lasonde, soldat-chirurgien, Cie Louvigny. 

1 — Appartenait au régiment du Languedoc. 



l'armée canadienne-française 247 

Georgeot, Jean, Cie Le Verrier. 

Gachet dit Dubreuil, Jean, Cie de M. de St.-Jean. 

Godu dit Sanssoucy, Ives, blessé au siège, soldat de la gar- 
nison de Québec. 

Gibaut ou Gibout, François, soldat de la garnison de 
Québec. 

Gourmelon, Pierre, Cie De la Chassaigae. 

Gagneur dit Larivière, Philippe, Cie La Vallière. 

Gauche dit Larivière, Bernard, Cie De Merville. 

Genan dit Gemoisar, Jean-Baptiste, blessé au siège, 

Germain dit Lasonde, Jean. 

Gerau dit Orléans, Pierre, blessé au siège, Cie De La Val- 
lière. 

Glisse dit Léveillé, François, Cie Desmeloises. 

Godeau, Etienne. 

Gorry dit L'Eveillé, Pierre, Cie Desmeloises. 

Grogné (Gagné ?) dit Lafortune, Vincent. 

Groueux dit Jolicœur, Louis, 

Guillot dit Lyonnais, Pierre, Cie De La Vallière. 

Gauthier dit Sans-Quartier, Cie De Vaudreuil, 

Gautier dit Lapierre, Cie De Grès. 

Gaier, César, de Léon (S. Pol de Léon ?) 

Gastinau dit L'Angoumois, Jean 

Gautier dit Lapierre, Cie De Grès. 



Hélie, Pierre. 

Hubert Jacques. 

Hamiard Pierre, Cie De Lorimier. 

Héron Pierre, Cie De Crisafy. 

Heurtebise Martin, Cie De Vaudreuil. 

Hariny dit Latour, François. 

Hermery ou Hemery, Duverger, Cie Le Vasseur. 

Henaux dit Lamontagne, André, Cie Saint-Cirq. 

Hurbin Pierre. 

Hautefais dit Sablancaux, Henry. 

Hanibal dit Bertheran, Henry, 

Hébert dit St.-Amour, Guillaume. 



248 l'armée canadienne-peançaise 

I 

Inard, Jean. 

Intramère dit Lallemant, Mathias. 



Javillon dit Lafeuillade, Louis. 

Jammoneau, Michel. 

Joly dit Jolicœur, Jean, Cie d'Orvilliers. 

Joyan dit d'Olonne, Julien. 

Jean dit La violette, Cie Dumesnil. 

Jean dit Lagirofflé, Joseph, Cie Dumesnil. 

JourdaD, Pierre. " " 

Jourdain dit Lafrisade, Jean, Cie De Lorimier. 

Jourdain dit La Brosse, Denis, Cie de La Grois. 

Jornet dit Bourguignon, François. 

Jourdain dit Lafrance, François. 



K 



Keneri (?) dit Lafontaine, Michel, Cie Le Villiers. 
Kadeville, Bernard de, Cie De Lorimier. 



Lacoste dit Languedoc, Alexandre, Cie Des Bergères. 

Laforest, Jean. 

Lafranchise. 

Lamontagne, Pierre. 

Langard, Nicolas. 

Laramée. 

Lemay, Pierre. 

Le Souet, Barthélémy. 

Lessard dit La Toupie, Nicolas. 

Le Joary, Jacques, Cie De la Massière. 

Lamberton dit Hautbois, Jean, Cie De Valrennes. 

Limousin dit St.-Louis, Louis, Cie De Valrennes. 



l'armée canadiknnb-française 249, 

Levesque dit Sanssoucy, Jacques, blessé, Cie De Vairennes 

ou De La Chassaigne. 
Lannois, François, Cie De Mantes. 
Lart dit Laramée, Bertrand, Cie De la Vallière. 
Laroche dit La Eose, Pierre, Cie De l'Estringau. 
Laroche Jean, Cie De Merville, 
Le Guetier Laurent, Cie Desmeloises. 
Laroche, François, Cie Desmeloises. 
Lacaille, Cie de Cabanac. 
Lacombe, Pierre, Cie de Longueuil. 
Le Portier, Pierre, blessé, Cie de Cruzel. 
Labrosse dit Latulippe, Jean, Cie Dumesnil. 
Labattu, Jean, " " 

LeNeveu de liémon, François, " " 

Lasalle, Jean, Cie Du Luth. 
Lavallée, Cie de St.-Ours. 
Liberson dit Laviolette, Léonard, Cie Duplessis. 
LeHoure dit Laliberté Nicolas, Cie de Louvigny. 
Lesept dit Amplade, Laurent, Cie LeVerrier. 
La Tourmente, Cie de Beaucour. 
Leclerc dit Montfort, Nicolas, Cie de Eamesay. 
Le Prince, soldat de la garnison de Québec. 
Loisel, Louis, soldat de la garnison de Québec. 
Labineau-Desmoulins, Cie de Manteth. 
Letendre dit St. -Thomas, Thomas, Cie De la Chassaigne. 
Lamour dit Carpentra, Jean, Cie De Maricourt. 
Legall, Cie De Maricourt. 
Larticle, soldat-jardinier, Cie De Subercaze, 
Levrard Jean, maître -canonnier. 

Leclerc dit Cap Breton, Jean, canonnier, des Trois-Rivières. 
Laforçade Dominique. 
De Lahaye dit Léveillé, Jean. 
Laliberté, Cie Des Bergères. 
Lamontagne, Jacques, Cie Le Vasseur. 
Lamoureux, Jean, Cie De Vaudreuil. 
Lamy, Nicolas. 

Langello dit Passepartout, Joseph. 
Langle dit Lafranchise, Thomas 
Langleiez dit Chevalier, Thomas, soldat de la garnison de 

Québec. 



250 l'armée canadienne-française 

Langlois, Barthélemi, Cie La Vallière. 

Langlois, Jean, " " 

Lantet dit Desrosiers, François. 

Lapierre dit Saint-Aubin, Cie LeVasseur. 

Larose, Cie Des Bergères. 

Lary (ou Dary) dit Lafleur, Jean, Cie La Vallière. 

Lasalle dit Frater, Cie Maupoux. 

Latulippe, Cie De la Chassaigne. 

La verdure, soldat de la garnison de Québec. 

Lebaron, Jacques. 

Leber dit Saint-Louis, Louis, Cie Desmeloises. 

Lebeuf, Eémi. 

Lebon dit Desloriers, André, Cie de Noyan. 

Lebrun dit Dupont, Jacques. 

Le Guiader, Pierre, Cie de Louvigny. 

Leraer dit Cailliavede, Pierre. 

Léonard dit DuSablon, Julien. 

Lesire dit La vigne, Cie de Grès. 

Lévite dit Tranchemontagne, Nicolas. 

Lhurope, Charles, Cie de Maupoux. 

L'Honneur dit De Lormeau, Nicolas. 

Le Comte dit Lesguillon, Louis. 

Lanstenge dit St.- Albert, Charles. 

La Tailleuze dit Latailleuze, Jean de. 

Langleis dit Langlois, Jean. 

Levesque dit Sanssoucy, Jacques, blessé, Oie La Chassaigne. 



M 



Moneau, Michel- Jean. 

Mo net dit La verdure, François. 

Menantaux dit La Kose, Pierre, blessé. Cie Desmeloises. 

Marin dit Latreille, Jean, Cie Dumesnil. 

Martin dit Ladouceur, Pierre, " " 

Maillachaux ou Maiorchon dit Jolycœur, Pierre, blessé, Cie 

St.-Ours. 
Maisonneuve, Pierre, Cie Desbergères. 
Mariette, Pierre, " " 

Messaguier dit Laplaine, Hugues, Cie Des Cloches. 



l'aemée canadienne française 261 

Ménard dit St. -Nicolas, Nicolas, Cie de Louvigny. 

Marquet dit Lamollet, Louis, Cie de Vaudreuil. 

Martin dit Lachapelle, Jean, " " 

Mercure, Trançois, " " 

Moran dit LaGrandeur, Antoine, Cie de Eompré. 

Monjoly dit Sansfaçon, Armand, Cie Le Verrier. 

Mainguy dit Lachaussé, Jean, Cie De La Mothe. 

Marot, Jean, Cie De Bouraillon. 

Martin dit Lafortune, Pierre, blessé, Cie de La Vallière. 

Montfort, Cie Mariauchau d'Esglis. 

Moreau du Portail dit Dubreuil, René, Cie Deryzy. 

Manseau dit Lavergaille, Pierre, Cie De La Chenaye ^ 

Maurice dit Lafantaisie, Claude, Cie de la Grois. 

Maran dit Lafortune, Daniel, Cie La Vallière. 

Monsieur Jacques Mariette, cadet. 

Martin dit Jolicœur, Pierre, Cie De la Chassaigne. 

Mera dit Champagne, Nicolas. 

Millot ou Minost dit Lafleur, Jean, Cie De Mer ville. 

Moreau dit Desloriers, Daniel, Cie De La Vallière. 

Moreau dit Lafleur, Jacques, Cie de Maupoux. 

Missaut dit Lucé, Claude. 



îf 



Nau dit Labrie. Pierre, 

Normandeau dit Deslauriers, Cie Desmeloises. 



O 



Olivier dit Lepicard, Marc, Cie de Galifet. 
Olivaux dit Lafleur, Antoine, Cie De Louvigny. 
Olivier dit Larivière, Guillaume. 



1 — Témoin avec Joseph Desboins dit Lafontaine, autre soldat de 
M. de la Chenaye à l'inventaire des Biens de Demoiselle Marie 
Catherine LeNeuf, veuve de Pierre Denys, Ecuyer, sieur de la 
Ronde — Grefie de Rageot, minute en date du 27 février 1684. 



252 l'armée canadienne-française 



Payrayoït Perré. Joseph, blessé, Cie de Vaudreuil, 

Pineau dit La Rigueur, Pierre. 

Provoux, Pierre, blessé, Cie de La Vallière, 

Pépie dit Lafleur, Daniel, Cie de Cabanac. 

Pipard dit L'Angevin. René, Cie de la Grois. 

Peloquin dit Crédit, François, blessé, Cie St. Ours ou de la 

Grois. 
Penigot dit St-Germain, Robert, Cie Desbergères. 
Poissant dit Laselline, Jacques, Cie de Noyan. 
Peymart dit Laforest, Jean, Cie LeVasseur de Néré. 
Paschal dit Brisefer, Martial, " " 

Pesant ou Paysan dit Jolycœur, Henri, blessé, Cie De 

Mines. 
Poirier dit Lajeuuesse, Jean, Cie de Chambly. 
Péan, Jacques, Cie de Ramezay. 
Pellerin dit St-Armand, Pierre. 

Prou dit Baguette, Jean, soldat de la garnison de Québec. 
Pouget dit Grisdelin, Jean, Cie de la Grois. 
Porcher dit Laramée, Michel, Cie de Maricourt. 
Perruche dit Toulouse, Pierre. 
Piné, Cie De Merville. 

Porlieux dit Lesguille, Yvon, Cie De Merville. 
Paul dit Montau, Jean. 
Pentin dit Laguerre, Claude. 
Pesrier dit Mouchavan, Jacques. 

Quadra dit Frappe d'Abord, François, Cie Du Luth, 
Quatre ville dit Larose, Cie de la Grois. 
Quesmain dit Lafontaine, Charles, 

R 

Richard Des Sablons, Mathurin. 

Roy, Yves. 

Robert dit St.-Amant, Mathurin, Cie de Merville, 

Roche, Jean-Baptiste, Cie de Longueuil, 



l'armée CANADIENNE-FRANÇAIgE 253 

Raymond dit Bellegarde, Jean, Cie d'Orvilliers. 

Roiichallet dit Bergerac, Pierre, Cie Duplessis. 

Richard dit Lajeimesse, Jacques, Cie Descloches. 

Rougieu dit Lafrance, Antoine, Cie de Noyan. 

Raymond dit Passe-Campaigne, Toussaint, Cie de Vaudreuil 

Relep dit Décampe, Jean-Baptiste, Cie de Vaudreuil. 

Rousset dit St-Jeau, Cie Le Verrier. 

Roussel dit Latuli]ipe, Jean, Cie de La Valtrie. 

Robineau, Michel, Cie de Manteth. 

Roche, Jean- Baptiste, Cie de Longueuil. 

Renaud dit LaGirotlée, Jacques, Cie de la Chassaigne. 

Rodier, Laurent, Cie de la Chassaigne. 

Roussel dit Sanssoucy, Guillaume, Cie de la Grois. 

Ranger dit La Vallée, Jean, Cie de Maricourt. 

Régner dit Dupaiu, Henri, Cie Du Mesnil. 

Rémy dit Monmidy, Martin, Cie De Vaudreuil. 

Richard dit Larose, Jacques, " Des Bergères. 

Rigaud dit Sanssoucy, Louis. 

Rivière, Jacques. 

Rocheron dit Saint- Jacques, André, Cie De Tiouvigny. 

Rousseau dit Lacroix, Jean. 

Rousseau dit Sanssoucy, Antoine. 

Roy dit Chauvigny, Joseph. 

Rupalmy, cadet, Cie De Merville. 

Rue, Martin, Cie Desmeloises. 



St-Pierre dit Tranchemontagne, Pierre, 

St-Surin. 

Sauteur dit Latulippe, Jean, Cie de Lorimier. 

Sargnat, Jean, Cie DuLuth. 

Supernon dit Lafontaiue, Jacques, Cie de Maricourt. 

Sabourin dit Hautbois, Thomas, Cie De Maupoux. 

Saloy dit La Giroflée 

Samuel, Gabriel. 

Senay dit Lapierre, Pierre. 

Sauvage dit Quesme, Jean. 

Seguré dit Seguré, Alexis de. 



254 l'armée canadienne-française 



Talon dit le Bourdelais, Etienne. 
Tartre dit Larivière, Guillaume. 
Thibault dit L'Eveillé, Pierre, 
Tourillon Claude. 

Tribot ou Fribot, François, blessé, i Cie, de St. Ours. 
Tailhandier dit Labeaume, Marien, soldat-chirurgien, no- 
taire et juge en plus, Cie de Muy. 
Tirac dit St. Hilaire, Jean, Cie Le Verrier. 
Triolet dit Larivière, Jacques, Cie Le Verrier. 
Texier ou Tessier dit Laplante, Mathieu, Cie Bouraillon. 
Taillefer Pierre, Cie de la Grois. 2 
Toulouse, Jean-Antoine, Cie de Subercaze. 
Terault dit Laferté, Antoine, Cie de Subercaze. 
Tourteau dit Nantes, Eobert, 
Tuiar dit Laraniée, Frauçois. 
De Terigny, Nicolas, de Bayeux. 
De Tustalle dit Tustalle, Louis. 



Vincent. 

Vincelet dit Laboissière, Geoffroy, Cie Desbergcres. 

Viergue dit Laliberté, Pierre, blessé, Cie Descloches. 

Valentin dit Labry, Pierre, blessé, Cie de Vaudreuil. 

Valin, Jean, Cie de Muy. 

Vilain de Bonnefoy, Cie de Eompré. 

Villeday dit Laviolette, Pierre, Cie de St-Jean. 

Vegeart dit Laliberté, Eaymond, Cie DuVivier, 

Valin dit Jasmin, François. 

Venier dit Tourangeau, Mathurin. 

Voseliu dit Lé veillé, Philippe, Cie DesBergères. 

Valladde dit LaSonde, Jean. 



1— Mort à l'Hôtel-Dieu le 27 novembre 1690. 

2 — Ancêtre du zouave Taillefer, chevalier de Pie IX. 



l'armée canadienne-française 255 

Une compagnie de milice canadienne-française au 
nième siècle. 



Capitaine : — Jacques de Noray, sieur d'Aleneour et 

Dumesnil. 
Lieutenant :— î 
Enseigne : — ? 
Sergent : — ? 

Caporal : — Joseph Hébert dit La Trimouille. 
Soldats : — Jean Bertrand de Toulouse. 

" Pierre Blondeau dit Lajeunesse. 

" Charles Branchaud, 

" Jean-Baptiste Cavalier dit Basque. 

" Cochant dit Champagne. 

" François Courage dit Jolicœur. 

" Mathieu Courier dit Bourguignon. 

" Mathurin Chartier dit Laniarche. 

" Jean Délasse dit Laileur. 

" Frappe d'Abord dit Quadra. 

" Jacques Frichet. 

" Jean dit Laviolette. 

" Joseph Jean dit La Giroflée. 

" Pierre Jourdan. 

" Jean Labattu. 

" Jean Labrosse dit LatuHppe. 

" François Le Neveu de Lémon. 

" Jean Marin dit La Treille. 

" Pien'e Martin dit Ladouceur. 

" Louis D'Olonne dit Le Parisien. 

" Jean Antoine dit Lamer. 

" Henri Eegner dit Dupain. 24 noms connus. 



Arquebusiers. 



Nicolas Doyon. 
Eéné Fézerat, 
Jean Guy. 
Jean Moriieau. 



256 l'armée canadienne-française 

Armuriers. 

Guillaume Beaudry dit Des Buttes ^. 

Jacques Bçrgeron dit Johiel. 

Guillaume Bonnet. 

Jean Bousquet, maître-armurier. 

Guillaume Cavelier, " 

Nicolas Gauvreau. 

Simon Guillory. 

Michel Poirier dit Lange vin, maître -armurier. 

Olivier Quesnel dit Tour Blanche, " 

Jean Soulard. 

J'aurais aimé pouvoir reconstituer les cadres de notre 
petite armée Canadienne-française en l'an de grâce mil six 
cent nouante. Malheureusement mes meilleurs efforts ont 

échoué faute d'archives. L'excuse est valable n'est-ce 

pas ? Henri IV, s'en fut contenté. — " Sire, disaient à Sa 
Majesté les habitants d'un petit bourg de France, nous n'avons 
pas tiré le canon à votre arrivé pour trois raisons. La première 
estque nous n'avions pas de canon! La seconde 

Le souverain eut la grandeur d'âme de ne pas l'exiger. 
J'attends de mon lecteur pareille longanimité. 

Ce travail de reconstruction de compagnies miliciennes est, 
à mon sens, aussi ingrat qu'inutile. Autant vaudrait recoller 
des tronçons de serpents. Plus répugnante sans doute, la tâche 
en serait moins ardue, car les têtes et les queues des reptiles 
seraient faciles à retrouver, sinon à ajuster. 

ici les têtes des compagnies de la petite armée canadienne- 
française sont borgnes ou camardes, ce qui gâte affreuse- 
ment leur expression de physionomie. Quant aux queues, 
s'il les voyait, le chien d'Alcibiade serait consolé ; elles sont 
encore plus courtes que la sienne. 

Par contre j'ai à présenter au lecteur un fort détachement 
de compagnie : 1 cadet, 2 sergents, 2 caporaux et 25 soldats, 
en tout '60 hommes sur 50, effectif d'une compagnie de ce 
temps-là. 

1. — Et orfebvre. 



l'armée canadienne-française 257 

Cadet : — Le sieur de la Lende, 
Sergents: — Elie Chalumeau. 
André Luzignan. 
Caporaux : — Jacques Blanchet dit Lafrauce. 

Pierre Larocque dit Larocque. 
Soldats : — Jacques Flore, de St.-Brieux. 

" Jean Daniel, de Xaintes. 

" Louis Le Comte dit Lesguillon. 

" Jean Paul dit Moutau. 

" Pierre Fabrice dit Fondiom. 

" Charles Lanstenge dit St- Albert. 

" Jean Sauvage dit Quesme. 

" Henry Hautefais dit Sablancaux. 

" Jean Valladde dit La Sonde. 

" Louis Detustalle dit Tustalle. 

" Claude Missaut dit Lucé. 

" Alexis de Seguré dit Seguré. 

" Henry Hanioal dit Benheran. 

" Guillaume Hébert dit St-Amour. 

" Michel Chauret dit Rochefort. 

" Jean de la Taille uze. 

" Pierre Bretet dit La Lime. 

" Claude Pentin dit Laguerre. 

" Jean Langleis dit Langlois. 

" Jean Gastinau dit L'Angoumois. 

" Jacques Pesrier dit Moue lavan. 

•' Charles Qu es main dit La Fontaine. 

" Pierre Du Clos dit Duclos. 

" Cesard Gaier, De Léon. 

" Nicolas De Térigny, de Bayeux. 

Fâcheusement, le capitaine, le lienfenant et l'enseigne 
manquent à l'appel. Cette triple lacune sur le rôle de 
service équivaut à l'absence du nez et des deux yeux dans 
un visage. Détails importants n'est-ce pas ? Ceux-là seuls 
qui l'ont connue vivante pourraient l'identifier. La besogne 
en est triste ; on s'imagine travailler sur un cadavre. Cette 
fois, il est à craindre que personne ne réclame l'inconnue. En 
archéologie, comme en médecine, il existe une chambre de 
morgue et... une table de dissection. 

17 



253 • l'armée canadienne-française. 

Je suggérerai toutefois un nom de famille, pour qu'elle 
échappe au scalpel de la Faculté, et continue son bon som- 
meil dans les archives de l'Hôtel-Dieu, Je propose donc 
d'appeler Nemo le capitaine de cette Compagnie, non pas en 
souvenir de Jules Verne qui a plagié Homère, mais en l'hon- 
neur d'Ulysse, du sage Ulysse, qui répondait à Polyphème, 
le cyclope : " Je me nomme Outiç, je suis le capitaine 
Personne ! " 

Que vous en semble, lecteurs ? 
vSuivent, decrescendo : 

La Comjmgnie de M. Du Mesnil 24 hommes sur 50 

" La Chassaigne... 18 

" " Des Bergères... 15 " 

" Yaudreuil 15 

" " Desmesloises 14 " 

" DelaGrois 12 

" De Merville 12 

" DeMuy 11 

" " De Maricourt... 11 

" " Le Verrier 11 

" " De Maupoux.... 10 

" " De Subercaze.... 9 

Etc., etc., etc. 

Que d'autres, plus experts, reprennent la tâche, et soient 
plus heureux ! 

Une joie m'est acquise cependant : celle d'être parvenu à 
rétablir au complet la compagnie des Gardes du Gouverneur. 
Ce petit succès repose des pires fatigues et je regrette qu'il 
ne se soit pas répété plus souvent au cours de mes travaux. 

Compagnie des Gardes du Gouverneur. 

Rôle de Parade. 

Capitaine : Michel Le Neuf, sieur de la Vallière et de 

Beaubassin. 
Lieutertant : De Saldes, sieur de Saveruet. 
Cornette : Jean- Baptiste Guenichon dit Beusseville, cadet, 

hlessé au sièse. 



l'armée canadienne-française 259 

Jean de Bonnefoi dit La Grandeur. 

Claude Congé, blessé au siège. 

Charles Galles. 

Louis de la Forque dit La Couture. 

Dumont. 

André Fournier dit Lafortune. 

Philippe Gagneur dit Larivière. 

Pierre Géran dit Orléans, blessé au siège. 

Pierre Guillot dit Lyonnais. 

Bertrand Lart dit Laratuée. 

Barthélemi Langlois. 

Jean Langlois. 

Jean Lary ou Dary dit Lafleur. 

Pierre Martin dit Lafortune, blessé au siège. 

Daniel Maran dit Lafortune. 

Daniel Moreau dit Desloriers. 

Pierre Provoux, blessé om siège. 

Sur les vingt hommes dont se composait l'escorte de Fron- 
tenac, cinq eurent l'honneur d'être blessés, de ce nombre le 
porte-étendard. Bellone lui fit une part de lion dans sa 
distribution de gloire ! 



1. 


Carabins 


2. 


(i 


3. 


(( 


4. 


<( 


5. 


(t 


6. 




7. 




8. 


« 


9. 




10. 




11. 


(( 


12. 




13. 




14. 




15. 




16. 




17. 





CHAPITEE SEPTIÈME 



LE BATAILLON SCOLAIRE DU COLLÈGE DE 
QUÉBEC EN 1690 



Commandé par Nicolas Juchereau De Saint-Denis, seignetir 
de Beauport. 



DOCUMENTS CONSULTES : 

]" Annales du Petit Séminaire de Québec — Noms des écoliers qui 
sont entrés au petit séminaire et qui en sont sortis — du 9 
novembre 1668 au 11 novembre J770 — soit une statistique de 
102 années. 

2° Le Grand Livre des Comptes et Recettes du Séminaire de Québec 
—année 1690— vol. II, pages 223 et 224. 

3° Les Comptes de M. Soumande, aux pages 31, 97, 115, 177, 287 et 
364 du Grand Livre des Recettes et Dépenses du Séminaire de 
Québec, pour l'année 1690. 

4" Archives du Collège Sainte-Marie à Montréal. 

Nous lisons dans l'Histoire du Séminaire des Missions 
Etrangères à Québec (inédite) par S. E. le cardinal ïasche- 
reau ^ : 

" Le Petit Séminaire de St.-Joachim ne resta point specta- 
teur oisif du siège de Québec. Les quarante élèves qui s'y 
trouvaient obtinrent, par leurs instances, la permission de venir 
à Beauport pour s'y opposer au débarquement des Anglais. 
C'étaient tous des jeunes gens vigoureux et endurcis à la 
fatigue, habitués à la chasse et bons tireurs. Ils emportèrent 
en trophée un des canons pris sur les ennemis. 

Quant au Petit Séminaire de Québec le Transcripta, page 
8, ne marque guère que des sorties d'étudiants en philosophie 

1— Pages 223, 225 et 226. 



LE BATAILLON SCOLAIRE 261 

OU en théologie, ce qui était dû probablement à l'invasion 
ennemie qui les transformait en guerriers. Cependant il y eut 
quelques entrées :iui prouvent (|ue la maison ne doit pas 
avoir souffert du siège." 

Dans un Etat den Revenus des Communaiités établies en 
la Nouvelh- France avec les charges, nous 'lisons au titre 
Séminaire de Québec, anno 1690: 

Charges : — Quarante (40) autres (enfants) au Séminaire 
du Cap Tourmente entretenus par leurs parents desquels on 
ne prend pour leur entretien que .-• £ et un rninot de sel par 
mois ; on y en reçoit même quelques-uns par charité ^ 

J'ai cherché à rétablir, pour le Séminaire du Cap Tour- 
mente, la glorieuse statistique de ses écoliers-soldats. Fâcheu- 
sement, sur les 40 élèves qui s'y trouvaient en 1090, je n'ai 
retrouvé qu'un seul nom, celai de Jean-Baptiste Deschamps 
de la Boutellerie ; et encore son jeune âge ne lui permettait- 
il d'autre rôle, dans le bataillon d'éhte commandé par le vieux 
seigneur de Beauport, Nicolas Juchereau de St-Denis, que 



1 — Ijequel Etat lui-même a été pris aux Archives de ta Marine, 
France ; colonies, missions et cultes religieux — Canada et Louisiane 
— Eglise et missionnaires — F. 3. 

"Mgr de r^val,qui probablement connaissait l'avenir du Canada, a 
pris toutes les précautions nécessaires pour que la destinée du 
Canada fut aussi heureuse <|ue possible ; et entre autres choses il 
avait établi dans la paroisse Saint- Joachi;ii, près du Cap Tourmente 
que tout le monde connaît bien, non jias une école mais une véri- 
table université, non pas dans le genre de celle qui existe mainte- 
nant et qui porte son nom, mais une université telle qu'il en fallait 
dans ce temps-là. On trouve dans les archives du Séminaire les noms 
des élèves qui ont fréquenté cette université. Il y est dit jtar exemple 
qu^un tel, âgé de tant, venant de telle partie du pays ou de la France, 
est entré tel Jour : il en est sorti au bout de deux ans ou de trois ans 
après avoir appris le métier de Jorgeron, de menuisier,de couvreur en 
bardeau, d^architecte, de peintre, de tailleur, de sculpteur et surtout de 
cultivateur. (Applaudissements). 

" Les deux incendies du Séminaire, en 1701 et 1705, ayant épiiisé 
les ressources de Mgr de Laval, il fut obligé de fermer cette univer- 
sité en attendant des jours meilleurs, mais le bon nombre d'élèves 
qui en étaient sortis répandirent i)artout dans la province les scien- 
ces pratiques qu'ils avaient acquises dans cette université qui a, par 
l'instruction donnée à tant de personnes, rendus d'immenses ser- 
vices au pays." 

Extrait du discours prononcé par Son Emineuce le cardinal Tas- 
chereau, le 23 décembre 1890, au Conseil Législatif de la province 
de Québec, à l'occasion de la Fête du Mérite Agricole. 



262 LE BATAILLON SCOLAIRE 

celui de tambour ou de clairon. C'a été le BiM~Tapin de 
l'aimée. L'histoire, notre propre histoire, ne nous apprcnd- 
t-elle pas qu'à la seconde bataille des plaines d'Abraham les 
milices canadiennes-françaises comptaient dans leurs rangs des 
enfants de quatorze ans et des vieillards de quatre-vingt- 
quatre ? Et ce furent de tels vétérans et de telles recrues 
qui remportèrent la victoire de Ste-Foye, notre plus beau 
fait d'armes après Carillon. 

A défaut du personnel scolaire et militant du Séminaire du 
Cap Tourmente en l'an de grâce 1690, je publie la statistique 
de ses premiers écoliers. Prétendre que les anciens de la 
Feime Modèle de Saint- Joachim, Y Aima Mater de l'Agricul- 
ture au Canada, offrirent spontanément leurs services et leurs 
courages aux autorités militaires du pays n'est pas hasarder 
ime hyfothèse invraisemblable ; on la peut soutenir au 
contraire avec honneur, car, pour moi,sa probabilité confine à 
la certitude abscli e. 

Année de Ventrée. 

1672 Jean Gagnon, de l'Ile d'Orléans, charpentier, 

1673 Charles Le Normand, de La Canardière, couvreur. 

1675 Louis Houde, cordonnier. 

1676 Pierre Pilothe, de Beauport, cultivateur, (appliqué 
aux travaux des champs, disent les Annales.) 

1676 Jacques Théberge, couturier. 

1676 Joseph Bernard, de Bourgeoly, couvreur. 

1676 Jean Dumarché, de Charlesbourg. 

■J 677 Pierre Coutancineau, de la Pointe-aux-ïrembles, 

1677 Pierre Desloriers, de l'Ile d'Orléans. 

1677 Noël Le Ptoy de la Duralntaye. 

1678 Jean-Baptiste Lamusette, maçon. 
1680 Jacques LaEose, serrurier. 

1680 Louis Mercier, serrurier. ^ 
3 681 Louis Consiantin. 

1681 Jacques Chevalier, de Beauport, cordonnier. 
1081 Charles Chartier, de l'Ile d'Orléans, couturier -. 



] — Ouvrier très instruit. Il avait fait un cours complet d'études — 
C'est lui qui a fabriqué la plupart des serrures du Séminaire actuel. 

2 — Tous ces Canadiens, alertes et robustes, étaient dans la plus 
jgrande vigueur de l'âge, qui variait, pour ces seize hommes, de 21 à 
32 ans. 



LE BATAILLON SCOLAIRE 



263 



Une troisième classe de braves gens, plus humble, celle-là, 
mais, en revanche, plus reconnaissante et plus dévouée, dut 
encore se joindre aux écoliers du Cap Tourmente et à leurs 
camarades du Collège de Québec. Je veux parler des servi- 
teurs du séminaire à la ville et à la campagne, métayers, 
garçons de ferme ou d'écurie, valets de chambre ou de charrue, 
bouviers, charretiers, meuniers, artisans, ouvriers, manœuvres, 
domestiques enfin de tous grades et de toute espèce. J'en ai 
compté piUs de quarante. Cet effectif formait à lui seul 
presque une compagnie. On dut l'utiliser et tout me convainc 
qu'ils se joignirent aux habitants de la côte Beaupré dans les 
combats d'escarmouches qu'ils livrèrent à l'ennemi. 

Noms des domestiques du Séminaire de Québec, en 16J0. 



Jean Drouart, 
Soulard, armurier, 
Desmarets. charpentier, 
Poliquin, maçon, 
Latreille, menuisier, 
Savary, menuisier 1, 
Jean Mercier, 
Afatou dit Labrie, 
Eéné Lavoie, 
Ignace Gagné, 
Pierre Lavoie, 
Jacques Chapelin, 
Paul Masson, 
Pierre Gendreau, 
François Robin, 
Julien Maufils 2, 
Guillaume Marois, 
Paschal Mercier, 
Jean Cloutier, fils, 



Laviolette, fils, 
Bouchard, fils, 

Lesperance (soldat-jardinier) 
Laverdure, 
Bellefontaine, 
Jobidon, 

Patenostre (engagé), 
Sauvé, 
Lapointe, 
Desloriers, 
Labranche, 

Pitoche, ou le petit Bodeduc, 
Rochelois, charretier, 
François, meunier, 
Mathurin, 

Nicolas Boucher (soldai du Sé- 
minaire), 
François, 
Guillaume Bausé, donné, 



1 — Construisit le grand escalier du Séminaire de Québec, bâti en 
1677, 1678, 1680. 

2 — Etait le frère de Pierre Maufils mort de ses blessures à 
l'Hôtel-Dieu, le 15 novembre 1690. 



264 LE BATAILLON SCOLAIRE 

Anse ou Ainse Bernard, Pierre Michel, donné, 

Jean Allaire, Louis Masson Lacroix 2, 

Noël Siniard dit Lombrette, père Bâillon 3. 
et fils 1. 

Petites notes extraites du Grand Livre des Recettes et Dépenses 1690. 

Page 78. Lesperance, soldat-jardinier. 

" 81. Pierre Drouillard La Giroflée, donné, tailleur. 

" 83. Barthélémy Laviron, cuisinier. 

" 83. Beaujeu, cuisinier. 

" 86. Mirault dit Labouteille, engagé. 

" 122. Payé, au soldat Rigaud, 22 livres pour son service du 
moulin. 

" 134. Décembre 1690, Not-l Simard dit Lombrette reçoit de M. 
l'Intendant 5 livres et 4 sous pour une vache fournie 
du temps de la guerre, ayant rendu le surplus du prix 
de la dite vache à M. de Maizerets. 

'• 135. Jean Falardeau, engagé du Séminaire, blessé après le 18 
octobre 1690, est soigné par le docteur Beaudoin, mé- 
decin du Séminaire de Québec à raison de 100 livres 
par année. 

" 140. Payé à Lavertu, ancien engagé la somme de (illisible) 

à cause de son voj/age à la guerre. 

" 140. Payé à Dubreuil pour un fusil, 7^ livres *. 

" 142. Octobre 1690, payé pour cornes à poudre et pierres à 
fusil, en argent, 35 livres 11 sous 5, Acheté 300 livres 
de plomb à giboyer. 

" 185. Il est dû à Nicolas Gauvreau, armurier, à Québec, pour 
le remboursement qu'il a fait à un homme dont Nicolas 
Bouclier, soldat du séminaire, avait perdu le fusil pen- 
dant la guerre, la somme de 7 livres qu'il a été con- 
damné à payer par justice, outre le fusil du Séminaire 
qu'il a rendu à la place de l'autre. 



1 — Faisaient mouvoir les moulins à scie de la Baie S t Paul, en 1688. 
2 — Travaillait au Cap Tourmente en 1690. 
3 — Domestique de Mgr de Laval. 

4— Jean Dubreuil était le portier du Séminaire en 1690. 
5 — La valeur d'argent d'une livre au 17ième siècle équivalait à 50 
centins de notre argent. 



LE BATAILLON SCOLAIRE 265 

On aimera probablement à connaître quels étaient, en 1690, 
les professeurs et les élèves du Collège de Québec. 

C'est une de mes meilleures joies d'archiviste que de pou- 
voir, le premier, être en moyen de publier cette précieuse et 
intéressante statistique. 

COLLÈGE DE QUÉBEC 

Professeurs 
Révérend Père Claude Dablon, recteur (depuis le 18 août 1686.) 
" Pierre Rafïeix. procureur. 

" Jose2>h Germain, professeur de Logique. 

" Pierre Cholenec, professeur de Rhétorique. 

" Bonaventure Fabure, professeur de Belles-Lettres. 

Maître Jacques Philippe Bunou, scolastique, jjrofesseur de Troi- 
sième et de Qiiatrièrue. \ 

Maître Jean Pearon, scolastique, professeur de Cinquième et de 
Sixième. 

Ecoliers 
Aimée de Ventrée. 

1681 Jean Daniel Testu, de l'Auge Gardien 20 ans. 1 

1681 Pierre Maufils 23 '• -' 

1681 Nicolas Boucher 18 '• 

1681 Jacques-Alexis Fleury d'Eschauibault 18 " 

Robert Drouart 18 " ■- 

1682 Ignace Hamel, de Ste-Foye 18 " 

1682 Nicolas Volant, des Trois-Rivières 22 " 

1683 Charles Chesnay de la Garenne 17 '• 

Jean-Baptiste Bécart de Grandville ...20 " 

1684 Charles Nepveu, de Québec 19 " 



1 — Des quatre écoliers qui terminèrent leur cours d'études en 
1690 il fut le seul qui prit la soutane. 

Daniel Testu était ecclésiastique quand les Anglais parurent 
devant Québec pour l'assiéger. A l'exemple du brave cuié Fran- 
cheville. il échangea sa soutane pour un capot bleu, sa barrette pour 
un tapabord, son bréviaire pour un fusil en bon état, et s'en alla 
escarmoucher l'ennemi sur les grèves de La Canardière. Cette 
nouvelle manière d'étudier la théologie ne nuisit en aucun sorte à 
ses examens, car le vaillant séminariste fut ordonné prêtre le 25 
octobre 1693. 

2 — Blessé le 21 octobre 1690, à La Canardière, mourut le 15 
novembre à l'Hôtel-Dieu. 

3 — Fils de Jean Drouart et de Marguerite Pilote, tous deux donnés 
du Séminaire. 



266 LE BATAILLON SCOLAIRE 

1685 Jean-François Buisson 14 ans. 

1685 Jean-Baptiste DesChamps de la Bouteillerie 17 " 1 

1685 Charles " " " 16 " 

1686 Louis LeVasseur, de Québec 19 " 

1686 Jean-Baptiste LeNeuf de la Vallière 16 " 2 

1687 Jacques - Philippe Gauthier, de Comporté, de 
Québec 15 '• 3 

1687 Louis JoUiet, de Québec 14 " 

1687 Jean Hazeur, de Québec 12 " 

1687 Joseph Pinguet, de St-Jean, lie d'Orléans 15 '' 

1688 Antoine Gaulin, de l'Ile d'Orléans 16 " 

1688 Nicolas Rageot, de Québec 14 " 

1688 Jean-Baptiste Gauthier, de Varennes J3 " 

1688 Michel Buisson de St. Côine. de l'Ile Jésus 9 " 4 

1689 François Roberge, de Québec 16 " 5 

1689 Pierre Charretier, de Lotbinière iO " 6 

Jean-Baptiste de Mosny 17 " 7 

1690 Joseph Dominique Migeon 9 " ? 

169*^ Pierre Boulanger dit St-Pierre , ^ 

1689 RénéHertel 15 " 1» 

Forsan et hœc olim meminissejuvabis ! 

Les écoliers pensionnaient au Séminaire de Québec, et suivaient 
les classes au Collège de Québec, chez les Jésuites. ^ 

M. l'abbé Louis Beaudet m'a fait remarquer qu'il appert, par les 
livres de Comptes et Recettes du Séminaire de Québec, que chaque 
écoHer était blanchi à raison de 10 francs par année. Or, pour l'année 
1689- 1690 le grand total des frais de buanderie s'élève à 300 francs. 
De là on peut conclure que le nombre des pensionnaires au Collège 
de Québec, était de 30 écoliers en 1690. 

Or, j'ai été assez heureux dans mes recherches pour relever 
jusqu'à 29 de leur noms. 11 aurait pu m'en échai^per davantage. 



1 — Ecolier au Séminaire du Cap Tourmente. 

2 — Il était venu de Beau-Bassin. 11 fut récollet en 1696 sous le 
nom de Frère Bernardin. 

3 — Charles et Lou's. ses deux frères, âgés de 5 et 4 ans, étaient 
pensionnaires à St-Michel de Sillery. 

4 Fils du contre-maître de l'île Jésus. 

5 Entré le 12 novembre 1689, sorti le 1er août 1690; tué le 18 

octobre 1 690, au siège. 

6 Sorti le 18 février 1690. 

7 ^Sorti le 5 août 1690. Se fit récollet. 

8 Entré le 28 octobre 1690, après le siège. 

9 Entré le 14 novembre 1690, après le siège. 

10 Entré le 14 novembre 1689, sorti le 14 septembre 1690. 



CHAPITRE HUITIÈME 



MORTS ET BLESSES DE L'ARMEE ANGLAISE 



Les états de statistique relatifs aux morts et aux blessés 
de l'armée anglaise sont absolument contradictoires. Quel- 
ques-uns même comportent, en plus ou en moins, une telle 
exagération qu'une critique sérieuse les rejette au premier 
coup d'œil. De ce nombre les relations de La Hontan, Phips 
et Dummer. La Hontan, par exemple, dans l'espérance d'une 
promotion militaire, renchérit ridiculement sur les foudroy- 
ants résultats d'une victoire à laquelle il vient de ])articiper : 
cujus jyars magna fuit. Il a l'aplomb d'écrire que les 
Anglais, dans les trois engagements de La Canardière, ont 
perdu jusqu'à 750 hommes! Si l'on ajoutait à ce chiffre, 
énorme déjà, celui des équipages et des milices des huit 
navires sombres en mer au retour de l'expédition, l'on attein- 
drait — étant donné une moyenne de (H) hommes par vais- 
seaux 1 — l'on atteindrait à l'exorbitant total de 1430 morts. 
Soit plus des deux tiers du personnel de l'expédition - ! 



] — J'ai basé cette vioyenne sur l'équipage du brigantin de John 
Rainsford qui alla s'échouer sur l'ile d'Anticosti, dans la nuit du 28 
octobre 1690. Cotton Mather nous dit qu'il était monté jmr 60 
hommes, haviiHj about three score aboard. 

Dans une lettre écrite par le capitaine Southack à ses parents 
(18 juin 1690) au sujet de la prise de Port-Royal, il leur raconte 
que les vaisseaux expéditionnaires se composaient du Six Friends, 
vaisseau de guerre de 42 canons, et 300 hommes d'équipage, de son 
propre vaisseau de guerre (a private manofwar) 20 canons et deux 
cents hommes d'équipage, d'un brick, et de trois kaiches montées 
chacune par 65 hommes. 

Cf : Archives du State Honse à Boston 

2 — Un autre fameux commérage est celui de l'abbé De Belmont : 

" Les GROS VAISSEAUX (de Phips) qui étaient criblés de coups 



2C)8 MORTS KT BLESSÉS 

Phips relance LaHontan : la varitaidise parisienne du 
baron est presque matée par la flegmatique impudeur du 
chevalier ; l'amiral paie d'audace et il écrit de sa bonne encre 
^ui roi d'Angleterre qu'il n'a pas perdu ^^^us^^e trente hommes 
sous le feu ennemi. A beau mentir qui vient de loin, dit le 
proverbe. Boston est à botme distance de Londres. 

Dummer, l'ennemi politique de Sir William Phips, celui- 
là même qui avait le plus grand intérêt à grossir les propor- 
tions du désastre militaire et les conséquences ruineuses de 
l'expédition pour mieux perdre son crédit auprès de la Cour 
■d'Angleterre, élève à 1000 hommes la statisque du sang, et à 
150,000 livres celle de l'argent. C'est bien trop cher d'une 
bonne moitié ^ 

La Houtan exagère jjar ambition, Phips par honte, Uura- 
mer par haine ; et je maintiens que leurs témoignages i-es- 
pectifs doivent être rejetés. 

Les statistiques de Walley et celles d'Anne Boutdon sont 
incomplètes, conséquemraent inutiles, car elles ne renferment 
{|ue des chiffres insuffisants, des données trop faibles pour y 
appuyer aucune hypothèse plausible. 



•' PÉRIRENT avec cinquante hommes qu'on trouva gelés au prin- 
^' temps suivant." DeBelmont: Histoire d^i Canada, i»age 33. 

Cf.: Collection de Mémoires et de Relations sur V histoire ancienne 
dih Canada, publiés sous la direction de la Société Littéraire et His- 
torique de Québec. 

1_" It cost {V expédition de 1690) 150,000 1. in money and what 
was infinitely more valuable the lives of 1000 vien. Nor were thèse 
vagrants suchas are picked up hère (m London) in the streets and 
disorderly honses and then pressed into the war, but lieads of 
familles, artiticers and robust young men, such as no country can 
spare and least of ail new settlemerits where labour is the dearest 
thing in the world, because nothing so much wanted as hands. 'fhey 
didnot indeed fait by the sword of the enemy, if that could allcviate 
their misfortune, Imt b}^ a camp fever, by famine, and various 
disasters in their return home, occasioned chietiy by the early 
approach of a severe winter, which made it impraticable lor provi- 
sions to foUow them." 

Jeremiah Dummer : A Défense of the New-Enyland Charters, 
pages 37 and 38. 

La légende de la médaille commémorative frappée par Louis XIV 
renchérit encore sur la statistique de Dummer. " il leur en coûta 
1200 hommes, " dit-elle Cf : page 151 de ce livre. 



MUETS ET BLESSÉS 269 

Deux autres relations cependant se rapprochent et sem- 
blent obéir, l'une vis-à-vis l'autre, à cette loi d'attraction des 
molécules. Leurs atomes de vérité s'attirent à distance au 
point de se réunir, prendre corps et graviter ensemble autour 
d'un critérium commun de certitude. Je veux parler de la 
lettre du Jésuite De Couvert et de l'historien Hutchinson. 

Une mauvaise tournure de phrase fait commettre à La 
Potherie une regrettable équivoque. Huit vaisseaux firent 
naufrage dans le fleuve, après la levée du siège où plus de 
huit cents hommes périrent. Où les huit cents hommes 
périrent-ils ? Au siège ou dans le fleuve ? Je crois qu'il 
faut répondre : au siège et dans le fleuve. Autrement, force 
nous est de présumer que La Potherie comptait cent hommes 
par navire. Cette moyenne excessive porterait à tiois mille 
quatre cents hommes la flotille de l'amiral Phips. Or il est 
reconnu que le chiffre en était de 2,300 seulement. 

De plus, il faudrait ajouter, pour La Potherie, les trois 
cents tués et blessés des engagements de La Canardière. On 
arriverait au total de onze cents hommes comme évaluation 
des pertes de l'armée anglaise. Ce qui serait absolument 
exagéré. L'ensemble de la relation comporte que son auteur 
n'a fait qu'agglomérer les statistiques éparses du récit et que 
les 800 miliciens disparus se divisent en 300 tués et blesses 
à La Canardière et 500 péris en mer au retour de l'expédition. 

Le récit de l'ofi&cier Janclot doit être exact ; il est fâcheux 
toutefois que ce document ait à soufiiir de l'obscurité dans 
laquelle a vécu son auteur vis-à-vis de nous. !Sa valeur 
historique en est restreinte à l'autorité, toujours contestable, 
d'une lettre particulière. Il possède toutefois un grand 
mérite : celui de se rapp'rocher, et de très près, des chifires 
statistiques officiellement donnés par Frontenac dans son 
rapport au marquis de Seignelay. 

" Je ne vous particulariserai point ici ce qui s'est passé 

" les caunonades, les différentes escarmouches qu'il y a eu 
" T'cndant trois ou quatre jours et dans lesquelles ils ont assu- 
" rément perdu plus de 500 hommes morts ou blessés, parce 
" que la relation ^ que j'en fait faire vous en apprendra tout le 
" détail. 



1 — La relation de Monseignat. 



270 MORTS ET BLESSÉS 

Maigre l'autorité de Frontenac, je ne puis admettre l'exac- 
titude de cette statistique de cinq cents Anglais morts devant 
Québec, soit à La Canardière, soit aux entreponts de leurs 
vaisseaux. Si l'on veut atteindre à ce chiffre énorme, il faut, 
aux contingents des tués et des blessés mortellement, ajouter 
celui-là des disparus en mer, plus, les cas fatals du typhus, 
de la petite vérole et des fièvres de camp. 

On sait que Frontenac fit rédiger per Monseignat une rela- 
tion détaillée du siège de Québec, et nos historiens canadiens 
s'accordent à dire qu'elle fut adressée, non pas au ministre, 
M. de Seiguelay, mais à Madame de Maintenon. Quelle est 
la valeur probante de ce document ? C'est là ce qu'il convient 
d'examiner. Cette pièce justificative devrait corroborer, en la 
complétant, la lettre du Gouverneur qui y réfère d'ailleurs 
ostensiblement. Et cependant il faut avouer que le mémoire 
officiel n'ajoute rien au magistral rapport de M. Frontenac. 
Il fait pis que lui manquer en hauteur d'appui, il l'infirme- 
rait, l'amoindrirait même par ses incorrections et ses lacunes. 
Mais entre Buade et Monseignat l'hésitation n'est pas possi- 
ble et la narration défectueuse du secrétaire ne contredit rien, 
ne compromet rien et ne rend rien suspect. 

Ce qui étonne, à lecture reposée de cette archive, est 
son caractère superficiel ; le ton léger, je ne dis pas badin, 
mais indifférent avec lequel Monseignat affecte de raconter 
les actions les plus glorieuses et les plus pathétiques du siège. 
On croirait qu'il parle d'un événement fort lointain de théâtre 
et de date. Il semble à mille lieues de Québec et à mille 
ans du siècle où il vit. Toutefois les Anglais ne sont partis 
que d'hier, ils peuvent revenir dans les vingt-quatre heures 
suivantes, ils reparaîtront demain, Monseignat n'en sera pas 
plus ému. Son récit est glacé, morne, ennuyeux comme une 
copie d'acte collationnée, recto tono, dans le silence d'un greffe. 
Monseignat écrit par devant notaire, La Hontan, par devant 
l'ennemi. Aussi quelles oppositions de couleur et de chaleur 
entre eux. 

Le contraste en est violent, il heurte l'esprit comme un 
choc. Autant la relation du futur Contrôleur de la Marine 
est froide, terne, impersonnelle, autant la lettre du jeune 
officier est typique, étincelante, enflammée. L'esprit y pétille 
comme les fusillades entendues à La Canardière, le style en 



MORTS ET BLESSÉS 271 

€st vif, alerte, rapide comme la jeunesse et le feu des vail- 
lantes milices canadiennes engagées sur les grèves de Beau- 
port. Sans doute la statistique y est exagérée, renforcée 
peut-être jusqu'à la réclame historique ; la chose a pu se 
faire involontairement, à la façon de ces colonels, les maistres 
de cwnip d'autrefois, qui se grossissent la voix pour mieux 
être entendus au front de bandière des régiments quand ils 
lisent une proclamation à l'armée. 

La Hontan est un enthousiaste, Monseignat un apathique ; 
il l'est au point d'oublier le fameux épisode du pavillon de 
Phips tombé à la mer et que d'héroïques Canadiens-français 
allèrent chercher sous le feu de la flotte anglaise. 

Tout est à l'état neutre chez Monseignat, et le patriotisme 
«t la grammaire. — On dit, on raconte, on 7'apporte, ces 
termes banals, ces expressions vides, marquent bien l'action 
effacée de l'écrivain réduit au rôle de plumitif, indifférent à 
la copie qu'il tire au propre, et baillant d'ennui en racontant 
Y Iliade de la Nouvelle-France. 

Sans doute un notaire, Monseignat en a le tempérament, 
n'est pas tenu d'être poète ; muis on a le droit d'exiger qu'il 
soit exact. — L'est-il ? — Nous allons le constater au .sujet de 
la statistique particulière qui nous occupe. 

" Les ennemis perdirent dans cette occasion {combat du 18 
octobre) 150 hommes, au rapport d'un habitant qui visita 
la. nuit le champ de bataille. " 

Eemarquons d'abord qu'il chiffre la journée du 18 octobre 
sur le rapport d'un habitant. Il me semble qu'il aurait pu, 
sans trop de fatigue, prendre ses renseignements des ofliciers 
commandant les partis d'escarmouche, de M. Juchereau de 
St-Denis par exemple, ou bien encore de Pierre Carré, le 
célèbre capitaine de la côte de Beaupré. 

Si, comme les plaines d'Abraham, La Canardière eût été 
un vaste champ découvert, il eut été facile, je l'admets, de 
relever le nombre de cadavres qui tachaient le sol de leurs 
masses sinistres. Mais, en 1690, La Canardière n'était qu'un 
affreux marais, couvert de bois impénétrables frangés d'épais 
taillis ; les broussailles en étaient si denses qu'en plein jour 
nos escarmoucheurs y demeuraient invisibles aux Anglais 
exaspérés qui tiraient, au jugé, sur la fumée de leurs mous- 
quets. Et cependant, à cette époque de l'année — la mi-octobre, 



272 MORTS ET BLESSÉS 

mois de la chute des feuilles — la forêt présentait la meilleure 
condition de lumière. Quant à la grève elle était hérissée de 
galets énormes, derrière lesquels les Français s'embusquaient 
en toute sécurité pour fusiller les miliciens de la Nouvelle- 
Angleterre. Imaginez s'il était facile d'y voir clair à minuit, 
même avec des lunettes ! 

Ou me dira : remarquez qu'il faisait lune, vous même 
prenez le soin de nous le prouver. Je serai de bon compte 
et supposerai avec mon lecteur qu'il ne plût pas à torrents 
ce soir là, comme il advint les nuits du 17 et 21 octobre, et 
que l'époque des grandes marées n'eût point ramené nos pério- 
diques tempêtes. Cela prouvera-t-il que notre habitant y vit 
plus clair que l'Arlequin de la vieille chanson française ? 

Au clair de la lune, 
On n'y voit qu'un peu, 
On chercha la plume, 
On chercha du feu ; 
En cherchant d'ia sorte, 
Je n'sais c'qu'on trouva ; 
Mais j'sais que 

l'Arlequin de Monseignat compta très probablement autant 
de cadavres que de souches et autant de souches que de gros 
caillons; ce qui donnerait, arithmétiquement, le total des cent 
cinquante corps morts de la statistique. 

UArlequin de Monseignat n'était pas un galant et ce 
n'était pas précisément s'aventurer au pays du Tendre que 
s'en aller jouer Don Juan à La Cauardière, la nuit du 18 
octobre mil six cent nouante. Monseignat a oublié de nous 
dire s'il portait des besicles. Nos oculistes modernes ont classé 
leurs clients en myopes et presbytes ; de tout temps on a 
divisé les éclaireurs improvisés en poltrons et en vantards. 
La peur et la vanité sont les deux plus forts numéros de nos 
verres grossissants ; les inventeurs de télescopes en seront 
toujours pour leurs frais s'ils veulent jamais dépasser la force 
extrême de ces deux lentilles ! 

Mais admettons que l'habitant fut de bonne foi, qu'à ren- 
contre des nôtres il n'avait pas peur des morts, encore moins 
des revenants, qui me garantit que cet éclaireur n'a pas 
compté deux fois les mêmes cadavres ? Il pouvait, il devait 



MORTS ET BLESSÉS 273 

même commettre pareille erreur ; car il se trouvait placé 
dans les pires conditions d'observation possible sous le double 
rapport du terrain et de la lumière. 

Monseignat n'est pas plus explicite, ni mieux renseigné, sur 
l'escarmouche du 20 octobre. 

" Ils (les Anglais) n'ont perdu pas moins de, monde dans 
cette occasion qu'à l'autre (combat du 18.) " 

L'histoire ne nous dit pas si la lettre de Monseignat eut le 
bonheur de plaire à madame de Maintenon. M. de Seignelay 
mourut avant de la recevoir, ce qui l'exempta de la lire, et lui 
sauva l'ennui d'en être mécontent. Le secrétaire de Frontenac 
remplace par des assertions gratuites des renseignements 
positifs qui, seuls, doivent être au ministre de quelque utilité 
et de quelque intérêt. Monseignat ne critique pas les événe- 
ments qu'il raconte pas plus qu'il ne i-etrace et ne contrôle les 
renseignements qu'on lui fournit et qu'il transmet, à la façon 
inconsciente et mécanique de nos phonographes modernes, à 
qui les veut écouter. Nouvelles vraies ou fausses il laisse tout 
passer, en paresseux ou négligent qu'il est; le triage n'est 
pas son affaire, la sienne est de compiler, compiler, compiler, 
comme le vieux de Lafontaine. 

Son rapport est aussi vague et aussi nul quand il parle du 
dernier engagement à La Canardière : 

Les ennemis y ont DU 'perdre quantité de monde ! 

Monseignat eût été un pauvre clerc dans un département 
de statistiques. N'empêche qu'on le bombarda Contrôleur de 
la Marine es pays de la Nouvel le- France ! 

" La nuit, qui fut fort obscure et pluvieuse, leur (aux 
" Anglais) donna le moyen d'enlever leurs morts et d'empê- 

" CHKK DE CONNAITRE LE DÉSORDRE OU ILS ÉTAIENT." 

Si, véritablement, les iVnglais ont eu le temps d'enlever 
leurs morts cela prouve qu'ils on comptaient fort peu. On 
sait, par Charlevoix, avec quelle précipitation et quel affole- 
ment se fit le rembarquement des troupes. — " Ce qui les fit 
résoudre à la retraite, dit-il, c'est qu'ils avaient un grand 
nombre de morts et de blessés ". Cette assertion, disons-le en 
passant, est absolument contredite par Monseignat. — " Ils la 
firent d'abord en assez bon ordre ; mais ils la changèrent 
bientôt en une véritable fuite parce qu'ils entendirent sonner 
le tocsin à la cathédrale." Si les Anglais, comme le dit Char- 

18 



274 MORTS ET BLESSÉS 

levoix, eussent été chargés de morts et de blessés, il leur eût 
été impossible dans le tumulte incontrôlable d'une panique, 
d'enlever tous leurs morts et tous leurs blessés. Il en eussent 
laissé en chemin — qui était long — car de leur camp (établi 
partie sur la terre de De Vitré, partie sur la terre d'Etienne 
Pasqnier) à la maison du chirurgien Thimothée Kouss^l, le 
parcours est de 20 arpents. Les Français, s'il faut en croire 
LaHontan, très ardents à la poursuite eussent fait des pri- 
sonniers, ramassé des blessés (à moins qu'ils ne les eussent 
achevés), enterré les cadavres. Or, nulle part dans les rela- 
tions françaises ou anglaises il n'est question de prison- 
niers faits sur l'ennemi, de blessés anglais amenés à l'Hôtel- 
Dieu, ou de blessés français reçus au camp de Walley ou 
transportés sur les navires. Les prisonniers échangés le 25 
octobre au mouillage de l'Ile d'Orléans avaient, de part et 
d'autre, été pris avant le siège. 

Quant à l'inhumation en bloc, par les Canadiens, de cada- 
vres ennemis sur les grèves de La Canardière, il n'eu est 
aucunement question. Ce qui n'eût pas été une mince besogne 
étant donné les 750 morts que la Hontan prétendait y avoir 
couché pour toujours. Le mémoire de frais en eût été trop 
considérable pour être ignoré ou passer inaperçu dans les 
comptes de l'Intendance, Ce silence des archives prouve, une 
fois de plus, que le nombre des Anglais tués à La Canardière 
était petit. D'ailleurs, pour revenir au troisièmeet dernier enga- 
gement du 21 octobre, c'eût été suprême folie chez les mili- 
ciens de la Nouvelle- Angleterre que s'attarder à vouloir 
retirer d'un marécage des cadavres que l'on jetterait à la mer 
le lendemain. Le salut de mille hommes devait l'emporter 
sur la mesquine préoccupation de cacher les preuves d'une 
déroute évidente. 

Ce passage de la relation officielle de Monseignat est en 
contradiction flagrante avec cet extrait de la lettre de 
LaHontan : 

" Ils firent cette retraite (celle dtt 21 octobre) avec tant de 
piécipitation qu'ils laissèrent sur le sable leurs tentes et leurs 
canons. Tout cela fut transporté dès le matin (du 22) à 
Québec pendant que nos sauvages se dispersèrent dans le 
hois pour visiter exactement {exactement, le mot est gentil 



MORTS ET BLESSÉS 275 

n'est-ce pas ?) les morts et s'approprier comme par droit 
d'héritage ou de conquête, toute la dépouille de ces cada- 
vres." 

D'autre part, est-il possible de croire à l'honnêteté de La 
Hontan ayant l'audace d'écrire : " cette seconde attaque leur 
coûta environ quatre cents hommes," lorsque, la relation 
officielle de Monseignat, visée par Frontenac lui-même, nous 
dit que " la nuit empêcha de connaître le désordre où ils 
(les Anglais) étaient ! " 

Et c'est dans l'obscurité de cette même nuit pluvieuse, ^iti 
jyermit aux Anglais d'enlever leurs morts, que LaHontan 
trouve l'autre moyen de leur tuer, jjïus par hasard que par 
adresse, une cinquantaine d'hommes qui avaient, en quel- 
que sorte, le pied levé pour sauter dans leurs chaloupes ! ! 

Et maintenant, lisons du Frontenac : 

" La nuit du samedi au dimanche (22 Octobre) les ennemis 
voyant tous les jours de nouvelles escarmouches et appré- 
hendant d'être attaqués dans leur camp parce qu'ils avaient 
vu défiler dès le soir quelques troupes que j'avais envoyées 
pour soutenir ces divers petits détachements, prirent si fort 
l'épouvante qu'ils se rembarquèrent dans la plus grande con- 
fusion du monde et avec tant de désordre qu'ils abandon- 
nèrent leur canon. 

" Il fit une si horrible pluie pendant toute la nuit, et elle 
était si obscure que nos gens les plus avancés ne purent 
s'apercevoir de ce qui se passait parmi eux (les Anglais), 
mais les ay^nt reconnus, un peu avant le jour, ils trouvèrent 
cinq pièces de canon qui étaient à basse marée et que les 
chaloupes des ennemis ne pouvaient embarquer qu'elle ne 
fut plus haute ". 

Vous avez, lecteurs, à choisir entre La _ Hontan et Fron- 
tenac ! Lequel a dit la vérité ? Qui hésiterait à répondre ? 
— Et qui voudra croire maintenant, sur l'inepte relation de 
Monseignat, laquelle ne vaut même pas en vraisemblance l'au- 
torité d'un bon commérage, ou sur la parole et le de visu de ce 
fanfaron Parisien La Hontan, que véritablement sept cent cin- 
quante Anglais se firent tuer à La Canardière pour la plus 



276 MORTS ET BLESSÉS 

grande gloire des armes Canadiennes-françaises en général et 
du mousquet du chevalier du Mont-Carmel en particulier ^ ? 



De toutes les escarmouches livrées à La Canardière, le 
combat du mercredi 18 octobre est indéniablement le plus 
facile à observer, vu l'abondance et la précision des détails 
fournis par les auteurs français, anglais ou canadiens. Sur ce 
point, les versions contemporaines concordent étonnamment 2. 
Elles nous donnent d'abord Yheure du débarquement, la 
durée de l'action, le nombre des combattants engagés de part 
et d'autre, la statistique des morts et des blessés. Sans doute 
elles diffèrent sur ce dernier point, en tant qu'elles se divi- 
sent en relations françaises ou anglaises, mais les contradic- 
tions même qui existent entre des récits de même langue 
servent à rectifier et à prouver leurs chiffres les uns par les 
autres, en même temps qu'à établir la sincérité ou la super- 
cherie de leurs auteurs. 

La descente de l'armée anglaise eut lieu le mercredi, 18 
octobre, entre midi et deux heures, au temps de la marée 
basse ^. L'escarmouche commença presque aussitôt. Quatre 
cents hommes y prirent part. Walley nous dit en propres 
termes : " Pendant que les milices se formaient en bataillons 
sur la vase de la grève, j'ordonnai à quatre compagnies de se 
déployer en tirailleurs et de marcher en avant afin de balayer 
le terrain. " 



1 — La Hontan a conloiidu volontairement la tin de l'escarmouche 
du 21 octobre avec le rembarquement des troupes anglaises dans la 
nuit du 22. . 

Walley s'était proposé d'opérer le rembarquement le soir même 
du 21 octobre ; mais le désordre et le tapage avec lequel les mili- 
ciens anglais se précipitèrent sur la grève exaspéra Walley qui 
renvoya toutes les chaloupes et ne permit à personne d'embarquer. 

2 — Monseignat, Walley, Champigny, Germain de Couvert, Bac- 
queville de La Potherie, La Hontan, Janclot, De Catalogne, Anne 
Bourdon, Mather, et Charlevoix. 

3 Bacqueville de la Potherie est seul à dire que les Anglais 

mirent pied à terre sur les dix heures du matin, — Il est absolument 
contredit par tous les autres contemporains. 



MORTS ET BLESSÉS 277 

Nous savons par les minutes du General Court àw Massa- 
chusetts de combien d'hommes se composait une compagnie 
de miliciens en 1690. Nous lisons, en effet, ce qui suit, à la 
date du 4 juin 1690: Four scores of tliesc troops (levée de 
4U0 volontaires du Massachusetts avait été ordonnée pour 
protéger les villayes-f routières de la Kouvelle- Angleterre, 
Aimsbury, Dover, Exciter, Kittery, York, Wells, etc)—to be 
troopers. The whole to be divided into companies of 51) to 
60 raen." 

Dans l'examen d'un prisonnier français, capturé par les 
Anglais après l'expédition d'Hertel contre Salmon Falls, il est 
dit ({u'il y avait au Canada, en 1690, 32 compagnies de 
cinquante hommes en service actif. 

Les Anglais, c'est-à-dire lavant-garde, étaient donc au 
nombre de deux cents hommes. D'autre part, les Canadiens 
français, miliciens de Montréal et des Trois-Eivières, habi- 
tants de Beauport et de Beaupré, coureurs de bois, Sauvages, 
accourus pour leur barrer le passage, ne dépassaient guère ce 
chiffre. 

" M. de Frontenac envoya un détachement des milices 
de Montréal et des Trois-Eivières pour les harceler ; quelques 
habitants de Beauport se joignirent à elles, mais tout cela ne 
faisait qu'environ trois cents hommes ". — Charlevoix. 

" Comme l'on était incertain de leur descente il ne se 
trouva guère de monde à les y recevoir ; à peine trois cents 
hommes purent se joindre ". — Bacqueville de La Potherie. 

" Il nous fut impossible de traverser ces débarquements. 
Toute la précaution que le Gouverneur-Général pu prendre, 
ce fut d'envoyer au plus vite cinquante officiers, deux cents 
coureurs de bois et tout ce (jue l'on put rassembler de nos 
Sauvages ". — La Hoidan. 

" 11 n'y eut jjas plus de deux cent cinquante Français et 
Sauvages à leur résister ". — Anne Bourdon. 

" Les ennemis étaient déjà à terre au nombre de deux mille 
hommes et s'étaient rangés en bataille devant que nos gens 
arrivassent, qui, avec quelques habitants de Beauport qui se 
joignirent à eux, faisaient au plus triÀs cents hommes, encore 
ne donnèrent-ils pas tous ". — Monseignat. 

Gédéon De Catalogne nous dit pourquoi les trois cents 
liommes de la version Monseignat ne donnèrent pas tous. 



2*78 MORTS ET BLESSÉS 

" Les volontaires de Montréal, commandes par le sieur de 
Sainte-Hélène y accoururent (à La Canardière) ^onv ]omàve; 
les habitants de Beauport et de Beaupré, ce qu'ils ne purent 
faire ". 

" Et comme on était incertain où ils {l.es Anglais) feraient 
descente nous nous trouvâmes très peu de monde de ce côté- 
là, à peu près deux cents." — Janclot. 

" Il n'y avait que deux cents habitants à la descente des 
Anglais." — Germain De Couvert. 

" 11 n'y avait qu'environ deux cents Canadiens dans cette 
occasion qui sortirent de la ville en confusion pour courir à 
l'ennemi. " — Chanqyigny. 

])e telles assertions m'autorisent à fixer à deux cents 
hommes l'effectif canadien-français engagé avec les quatre 
compagnies anglaises dans l'escarmouche du 18 octobre, et à 
totaliser à 400 le nombre des combattants. 



" Le combat dura environ une heure." — Charlevoix. 

" Le feu dura plus d'une heure." — Monseignat. 

" L'ardeur et la bravoure des Canadiens parut par des 
escarmouches qu'ils firent durant deux heures sur les enne- 
mis." — Champigny. 

Convenons, pour faire plaisir à tout le monde, que la 
bataille ait duré une heure et demie, cela n'ajoute ou ne 
retranche un seul coup de feu aux volées de mousqueterie. 

Combien de morts et de blessés l'armée angla\së compta-t- 
elle après l'engagement ? Telle est la question. 

Voici le rapport du major Walley : 

" Making enquiry what damage we had received from the 
enemy or done to them found wes had not above four killed 
outright at our landing nor less than sixty ofificers and soul- 
diers wounded. And it was judged wee had killed twenty, 
some say thirty, of the enemy and Siuce wee hâve been in- 
formed their hospital is full of wounded men. " 

La Hontan écrit à son tour : " Nous comptâmes environ 
300 des ennemis restés sur la place, sans avoir perdu de 



MORTS ET BLESSÉS 279 

notre côté que quatre officiers, dix coureurs de bois et deux 
sauvages." 

J'ai dit ailleurs ce qu'il fallait penser de La Hontan sup- 
putant la statistique mortuaire de l'ennemi, je n'ai pas ici à 
y revenir. Je constate seulement que des dix-neuf relations 
contemporaines du siège de Québec par Phips, la lettre de 
La HoQtan est celle qui donne le chiffre maximum des pertes 
françaises à l'escarmouche du 18 octobre. Seize morts et 
blessés ; avouez, lecteurs, que John Walley avait bon œil et ne 
calculait pas si mal quand il écrivait à l'amiral: It was 
judged vjee had kitled tiventy of the enertiy. Il voyait bien 
tomber ! 

Les Canadiens-français comptèrent donc seize hommes mis 
hors de combat, et les Anglo-américains soixante-quatre. Ce 
qui donne exactement le rapport de 1 à 4. 

Pourquoi ne pas conserver ce rapport pour les deux autres 
engagements qui eurent lieu le 20 et 21 octobre ? L'insuffi- 
sance irrémédiable des détails, la pénurie des renseignements 
que nous possédons sur ces deux escarmouches rendent abso- 
lument excusable et acceptable cette dernière proposition. 

Au combat du vendredi, L'O octobre, la seule statistique 
positive que nous sachions est celle de la durée, de deux heures 
après-ïfiidi à la tombée de la nuit, dit Charlevoix; soit 
trois heures. 

Les historiens ne donnent même pas la durée du troisième 
engagement (celui du samedi 21 octobre) qui dut être plus 
court que le combat de la veille. Commencée, comme le pré- 
cédent, vers les deux heures de l'après-midi, l'escarmouche du 
21 octobre fut brusquement interrompue par le tocsin que 
l'on sonna à la cathédrale. L'action dégénéra en panique. Je 
ne croirais pas exagérer la durée de cette dernière rencontre 
en la calculant égale à la longueur du premier combat livré 
au débarquement ; soit, une heure et demie. Ce qui donne- 
rait, pour les trois escarmouches réunies de La Canardière, en 
durée totale, six heures de combat entre 400 tirailleurs (200 
Anglais et 200 Français). Ce dernier chiffre n'eu est pas un 
convenu pour les besoins de la moyenne statistique que je 
désire établir, il s'impose pour une raison stratégique, l'exi- 
guité du terrain ne permettant pas des manoeuvres plus dé- 
ployées. 



280 MORTS ET BLESSÉS 

L'état du sang versé à La Canardière seraient alors de 256 
Anglais contre 64 Canadiens- français, tués et blessés aux 
trois engagements, 

Suivant moi, le rapport arithmétique de 1 à 4 s'applique- 
rait également aux capacités militaires des deux armées en 
présence comme à la valeur stratégique de leurs positions 
respectives ; c'est-à-dire que les milices canadiennes-fran- 
çaises étaient quatre fois mieux assises et exercées que les 
bataillons ennemis. 

Soldats de la Nouvelle-Angleterre et soldats de la Nouvelle- 
ïrance avaient cependant une égale et commune vertu 
pratiquée à un degré héroïque : le courage. Et c'est faire 
preuve d'une loyauté supérieure à toute générosité de com- 
mande que reconnaître, avec La Hontan, leur incontestable 
bravoure et l'applaudir jusqu'au plus lointains échos de 
l'histoire. 

Non seulement il convient de reconnaître la valeur d'un 
ennemi, mais il faut encore admettre le succès de ses armes, 
quelque petit qu'il soit. L'Intendant Ghampigny, et l'officier 
Gédéon de Catalogne nous en donnent un franc exemple. 
A rencontre de leurs compatriotes Monseignat, La Potherie, 
Janclot, et les autres, ils ont la sincérité de dire et d'écrire que 
nos francs-tireurs canadiens et sauvages n'arrêtèrent pas l'ar- 
mée anglaise et qu'au débarquement elle balaya devant elle 
le teixain nécessaire à l'assiette de son camp. 

" L'ardeur et la bravoure des Canadiens parut par des 
escarmouches qu'ils firent durant deux heures sur les ennemis 
qui demeurèrent et marchèrent toujours en bataille sans se 
rompre. — De Champigny. 

" Les habitants de Beauport et de Beaupré qui étaient 

en embuscade avec quelques-uns de Montréal qui les avaient 
joints firent deux décharges dans leurs bataillons qui ne les 
ralentit pas du tout." — De Catalogne. 

Ceci n'est pas une citation traduite de John Walley, Cotton 
Mather ou Hutchinson, mais l'extrait du rapport officiel d'un 
Intendant de la Nouvelle-France appuyé du témoignage d'un 
officier français présent à l'action. 



MOBTS ET BLESSÉS 281 

Un soir, que je lisais ces quelques pages de critique mili- 
taire à mou ami Oscar Pelletier, ofticier d'artillerie de la 
garnisou de Québec, et lui demandais en toute sincérité 
l'opinion qu'il en entretenait, celui-ci me répondit simple- 
ment : 

Ecoute : je vais te raconter la bataille de l'Anse-au-Couteau 
{Cut Knife Creekj. C'est, de tous les combats d'escarmouche 
livrés pendant l'insurrection du Nord-Ouest, celui qui soutient 
le mieux la comparaison avec les rencontres de La Canardière 
en 1690. Si tu le veux bien nous allons vérifier ensemble. 

Notre colonne exyjéditionnaire,partie de Battleford le 1 ermai 
1885, comptait o2ô hommes. A part nos carabines, nous avions 
deux canons de campagne, pièces de sept, et une mitrailleuse 
Gatling. Nous nous sommes battus à l'Anse-au-Couteau, de 
cinq heures du matin (le 2 mai) jusqu'à midi, c'est-à-dire, 
pendant sept heures ; une heure de plus que tu calcules pour 
la durée des trois engagements réunis de La Canardière, les 
18, 20 et 2l octobre lÔ'JO. Nous sommes revenus à Battle- 
ford avec 28,000 cartouches de moins. De ces 28,000 cartou- 
ches, 3,500 ont été tirées par la mitrailleuse Gatling. Je 
défalque encore de ces 28,000 cartouches, 1,500 à 2,000 
perdues dans la distribution pendant l'action, ou tombées des 
gibernes des tirailleurs. 

Or, sais-tu combien de sauvages nous avons tué avec nos 
26,000 coups de carabine ? — Je te le donnerais en cent, je te 
le donnerais en mille que tu ne devinerais pas. — Ecoute bien : 
dix ou qui'iïze sauvages ! Elle e.-t brillante notre statistique ! 

Le l'ère Cochin, qui était à l'Anse-au-Couteau avec Pound- 
maker tout le temps que dura la bataille, soutient que nous 
n'avons pas tué plus de cinq à six sauvages ! Et il persiste 
dans son affirmation. 

Le rapport officiel ^ dit que quatre sauvages ont été tués 
par la mitrailleuse Gatling, quatre autres par notre police à 

cheval, et c'est tout!!! De mieux en mieux n'est-ce 

pas ? 



1 — Cf : Rapport sur la réprension de l'insurrection dans les terri- 
toires dn Nord-Ouest, 1885. Ministère de la milice et Défense du 

Canada. Ottawa pp. 21 et 23, planches XII et XIII. Dépêche du 

lieutenant-colonel Otter. 



282 MORTS ET BLESSÉS 

Personnellement voici ce que j'ai vu ; c'était vers une 
heure de l'après-midi, nous venions de quitter le champ de 
bataille pour retraiter trente milles sans désemparer. Très 
avilies qu'ils étaient de ramasser les cartouches, les muni- 
tions ou les accoutrements qui auraient pu être laissés sur 
le terrain, les Sauvages apparurent de suite et occupèrent le 
champ de bataille. L'idée nous vient de leur dire bonjour 
avec un obus Shrapnel. 

J'ai vu, de rues yeux vu, ce qui s'appelle vu, le projectile 
éclater au franc milieu d'une bande compacte d'Indiens. Les 
pillards s'envolèrent comme de farouches étourueaux, à part 
trois ou quatre gaillards qui restèrent sur yjlace. Etaient-ils 
morts ou blessés ? Je l'ignore. Ce n'était peut-être bien (|ue 
des paresseux qui se couchaient à l'heure du midi pour faire 
la sieste, des dispeptiques incurables qui escomptaient les 
loisirs, le far niente de l'autre monde pour digérer à fond les 
dragées ferrugineuses de la bonbounière Shrapnel 1 

Mais, trêve de badinage. Additionnons attentivement : les 
cinq ou six morts du Père Cochin, les huit d'Otter et les 
quatre autres du Shrapnel ne donnent pas 20 au total ! 

On ne connaîtra probablement jamais le chiffre exact des 
casualties dans cette affaire. A moins que la vieille squaw 
de la bourgade de l'Anse-au-Couteau ne parle un jour ; ce 
qui est peu probable. Interrogée comme témoin au procès 
des huit sauvages qui furent pendus à Battleford, cette femme 
laissa entendre qu'il y avait eu à l'engagement de Cat Kiiife 
Greek plus de morts que n'en comptait le Père Oochiu. " Si, 
" au lieu de chercher dans les tentes, disait-elle, les Faces 
" Pâles avaient regardé sous le Ht du ruisseau, elles en auraient 
'• trouvé d'autres." ^ C'est tout ce que l'on put arracher de 
ce témoin récalcitrant qui s'est obstinée à ne pas répondre. 
Nous n'avons que ce demi aveu pour conjecturer une perte 
ennemie supérieure à vingt-cinq hommes. 

Cela fait, conséquemment, plus de inille coups de fusil 
pour un mort. Ee^narques bien que je compte pour nul l'effet 
possible des 90 coups de canon que nous avons tirés. 



î — Les sauvages du Nord Ouest canadien ont l'habitude d'enter- 
rer dans le lit des rivières les cadavres de leurs guerriers tués dans 
les batailles. C'est un moyen excellent de cacher leurs pertes à l'en- 
nemi. 



MORTS ET BLESSÉS 283 

Les sauvages de Poundmaker étaient au nombre de cinq 
cents. Je te donne là mon calcul ; celui du Père Cochin est 
encore plus humiliant pour nous, car il prétend que les Cris 
et les Assiniboines n'étaient pas plus de trois cents, comptant 
les femmes et les enfants. Embusqués derrière les brous- 
sailles, exactement comme le devaient être les Canadiens- 
français dans le marais de La Canardière, ils nous ont fusillés 
à découvert pendant sept heures, non pas avec des mousquets 
vieux jeu, mais avec de bonnes carabines _/iït de siècle (19ième 
s'il vous plaît), des Winchesters et des fusils de la Baie d'Hud- 
son. Ils ont bien brûlé en notre honneur 9,000 cartouches. 
Nous étions absolument à découvert, conséquemmeut à leur 
merci, c'est-à-dire à la merci de leur coup d'œil qui est 
adniirable à courte portée. Nous n'avons eu toutefois que 
huit morts et quatorze blessés. J'ai eu l'honneur d'être 
frappé le quatrième ^ . 

J'ai dit que nous étions absolument exposés au feu de 
l'ennemi ; j'insiste sur cette déclaration, elle est exacte, précise, 
au stricte sens de cet adverbe. Par comparaisons de dangers 
tu pourras plus facilement établir un parallèle de statistiques. 

Imagines la situation ; elle était d'une gravité extrême. 
Nous avions à gravir un mamelon, nu comme un cône, à redes- 
cendre son versant ouest, à franchir un ravin hérissé de brous- 
sailles, puis enfin à remonter la montagne au sommet de 
laquelle était assis le camp de Poundmaker. Nous ne sommes 
pas allés plus loin que la cime du mamelon que dominait 
entièrement la montagne. Pas le moindre pli de terrain, 
rentleinent ou déclivité, pas un rocher, pas un arbre, où l'ou 
pût se blottir ou s'embusquer en plein travail d'escarmouche ; 
partout une herbe rase, sèche et dure, comme celle qui tu 
remarques aux glacis de la citadelle de Québec, et dont la 
colline semblait avoir relevé exactement l'angle d'inclinaison, 
tant elle était raide et accentuée. 

Par contre, en face de nous, de l'autre côté du ravin, sur 
toute la longueur de la petite chaîne de monticules qui nous 
enserrait de toutes parts, d'épais taillis de trembles nains 



I — Lieutenant Oscar C. Pelletier, du 9ième bataillon, a reçu un 
coup de feu dfins la cuisse gauche. Grave blessure. 

Rapport siir la répression de Vinsurrection dans Us territoires du 
Nord- Ouest, ISSô; page 24. 



284 MORTS ET BLESSÉS 

cachaient sous leur feuillage impénétrable cinq cents Peaux- 
Kouges, Cris, Assiniboines, dont les armes, carabines Win- 
chester et fusils de la Baie d'Hudsoii, portaient à plus du 
périmètre du champ de bataille, sur quelque point que l'on 
mesurât sa largeur. 

On nous fusillait de toutes parts : à droite, à gauche, en 
avant, en arrière, de haut en bas; ce qui donnait une chance 
de plus aux balles de ceux qui tirent enlevant. Et cependant, 
malgré l'horrible position de notre petite colonne, nous n'avons 
compté, après sept heures d« fusillade endiablée, (^ue hmt 
morts et quatorze blessés. 

Considérons maintenant la position des soldats du major 
John Walley sur les battures de La Canardière. Elle est 
de beaucoup moins périlleuse à mon avis. 

Je prétends d'abord que les 1300 hommes de la colonne 
expéditionnaire de Walley n'ont pas tous donné. Car, de cet 
effectif, il faut déduire un contingent quelconque préposé à la 
garde du camp. L'insuffisance des renseignements fournis 
par les écrivains de l'époque ne permet pas d'établir — même 
approximativement— le chiiïre de ce détachement. Il devait 
être considérable cependant, vu l'irréparable désastre qu'eût 
■entraîné jjour Walley la surprise du camp pendant que les 
miliciens de la Nouvel le- Angle terre cherchaient à forcer le 
gué de la rivière Saint-Charles. A ce propos, je fais la 
même observation pour les onze cents marins de la Hotte : 
tous n'ont pas concouru au bombardement. Comme l'on 
avait confié à des compagnies éprouv^ées la défense du camp 
de La Canardière de même l'on dut préposer au service et à 
la garde des caiclies, flibots et autres petits bâtiments de 
trans})ort un certain nombre de matelots. 

Autre considération : le gros de l'armée de Walley, ces 
bataillons aux tambours battants et aux étendards déployés 
que Charlevoix trouvait rangés dans une assez belle ordon- 
nance se tenaient nécessairement à plus de trois cents 
verges de l'ennemi, c'est-à-dire, en dehors de la zone dange- 
reuse des mousquets. Il n'y avait réellement d'engagé que les 
compagnies d'avant-garde, déployées en tirailleurs. Les batail- 
lons qui devaient maintenir entre eux et l'avant-garde la 
digtaiice réglementaire, avançaient ou reculaient d'après le 
succès ou le revers des tirailleurs lancés eu tête delà colonne. 



MORTS ET BLESSÉS 285 

Sans douté ils n'échappaient pas aux balles perdues, et leur 
nombre, si petit qu'il soit, n'est jamais une quantité négli- 
geable, mais enfin celles-ci ne leur venaient que de deux 
côtés, en face et sur la droite ; — leur gauche et l'arrière- 
garde étaient absolument à l'abri de tout projectile. Ce qui 
n'avait pas lieu à l'Anse-au-Couteau où l'on nous fusillait 
également en pleine poitrine, entre les deux épaules, et de 
chaque versant du profil ! Go, as you phase ! 

J'admettrai, par exemple, que les combats d'avant-garde, 
les escarmouches des 18, 20 et 21 octobre 1690, durent être 
de chaudes affaires i. Les tirailleurs durent se mousqueter à 
bout portant ; un moment il y a lutte corps à corps : à preuve 
l'aventure de M. de Sainte-Hélène. Il veut faire un prisonnier, 
l'empoigne et va l'enti-aîner, quand un coup de pistolet lui 
casse la jambe. Or les pistolets du I7ième siècle n'étaient 
pas précisément des Adams, et le coup — qui en était un visé 
— dut être tiré à moins de dix pas. 

Autre considération : les tirailleurs anglais ne demeuraient 
pas à découvert tout le temps que durait l'escarmouche, ils 
entrent sous bois aussi eux, et, dans la journée du 18 octobre, 
on se fusille à travers les arbres. La relation de Monseignat 
nous le dit en toutes lettres. 

Incontestablement la position de l'armée puritaine à La 
Canardière était de beaucoup moins dangereuse que la situa- 
tion de la colonne expéditionnaire de Battleford à Cut Knife 
Creek. Et cependant le chiiire de ses pertes, 256 hommes, 
décuplerait celui (22) de nos morts et de nos blessés. Donc, 
la statistique que tu me proposes est exagérée. 

A moins que tu ne prouves l'incontestable supériorité de 
l'ennemi ; supériorité qui s'établit par la force corporelle, 
l'entraînement disciplinaire, l'habilité du maniement des 
armes, la perfection même de ces armes. 

Nous n'avons pas ici à nous préoccuper de la fermeté des 
muscles des combattants anglo-américains ou franco-cana- 
diens ; il n'y eut pas une seule rencontre à l'arme blanche. 
Aussi passeions-nous de suite à l'entraînement disciplinaire, 
qui est le second point à considérer. 

1 — Le mot de La Uontan est très crâne : 

" 11 nous en fallut donc découdre tout de bon I " — Ce qu'il fit. 



286 MORTS ET BLESSÉS 

Le gros de la petite armée de Phips se composait de gar- 
çons de ferme et d'apprentis matelots, bouviers et caboteurs, 
improvisés miliciens pour la circonstance ^. Ces paladins 
du Protestantisme — car véritablement l'expédition contre 
Québec revêtait le caractère religieux et politique d'une 
croisade — s'imaginaient que la haine du Pape et des Français 
suppléerait à tous les défauts de leur éducation militaire. 
" Ce n'est pas, nous dit La Hontan, que les Anglais man- 
quassent de courage ; on peut dire même qu'ils se battirent 
en fort braves gens : mais comme ce n'étaient que des hommes 
ramassés et nullement instruits au métier de la guerre ils ne 
savaient ce que c'était que de voir le feu sans broncher, et 
que de tenir ferme dans l'action ; ainsi combattant en étourdis 
et sans aucune discipline, ils s'enferraient eux-mêmes et ils 
donnaient la plus belle occasion du monde pour se faire 
assommer. D'ailleurs ces pauvres gens avaient souffert dans 
le voyage ; les fatigues de la mer les avait affaiblis et ils 
auraient eu besoin de se reposer et de se refaire avant que 
d'en venir aux prises." 

Eeste à débattre la question d'habilité. Eh ! bien posons- 
la franchement : crois-tu que le coureur de bois du 17ième 
siècle soit demeuré hors de pair comme tireur ? et que le 
type en soit perdu ? Crois-tu que l'Assiniboine, le Cri, le iSioux, 
le Cow-Boy du 19ième siècle ne valent pas l'Iroquois, le 
Huron, les trappeurs français, anglais, hollandais du 17ième ? 

Il y avait des Bois-Rosé bien avant, comme il y aura des 
Bois-Rosé bien après le roman de Gabriel Ferry. — Sans doute 
les habitants de Beaupré et de Beauport, les écoliers du 
Collège de Québec, les Hurons de Lorette, les chasseurs blancs 
des Grands Lacs savaient loger une balle et faire mouche, 
mais ne t'imagines pas que les Sauvages du Nord- Ouest 
soient des myopes. Souviens-toi que les quatre-cinquièmes 
des volontaires tués à l'insurrection de 1885 ont tous été 
frappés à la tête. Ce détail fait réfléchir. Tu dois trouver. 



1 " A sufficient number of ship-masters, merchants, masters- 

mechanics, and substantial farmers were commissioned as subor- 
dinate officers." 

Parkman : Sir William Phips' s Attack on Québec, published in 
The Atlantic Monthly, vol. 38, December 1876, pp. 719 & seq. 



MORTS ET BLESSÉS 287 

comme moi, cette blessure significative. Il semble que 
quelqu'un leur ait transmis l'ordre de César à Pharsale : 
Frappez au visage ! Va donc enseigner les classiques à ces 
gueux-là ! 

Malgré leur habilité redoutable et la perfection de leurs 
Winchesters les cinq cents sauvages de Poundmaker durent 
brûler 9,000 cartouches avant que d'abattre vingt-deux hom- 
mes, sur les 325 que nous étious, bien à découvert dans la 
prairie, sept heures durant ! Comme record de tir à la cible 
cela donne plus de 2 ( balles pour un. Ils se sont donné 
de la marge sur le blanc 1 Et cependant nous avons trouvé le 
moyen d'en prendre davantage avec nos 26,000 rondes de 
cartouches qui n'ont pas tué vingt-six sauvages ! A toi de 
tirer la conclusion, à moi de tirer l'échelle ! 

Cette statistique, je l'admets, nous couvre de ridicule... 
auprès des badauds ! Un tel déploiement de forces militaires 
produire un aussi piètre effet, un résultat si misérable 1 C'est 
l'aventure de la montagne en travail de souris qui se renou- 
velle; avec cette différence qu'il a fallu découcher cette nuit- 
là à dix lieues plus loin. Que veux-tu ? il y a des bals où 
l'on dit : ça manque de femmes ; celui-ci manquait de 
gardes-malades : on les avait oubliées, avec l'hôpital, à 
Battleford ! 

Je pourrais bien excuser notre maladresse apparente par 
des explicatians valables, des raisons plausibles, capables, je le 
crois, de satisfaire la sévérité légitime d'un tribunal compé- 
tent, mais à quoi bon s'occuper de l'opinion commère use ? 
Combien de sots pour faire un public, disait Chamfort ? Je 
prouverais, par exemple, que pour seuls points de mire nous 
n'avions que les fumées des coups de feu ennemis ; cibles 
tardives et trop mobiles, cibles fantômes, aussitôt disparues 
qu'apparues, véritables trompe-l'œil qui ne permettaient que 
des tirs approximatifs, nuls pour la plupart. 

Mais, encore une fois, à quoi bon ? 

Je regrette, tout de même, que tu n'aies pas eu le spectacle, 
très pittoresque, de ces fumées meurtrières, explosives, blan- 
ches comme du lait, rondes comme des ballons d'enfants, qui 
s'estompaient en reliefs puissants de tous leurs flocons de 
ouate sur la verdure intense des broussailles, et crevaient 
tout à coup dans l'atmosphère, à la manière des bulles de 



288 MORTS ET BLESSÉS 

savon. C'était un beau sujet de description littéraire. Seule- 
ment, chacun de ces petits nuages laissait tomber du ciel une 
goutte de plomb. Voilà comment il pleut au Nord-Ouest ! 

Sans doute les aulnaies, les noisetiers, aubépines, arbus- 
tes de basse futaie, petits trembles de l'Anse-au-Couteau, 
protégeaient beaucoup moins les Assiniboines et les Cris 
que les grands arbres de La Canardière — ormes, chênes, 
hêtres — ^ ne dissimulaient derrière leurs troncs, larges comme 
des poitrines d'hommes, les francs-tireurs de Frontenac ; mais 
d'autre part, les francs-tireurs de Frontenac n'avaient pas eu 
le temps de se creuser des riffîe-pits {fosses de tir) où le 
corps disparaissait jusqu'aux épaules. Sans doute, à l'escar- 
mouche du 18 octobre 1690, le feu des 200 mousquetaires de 
Walley a été plus effectif que le nôtre, car, de l'aveu même 
des troupes françaises, sei^e hommes furent tués ou blessés en 
moins d'une heure. 

Nous en avons pris sept à en frapper quinze. Mais que, 
de ce résultat fortuit, l'on conclue que le feu des miliciens de 
la Nouvelle-Angleterre ait été plus nourri, mieux dirigé que 
le nôtre ? halte-là ! camarade. Eappelle-toi Parkman et ses 
gorges chaudes aux dépens des artilleurs bostonnais ^. Avec 
deux mille coups de canon ils n'ont cassé qu'itw bras et 
qu'une tête 1 Crois moi, ami, dans cette armée là l'infanterie 
valait l'artillerie ! 

Etant admis que 400 mousquets fussent partie active à 
l'escarmouche du 18 octobre, combien s'est-il tiré de coups de 
feu t II est difficile de répondre exactement à cette question 
épineuse. Toutefois, avec de la bonne volonté, on y arrive. 

Remarquons d'abord que le major John Walley n'était pas 
homme à brûler sa poudre aux moineaux, pour deux raisons : 
la première, est qu'il n'y a pas eu de moineaux dans le pays 
avant 1868, année mémorable où le colonel Rhodes les importa 
d'Europe, au grand désespoir des hirondelles ; la seconde. 



1 — On en voit encore de superbes sur la propriété de M. George 
Alford. 

2 — " On the spire of the cathedral in the Upper Town had been 
hung a picture of the Holy Family, as an invocation of divine aid. 
The Puritan gunners wasted their amniunition in vain attempts to 
knock it down. That it escaped their malice was ascribed to miracle, 
but the miracle would hâve been greater if they had hit it." Fron- 
tenac & Neic-France, p. 274. 



MORTS ET RLESSÉS 289 

parce qu'il manquait de munitions ^ . C'est l'une des raisons 
qu'il allègue pour excuser auprès du gouvernement de l'Etat 
du Massachussetts le désastre de l'expédition. 

Je comprends ta sollicitude à expliquer autant qu'à justifier 
les statistiques militaires de Frontenac. Tu y mets de la 
ferveur, moi, de la complaisance. J'admettrai donc, pour les 
besoins de la cause, comme disent les avocats qui en ont une 
mauvaise, que les soldats de Walley et les habitants de 
Beauport tirèrent à La Cauardière, chacim 13 coups de 
mousquet à l'heure 2. Etant donné, toujours suivant ton 
hypothèse, que les trois escarmouches de La Cauardière 
aient duré six heures, cela donne, à raison de 13 coups par 
heure pour 400 mousquetaires, 31,200 coups de feu ! 31,200, 
ne trouves-tu pas cette statistique exhorbitante à première 
vue ? Que serait-ce donc si j'acceptais celle de Savage ? Il y 
a plus: avec 3,900 coups de mousquet les Anglais tuent et 
blessent 16 hommes, cela donne une moyenne de 244 balles 
pour un homme. Ce tir est brillant comparé au nôtre qui 
est de plus de 1000 balles pour un homme. 

Mais il devient éblouissant si ou l'applique aux Canadiens- 
français. Imagines qu'avec 3..iOO coups de mousquet ils 
tuent et blessent 64: Anglais, c'est-à-dire que chaque Bos- 
ton nais ne leur coûte que 61 balles ! C'est trop beau pour 
être vrai ! Le croira qui voudra cependant ! 

La statistique du chevalier Phips, si scandaleusement 
écourtée quand on la rapproche des relations en robe de 
chambre de Monseignat, La Hontan, Janclot, Bacqueville et 
Cie, me semble honnêtemenl vêtue de vraisemblance lors- 



1 — The land army's failing, the enemv'stoo timely intelligence, 
lyeing 3 weeks within 3 days sali of tho place, etc., the shortness 
of oiir ammunition, our late setting out, our long passidge and 
many sick in the army, thèse may be lekned as some of the reasons 
of our disappointment. 

Postscriptum du Journal de Walley. 

2 — Le major Thomas Savage prétend que les miliciens anglais 
tirèrent, chacun, à la première escarmouche, c-a-d, au débarque- 
ment à La Canardière, treize à dix-huit coups de mousquet. 

" Our men had spent the greatestpart of our ammunition in this 
skirmish {escarmouche du 18 octobre), having taken ashore with 
them about three quarters of a pound of powder a man, and about 
fifieen or eiç/hieen shots." 

Cf : Relation du major Thomas Savage, page 50. 
19 



290 , MORTS ET BLESSÉS 

qu'on la compare aux états officiels de la rencontre de la 
colonne d'Otter avec les sauvages de Poundmaker à l'Anse- 
au-Couteau, Plus j'y réfléchis et plus je me convaincs que 
les chifi'res de Sir Williams Phips seraient exacts s'ils s'appli- 
quaient uniquement aux pertes de vie immédiatement encou- 
rues sur les grèves de La Canardière, 

Mais il faudrait un nouveau rapport pour les casualties 
du Ijonibardement qui donnerait la statistique des morts aux 
ponts et entre-ponts du Six Friends, du John & ThoTnas, du 
Swan et de V America- Mer chant. Cotton Mather ment 
avec une rare impudence quand il ose affirmer qu'il n'y eut 
qu'wTi seul hoinime tué et deux mortellement blessés au bord 
du Six Friends. Le vaisseau amiral était monte par deux 
cents hommes et il suffit de se rappeler les dangereuses 
avaries que lui fît subir le canon victorieux de Frontenac 
pour rendre manifeste l'invraisemblance d'une pareille asser- 
tion. 

Je me suis convaincu, après la lecture attentive des diverses 
relations historiques du siège de Québec en 1690, que les 
pertes de la flotte ont excédé de beaucoup la statistique 
mortuaire des troupes de Walley. Elle doubleraient le nombre 
des cas fatals de la colonne campée à La Canardière que je 
n'en serais aucunement étonné. 

En tout et partout je calculerais cent cinquante hommes 
TUÉS ou MORTS DE BLESSURES d' ARMES à la descente et au 
bombardement, — les deux opérations considérées une 
seule et même affaire. Etudié au point de vue militaire 
l'événement ne comporte pas d'autres proportions statistiques. 
Si, véritablement, il existe un excédent de pertes de vie, le 
typhus, la petite vérole, la dysenterie, les fièvres de camp, 
les naufrages subis au retour de l'expédition, le devront 
expliquer. A toi d'en évaluer la sinistre moyenne, elle n'est 
pas de ma compétence. 

Ainsi parla mon ami le capitaine Oscar Pelletier. 
J'ai cru sage de ne rien ajouter à cette brillante dissertation ; 
j'aurais pu la gâter par quelque maladroit commentaire. Je 
me suis permis seulement d'ajouter, à titre de complément, 
la liste des miliciens anglais morts et blessés au siège de 
Québec en 16'J0, telle que je l'ai reconstituée par les archives 
du State House à Boston. 



MORTS ET BLESSÉS 291 

MORTS ET BLESSÉS DE L'ARMÉE ANGLAISE. 

(Documents consultés.) 



General Court Records^ VoL 37, pages 61, 62, 63 et 64. 
Vol. 70, pages 181 & «eç. 

Le comité chargé de s'cuquérir des soldats malades, blessés 
et estropiés de l'expédition de 1690 fut nommé le 11 février, 
1691 1 . Il ne lit rapport ^ que quatre mois plus tard, le 11 
juin 1691. Le voici; 

John Shatcock ^ , blessé au bras. 

Thomas Kollon, blessé au pied. 

Nicolas Badcock, 'malade. 

John Slone, de Charlottetown, blessé. ^ 

Samuel Shalock, de Watertown, ctmpit^a^ioji des doigts du 
pied. 

Jno. Scolerbey, ineds gelés. 

Nathaniel Hastings, blessé. 

Jno. Darbysheir, de Lancaster, blessé. 

Jonas Bond, de Watertown, blessé. 

Daniel Merow, de Eoding, blessé. 

John Prentice, de New-Cambridge, ^ blessé aux deux bras. 

Nathaniel Mackay, blessiire à l'aine. 

Daniel Maccone, de Cambridge Village, ^ blessé. 

Joseph Eusk, de Cambridge Village, blessé au pied. 

Samuel Andrews, de Waymoth, blessé. 

John Paige, de Grolen, " blessé. 



1 — Gênerai Court Records: Inter-Charter, Vol. 36, page 388. 

2 — Ce rapport n'est que partiel, car il n'afifecte que trois comtés : 
Essex, Middlesex et SufFolk. C'est le seul que possèdent les archives 
du State House à Boston. Les autres, s'ils existent encore, devraient 
se trouver à Albany, Washington, New-York, etc. 

3 — Sous le coLomandant du major Nathaniel Wade. 

4 — Sous les soins du docteur Melven. 

5_Soldat de Wissell (?) 

6 — Sous les soins du docteur Prescot. 

7 — Sous les soins du docteur Prescot. 



292 MORTS ET BLESSÉS 

Thomas Extall, de Siidbury, blessé. 

Obedia Ward, de Sudbury, blessé. 

Joseph ou James Dcam, de Concord, pieds gelés, amputa- 
tion des doigts des pieds. 

Samuel Fox, de Concord, blessé. — pieds gelés. 

Jacob Adams, de Charlestown, blessé. 

John Morse i de Newbury, blessé. 

James Bridges, d'Andover ^ , pieds gelés. 

Eichard Bridges, d'Ipswick, ^ pieds gelés. 

Joseph Braiden, blessé au pied. 

Daniel Knight, pied gelé, — amputation de trois orteils. 

William Dennis ^ , blessé à la jambe. 

Thomas Patteman, d' 1 pswick, ^ un pied gelé. 

...John Andersen, d'Ipswick, ^ blessé au pied. 

Thomas Hovey, d'Ipswick, "'pieds gelés, au retour del'ex- 
pédition. 

John Kayment, ^ blessé aux deux jambes. 

George Trow, ^ blessé d'une balle reçue dans le dos. 

Sergent John Lane, pieds gelés. 

Benjamin Plumer, blessé à Vépaule. 

John Fairfield, pieds gelés, — au retour de l'expédition. 

Michael Combs, blessé. 



1 — Soldat du capitaine Stephen Greenleaf. 

2 — Soldat du majoi" Samuel Ward. 

3 — Mourut de la gangrène, après trois mois de tortures. Le gou- 
vernement accorda à sa veuve 40 louis sterling. 

4 — Soldat du capitaine Daniel King; — sous les soins du docteur 
Holgate. 

5 — Soldat du capitaine Cross ; — sous les soins du docteur Deane. 

6 — Soldat du capitaine John Witthington. 

7 — Soldat du major Samuel Ward. 

8 — Soldat du capitaine William Eaymond, — sous les soins du doc- 
teur Fiske. 

9 — Soldat du capitaine William Raymond, — wounded of a buUet^ 
yet in his back, — sous les soins du docteur Endicot. 



MORTS ET BLESSÉS 293 



Liste des volontaires blessés appartenant à la Compagnie du 
capitaine Daniel King. 



Vol 37, pages 104 et 105. 



L'honorable Dier, de Boston. 

William Paisley, d'Ipswick. 

Thomas Larrison. 

David Keane. 

John Farthings. 

Thimothy Mathew. 

John Townsend. ^ 

John Hawkins. ^ >- sauvages, 

William Neff. J 



Blessés de la compagnie du capitaine Marsh. 2 

Blessés : Lieutenant Jonathan Allen, de Saisbury. 
Hunnewell Pilott. 

" Sergent Freeman Clarke, d'Ipswich. 

" Jonathan Vuie ou Vie, de Newbury. 

" William Davidge, de Topsfield. 

" George Lilly, de Linden. 

" Frances Britton, de Newbury, 

Liste des Volontaires du New-Hampshire et du Maine 

Tués : Le capitaine Samuel Sherborn, d'Hampton, 
JSrathaniel White, 
" James Dollar, " 



1 — C'était un célèbre bandit. 

2 — Ces noms sont déjà publiés aux pages 229 et ^30 de ce livre. 



294 MORTS ET BLESSÉS 

Des hommes partis de WarwicJc et de Dover 

Blessés : Capitaine Shedrake Walter, de Portsmouth. 
" Enseigne Ladd, d'Exeter. 

" Jonathan Robinson, " 

." Eobert Lighton, de Portsmouth. 

" Thomas Abbott, de Kitteiy, 

" William Haies (Hayes) " 

" Le sergent Samuel Morgan, jambe cassée d'un 
coup de feu. Infirme pour la vie. 



UN OO.VIl'TE d'aPOTHICAIKE AU ITiÈMB SIÈCLE 

Je crois intéresser I>a Faculté en reproduisant ici le compte 
de pharmacie du chirurgien George Jackson qui suivit, avec 
ses confrères, l'expédition de Sir William Phips contre 
Québec. Pour ceux-là même qui n'ont pas l'honneur et 
l'avantage d'appartenir à la docte confrérie la lecture de ce 
document singulier, aussi original qu'inédit, sera de quelque 
attrait. Le spirituel et savant commentaire qui l'accompagne 
devra absolument faire oublier l'aridité des chiffres et la 
rudesse des expressions techniques et barbares. J'en ai du 
moins l'intime conviction. 

Parlant médecines et docteurs, j'ai cru devoir, à leur exem- 
ple, dorer la pilule, c'est-à-dire habiller à la mode littéraire 
de notre temps un prosaïque mémoire de frais, absolument 
dépourvu de fraîcheur et d'élégance. Tous mes remerciements 
à M. Arthur Vallée qui a merveilleusement procédé à la 
toilette de cette bonne vieille archive ; une fée ne l'aurait pas. 
plus rajeunie. 



MORTS ET BLESSÉS 295 

ARCHIVES DU STATE HOUSE, A BOTTOX 

Inter- Charter, Vol. 31, p. 219. 

The Acc« of Medecions use^ out of the Chest of George 
Jackson, chyrurgeon in the expédition to Canada, 
August, 1690. 

£ s. p. 

Empl Diapalma 3 ft 00 07 00 

do Deminio 4ft 00 06 00 

do Adherniam i fc 00 04 06 

do Melliloti 2fe 000500 

do Oxycrocium ^ ib 00 05 06 

do Paracelci Ift 00 05 08 

Ungt Basilicon 4 Jb 00 15 00 

do Linament Areci 1 !b , 00 15 00 

do Egiptiac 2ft 00 12 00 

do Album Champ 5& 00 16 00 

do Dialthea 3ft 00 09 00 

do Dia pompholigas 1 ïb 00 05 00 

do Terebinth Comm 2 ft 00 04 00 

do Mel Saponis Ift 000500 

Olii Lylorum ^ ib 00 04 00 

do Rosarum \ Ib 00 04 00 

do Hyperici .^ Ib 00 04 00 

do Terebinth 1 Ib 00 01 06 

do Succini 2 oz 00 12 00 

do Anisi 1 oz 00 03 06 

Aqua Dragonis 2 Ib 00 05 00 

do Rosarum 4 Ib 00 OS 00 

do Restringent. ^ Ib ^ 01 00 00 

do Caleshs 21b 00 07 00 

do Cinamoni 1 ft 00 12 00 

Syr Violanin 2ft 00 08 00 

do Cariophil 3ft 00 13 00 

do Mel Rosarum 3 Ib 00 07 00 

Electuaires .Therisel Venet ] ft 00 13 00 

do Mithridates Ift 00 13 00 

do Diascordium ^ft 00 12 00 

do Laudanum 2 oz 00 15 00 



296 MORTS ET BLESSÉS 

£ S. p. 

Pulveres Bol Armenii 3 Ib 00 10 00 

do Gasconee 2 oz 01 00 00 

do Astringent 4ft 00 16 00 

Spiritus Angelica 1 ft'. 00 01 02 

da Mintho 2». 00 02 04 

do Vitrolat : 4 oz 00 01 02 

Minnerals...Cremor tarter 2 oz 00 01 06 

do ...Sal Prunela 2 drg 00 02 00 

do ...Alum 1 ft 00 01 00 

do ...Myrrha 4 oz. Masticke.... 4 oz 00 07 00 

01 Sem lyni ^ft 00 01 06 

Tape Leather Roulers Splinters &c 01 05 00 

Tooe 00 06 00 

To clensinge my Instruments 00 12 00 

Lost at the Campe Confectio Alkennes 2 oz 

and several spirits 01 00 00 

Summa 20 03 04 

Errors excepted. 

Thèse Medicious ware administred to the Souldgiers in the 
Voyage to Cannada (by me) George Jackson as wittness my 
hand this eaight day of December 1691. 

Geckge Jackson, 

Mon cher Monsieur Myrand, 

J'ai jeté un coup d'œil sur le compte d'apothicaire que 
vous m'avez passé. Ce compte est de 1690 et rappelle assez 
bien celui de Monsieur Fleurant que l'on trouve à la première 
scène du Malade imaginaire. Cette thérapeutique insi- 
nuative, détersive, carminative, délayante, est passablement 
en retard sur la médecine de nos jours. Comme disait Sgana- 
relle : " Oui, cela était autrefois ainsi ; mais nous avons 
changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine 
d'une méthode toute nouvelle." 

La thérapeutique au 17ième siècle était fondée sur la doc- 
trine de Yhumorisme qui regardait la maladie comme un 
mauvais mélange des liquides de l'organisme se produisant 
sous l'influence d'un ageut mystérieux. Ainsi toute maladie 



MORTS ET BLESSÉS 297 

provenait d'une surabondance d'humeur et il s'agissait avant 
tout d'évacuer l'humeur peccante. Saigner et purger tel était 
le symbole des plus fameux médecins de cette époque. 
'• Nous guérissons beaucoup plus de malades, dit Gui Patin, 
avec une bonne lancette et une livre de séné que ne pour- 
raient faire les Arabes avec tous leurs sirops et leurs opiats." 
Dans le traitement des blessures, bien loin de chercher à 
obtenir l'union par première intention comme on le fait 
aujourd'hui au moyeu des méthodes antiseptiques, on favori- 
sait la suppuration " de peur que la plaie ne s'agglutinast," 
disait Ambroise Paré, le plus célèbre chirurgien de son 
temps. 

D'ailleurs,jusqu'à Pasteur, la majorité des médecins croyaient 
à la spontanéité des maladies infectieuses ; ils pensaient que 
l'organisme humain portait en lui le germe de la fièvre 
typhoïde, du typhus, de la turberculose, etc., et que ce germe 
se développait spontanément dans de mauvaises conditions 
hygiéniques. La découverte des microbes a éclairé notre 
science en nous ouvrant un chapitre, fermé jusqu'ici, à notre 
entendement, celui de l'origine des maladies. 

L'origine microbienne des maladies n'est cependant pas 
une nouveauté absolue ; les anciens avaient dit ça et là que 
les maladies pestilentielles étaient causées par des miasmes 
qui empoisonnai<!nt l'air; les iatrochimistes, au commence- 
ment des modernes, avaient prétendu que les maladies sont 
produites par les fermentations des liquides de l'organisme. De 
nos jours, Henle en Allemagne, lîaspail en France, pensaient 
que les maladies infectieuses étaient dues à des êtres orga- 
nisés. Mais tout cela ne constituait que des vues de l'esprit. 
Il fallait démontrer que les bac.téries causent les maladies, 
comme la levure de bière cause la fermentation du sucre. 
C'est Pasteur qui a fait cette démonstration, en prouvant qu'il 
n'y avait pas plus de génération spontanée pour les germes 
producteurs d'affections pathologiques que pour les germes 
des fermentations, que, dans les deux cas, ils étaient empruntés 
aux " airs, aux eaux et aux lieux" environnants. 

Sous l'influence de ces merveilleuses découvertes des 
notions précises ont été substituées à la confusion des hypo- 
thèses et à la suite des savants de laboratoire les hygiénistes 
et les chniciens sont entrés dans une voie large et féconde eu 



298 MORTS ET BLESSÉS 

utiles conquêtes. Les vaccinations pastoriennes en médecine 
générale et les procédés de pansement et d'opérations antisep- 
tiques en chirurgie sont des progrès de première catégorie. 
Grâce aux méthodes antiseptiques qui consistent à protéger 
les plaies contre les microbes, les opérations les plus redouta- 
bles ont perdu leur gravité et l'habilité opératoire peut tout 
affronter. 

Cette note est peut être un peu longue ; mais enfin vous 
pourrez en faire ce que bon vous semblera et en tirer le parti 
que vous jugerez à propos. 

Veuillez me croire, 

Votre tout dévoué, 

A. Vallée, M. D. 



LE MOUSQUET AU ITième SIÈCLE. 

Quelle était, au ITième siècle, anno 1690, la valeur du 
mousquet, en tant qu'arme de ])récision ? Je réponds de suite : 
très médiocre, — et j'appuie cette assertion sur Ja critique mili- 
taire du mousquet de 1842. 

"The shooting power of the percussion musket 1842 (a 
new model musket) is showu in a report on expérimental 
musketry firing carried ou by Captain McKerbie, of the 
Royal Engineers, at Chatham in 1846, which concludes as 
follows : 

" It appears by thèse experiments that as a gênerai rule 
musketry fire should ne ver be opened beyond lôO yards, 
and certainly not exceeding 200 yards ; at this distance half 
the number of sho'.s missed the target, 11 ft 6 in., and at 
150 yards a very large proportion also missed; at 75 and 
100 yards every shot struck the target 2 ft. wide ; and had 
the déviation increased simply as the distance every shot 
ought to hâve struck the target 6 feet wide at 200 yards ; 
instead of this, however, some were observed to pass several 
yards to the right or left, some to fall 30 yards short, and 



MORTS ET BLESSÉS 299 

others to pass as much beyond, and the déviation increased 
in a still greater degree as the range increased. It is only 
then under peculiar circumstances, such as when it may be 
désirable to bring a fire on field artillery, when theie are no 
other means of replying to it, that it ought ever to be thought 
of using the musket at such distances as 400 yards," 

" The foregoiiig forins a true account of the value of the 
percussion musket 1842." ^ 

Si le mousquet perfectionné de 1842 touchait, une fois 
sur deux, à 200 verges, une cible carrée de onze pieds et 
demi, imaginez ce que valait en précision de tir le mousquet 
primitif, le successeur direct de l'antique arquebuse, l'aïeule, 
la mère grand' des armes à feu de l'âge moderne. 

Remarquons de plus que les statistiques du capitaine 
McKerbie sont basées sur des expériences faites par des 
troupes choisies dans l'année régulière anglaise, sur des 
données de concours comparables aux tirs classiques d'Alder- 
shot et Wimbledon. 

Les expéditionnaires de la Nouvelle-Angleterre, en l'an 
de grâc« 1690, n'étaient pas précisément des francs-tireurs. 
Non seulement les soldats de Walley n'étaient point de 
force à loger, à 200 verges, une balle de mousquet dans une 
cible de onze pieds carrés, mais je doute qu'ils eussent attrapé 
un éléphant à trente pas, fut-il énorme comme le défunt 
Jumbo du cirque Barnum. 

Francis Parkman, leur historien 2 rit de bon cœur de leur 
maladresse légendaire. " Au clocher de la cathédrale, dit-il, 
on avait suspendu un tableau de la Sainte-Famille, en invo- 
cation des secours du ciel. Les canonniers Puritains gaspil- 
lèrent leurs munitions à vouloir l'abattre. L'image demeura 
intacte. Les catholiques crièrent au prodige ; le miracle eut 
été plus grand, à mou avis, s'ils l'eussent attrappée ! ! ! 

La guerre, comme la politique, fait toujours beaucoup plus 
de bruit que de besogne. Il en est de même d'une foule 
d'autres affaires humaines. Quand la Révérende Mère Fran- 
çoise Juchereau de Saint-Ignace décrit le bombardement de 



1 — Cf: Treatise on Military small arms and Ammunition, hy 
Lieut.-Colonel H. Bond, R. A., p. 196. 

2 — Frontenac d: New-France under Louis XIV, page 274. 



300 MORTS ET BLESSÉS 

la ville par la flotte anglaise elle raconte que Von fit, de part 
et d'autre, un feu si continuel, que plusieurs oficiers qui 
s'étaient trouvés en France, à quantité de sièges, assurèrent 
qu'ils n'en avaient jamais vu de si vif. On croirait natu- 
rellement que le sang dût ruisseler, et dans les rues de 
Québec, et dans les entreponts de la flotte. Il n'en est rien 
cependant. Les relations françaises sont unanimes à déclarer 
que tout ce tapage ne tua qu'uni fils de bourgeois, François 
Eoberge, et ne blessa qu'uw homme, le Sieur de Vieuxpont. 
De son côté, Cotton Mather nous dit que sur le vaisseau- 
amiral, le Six Friends, lequel fut des plus maltraités 
par le canon de Frontenac, il n'y eut qu'un homme de 
tué et deux autres mortellement blessés. Il en rend grâces à 
Dieu. — "Tis true there was very little blood spilt in the 
*' attack made upon Québec ; and there was a great hand of 
" heaven seen in it." 

A ceux-là qu'étonnerait un aussi pleutre effet d'artillerie je 
rappelerai le mot-axiome de Napoléon I" : Il faut cent Quitte 
coups de canon pour tuer vingt mille homTïies. Un autre 
dicton militaire veut que sur 85 balles tirées, itiie seul frappe. 
Un troisième dit que pour tuer un soldat sur un champ de 
bataille il faut lui tirer, en projectiles, la pesanteur de son 
corps. C'est du moins, l'opinion du colonel Fox. — " It takes 
a man's weight in lead to kill him. — This old saw bas always 
been considered as needing more or less latitude ; but, on the 
contrary, it expresses an absolute truth devoid of exagéra- 
tion " 1. 

Sans entrer dans le détail des intéressantes statistiques 
qu'il cite à l'appui de sa prétention, je me contenterai de 
n'en donner qu'une. A la bataille de Stone's Eiver (;)1 décem- 
bre 1862, 1er janvier 1863) 20,307 coups de canon et deux 
millions ! ! de coups de fusil tuèrent 2,319 hommes ! 

Nos miliciens de La Canardière, se battant à l'escarmouche 
avec les mousquets primitifs du 17ième siècle, ont-il pu 
raisonnablement expédier de la meilleure besogne qui n'en 
fit l'artillerie moderne de Eosecrans, cannonnant à découvert ? 



1 — Cf. The Century, livraison de mai 1888 The chances of being 

hit in Battle by colonel Williams F. Fox. p. 104. 



MOETS ET BLESSÉS 301 

Qui croiia jamais La Hontan et sa funèbre gascounade des 
750 cadavres ? 

Quand nous cherchons à établir, sur un champ de bataille, 
des relations de cause à effet, le sentiment qui s'empare de 
l'esprit, et le domine absolument, est celui de la stupéfaction. 
L'effort si puissant, le résultat si misérable ! Le général Fox, en 
dépit de son nom de famille, n'est pas un fabuliste, il ne laisse 
rien à l'imagination, mais base ses statistiques sur des faits 
rigoureusement contrôlés. Conséquemment, si l'on admet les 
calculs de ce stiatégiste, il faut reconnaître que Sir William 
Phips était sincère quand il écrivait enAngleterre : Malgré 
ce qiCen disent les Français nous n'avons pas perdu 
plus de trente hommes. Le futur gouverneur du Massachus- 
setts sous-entendait tu^ et raorts de leurs blessures. Les quatre 
ou cinq cents autres mortalités étaient à la charge du typhus, 
de la petite vérole et des fureurs aveugles de la mer, whereby, 
comme nous le dit Cotton Mather, some hundreds came 
short of home. — N'oublions pas cependant que l'amiral a 
gardé un silence absolu sur les pertes subies par la flotte au 
bombardement. 



CHAPITRE NEUVIÈME 



MOKTS ET BLESSÉS DE L'ARMEE CANADIENNE- 
FRANÇAISE 



(Archives consultées.) 

1° Le Registre journalier des malades de l'Hôtel-Dieu de (Québec. 

2" Relations contemporaines du siège : Monseignat, Walley, 
Savage, La Ilontan, La Potherie, De Catalogne, Janclot, Anne 
Bourdon, De Couvert et Charlevoix. 

Tableau statisïiquk des morts et des blessés préparé sur 
l'étude du Registre Journalier et des Relations histo- 
riques. 

Morts connus 

Alexandre Samuel De Clermont. 
Joseph Pezard de La Touche. 
Un engagé vagabond ^ 
François Koberge. _ 

Pierre Maufils. 
Monsieur de Sainte-Hélène. 



1 — Engagé vagabond Il ne faut pas se scandaliser de cet adjec- 
tif. Vagabond n'est aucunement le synonyme du mot anglais 
moderne iramp. Au 17ième siècle, au Canada, on appelait engagé 
vagabond un artisan dont l'engagement notarié, pris en France, 
était expiré. Dans la plupart des cas, à l'expiration de son contrat, 
l'artisan engagé retournait en France. Quelquefois il s'achetait une 
terre et devenait habitant du pays. Plus rarement il demeurait au 
Canada, continuant de s'engager à la journée, à la semaine, au 
mois ; on disait alors de lui qu'il était engagé vagabond, et sa situa- 
tion correspondait à cejle de notre journalier actuel. 



MORTS ET BLESSÉS 303 

Morts 'probables 

Jean Dumais. 

Jean Arvée ou Aruce, Cie de St-Ours. 

François Tribot ou Fribot, Cie de St-Ours. ■ 

Blessés connus. 

Nicolas Juchereau de St-Denis. 
Le sieur de Vieuxpont. 
Monsieur de Lonçjueuil. 
Jacques Aubuchon. 
Quatre sauvages. 

Blessés probables. 

1. Philippe Desprès, Cie D'Orvilliers. 

2. Pierre Ducharrae. 

3. Jean-Baptiste Guenichon, sieur de Beusseville, cadet. 

4. Pierre Colomb dit Bontemps, Cie Desquerac. 

5. Etienne Dauphin. 

6. Ignace Choret. 

7. Guillaume Edelin dit Labonté, Cie De Muy. 

8. Jean Le Normand. 

9. Bastien Bison ou Brisson dit Laroche. 

10. Louis LeBer dit St-Louis, Cie des Meloises. 

11; Jean-Baptiste Geiian de Gemoisar. 

12. Nicolas L'Honneur dit De Lormeau. 

13. Joseph Péré ou Payray. 

14. Pierre G<f^ran dit Orléans, Cie De La Vallière. 

15. Pierre Provoux ou Provost, " 

16. Claude Congé, 

17. Jean Antoine Toulouze, Cie de Subercaze. 

18. Jean Blanchard dit Laiieur, Cie d'Orvilliers. 
1\). Pierre Le Fortier, Cie De Cruzel. 

20. Jacques Levesque dit Sanssoucy, Cie De la Chassaigne. 

21. Denys Four dit Jolicœur, Cie D'Orvilliers, 

22. Pierre Viergne dit Laliberté, Cie Descloches. 



304 MORTS ET BLESSÉS 

23. François Peloquiu dit Crédit, Cie De la Grois. 

24. Jean DeLasse dit Lafleur, Cie Du Mesnil. 

25. Pierre Valentin dit Labry, Cie JJe Vaudreuil. 

26. Ives Godu dit Sanssoucy, Garnison de Québec. 

27. Guillaume Olivier dit La Eivière. 

28. Pierre Menantaux dit La Kose, Cie des Meloises. 
■ 9. Jean de la Roche. 

30. François Fafard dit Delorme, 

31. Mathurin Guillet. 

32. Pierre Laville. 

33. Eobert Poncet dit La Ferté. 

34. Guillaume Anville. 

35. Louis Le Cronier dit Le Grand. 

36. Olivier Hervé dit Ste-Croix. 

37. Jacques Follin dit Laviolette. 

38. Dominique Dechenerre, 

39. Jean de Cardât. 

40. Pierre Gerin. 

41. Pierre Co«;ii?o dit Lauiou. 

42. Gilles Dié dit Lasonde. 

43. Jean de Faux. 

44. Luc Runeraux dit Laframboise. ^ 



Récapitulation : Morts connus 6 

" " probables 3 

9 

" Liesses connus 8 

" " probables... 44 

52 

Total des morts et des blessés 61 

1 — L'exactitude de cette liste, pour ce qui se rapporte aux morts 
et Messes commis est de vérification facile : on les trouve, publiés 
en toutes lettres, dans les relations contemporaines du siège, préci- 
tées dans cet ouvrage. Quant aux morts et blessés probables la 
preuve de vraisemblance va m'entraîner dans un long travail d'ana- 
lyse et de discussion hypothétiques. La faute en sera probablement 
à mon inexpérience ès-critique d'histoire. Je nie permets cepen- 
dant de m'en excuser et de m'en défendre sur la pénurie, l'obscu- 
rité, la mutilation des archives de l'époque, documents aussi rares 
que défectueux. 



MORTS ET BLESSÉS 305 

Cette statistique nominale répondrait avec une singulière 
précision aux chiffres de La Hontan, étant admis qu'ils fussent 
exacts. On se rappelle que ct't historien écrivait, à la date du 
18 octobre 1690, nous avons perdu de notre côté 4 officiers, 
10 coureurs de bois, et 2 sauvages. A la date du 20 octobre 
il dit encore : nous ne perdîmes pas plus de 40 hommes, 
tant Français que Sauvages ; soit un total de 56 tués et 
blessés pour les deux engagements. 

Mes lecteurs s'étonneront ]jeut-être de me voir appuyer 
sur l'autorité de La Hontan l'exactitude de ma statistique, 
car j'ai eu, tout à l'heure, occasion de démontrer l'exagération 
grossière de ses calculs fantaisistes sur les pertes de l'ennemi. 
Gascon de caractère et parisien d'éducation le baron de La 
Hontan sait mentir à propos et se glorifier de même suivant 
que l'exigent les intérêts pécuniaires ou politiques de sa for- 
tune personnelle. Ainsi, dans la présente circonstance du 
siège de Québec, le spirituel écrivain aura la vaniteuse sincé- 
rité, l'orgueilleuse franchise des prévôts d'armes, virtuoses de 
la brette et de la rapière, qui relèvent exactement sur leur 
poitrine nue, ridée de cicatrices, le nombre des blessures reçues 
de gens... qu'ils ont tués. Mieiix que cent témoins la lon- 
gueur et le chiffre des balafres prouvent le péril de la ren- 
contre et la bravoure des spadassins. * 

L'exactitude de la statistique française fournie par La 
Hontan contenançait d'ailleurs, en même temps qu'elle l'atté- 
nuait, l'exagération du chiffre auquel il évalue le désastre de 
la flotte anglaise. Là repose, suivant moi, l'unique secret et le 
seul mobile de cette combinaison savante de l'auteur. 

Mais trêve de récriminations stériles et de ridicules remon- 
trancas. N'appuyons pas davantage sur cette erreur volon- 
taire. Il nous convient tout au plus de la constater ici ; que 
d'autres la censurent en toute rigueur. Justice est déjà faite 
je crois en Nouvelle- Angleterre. Sans doute, il est regrettable, 
au point de vue de l'intégrité de l'iiistoire, d'avoir sciemment 
exagéré l'effet meurtrier des armes françaises, mais n'allons 
pas nous en scandaliser outre mesure ; on a sciemment amoin- 
dri à Boston la statistique du sang versé. lîappel«ns-nous 
l'insigne mauvaise foi de Sir AVilliam Phips osant déclarer au 
roi d'Angleterre, sous l'honneur (?) de sa signature qu'il 
n'avait eu que trente hommes tués au siège de Québec. 

20 



t 



306 MORTS ET BLESSÉS 

L'audace incroyable de ce mensonge officiel devenu mensonge 
historique éclipse totalement les assertions les plus témé- 
raires de La Hontan et lui fait pardonner l'invraisemblance 
de ses calculs les plus fantaisistes. 

Ce point réglé, constatons ensemble la vérité des chiffres 
de La Hontan relativement aux morts et blessés de notre 
petite armée canadienne-française. 

J'emprunte, aux archives inédites de l'Hôtel-Dieu de 
Québec, une description de cet hôpital par la Eévérende Mère 
Marie-Geneviève Regnard Du Plessis, en religion De L En- 
fant-Jésus, entrée au monastère le 8 janvier 1713, et décédée 
le 12 mai 1756. Cette description, suivant l'archiviste 
actuelle de l'hôpital, Eévérende Mère St. -André, aurait été 
écrite, soit en 1750, soit en 1744, plus probablement en 1750. 
J'en extrais ce qui suit : 

" L'hôpital contient deux salles ; une pour les femmes, une 
pour les hommes. La salle des femmes, bâtie en 1656, qui 
subsiste à présent (1750), fut le 'premier hôpital destiné alors 
aux sauvages malades et aux pauvres de la colonie. Elle 
a 50 pieds de long, 36 de largeur, 11 de hauteur. Comme 
elle sert d'abord aux étrangers, et qu'il j a huit portes et 
autant de fenêtres, elle ne contient que dix lits ; cependant 
dans les temps de contagion on y en fait tenir jusqu'à vingt, 
non sans embarras. 

" La salle des hommes d'aujourd'hui fut bâtie ^ quinze ans 
après la première par le zèle et les industries de Mr. Talon, 
alors intendant, à augmenter l'hôpital et faire trouver du 
soulagement aux misérables de la Colonie qui augmentaient 
beaucoup. Quoiqu'elle ne soit ni plus grande, ni plus haute 
que la première salle, elle contient 24 lits, et ne peut en souf- 
frir plus de 5 ou 6 d'augmentation, en cas de nécessité. Les 
fenêtres et les planchers en sont fort vieux quoiqu'ils aient 
été renouvelés. 

" Ce premier étage, où sont les salles, est si enfoncé qu'il 
faut descendre pour entrer dedans. Au-dessus de cet étage 
est une mansarde où sont placés les offices de l'hôpital comme 
lingerie, dépôt, et un lieu propre à étendre le linge. Au-dessus 

I— En 1671. 



î 



MORTS ET BLESSÉS 307 

de cette mansarde est le faîtage de la maison qui sert de 
grenier pour serrer les autres nécessités de l'hôpital. 

" On aurait peine à croire qu'un bâtiment de cent pieds de 
long, et si peu étendu pour le logement, ait pu contenir depuis 
PLUS DE CENT ANS tant de malades dans les contagions, et 
trouver les moyens, sans aucune commodité, de les y servir 
proprement." 

Cette description minutieuse, ce plan détaillé de l'Hôtel- 
Dieu de Québec, anno 1750, s'appliquent exactement au 
millésime de 1690, quant à l'hôpital proprement dit : salles des 
malades et statistique des lits donnés. On pourrait même 
attirraer, sur la seule autorité de ce document, que de 1671 à 
1755 (7 juin 1755, date de l'incendie du monastère) le 
nombre des lits n'a pas varié dans les deux salles de l'hôpital. 

Mais il existe un autre document qui confirme la justesse 
de cette assertion. Huit années seulement après le siège de 
Québec, la Eévérende Mère Marie-Madeleine Hazeur, en 
religion St.-François-Xavier, écrivait ce qui suit : 

" 1 Les deux salles des malades, l'une pour les hommes, qui 
est la plus grande, et l'autre pour les femmes, qui est la plus 
petite, ont ordinairement quarante lits en toutes les deux 
salles. Il n'y a qu'un malade dans chaque lit. Il est aisé à 
concevoir que chaque malade ne peut moins dépenser en 
nourriture et médicaments que vingt sols par jour. Cela fait, 
pour la nourriture et les médicaments de chaque malade 
dans une année, trois cent soixante et six livres ; laquelle 
somme multipliée par quarante produit celle de quatorze 
mille six cent quarante livres. Il est facile à comprendre 
que chaque malade peut dépenser vingt sols par jour, surtout 
depuis plus de dix ans." (Suit l'énumération et le prix des 
denrées.) 

Les archives de l' Hôtel-Dieu établissent donc qu'en 1690 
le minimum des lits disponibles était de 30, la moyenne de 
40 et le maximum de 50. 

Or, au soir du 21 octobre 1690, (quantième du troisième 
engagement de La Canardière), combien comptons-nous de 
malades à l'Hôtel-^Dieu ? — Cinquante-cinq. • 



1 — Extrait d'un mémoire inédit intitulé : Charges que V Hôtel- 
Dieu est obligé de porter sur les revenus, à l'époque des difficultés 
survenues entre l' Hôtel-Dieu et l'Hôpital-Général de Québec. 



308 MORTS ET BLESSÉS 

Du 22 au 26 octobre inclusivement neuf malades ou blessés 
sortent : Jean Leclerc, Pierre de la Eoche, Paul Linard, Louis 
Dupont dit Lafontaine, Pierre Louis Bercier, Marie-Anne- 
Françoise Aubry, Rémy Lebœuf, Laurent Denis, Monsieur 
de Longueuil ; trois meurent : Marie Smith, Gilles Ménard, 
Jean Dumais ; en tout douze sorties. Dans le même inter- 
valle de temps six personnes entrent à l'hôpital : Jean Arvé 
ou Aruce, Olivier Hervé dit Ste. -Croix, Nicolas L'Honneur 
dit De Lormeau, Jacques Pollin dit Laviolette, Jean de la 
Eoche et Pierre Géran dit Orléans. Ce qui lait baisser la 
statistique de 55 à 49 malades. 

Du 27 au 31 octobre, il sort 14 personnes de l'Hôtel-Dieu : 
Guillaume Piastre, Joseph Forgues dit Mourougeau, Jean 
Bourlaire, Abigael Piastre, Reine Marceau, Marie Côté, Guil- 
laume Coppelan, François Fafard dit Delorme, Philippe Des- 
près, Pierre Ducharme, Joseph Péré, les quatre sauvages 
blessés par les Anglais, Louis le Cronier dit Le grand et 
Joseph Alphonse. — La statistique tombe à 32 ; mais, au 
premier novembre il entre 24 autres malades ou blessés, ce 
qui la fait remonter à 56, le chiffre même de La Hontan. 

Une troisième archive confirme une fois de plus la correc- 
tion statistique du jeune officier. La lettre circulaire relative 
à la mort (25 mai 1698) de la Révérende Mère Marie Fores- 
tier, en religion St-Bonaventure, dit ce qui suit : 

" En 1690, alors que les Anglais assiégèrent Québec, le 
combat, quoi qu'avantageux pour nous, ne laissa pas de 
NOUS DONNER NOMBRE DE BLESSÉS qui augmenta celui de nos 
malades ; elle (la Rév. Mère St.-Bonaventure) n'en voulut 
céder sa part à personne. Le zèle qu'elle fit paraître en cette 
rencontre fut si grand que les malades et les externes ne 
purent s'empêcher de nous faire connaître combien ils en 
étaient édifiés ". ^ 

L'étude critique des archives de l'Hôtel-Dieu permet donc 
d'établir un maximum de neuf tués et de 54 blessés. Etant 
connu que déjà la statistique de La Hontan double les 
chiffres officiels de Monseignat et du Père De Couvert 
{MonseiÊjnat 25 tués et blessés, De Couveri 27 tués et blessés) 
n'est-il pas exhorbitant de la renchérir encore et de la dépas- 

] — Annales inédifes de VHôtelDien, livre J, page 2Ô6. 



MORTS ET BLESSÉS 309 

ser de 7 ? J'ai donné, tout à l'heure, les raisons de mes 
calculs, âge des malades, qualité des malades (soldat ou 
habitant) coïncidences relevées entre les dates d'entrées à 
l'hôpital et les quantièmes ou les lendemains des trois enga- 
gements de La Canardière, etc., etc. Je n'ai pas à y revenir 
ici, pas môme pour les résumer. 

A ceux qui ne veulent pas accepter ma liste de blessés 
probables, mais qui persistent à les regarder comme des 
malades ordinaires je dirai simplement : soyez de bon 
compte ; je vous sacrilie mon hypothèse mais enret{,ur recon- 
naissez avec moi que vous devez absolument admettre que 
nos blessés canadiens-français-oe sont pas tous entrés à l'Hôtel- 
Dieu, mais que plusieurs, les québecquois en particulier, ont 
reçu les soins que nécessitait leur état dans leurs familles 
respectives ou chez des amis dévoués. Le sieur de Vieuxpont 
en est un exemple. Il faut donc accorder une moyenne 
numérique pour ces blessés qui échappent aux recherches 
les plus actives de l'histoire, et la porter à 20 serait-ce l'exa- 
gérer ? 

La preuve que tous nos blessés n'ont pas été reçus à 
l'Hôtel-Dieu est bien établie par l'extrait suivant du mémoire 
déjà cité au cours de ce travail d'archéologie. 

Les salles (de VHôtel-Dieu) sont trop petites (en 1698), et 
dans les maladies populaires, qui arrivent presque tous les 
ans, on est obhgé de refuser des malades; auquel cas l'hôpi- 
tal n'en est pas tout à fait déchargé fournissant à la plupart 
des bouillons et des médicaments qu'on leur envoie dans 
leurs maisons." ^ 

L'hôpital était-il plus vaste en 1 690, et quelle épidémie, 
comparable à ce fléau de la guerre, avait, en huit jours, triplé 
la population de Québec ? 

N'en déplaise à Monseiguat, je tiens pour La Hontan et 
persiste à dire que sa statistique est la plus vraisemblable. 

J'ai publié par courtoisie la statistique de Walley sur nos 
pertes subies dans la journée du 18 octobre. Elle est à la fois 
trop générale et trop incomplète pour soutenir l'épreuve d'un 
sérieux examen. Elle est excessive comme le n,ombre des 



1 — Extrait du Mémoire de la Révérende Mère Si. François- Xavier 
(Marie Madeleine llazeur). 



310 MORTS ET BLESSÉS 

tirailleurs que les Anglais estimaient cachés dans les impé- 
nétrables taillis de La Canardière et le lieutenant de Phips, 
additionnant nos morts, écoutait un peu trop la fusillade de 
ses bataillons. La Hontan, de notre côté, a partagé cette illu- 
sion d'acoustique car il a magistralement exagéré les pertes de 
l'armée anglaise. 

Des se])t morts donnés par les statistiques nous en connais- 
sons quatre : le chevalier de Clermont, Pezard de LaTouche, 
l'engagé vagabond, et François Roberge. Des vingt blessés, 
également fournis par les relations, nous en connaissons cinq : 
Juchereau de St.-Denis, le sieur de Vieuxpont, Monsieur de 
Ste- Hélène, Monsieur de Longueuil et Pierre Maufils. Deux 
subséquemment moururent de leurs blessures, à l'Hôtel-Dieu : 
Pierre Maufils le 15 novembre, et M. de Ste-Hélène le 3 
décembre suivants. 

Ces blessés et ces morts une fois bien identifiés, je me suis 
demandé s'il était possible de connaître et de replacer dans 
l'histoire les noms des autres morts et des autres blessés de 
notre armée. Voici comment je me suis répondu. 

Il existe, à l'Hôtel-Dieu de Québec un Eégistre journa- 
lier DES MA.LADES qui entrent sortent et meurent da/as 
VHostel-Dieu de Kebec, en Vannée mille six cent quatre 
vingt neuf, commençant au mois de juin de la même 
année i. C'est le titre d'une inestimable archive qui renferme, 
sans interruptions et sans lacunes, tous les noms des malades 
admis à l'Hôtel-Dieu de Québec depuis deux cent quatre ans. 
C'est l'un des rares documents sauvés du désastreux incendie 
de l'hôpital, en juin 1755. 

J'en extrais la statistique complète des mois d'octobre et 
novembre 1690. 



l-^Registre Journallier Des Malades 
qui viennent sortent et meurent 
Dans Lhotel Dieu de Kebec an 
Lannée mille six cent quatre vingt 
neuf commentçant au mois de 
Juin de La mesme année. 



MORTS ET BLESSÉS 



311 






B sassBd sjtiof 



Bi op inof 
-n3;['op jnof 










-^ 




h- 


?5 




ac 31 o 


«Si 


c 




•M — 


O 


coMrs 


«« 


W Cl « -1 
















»^ 


■^ 




30 35 O 


«C5 


o 




s 










Ci 


C! 




«ÎItH 


«r-l 


« 



































■* i- ff} ci S 



pu i= 



<0 o 



S« 



»o<- c. a i> 

e 2 = = s 

c H a s s 

S S s c 



CD 






a > 



p Ô-^Ph 

fc S S «-^ 
sj -o o S r; 

il 'C ^ 

o ^ X 'S rt 
,S C) ^ ^ « 

a^>-si-5;S»-s 









^2 



■S ^ 



■3 . O 

a 
s « « 

:j a o 2-* 

^ = 5 - .2 

•S" s a t: "S 
^ c ="3 



^ 2 



•3 J -ïi fl « 

1) 53 •" 2 

^tcrî^îi ^.-C-3 

)Sst:-fl •;:— -a 



312 



MORTS ET BLESSÉS 







S O 



X;n 



■5 S as S. 



5 ë.^o = 



>-3 S 



0(0 OQO >ft 

Oî r-l rH « 



O 4) !- 

o Su- 



Pi 5 



^r 



g « 43 o > s •= U 



2 ss.t; O a 






Hii-5<; 



S?, 



ci Se- Oi-!g 30 

« 3 gO g „ '^ 

O S S § S-j; 



o O 

.- o» 

^ a 

H» b- 

: Cl I 
oPi 3 



■ s 
: o 

■ s 
;8 

;0 

J O 

: a^s 

:^ !^ 

• « 3 

t3>çi a 
a p»*^ o 

o <a <u .a 

i 3.2 



MORTS ET BLESSÉS 



313 






sss 



:?. 









iS ;t « m îî c-i ^ -^ " 



Q0ÎC5 i 




2.2 

x ce 

3 5 



= — - ^„ * c 2 ^ 

: " .2 s S i i = •= 
H ^ W f- Ci-s ce •-, ^ ► 



314 



MORTS ET BLESSÉS 






o 

P 

P 



J 



^ 


«o 


H 
O 


P3 


w 


m 
o 


h^ 


H 


^ 


O 


m 


Q 


W 


Oi 


fi 


o 


<l 


^ 


t-1 


^^^ 


< 


O 


^ 


E4 


r/^ 


tJ 


P^ 


O* 


fi 


H 

r,r) 


M 


H 


W 


<^ 


HH 


H 


fi 


m 


<l 




^ 




fi 




p 




o 




l-s 




fi 




fi 




H 




r/; 




►— ( 




O 




W 




fi 





^ s^ssBd 8.inop 



tî[ ap'.inof 






< 



CI I— îî — CI 



• o ^ ej ,-1 Cl M (M (M 



(M-^CI 



• Q Q Ift 1 



S 



s^^ 



ïï ■ — « 
►3 '2 S 

a 2 



5 t: S i: £ ^5-2 P 



5.2 

il 

. » '^ s ci! 

o * 3 ® '-> 
.s o i> 03 s 



o s s o 
"S o £X § 

<; o <B 53 2 ^ 2 -r, S 
::30 t-P^j; fis E S 

N u Û.2"-- Û^i S S 
;3eâ3jsl = cs^g* 



MORTS ET BLESSÉS 



315 



^ S988Bd sjnof 



ap oxjaos 
vil ap jnojp 



C^ ^ ce ce ce ?0 ^ C^ CO "7} Cl Cl T— ^^ Cl d ^H Ôi 



o 
c 

W 



n <» 



-uâ j ap anof 1 



H 

o» 
a; 

(à 



:z ifl ifi a oo ■— ry-) tt -# ce « ~ 
^ Cl ■» c« o* 5» Cl cï 51 ce IM :o 



P-C) 






a 
•I 



a ■? - = •= 



•- CS 

^ o 

a- h- 

> S; 

s; 3' 

b 5 



O :::-t 



p.-r 



o o 
o c 

55 



- VO es 



'ô'ô 



o5 



55 






= ^ S ^ S ? - " rS ,=^ ^ t. 



5^^ 



•^ -5 "^ 



— ji — u 






s o - ^--S"» 

- .X '7 .J ^ 15 - 



— -C ^z: _; , ., c; t-i 35 ., i) _-^ 









=5 > 









- o i>,'S <y œ>JE 
= r; c S AhO 

3 ^ * fl S CJ 
?-i ^^ "-s ►-^ (1< l-H 



316 



MORTS ET BLESSÉS 



m 



O 

m 

h" 

G? 

fi 



p 


t< 


s 


s 


1— ! 




P 


1 






J^ 


s 


H 




H 




O 


pa 


W 


S 


;^ 


w 
> 


<! 


o 

7-, 


j» 

w 


n 


p 


f» 


^ 


c 


t— ! 

<! 


;ë 


^ 


Q 


GO 




P 


O- 


P 


H 


S 


m 


1-^ 


H 


h^ 


< 


< 


H 
02 


û^ 




• — ^, 




H— ' 




O- 




^ 




p^ 




M 




H 




r/j 




1— 1 




'^ 




^W 




ÛH 





■R Sr)S81î(I 8JT\Of 



«[ op .mof 



-nO(X op .mof 



I— I 







?5 


ce ^ e< 


§ 


g 






^S 


8 




- 


^^ 


- 


t-^OOO©-* 


S 


(M ^> C» (M (îî -M 
(M 71 -M <N T1 Oî « 








te 

c - 


^ » 


^ 


- ^ - ^ 


^ 


^ 


^ 


^ 




- ^ - 


^ ^ 



^ ffî ?î « ■* 01 •?> ■* Î1 « Oî T»( (M r-1 ^ « ^: 'S ^ 



rX 1) 
s M «s 

c s ,=ï .i 

« SS o r/3 



>^2 

D - rc 

S ji i 



si 5 '3 5 s 

li ^ C O»^ 






;5.gfi-it-S 



â .a -îi ^ ^ S "^ "S r= "s 

SfiHCajO-P-iOOîa.>-j 



03'^ 

-Si 



MORTS ET BLESSÉS 



317 



-/) 00 » » » X" 00 X X X •?> t- ■?> CJlff >.T 





• • X' 

i y 

: : : : : : : • : s"" 


11 {~ ?■• ?1 u-î c: 


S 2 Â^ ?! 


-M 


?i?^ll?]?l?i?i?l?i 


: ■ ■ ! ■ ~*^ 


^; 1 ; ; 



■S — i(î 'D TJ c: CI t- 1- ■* 
— -*< 01 A SI ^ w « ■- Cl 



— c; ic Cl -f ce 

ce + C"! « X 



><5'0 3 ^ •'3 



•?-£ : -S 









Case— ^^'^ 












318 MORTS ET BLESSÉS 

La statistique fournie par le Registre journalier des 
Malades de l'Hôtel-Dieu est trop explicite pour nécessiter 
de longs commentaires. 

Par rapport à la recherche historique qui nous préoccupe 
le point capital est de bien relever les jours de Ventrée à 
l'hôpital et de constater s'ils correspondent aux jours du 
siège. 

Ces quantièmes essentiels une fois établis, l'on admettra 
volontiers qu'il existe une présomption très forte de croire 
que les malades entrés à l'Hôtel-Dieu aux dates des combats 
livrés à La Canardière, les 18, 20 et 21 octobre ou bien 
encore au lendemain de l'un de ces trois jours, sont bien 
véritablement des blessés. Lorsque la condition du malade, 
entré à l'hôpital à l'une des trois dates susdites, est donnée, 
et que sa qualité de soldat ou d'habitant apparaît au registre 
cette présomption de malade blessé se changera, pour moi du 
moins, en une certitude absolue. 

Rappelons-nous, au propos de la qualité d'habitant à 
laquelle je prétend reconnaître mes blessés, que M. de Fron- 
tenac avait ordonné d'armer les habitants de toute la région 
de Montréal, qu'il en avait répété l'ordre aux Trois-Rivières 
et que tous ces braves gens descendirent à Québec sous le 
plus bref délai. Le Registre Journalier nous en offre un 
double exemple dans les personnes des deux habitants de 
M. de St.-Ours, Jeaîi Arvée ou Aruce (ce nom est presque 
illisible dans le manuscritj et François Tribot ou Fribot. Ce 
dernier, entré le 20 octobre (quantième du second engage- 
ment à La Canardière), mourut à l'Hôtel-Dieu le 22 novem- 
bre suivant. Jean Aruce, entré à l'hôpital le 26 octobre, 
décéda avant lui, le 12 novembre. 

L'on va me demander. " Pourquoi faites-vous mourir 
Aruce de ses blessures ? Eh ! mon cher, vous n'en savez rien. 
Il est entité à l'Hôtel-Dieu cinq jours après le troisième et 
dernier engagement de La Canardière. La conclusion la plus 
naturelle et la plus raisonnable est qu'il a dû succomber à 
une maladie, non point à une blessure." 

Comment répondre à cette objection sérieuse ? Je ferai 
remarquer d'abord à mon contradicteur que le fait d'être 
entré à l'hôpital le 26 octobre n'établit en aucune façon 



MORTS ET BLESSÉS 319 

qu'Aruce n'ait pas été blessé les 18, 20 ou 21 octobre à La 
Canardière, Tous les blessés ne furent pas soignés à l'Hôtel- 
Dieu qui était alors encombré; plusieurs, les québecquois 
surtout, furent assistés dans leurs familles, à preuve M. 
de Vieuxpont. Du 22 au 26 octobre inclusivement nsuf 
patients, malades ou bles^sés, peu importe, quittent l'hôpital, 
trois y meurent, ce qui laisse douze lits vacants. Du 22 au 
26 octobre inclusivement, six personnes entrent à l'hôpital ; 
de ce nombre Jean Aruce, habitant, et Nicolas L'Honneur 
dit De Lormeau, soldat, Jean de la Koche, soldat, Pierre 
Geran dit Orléans, soldat. Les deux autres ne sont pas 
qualifiés. — Avouons qu'il existe un soupçon grave, une pré- 
somption très plausible de le croire blessé. Sans doute, et 
c'est très grand malheur, les preuves positives fout défaut, il 
n'en existe que de circonstantielles, et encore elles ne s'ap- 
puient que sur un seul document, plus difficile à expliquer 
aux autres qu'à comprendre soi-même après l'avoir longtemps 
ëtudié. 

Ainsi j'ai classé parmi les blessés 'probables de notre armée 
les 24 personnes entrées au Registre journalier de l'Hôtel- 
Dieu à la date du 1er novembre 1690, huit jours après le départ 
de la flotte de Phips. Pourquoi ? 

En tout le mois de novembre 16'J0 il y eut 48 entrées de 
malades. Comment rendre compte, et de satisfaisante manière, 
du fait très singulier que la moitié précise des personnes 
admises à l'Hôtel-Dieu, c'est-à-dire 24, entrent à la date du 
1er novembre ? Remarquez encore que sur les 24 valétudi- 
naires, 13 sont des soldats. Quelle épidémie, quelle soudaine 
catastrophe avaient donc éclaté sur la ville ? 

Il n'en était rien cependant, et tout le mystère s'exphque 
par un retard apporté dans les entrées au Registre Journa- 
lier. On a inscrit sous la date du 1" novembre 1690 les 
noms des blessé^, disons des malades, d'octobre 1690. 

On m'objectera : vous appuyez votre première hypothèse 
sur une seconde, vous bâtissez eu l'air, tout va crouler. Pour- 
quoi ne discutez-vous pas sérieusement ? 

J'ai prévu ce reproche, et, loin de l'éviter, je me plais à le 
provoquer pour mieux lui répondre. 



320 MORTS ET BLESSÉS 

J'emprunte au Registre Mortuaire de l'Hôtel-Dieu d& 
Québec, anno 1740, l'extrait suivant : 

1er Septembre 1740. 

'• Un français faussonnier dont nous n'avons pu scavoir le 
nom, ni le païs, ni l'âge, est entré fort malade en cet hôtel- 
Dieu le 7e août 1740 avec tous ceux qui y furent reçus. Il j 
fut traité charitablement comme les autres, et après y avoir 
beaucoup souffert, il y mourut le 1er de septembre muni des. 
sacrements de l'église, et fut inhumé le même jour, à cause 
de la contagion, dans le cimetière des pauvres. Les personnes 
qui ont vu l'extrême embarras où nous étions ne s'étonneront 
pas que le nom d'un malade nous ait échappé." 

On voit, par l'acte qui précède, que l'entrée des malades au 
Registre Journalier se retardait alors de plusieurs jours. 
C'est ce qui explique comment on a pu entrer en novembre 
les maladp.s d'octobre 1690. 

En ce temps-là (1740), la petite ville de Québec jouissait 
d'une paix profonde. Mais, en 1690, imaginez le tumulte, 
l'embarras, l'angoisse, l'affolement universel d'une ville 
plongée tout à coup dans les horreurs d'un siège aussi mena- 
çant qu'imprévu. Si l'archiviste du monastère s'excuse, en 
1740, d'avoir inscrit à la date du 1er septembre le nom d'un 
pauvre diable entré à l'hôpital le 7 août précédent, à plus 
forte raison sera-t-elle pardonnable d'avoir inscrit à la date du 
1er novembre les soldats blessés les 18, 20 et 21 octobre 
précédent. C'était un incontrôlable retard et qui ne compor- 
tait aucune irrégularité repréhensible. Je me suis donc cru 
justifiable d'aller identifier mes blessés parmi les malades 
portés au Registre Journalier du 1er novembre 1690. 



Puisque nous en sommes au chapitre des Morts & Blessés 
de l'armée canadienne-française nous allons analyser ensem- 
ble un document très connu de nos archivistes et de nos gens 
de lettres. Je veux parler d'un acte de sépulture, inscrit au 
registre de la paroisse de Beauport, à la date du 25 octobre 
1690. Ce travail prouvera, une fois de plus, combien il 



MORTS ET BLESSÉS 321 

impoite aux critiques d'histoire de viser une pièce authentique 
sur l'original lui-même quand on a l'avantage de le posséder, 
et à quels mécomptes s'exposent ceux-là qui croient de suite 
à l'exactitude des textes imprimés. Leur bonne foi me rap- 
pelle la naïveté grossière de ces braves campagnards liseurs 
de journaux qui avalent en requins les blagues énormes 
qu'ils débitent, et répliquent aux contradicteurs : — " C'est la 
vYé vérité, monsieur, c'est mis dans la gazette ! " 

Extrait du Registre des Baptêmes, Mariages et Sépidtitres 
de la paroisse de Notre-Dame de la Miséricorde de 
Beauport pour l'année 1690 i. 

Fac-similé de l'original 

Le vingt-cinquième Octobre par moy soussigné 
Guré de Beauport ont été enterrés les nommés 
cy-dessous sçavoir Ecuyer, Sieur de 

Clermont, lieutenant de la Compagnie 
Il et Joseph / 

et un autre engagé vagabond 
Lieutenant*"" tous trois ayant été tués le dix-huitième du dit 
DtfïaToucbe "^^is dans le combat qui fut livré sur le dit lieu 
par nos ennemis les Anglais où les susdits décédés 
donnèrent leur vie pour soutenir leur religion et 
leur patrie ; auquel enterrement ont assisté Noël 
et Pierre Vachon, frères, garçons du dit Beauport, 
Pierre Vachon, K Vachon, E. BouUard. 
Non seulement cette précieuse archive, d'une capitale 
importance au point de \'ue de la statistique qui nous 



1 — Ce registre est déposé au département des Archives, rue Ste.- 
Anne, à Québec. 

2 — Il s'appelait aussi Daniel. A preuve, l'extrait suivant : 

Daniel La Touche de Cha:nplain. âgé de 12 ans, entra (an Col- 
lège de Québec) le 9 Octobre 1077. Il en sortit après sa philosophie 
en l'année 1685, ne se croyant pas appelé à l'Eglise. Il entra depuis 
au noviciat des Jésuites d'où il sortit et revint en Canada et fut tué 
dans la guerre di;s Anglais. 

Annales du Séminaire de Québec, page 8. 

21 



322 MORTS ET BLESSÉS 

occupe, a été mal copiée et plus mal imprimée, mais encore 
on l'a altérée de telle sorte qu'on en a fait un faux document. 
Je dis d'abord que le registre a été mal copié, et je le 
prouve, 

Fac-SÎTriile. 

Le vingt-troisie. octob. par moy soussigné, curé de Beau- 
port, ont été enterrés les nommés cy -dessous : 

■f-f"!" 8r. de Clermont, Lieutenant Joseph 

De La Touche et ^ 

Tous trois ayant été tués dans le combat qui fut livré le 
dix-huitie. du. d. mois par nos ennemis les Anglais où les 
susd. décédés donnèrent leur vie pour soutenir leur religion 
et leur patrie ; auquel enterrement ont assisté Noël & Pierre 
Vachon, garçons du d. Beaupt, ^ 

Je signale de suite à mon lecteur l'erreur du quantième. 
L'original du registre dit : Le vingt-cinquième octobre, la copie 
du registre : Le vingt-troisie. octob. Signalons encore l'ab- 
sence des mots suivants au corps de l'acte : Ecuyer, Sieur 
de Clermont, lieutenant de la Compagnie et 

Joseph f et un autre engagé vagabond. 

Evidemment, cette copie n'a jamais été collationnée. 

C'est cependant celle-là même que Monseigneur Jean 
Langevin, premier évêque de Eimouski, a publiée dans ses 
Notes sur les Archives de Notre-Dame de Beauport. 

Or, on a trouvé le moyen de morceler encore cette pauvre 
copie déjà suffisamment estropiée à mon avis. Nous lisons 
donc, à la page 46 des Notes sur les Archives de Notre- 
Dame de Beauport par M. Jean Langevin, prêtre, ancien 
curé de cette paroisse, le paragraphe suivant : 

" 23 octobre. — Sep. " des nommés cydessous {En blanc 
dans l'Acte ; à la marge " Sr. de Clermont Lieutenant, Joseph 
De La Touche et "). Tous trois ayant été tués 



1 — En marge dans la page du registre. 

2 — Cette copie du registre de Beauport, anno 1690, est actuelle- 
ment conservée au presbytère de Beauport. 



MORTS ET BLESSÉS 323 

dans le combat qui fut livré le dix huitie. du d. mois par nos 
ennemis les Anglais où les susd. décédés donnèrent leur vie 
pour soutenir leur religion et leur patrie. — (Cet Acte n'est 
pas signé.) " 

Notons, une fois de plus, cette erreur de quantième, 23 
octobre, que l'auteur répète d'après le copiste, et remarquons 
l'absence des mots auquel enterrement ont assisté Noël é 
Pierre Vachon, garçons du d. Beaup\ Le document est 
trop court pour être encore tronqué. Au propos des témoins 
Xoël et Pierre Vachon, disons, en passant, qu'ils étaient deux 
des enfants du célèbre notaire royal Paul Vachon lequel 
demeurait, en 1690, tout auprès de l'église de Beauport. 

Monseigneur Langevin ajoute : Cet Acte n'est pa.s signé. — 
Nouvelle erreur ; Voriginal de l'acte est signé de trois noms, 
comme il appert au fac-similé de ce document. L'ancien 
évêque de Rimouski ignorait évidemment l'existence du 
registre original de 1690 pour la paroisse de Beauport au 
Département des Archives à Québec, et n'a dû consulter que 
la copie défectueuse conservée de record au presbytère de 
Beauport. 

La méprise de Monseigneur Langevin est excusable et se 
peut très honnêtement expliquer ; je voudrais pouvoir en 
dire autant de l'erreur commise par Monsignor Tanguay au 
sujet du même document. 

A la page 73 de son ouvrage, A travers les Registres, 
publié en 1886, nous lisons ce qui suit : 

Octobre 1690. 

Le 23 — Ont été inhumés les sieurs de Clermont, lieute- 
nants, et Joseph de la Touche, tous trois massacrés dans le 
combat qui fut li\Té, le 18 octobre 1690, par nos ennemis les 
Anglais, où les susdits décédés donnèrent leur vie pour sou- 
tenir leur religion et leur patrie 

• (R<ig. de Beauport.) 

Ne chicanons pas trop l'erreur du quantième, 23 octobre 
au lieu de 25 octobre. 3, 5, 8 sont des chiffres qui se res- 
semblent ; typographes et correcteurs d'épreuves sont bien 
pardonnables de les confondre l'un pour l'autre sur un mau- 
vais manuscrit. Laissons la responsabilité de cette bévue au 



324 MORTS ET BLESSÉS 

copiste inconnu du registre original de Beauport. Mais 
comment rendre un compte honnête de la manipulation évi- 
dente du texte suivant: Ont été inhumés les sieurs de 
Clermont, lieutenants, et Joseph de la Touche., tous trois 
massacrés etc? Pourquoi ce pluriel, ces sieurs de Clermont, 
lieutenants ? si ce n'est pour rencontrer les besoins de l'ad- 
dition, tous TEOis massacrés, et faire croire au lecteur que 
l'on est en mesure de nommer tous ses personnages, le cas 
échéant. Monsignor ïanguay admettra avec moi que son 
pluriel est très singulier mis en regard de la note que lui- 
même écrivait en 1871 au pied de la page 163 du Tome 1er 
de son Dictionnaire Généalogique. La voici : 

Ont été inhumés les sieur de Clermont, lieutenant, Joseph 
de la Touche, et tous trois ayant été tués dans le com- 
bat qui fut livré, le 18 oct. 1690, etc, etc. 

Quinze ans se sont écoulés entre l'édition du premier 
volume du Dictionnaire Généalogique (1871) et la publica- 
tion de VA travers les Registres (1886). Dans l'intervalle 
leur auteur aurait-il découvert quelque document, quelque 
archive, qui justifiât la retouche maladroite et peu scrupu- 
leuse d'un vieil acte de sépulture qui ne requerrait nulle- 
ment cette fausse correction ? En histoire, on ne suppléera 
jamais à une lacune par un replâtrage. Autant remplacer un 
trou par une tache. 

Les criminalistes anglais ont, au chapitre des écritures 
forgées, une jolie expression technique : tamjxiring luith a 
document, disent-ils. Nous autres, Canadiens-français, tou- 
jours artistes, nous traduisons le mot par retoucher, ce qui 
nous permet de faire acte ... de peintre. 

Monsignor Tanguay, que j'estime énormément d'ailleurs, 
me pardonnera sans doute de lui garder un peu de rancune 
à ce sujet. Sa reproduction corrigée à' A travers les Registres 
m'a fait chercher six mois durant dans les archives ces deux 
lieutenants De Clermont., Ça été pour moi une perte sèche 
(style commercial) et de temps et d'étude. Et de cette battue 
en pleine forêt archéologique je suis revenu bredouille, con- 
vaincu comme devant, qu'il n'y avait eu qu'un seul lieute- 
nant De Clermont tué au siège de Québec en 1690, et que 
cet officier s'appelait de ses nom, titres et prénoms Alexan- 



MORTS ET BLESSÉS 325 

■dre-Samuel De Clermont, écuyer, capitaine réformé des 
milices canadiennes-françaises. 

De cette petite mésaventure j'ai tiré grande leçon. J'ai 
pris, en conséquence, la résolution très ferme pour l'avenir 
de n'étudier nos archives que dans leurs originaux manus- 
crits, ces originaux eussent-ils déjà été publiés en éditions de 
bibliophiles, fussent-elles les plus recommandables et les plus 
recommandées du pays sous le rapport de la fidélité scrupu- 
leuse des textes reproduits, de la science critique, des annota- 
tions, de l'honnêteté éprouvée des commentateurs, etc. 

" En histoire, dit excellemment Edmond Biré, il n'est pas 
d'erreur si petite qu'il ne soit nécessaire de réfuter ", J'ai mis 
son conseil en pratique. 



CHAPITEE DIXIÈME 



l'ECHANGE DES PRISONNIERS 



Quels prisonniees Phips et Frontenac échangèrent-ils ? 

Frontenac, Monseignat, La Hontan, Janclot, Juchereau de- 
Saint-Ignace, Germain de Couvert et Charlevoix répondent, 
en partie, à cette question difficile. 

" Je donnai au sieur de La Vallière, capitaine de mes 
gardes, la commission de faire cet échange (de 'prisonniers) 
dont il s'est si bien acquitté que nous avons eu plus de Fran- 
çais qu'il n'a rendu d'Anglais qui n'étaient que des femmes, 
filles et enfants, à la réserve de ce capitaine Davis qui avait 
été pris par le sieur de Portneuf qu'il a fallu donner pour le 
sieur de Granville," — (Frontenac.) 

" Les prisonniers anglais que nous voulions rendre furent 
assemblés le soir même (mardi, 24 octobre) ; ce n'était que 
des femmes et des enfants, et il n'y en avait pas un de con- 
sidérable que le capitaine Davis (Sylvanus Davis) qui com- 
mandait dans le fort que le sieur de Portneuf avait pris. 

" Il y avait aussi les deux filles de son lieutenant (Thad- 
deus Clarhe) qui fut tué, qui paraissaient assez bien nées. 

" Monsieur le Comte (de Frontenac) les avait rachetées 
des sauvages et les avait mises en pension. Madame l'In- 
tendante (de Champigny) avait racheté une autre petite 
fille de neuf ou dix ans, asscîz jolie, qu'il lui fâchait beaucoup 
de rendre ; cependant elle s'y résolut pour le bien public. 

" Ils faisaient en tout dix-huit. Monsieur De La Vallière 
fut chargé de cet échange. Il se rendit à terre le mercredi 
matin (25 octobre) vis-à-vis de l'endroit où les Anglais étaient 
mouillés. 



l'échange des prisonniers 32Y 

" La négociation dura tout le jour. Un ministre avait passé 
à terre et on trouva le secret de le garder sur les difficultés 
qu'ils faisaient de rendre Monsieur Trouvé. 

" Enfin tout fut échangé de bonne foi ; mais nous y gagnâ- 
mes beaucoup puisque nous eûmes pour des enfants des 
hommes faits et en état de servir et que le nombre des Fran- 
çais était plus grand que le nombre des Anglais." 

(Monseignat.) 

" Avant que de partir il (Phips) envoya demander à Mon- 
sieur de Frontenac, mais d'un style radouci et bien différent 
de celui de la lettre (présentée par le parlementaire X 
l'échange de quelques prisonniers anglais avec le sieur Joliet, 
sa femme, sa belle-mère et quelques matelots que la flotte 
ennemie avait pris sur le fleuve Saint-Laurent dans une 
barque appartenant au dit sieur Joliet. Notre Gouverneur 
Général topa volontiers à la proposition, et le marché s'exécuta 
sur le champ." — (La Hontan.) 

" Le lundi, 23 au soir, l'amiral Phips ne sachant comment 
faire pour retirer ses prisonniers que nous gardions depuis 
quelques mois et nous rendre les nôtres, jugeant que s'il ren- 
voyait une chaloupe à la ville les habitants des côtes la 
déferaient en chemin il résolut d'envoyer à terre Madame 
Lalande et sa fille pour parler de sa part à M. de Frontenac. 
EUes arrivèrent le soir à la ville dans un canot qu'on leur 
donna à l'habitation où les Anglais les avaient débarquées. 

" Monsieur le Gouverneur agréa la proposition du sieur 
Phips. Pour cet effet il leur renvoya 16 prisonniers con- 
duits par son capitaine des gardes, le lendemain, 24 ; lequel 
nous en amena 16 autres le même jour, trois heures après. " 

(Janclot). 

" Quand les Anglais furent à quelques lieues d'ici on eut 
avec eux des conférences pour parler sur l'échange des pri- 
sonniers qu'ils avaient dans leurs vaisseaux. On leur rendit 
plusieurs hommes que nous avions pris dans le pays d'en 
haut et vers l'Acadie, mais ils demandèrent à la place de 
Monsieur Trouvé, prêtre, qu'ils avaient pris à Port-Royal, 
une jeune fille de condition nommé Sarah Gerish, etc." 

(Juchereau de Saint-Ignace.) 



328 l'échange des prisonniers 

"Le 25 (octobre) étant déjà à cinq ou six lieues de Québec 
ils ont rendu nos Français, tant ceux qu'ils avaient pris dans 
nos barques sur la rivière que les autres qu'ils avaient emme- 
nés de Port-Eoyal à Boston et qu'ils avaient ensuite tirés de 
la prison de Boston pour les mettre sur la flotte et pour s'en 
servir dans l'expédition de Québec, et, en rendant nos prison- 
niers, ils ont reçu les leurs." — (Germain de Couvert.^ 

" Comme le nombre des prisonniers était à peu près égal 
de part et d'autre le traité fut conclu sans aucune difi&culté 
et exécuté de bonne foi." — ( CJiarlevoix.) 

Une chose étonne à la lecture de cet extrait, le petit nombre 
de prisonniers anglais échangés à Québec. 

En effet, si, pour les dix-huit mois écoulés (d'avril 1689 à 
octobre 1690), l'on établit la statistique des prisonniers faits 
par nos bandes franco-indiennes dans la Nouvelle- Angleterre, 
nous arrivons à un grand total de 161 captifs, contingent des 
quatre expéditions d'Iber ville à la Baie d'Hudson, (7 juillet 
1689), de Ste- Hélène à Schenectady (19 février 1690), 
d'Hertel à Salmon Falls (2Y mars 1690), et de Portneuf à 
Casco (29 mai 1690). 

En voici le détail : 

Expédition de la Baie d'Hudson : 7 prisonniers, savoir : 
William Board, commandant du Churchill. 
James Miller, second. 
Walter Keare, chirurgien. 
Hugh Cincleare, négociant. 
William Gault, matelot. 

James Sampson, commandant du Young John. 
John Fullerton, matelot. 
Expédition de Hhenectady : 30 prisonniers. 
De ce nombre nous en connaissons 22 : 
Jobannes Eeller. 

John Wemp, fils de Myndt. Wemp. 

Symon, Abraham, Philip, Dirck, Claes Groot, tous cinq 
enfants de Symon Groot. 

Jean-Baptiste, fils de Jan Van Epps ^ 

1 — Il était fils du Lieutenant de la Justice à Schenectady. 



l'échange des prisonniers 329, 

T 1. -tr jj î fils de Hamie Vedder. 

Johannes Veader ) 

Isaack Cornelise Switts et son fils aîné, 

Arnout, fils d'Arnout Cornelis Viele, l'interprète. 

Etienne, fils de Gysbert (Gilbert) Gerritze. 

Laurent, fils de Claes La%\Tence Purmurent. • 

Arnout, fils de Paulyn Janse. 

Barent, fils d'Adam Vroman. 

Claes, fils de Frans Harmense. 

Etienne, fils adoptif de Geertje Bouts ^ 

J -p. -j -D .f (trois soldats appartenant à la compa- 

i T 1 -»r 1 r fifnie du capitaine Jonatlif.n Bull 2. 
V Joseph Marks J * ' 

r Jean Baptiste Baruc. \ 
\ André Baruc, j 

John Lehav, ^ 



1 — Cf : Documentary Uistory of the State of New- York, Vol. II, 
ch. IX, pages 304, 305 et 306. 

2 — L'un de ces trois soldats, je ne puis dire lequel, réussit à 
s'échapper, comme le prouve l'extrait suivant de l'Histoire Docu- 
mentaire de Neic-Yorli : 

This afternoon (9th July, 1690), three of our folks arrived hère 
(Albany) from Canada who escaped from there, namely : Klynn 
Isack, the son of Ryck Classen, and one of Captain Bull's soldiers. 
They report having been twenty-four days on the road, and the sol- 
dier 26 days from Monrojael (Montréal). 

They say that Montréal is not very strongly garrisoned, though 
thej' fear nothing and think little of us. Xevertheless the soldier or 
English man would very gladly attack it and is inclined to accom- 
panv our people and gives us encouragement that the oppor- 
tunity is favorable. 

The French abstain from talking before prisoners and say they 
hâve heard little or nothing from the Port-Royal expédition, etc 3. 

Klynn Isack et le fils de Ryck Classen appartenaient-ils au groupe 
des prisonniers Anglais de Schenectady ? Je ne le crois pas. Ils 
avaient été pris par les sauvages dans quelqu'autre rencontre acci- 
dentelle. 

3 — Documentary History of the State of New-York, Vol. II, page 
273. 

4 — Tanguay : Dict. Gén., Vol. 1. page 9 Etait encore à Mont- 
réal en 1693. 

5 — Tanguay : Dict. Gén., Vol. 1. page 9 Etait encore à Mont- 
réal en 1696, domestique chez Jacques Le Ber. 



330 l'êohange des prisonn iers 

John Mills, i 

Quatre nègres. 

Expédition de Sahnon Falls : 54 prisoriniers. 

De ce nombre nous connaissons : 

Louise Hurtado, ^ 

Marthe Mills. ^ 

Jean-Baptiste Oicbac, enfant de 4 ans et demi. ■* 

Jean-Baptiste Smith. ^ 

Elizabeth Winworth. ^ 

Six ou sept des enfants de Clément Short, tué. '^ 

Mary Ferguson ^. 

James Plaisted et Mary Plaisted sa femme '^. 

Mehitabel Goodwin lo. 

Expédition de Casco : 70 prisonniers, sans compter les 
femmes et les enfants. Les sauvages gardèrent la plupart des 
prisonniers ^i. 

De ce nombre nous connaissons : 

Le capitaine Sylvanus Davis, 

Les filles de son lieutenant, Thaddeus Ciarke, 

William Parker, soldat, domestique du capitaine Davis. 

Tous quatre étaient à Québec en octobre 1690. 



1. — Cf: Greffe de Bénigne Basset Inventaire des hiens de M. de 

Ste-Hélène Domestique, en 1690, chez M. D'Argenteuil, à Montréal. 

2 — Tanguay : Bict. Gén., Vol. I, page 9 — Etait encore à Mont- 
tréal en 1692. 

3 Tanguay : JJict. Gén., Vol. I, page 9 Etait encore à Mont- 
réal en 1693. 

4 — Tanguay: Dîct. Gén. ,Yo\. I, page 9 EtaitavixTrois-Rivières 

le 8 septembre 1690. 

5 Tanguay : Dict. Gén., Vol. T, page 9 — Etait encore à Mont- 
réal en 1693, au service de M. D'Argenteuil. 

6 Tanguay : Dict. Gé7i., Vol. I, page 9 — Etait aux Trois-Rivières 

en 1690. 

7 Ces sept enfants furent amenés à Québec, et rachetés par les 

Anglais Cf : Cotton Mather : Magnalia Christi Americana, Tome 

II, livre 7, page 517. 

8 — Mather : Magnalia Christi Americana, tome II livre 7, page 521. 

9 — General Court Records (mars 1690.) 
10 — Mather: Magnalia Christi Americana, tome II, livre 7, pages 
519 et 520. 

11 — Cf: Neio-York Colonial Mannscripts, vol. IX, p. 473 ; Ferland, 
Histoire du Canada, tome II, p. 204. 



l'échange des prisonniers 331 

Enfin, les Magnolia Christi Americana ^ nous signalent 
une dernière prisonnière enlevée par les sauvages, à Quoche- 
cho, au mois d'avril 1689, Sarah Gerish, fille du capitaine 
John Gerish. Elle fut amenée à Québec où Madame l'In- 
tendante De Champigny l'adopta. 

Eestent deux petites anglaises, Louise et Marie, compagnes 
de la captivité et de l'enfance de Sarah Gerish, car cette 
enfant, issue d'une très bonne famille, n'avait elle-même que 
douze ans. 

Louise, petite anglaise, (Cf. Dict. Gen. Vol. I, page 10), 
baptisée aux Trois -Rivières, le lu septembre 1690, et nommée 
par Messire Louis Dehennot, sieur de la Croix. 

Marie, petite fille de 12 ans, prise pendant la guerre (quelle 
guerre t) et décédée le jour même de son baptême, le 22 
décembre 1690 à Québec. (Cf. Dict. Gen. Vol. I, page 10). 

Lesquels donc de ces cinquante-six prisonniers anglais 
connus étaient à Québec au mois d'octobre 1690 et furent 
échangés ? 

Monseignat en nomme quatre : 

Le capitaine Sylvanus Davis, 

Les deux filles de Thaddeus Clarke, 

Sarah Gerish. 

Mais là ne se borne pas la certitude des personnes échan- 
gées. Ainsi je demeure convaincu que les sept enfants de 
Ulement Short, amenés à Québec après le meurtre de leur 
père à Schenectady, furent au nombre des 18 prisonniers 
dont parle Monseignat. 

Si nous ajoutons à cette liste les sept Anglais pris à la 
Baie d'Hudson par d'Iberville l'année précédente, nous com- 
plétons le rôle de nos intéressants captifs. 

La critique d'histoire m'opposera peut-être la relation de 
Frontenac qui dit formellement : à la réserve du capitaine 
Davis, qui avait été pris par le sieur ch Portneuf,. le capi- 
taine de mes gardes n'a rendu d'Anglais que des femmes, 
filles et enfants." 

J'appuie la vraisemblance de mon assertion sur l'autorité 
d« Juchereau de Saint-Ignace qui, elle aussi, dit positive- 

1 — Mather ; Magnalia Christi Americana, tome II, livre 7, 
\ page 513, et seq, et Histoire de V Hôtel-Dieu c'e Québec, livre II, 
pp. 333 et 334. 



332 l'échange des prisonniers 

ment : " On leur rendit (aux Anglais) plusieurs hommes 
" que nous avions pris dans le pays d'en haut et vers 
" l'Acadie, etc., etc." Le récit de l'illustre , hospitalière est 
lui-même confirmé par un document officiel qu'il importe 
d'étudier. 

Je reproduis ci-après l'ordonnance des Commissaires de la 
Nouvelle-Angleterre à Londres (le Colonial Offi'Cc actuel) 
transmise aux divers Etats de la fédération ansclo-américaine. 



Letter from Commissioners in London to New-England 
governments relative to an exchange of prisoners : 

London, May 30th, 1690. 
Honorable Sir, 

We being by His Majesty appointed commissioners for 
exchangmg prisoners during the french war and being credi- 
bly informed that several English whose naraes are uuder 
written were taken at' Hudson Bay and ware now prisoners 
at Canada, and being told by their relations hère, who hâve 
petitioned us, that you hâve several of the french nation 
prisoners with you, do, in the behalf of thèse our countrymen, 
désire that you will give so many French in exchange for 
them or other ways procure their enlargement. We press you 
the more earnestly for this, for we hâve released several of 
your countrymen that were taken by the French at sea and 
made prisoners in France till we give the French prisoners 
from hence at the King's charges and we shall be ready to 
do the same on like occasion. 

We are, 

Sir, 

Your humble servants. 

Thomas Addison, 
Eben. Leigh, 
Antho. Shephard, 
John Starkey. 



l'échange des prisonniers 333 

List of the prisoiiers to be exchanged : 

1. William Board, commander of the Churchill. 

2. James Miller, mate. 

3. Walter Keare, surgeon. 

4. Hugh Cincleare, trader. 

5. William Gault, seaman. 

6. James Sampson, commander of the Young John. 

7. John Fullerton, seaman. 

Cette lettre est datée du 30 mai 1690. Or, la flotte de Sir 
William Phips quitta Nantasket le 9 août suivant, soit neuf 
semaines après son expédition de Londres. Un mois et demi, 
deux mois au plus, représentent la moyenne de temps néces- 
saire à un voilier traversant de Londies à New- York ou à Bos- 
ton. Conséquemment, nous pouvons conclure en toute certi- 
tude que l'ordonnance du Ministère des colonies fut connue et 
transmise à tous les Etats de la Nouvelle- Angleterre avant le 
départ de l'expédition navale. Phips, rendu à Québec, ne 
devait point perdre la magnifique occasion de l'exécuter, 
d'autant que tous les prisonniers mentionnés au document 
officiel se trouvaient réunis dans la capitale dejmis l'automne 
de 1689. 

A l'époque du siège de Québec, les autres prisonniers (les 
Anglais de Schenectady, Salmon Palis et Casco) se trouvaient 
dispersés sur tout l'iinmense territoire de la Nouvelle-Prance. 
Ceux-là qui n'avaient pas été rachetés — et ils représentaient 
le plus grand nombre — avaient suivi dans leurs villages leurs 
féroces vainqueurs, les Indiens Abénakis, Kauibas ou autres. 
Les rachetés — les heureux ceux-là — se trouvaient, qui à 
Montréal, comme l'irlandais John Lehay, domestique chez M. 
Le Ber, qui à Trois-Eivières, comme le petit Jean-Baptiste 
Oicbac, bambin de quatre ans et demi, qui à Québec, comme 
Sylvanus Davis, les demoiselles Clarke, Sarah Gerish, William 
Parker, les enfants de Clément Short et les autres. En frajj- 
pant encore aux portes des manoirs des 119 seigneuries alors 
établies en la Nouvelle-France on aurait peut-être encore 
reconnu quelques prisonniers dans les domestiques qui 
seraient venus ouvrir. Mais là se fussent arrêtées toutes les 
recherches. 

L'histoiien Ferland, racontant l'expédition de Casco, dit que 
les sauvages gardèrent parmi eux laiolupart des prisonniers. 



334 l'échange des prisonniers 

L'événement s'était répété à Salmon Falls et à Schenectady. 
Les Indiens, à quelque nation qu'ils appartinsent, étaient, pour 
les Français comme pour les Anglais, des alliés capricieux, 
incontrôlables, aussi nuisibles qu'utiles, toujours compromet- 
tants, souvent plus dangereux que l'ennemi que l'on allait 
combattre avec leur déplorable concours. Leur appui était 
absolument problématique. Un fâcheux augure, un mauvais 
rêve suffisaient à leur faire quitter un champ de bataille, en 
pleine chaleur de l'action. L'aventure, et elle n'était pas gaie, 
s'en produisit à la bataille de Ste-Foye. 

Aussi l'on imagine quels grands enfants les Peaux-Rouges 
étaient en affaires. Avec cette versatilité d'esprit qui leur 
était propre, rien n'était |)lus difficile à régler qu'un marché 
sérieux comme le pouvait être un achat d'esclaves, ou un 
échange de prisonniers. Avec les Sauvages il fallait payer 
comptant, ce qui souvent était impossible, vu les difficultés 
invincibles de faire suivre un corps expéditionnaire comme 
ceux-là de Salmon Falls ou de Schenectady d'une caisse mili- 
taire, ou d'un chargement de verroteries. Pour n'en rappeler 
qu'un exemple M. de Portneuf n'obtint des Abénakis, vain- 
queurs à Casco, la permission de retenir Sylvanus Davis et 
les deux filles de Thaddeus Clarke et des amener à Québec 
que sur la promesse formelle que le gouverneur les leur 
achèterait. Les Sauvages, sachant qne Frontenac y mettrait 
le prix, consentirent à la fin. Frontenac dégagea la parole de 
M. de Portneuf et racheta en effet les trois distingués captifs. 

A pei sonne ne vint la pensée de réunir ces prisonniers en 
congrès et de les descendre à Québec à l'occasion du siège de 
la capitale par leurs compatriotes. La défense était assez 
urgente et difficile à préparer, l'ennemi suffisamment redou- 
table, pour que l'on ne vint pas de gaieté de cœur, et par une 
inconcevable étourderie, à lui ménager des intelligences dans 
la place même qu'il s'agissait de sauver à tout prix. 

Les Anglais furent stupéfaits du petit nombre de leurs 
compatriotes échangés. Ils éclatèrent en plaintes indignées, 
crièrent à la trahison, à la barbarie la plus infâme, accusant 
les Français d'avoir honteusement, lâchement abandonné 
leurs prisonniers aux Sauvages qui les brûlaient dans leurs 
bourgades. 

C'est du moins ce que nous en dit Monsieur William 



l'échange des prisonniers 335 

Kingsford, auteur d'une très volumineuse Histoire du 
Canada : 

" This rescue of Avoraen and children from captivity 
constituted the one honourable feature in the expédition, 
Their limited number revealed the painful fact, that the 
prisoners carried otî from Salmon Falls and Fort Loyall had 
been murdered or were kept in captivity by the Indians. They 
had ne ver reached Québec and had therefore been left to the 
mercy of the Abenakis. But few months had passed since 
the events had taken place. The fact that of the many pri- 
soners made the few specified alone remained is undeniable 
proof that tliose who were missing had been abandoned to 
the Indians. It cannot be set aside but must remain with 
its indelible disgrâce ! ^ 

Fâcheusement pour l'opinion de M. Kingsford il en existe 
une autre absolument contradictoire, plus honnête et mieux 
accréditée. Puritain fanatique, c'est-à-dire protestant cou- 
vaincu, Cotton Mather, contemporain, collaborateur, panégy- 
riste de Sir William Phips, s'est aussi prononcé sur le même 
sujet. Pour ceux-là qui connaissent l'auteur du Magnalia 
Christi Americana, le verdict qu'il prononcera sur les Français 
du Canada ne sera pas entaché de sympathie. Cotton Mather 
était un franc ennemi et de notre religion et de notre race ; il 
nourrissait pour tout ce qui pouvait être catholique et fran- 
çais une haine de bon aloi et une répugnance de belle espèce. 
Epris, infatué de lui-même au point d'écrire une biographie 
anonyme de Sir William Phips pour se vanter plus librement, 
s'encenser avec plus de tartuferie au cours des événements 
publics qu'il racontait, et quorum pars magna fuisset, ce 
personnage n'était pas homme à prodiguer les compliments 
aux maudits Papistes, cauchemars, épouvantails de toute sa 
sa vie, ces pelés, ces galeux d'où venait tout le mal. Et 
cependant, il a la loyauté de rendre un éclatant témoignage à 
l'humanité de la politique franco-canadienne en Amérique. 

Oyez bien. Monsieur Kingsford. 

" Indeed some few of the captives did happily escape 
from their barbarous oppressors {the Indians) by a tlight 

1 — Kingsford : History of Canada, Tome II, ch. III, page 245. 



336 l'échange des prisonniers 

wisely managed ; and many more of thern were hought hy 
the French, vjho treated them with a clvility ever to be 
acknowledged, until care was taken to fetch them home, i 

Et nunc, Kingsford, erudimini ! 

Nous avons donc à choisir entre la honte indélihile du 
signor Kingsford et l'éternelle reconnaissance de Cotton 
Mather ! L'hésitation sera courte à mou avis, et l'Histoire 
optera instanter. 



Puisque nous en sommes à disputer de la barbarie française- 
catholique comparons-la donc à la tendresse civilisée de nos 
amis les colons de la Nouvelle-Angleterre en général et de 
messieurs les Puritains en particulier. 

Le 7 juin 1690 le Ge7ieral Court de l'Etat de Massachu- 
setts votait la résolution suivante : 

7th June, 1690. 
Boston, Province of the 

Massachusetts Bay, in New-England, 

For the encouragement of lieutenant Elisha Andrews or 
any other persons that shall be approved of by the Governor 
and Council and such volunteers as shall list themselves to 
go out with them against the common ennemy, French and 
ludians. 

It is ordered that they shall be allowed tiuelve povbnds in 
or as money for every one of the enemy they shall kill 
or hring in alive, and to be paid three shillings per week a 
man whilst they are out in the service, as also elght pounds 
in or as money aforesaid /bî* every english captive they shall 
recover and- bi'ing hack out of the enemies' hands and 



1 — Cotton Mather: Maijnalia Chrisii Americana, tome TI livre 7, 

page 518 " The journey now (d^Aîbanij à Québec. 431 milles) 

before them was like to be very long, even as far as Canada, when 
his (the Indian) i^urpose was to make merchandise of his captive, 
and glad was the captive {Mehitahel Goodwin) of such happy iidings. 
Idem, tome II, livre 7, page 520. 



L'ÉCHANGE DES PRISONNIERS 337 

that titey shall he allowed what henefit they can make of 
their ivomen and cliildren and plunder. 

Past in the affirmative by the deputies. 

John Clarke, Secretary. 
Consented to by the Governor and magistrates. 

James Addington, Secretary. 

Délicieux, n'est-ce pas, cet ordre en conseil ? 
■ Et la cote ? Adorhâble ! grasseyrait un courtier parisien i. 

— O 



Têtes de Français... 12 louis pièce, 

Têtes d'Anglais 8 " " Only ! 



Pas flatteur tout de même ce John Biill junior, mais, en 
revanche, pratique et marchand comme le père 1 II taxe ad 
valorem ! 



1 — Les Plyniouih Colony Records sont fort édifiants eux aussi. 
Lisez plutôt. 

14th August 1689. 

That such due encouragement may be given to souldiers, that if 
it may be there may be enough raysed to go volluntai-ily, without 
pressing, such encouragemenc to he six shillings per weeke, money 
or monies value, for each private souldier, and eiyht or ten pounds 
perhead to our company, or souldiers, _/br everi/ figliting man of the 
enemy, ichose scalp shall be brought in in tosuchperson or oflBcer as 
shall be appointed to take notice or knowledge thereof, and also 
to hâve ail the persons as they shall take and captivate, aiid ail 
portable plunder divided amongst them. 

Ordered by this Court and the authority thereof, that if any 
person, English or Indian, apprehend and bring before authority 
any man that is an indian enemy, he shall hâve ten pounds for a 
reward if be bring him alive, and Jice pounds if killed, provided it 
be évident it be an enemy Indian- "• 

Piymouth Colony Records, Vol. VI, 1678-1091^ pages 213. 
22 



338 l'échange des pbisonnieeis 

Cette sinistre pancarte dut être clouée à la devanture de 
tous les étaux de Boston, comme la proclamation du 7 juin 
1690 avait mérité l'honneur d'être lue aux portes des abattoirs 
et dans les bouchefies de la cité. Affichée en placard cette 
digne résolution du General Court, cette mise à prix du sang 
français, tirait l'œil des clients mieux encore que nos viandes 
enguirlandées des marchés de Pâques, toutes piquées de roses 
écarlates à feuilles d'or ! Du Français, manger du Français ! 
quelle venaison comparable ? Le morceau saignait encore 
mieux qu'un rosbif cru sous la dent prédestinée de ces tendres 
Puritains. 

A part ce permis de chasse humaine, délivré gratis aux 
hommes de bonne volonté, l'ordonnance du 7 juin 1690 
garantit un privilège de haute morale publique, celui d'user 
et d'abuser à bon plaisir, au caprice absolu de la volonté, des 
femmes, des enfants et du butin pris sur l'ennemi : tliey shall 
be allowed what benefit they can make of their women and 
children and plunder. 

Ce considérant de l'ordonnance ne souffre pas de commen- 
taires. Eemarquous seulement que les auteurs de la résolu- 
tion du 7 juin 1690 avaient rédigé les Blue Latvs qui 
condamnaient au pilori le mari criminel convaincu d'avoir 

embrassé sa femme le dimanche! Pudeur britannique 

que tu es court vêtue ! 

Six ans plus tard, 11 mai 1696, l'Etat de New- York revisa 
le tàTÏî 2^'i'otecteur de Boston. 

A la page 150, vol. IV, des Documents relatifs à l'His- 
toire Coloniale de l'Etat de New-York, nous lisons ce qui 
suit : " The daring incursions of the enemy had already called 
forth the following action on the part of the New- York 
Government, 

" Resolved for the future, that six i^unds shall be given 
to each Christian or Indian as a Reivard tuho sJudl kill a 
Frenclmian or Indian eneiay — tvithin three miles of 
Albany or any other settled farme in Albany, Ulster or Dut- 
chesse Countyes and ordered Proclamecon issue accordingly." 

La proclamation fut émanée le 11 mai 1696. ^ 



T_Cf: New York Council Minutes, Vil, 189. 
The printed proclamation, datecl Uth May 1696, is in New-York 
Colonial manuscripts XL. Ed. 



l'éohange des prisonniers 339 

De toute évidence les New-Yorkais ne digéraient pas le 
Français ? Il en est d'autres qu'il rendait également dyspep- 
tiques. Aussi voyez comme il baisse sur le marché : de douze 
louis il tombe à six. C'est une saute capable d'entraîner une 
panique à la table de John Bull. Autre observation, la carac- 
téristique des troubles gastriques : le législateur de New- York 
est d'humeur rageuse, sa colère est devenue farouche, aveugle. 
Le Bracon bostonnais mettait une alternative, un correctif, à la 
sanglante exécution de l'édit fatal : twelve pounds for every 
one of theenemy theyshall klll or bring in olive. — Mort ou 
vif, avait dit Massachussetts, Mort ! commande N"ew-York ! 

Le bel exemple d'impératif absolu ! Je le signale aux 
gi-ammairiens de l'avenir. 

Sans doute, la proclamation du 11 mai 1696 circonscrivait 
à trois mille d'Albany, Ulster et autres lieux, le champ d'opé- 
ration ouvert à messieurs les amateurs de meurtre ; mais cet 
arrêté cynégétique, ce règlement de chasse humaine, prouve 
moins une limite de philanthropie qu'une mesure de prudent 
courage chez nos bons frères de la Nouvelle-Ançjleterre. 

J'invite M. William Kingsford à se rendre à Québec, à 
viser les documents officiels de l'administration publique sous 
le régime français. Qu'il vienne, s'il en a le courage et la sincé- 
rité, étudier les édits et ordonnances des gouverneurs qui ont 
régné un siècle et demi sur la Nouvelle-France ! M. Kingsford 
ne m'accusera pas de restreindre à un seul gouvernement 
l'enquête sévère qu'il va tenir. Qu'il organise, à travers nos 
archives nationales, des battues ou des fouilles, meutes de 
chiens ou de mouchards, à son choix, pour y lever quelque 
bel oiseau de scandale ou dénicher une vilenie d'espèce rare. 
Qu'il scrute les Jugements et Délibérations de notre Conseil 
Souverain, et, lecture faite, qu'il publie, à la grande et 
belle lumière de l'histoire contemporaine, des invitatoires de 
meurtre, des appels à l'assassinat comparables en barbarie 
aux ukases du pieux Boston, ou de la virginale New- York ! 
Je le défie hardiment d'eu découvrir jamais. 

En attendant, qu'il s'exécute, (ce qui promet d'être long) 
et produise ses pièces à conviction, je lui renvoie sa phrase 
indignée . They cannot be set aside, but must remain ivitli 
tlieir indelible disgrâce ! Elle s'applique avec une étonnante 
justesse aux actes législatifs de ses ancêtres, les magistrats de 
la Nouvelle- Angleterre. 



340 l'échange des prisonniers 

Il reste, pour compléter ma réponse à la question qui fait le 
titre de ce chapitre, à déterminer quels prisonniers canadiens- 
français furent échangés contre les captifs anglais retenus ù 
Québec pendant le siège. 

Les relations contemporaines en nomment cinq : 

Le découvreur du Mississipi, Louis Joliet, 

Claire-Françoise Bissot, femme de Louis Joliet, 

Marie Couillard, veuve de François Bissot, sieur de la 
Eivière, femme de Jacques De La Lande, belle-mère de Louis 
Joliet, 

Pierre Bequart, sieur de Grandville. 

Le sieur Claude Trouvé, prêtre, fait prisonnier à Port- 
Eoyal, (c'est le Mr. Peter de la relation de Thomas Savage.) 

Les autres Français échangés, dont nous ne connaîtrons pro- 
bablement jamais ni les noms ni le nombre, se composaient : 

1" De quelques Acadiens pris à Port-Eoyal. 

'2^ Des matelots appartenant à la barque du sieur Joliet, 
tombée au pouvoir de la flotte anglaise. 
'■ 3** De l'équipage de la biscaïenne commandée par M. de 
Grandville que Mr Prévost avait dépêché dans le bas du fleuve 
à la rencontre de l'ennemi. — Et fut pris qui voulait prendre ! 

4" Des hommes qui montaient le canot armé accompa- 
gnant la biscaïenne de M. de Grandville à la découverte. 

Il ne me reste qu'à déclarer, suivant la formule banale de 
notre procédure judiciaire : Et votre déposant ne dit rien de 
plus ! 



CHAPITRE ONZIÈME 



LE PAVILLON DE PHIPS 



Des dix-neuf relations contemporaines du siège de Québec 
par Sir William Phips treize gardent sur le dramatique 
épisode de la Croix de Saint-G-eorge un silence absolu. Je 
m'explique le mutisme obstiné de Phips, de Walley, d'Hut- 
chinson, de Cotton Mather, de Sylvanus Davis, mais celui 
de Monseigneur de Laval, de l'intendant Champigny, d'Anne 
Bourdon, des officiers Janclot, La Hontan, De Catalogne me 
cause un étonnement pénible. 

Quant aux six autres écrivains, ils en parlent avec une 
telle indifférence que, de prime abord, on en vient à penser 
que la prise du pavillon amiral tient plutôt au hasard d'un 
courant de marée qu'à l'héroïque bravoure des Canadiens- 
français. * 

Mais n'anticipons pas sur la conclusion de ce chapitre ; il 
convient présentement de citer nos auteurs ; nous les com- 
menterons ensuite, et tout à notre aise. 

" Il (le vaisseau amiral) aura de la peine à regagner celle 
(la rade) de Boston, et, s'il en vient à bout, il arrivera avec 
un câble et une ancre de moins, qu'on a retirés, cinq canons, 
son grand pavillon qui nous est demeuré et il ne rempor- 
tera le second qu'il remit en sa place que percé d'un coup de 
canon, tout au milieu ". — Frontenac. 

" Le grand pavillon de Varniral, et un autre que le sieur 
de Portneuf avait pris à l'Acadie, furent portés à l'église au 
son du tambour." — Monseignat. 

" Deux capitaines, M. de Maricoi^rt et M. de Lotbinière, 
prirent soin des batteries et pointaient le canon, mais si juste 
qu'ils ne perdaient point de coups. M. de MaricouH aboMit 
avec un boulet le pavillon de l'amiral, et sitôt qu'il fut 



342 LE PAVILLON DE PHIPS 

tombé, nos Canadiens allèrent témérairement, dans un canot 
d'écorce, l'enlever et le tirèrent jusqu'à terre, à la harhe de» 
Anglais. On le porta en triomphe à la Cathédrale où il est 
encore." — Juchereau de Saint-Ignace. 

" Notre canon, qui portait du canon de 18, a extrêmement 
endommagé leurs quatre gros vaisseaux qui battaient Québec, 
L'amiral u d'abord perdu son pavillon. Il a eu son grand 
mât coupé à moitié ; et celui de misaine rompu ; et a eu sa 
chambre percée ; et sa galerie brisée, etc., etc. 

" Les Anglais ont encore perdu trois chaloupes, cinq pièces 
de canon montées sur leurs affûts, quantité de boulets, un 
étendard, un tambour, et quelques douzaine de gros mous- 
quets." — Découvert. 

Dans sa lettre à l'ex-gouverneur Denon ville, en date du 
20 novembre 1690, Monseigneur de Laval confirme le Père 
Michel- Germain DeCouvert au propos de l'étendard anglais 
pris à La Canardière. 

" Ils (les habitants de Beauport, de Beaupré et de l'Ile 
d' Orléans J les obligèrent (les Anglais) à se rembarquer la 
nuit (du 21 au 22 octobre) eu confusion ; ayant laissé dans 
leur camp cinq pièces de canon et un drapeau, dont les habi- 
tants s'emparèrent à la faveur des coups de fusils qu'ils tirèrent 
aux ennemis qui n'osèrent approcher avec leurs chaloupes 
pour les enlever et ensuite par une protection particulière de 
Dieu qui mit la consternation dans leurs esprits," 

J'incline à croire cependant que l'un et l'autre ont con- 
fondu cet étendard avec le drapeau que M. de Portneuf avait 
pris précédemment en Acadie, et que Monseignat et La 
Potherie virent triomphalement promener dans les rues de 
Québec, le dimanche, 5 novembre 1690, jour d'actions de 
grâces publiques i. 

" Enfin l'amiral, de peur de succomber tout à fait, fila son 



1 — Ce draijeau était probablement l'un de ceux que La Hontan 
voyait flotter au front de bandière des compagnies, lorsque l'armée 
anglaise s'ébranla, l'après-midi du 18 octobre, pour rencontrer les 
tirailleurs canadiens-français sur les grèves de La Canardière. 
" Nous leur {aux Anglais) causâmes tant d'embarras qu'au lieu 
qu'ils marchaient vers la ville en bon ordre, tambours battants et 
drapeaux déployés, ils commencèrent à perdre la ti'amontane," — 
Cf,, page 58 de ce livre. 



LE PAVILLON DE PHEPS 343 

câble et se retira tout délabré, après avoir perdu son pavillon 
coupé d'un cowp de canon i... 

" L'on rendit grâce an Dieu des Armées de ce qu'il avait 
fait au Canada. Oq porta à la Cathédrale, avec pompe et 
magnificence, le grand pavillon de l'amiral qui était tombé 
dans le fleuve et celui que Portneuf avait pris dans l'Acadie." 
— Bacqueville de la Potherie. 

" Dès qu'il (le parlementaire) fut arrivé à bord ( du Six 
Friends) on commença de tirer d'une des batteries de la 
Basse-ViUe, ce qui surprit fort les Anglais. Phips surtout ne 
revenait point de son étonneraent de se voir obligé d'assiéger 
dans les formes une ville où il s'était flatté qu'on n'aurait pas 
la hardiesse de l'attendre autrement que pour se soumettre 
à lui. 

" Mais ce fut bien pire encore, quand, du premier coup de 
canon, son pavillon ayant été abattu et la marée l'ayant fait 
dériver, quelques Canadiens allèrent le prendre à la nage, et, 
malgré le feu qu'on faisait sur eux, l'emportèrent à la vue de 
toute la flotte : il fut porté sur le champ à ^bâCathédrale où 
il est encore." — Clcarlevoix. ^P 

Donc, en définitive, sur dix-neuf relations contemporaines 
du siège de Québec, nous en avons six qui parlent de la 
capture du pavillon amiral anglais, mais il n'y en a que 
deux qui nous rapportent comment fut opérée cette prise 
glorieuse. Fâcheusement, nous aurons à choisir entre Juche- 
reau de Saint-Ignace et Charlevoix, à critiquer, comme à 
comparer, la vraisemblance de leurs récits. 

Le grand historien américain Francis Parkman accepte la 
version de Françoise Juchereau de Saint- Ignace qu'il traduit 
dans son bel ouvrage, Counï Frontenac and New- France. — 
" It (the cross of Saint-George) driftedwith the tide touxirds 
" ihe north sfcore ; ivhere upon several Canadians paddled 
" out in a hirch canoë, secured it and hrought it hack in 
triuniph." 2 



1 — La Potherie attribue à M. de Sainte-Hélène l'honneur de 
l'avoir abattu ; la Mère Juchereau de Saint-Ignace en rapporte la 
gloire à M. de Maricourt, son frère. 

2— Chapitre XIII, pages 273 et 274. 



344 LE PAVILLON DE PHIPS 

A Paris, quand il s'y commet un grand crime, quelque 
meurtre compliqué de vol et d'incendiat, les juges d'instruc- 
tion s'écrient d'un commun accord : Où est la /e?nme ?■ A 
Québec, lorsqu'il s'y raconte une action d'éclat, un beau trait 
de courage militaire, capable de soutenir la comparaison 
avec les meilleurs exploits de l'antiquité classique, les rail- 
leurs de toutes les écoles vous demandent narquoisement : 
Où est le poète ? Dans leur esprit, prouesse est un vieux 
mot, une expression surannée tombée en désuétude, comme la 
chose qu'il représente. Nos sceptiques croient bien à l'imagi- 
nation de nos trouvères, à la verve de nos romanciers, mais 
à l'héroïsme de nos ancêtres ? Allons donc ! Le mauvais 
exorde d'Isocrate leur est resté dans la mémoire. " Puisque 
" le discours a naturellement la vertu de rendre les grandes 
" choses petites et les petites grandes, qu'il sait donner des 
" grâces aux choses les plus vieillies, et faire paraître anciens 
" les faits les. plus modernes etc." Substituez au mot c?iscours 
celui de j)Oswe ou de romian, vous aurez la raison de l'incré- 
dulité patidotifcfe de nos gens instruits. 

Eh ! bien, ^is allons suivre ces beaux esprits positifs 
dans leurs retranchements, nous demander avec eux : Où est 
le poète ? Où est le romancier ? Non pas avec cette ironie 
stérile du provocateur c^ui vous jette une question à la tête 
pour la seule contenance du défi, mais avec cette curiosité 
féconde de l'étude qui répond autant de fois qu'elle interroge. 

Qui donc a greffé sur l'histoire du Canada cette sublime 
légende des nageurs allant chercher, au mépris de quatre- 
vingts sabords pleins d'éclairs et de fumée, sous les fusillades de 
quatre cents mousquets criblant, en pluie d'orage, les grandes 
eaux impassibles du fleuve, un pavillon amiral, une Croix de 
Saint-George, la bannière d'un chevaher ? — Où est le poète ? 
c'est-à-dire le coupable ? Est-ce Fréchette ? Mais la Légende 
d'un Peuple n'est parue qu'hier. Où est le romancier ? 
Est-ce Marmette ? — Pas davantage. Son François de Bien- 
ville remonte à 1870. Cette nouvelle, je l'admets, a largement 
contribué à répandre dans les esprits de la génération actuelle 
la mémoire de ce glorieux fait d'armes. J'en félicite cordiale- 
ment l'auteur. Mais il n'a nullement appris à la jeunesse de 
son temps cet incomparable épisode. Vingt-cinq ans avant 
lui, son illustre beau-père, Erançois-Xavier Garneau, notre 
historien national, racontant à son tour le siège de Québec 



LE PAVILLON DE PHIPS 345 

par les Puritains de l'an mil six cent nouante, écrivait de sa 
meilleure encre : 

" Les batteries de la Basse- Ville commencèrent le feu 
bientôt après (le retour du parlementaire) et abattirent 
des premiers coups le pavillon du vaisseau de Phips que des 
Canadiens allèrent enlever à la nage et malfjré un feu 
très vif dirigé sur eux de la flotte. Ce drapeau est resté 
suspendu à la voûte de la Cathédrale de Québec jusqu'à l'in- 
cendie de cet édifice en 1759 " ^. 

En l'adoptant pour sienne, Garneau confirme, de tout le 
poids de son autorité, la relation historique de Charlevoix. 
Et comme elle dramatise l'épisode qu'elle raconte ! Le canot 
d'écorce est disparu : où donc est-il ? Là-bas, en dérive, tour- 
noyant avec ses avirons aux caprice des remous, à la fantaisie 
des contre- courants qui moirent la -plaine humide. Que 
voulez-vous ? la cadence et l'ensemble n'étaient plus possi- 
bles à bord. Aux fenêtres du château Saint-Louis une voix 
électrisante avait crié : Le drapeau, c'est la croix ! Et voilà 
qu'instantanément, à leur insu, sans que jamA-is ils le puissent 
expliquer, les cinq rameurs se trouvent debout ! 

Une seconde fois Frontenac parle : Qui sera chevalier ? — 
Adieu pirogue 1 adieu pagaies ! Ils sautent au fleuve. — A la 
nage ! au drapeau ! ! 

Une clameur immense s'élève de la flotte et de la cité, — 
un de ces cris éternels comme Troie, la Mer, l'armée grecque 
en jetèrent lorsque le divin Hector tomba, et qui retentissent 
encore dans Y Iliade après quatre mille ans d'écho soutenu, — 
la Croix de Saint-George est prise ! le pavillon anglais amené • 
Vive le Roi ! 

A ceux-là qui raillent maintenant et demandent : Oil est le 
poète '? je réponds : Charlevoix ! 

Qui va lui donner la réplique ? 



Cette réplique à Charlevoix est d'autant plus audacieuse à 
soutenir que la plupart des historiens. Anglais, Français, 



1 — Garneau, Histoire du Canada, Vol II, page 85, première édi- 
tion, 1845. 



346 LE PAVILLON DE PHIPS 

Américains, ont reconnu, jusqu'aujourd'hui, avec une élo- 
quente unanimité, l'autorité du grand écrivain, 

" A peine le parlementaire était-il rentré auprès du com- 
modore Phips qu'un coup de canon, tiré des batteries basses 
de Québec, abattit le pavillon amiral qui tomba dans le fleuve 
et fut emporté par la marée. Quelques nageurs intrépides se 
jetèrent à l'eau, allèrent le chercher sous une grêle de balles, 
et le rapportèrent en ville, à la vue de toute la flotte. C'était 
le chevalier de Sainte-Hélène qui pointait avec tant d'adresse 
et doijnait cet avertissement." i 

" During the action his flag was shot away, and floating 
towards the shore was borne triumphantly to land by a 
Canadian who boldly swam ont into the current to secure it. 
Hung up in the Parish Church of Québec, tbis precious 
trophy remained for niany years a mémento of Admirai 
Phips's defeat." 2 

" The flag of the rear-ainiral ^ was shot away and drifting 
towards the shore a Canadian swam out into the stream, 
and brought it triumphantly. For many years the precious 
trophy was hung up in the parish church of Québec." ■* 

Et ainsi de suite, à satiété. 

J'admettrai, cependant, que c'est à un exploit de cette nature 
et de cet ordre que s'applique avec justesse le vers-axiome 
de Boileau : 

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. 

Cette prouesse militaire est un acte d'héroïsme parfait. 
Elle est trop complètement belle, trop absolument idéale ; 



1 — Jacques De Baudoncourt : Histoire populaire du Canada, 
ch. IX, page 180, Paris 1886. 

2 — John McMuUen: 2Vie Hisfori/ of CawacZa, pp. 74 et 75, édi- 
tion 1855. 

3 — Frontenac, Monseignat, Juchereau, DeCouchet, La Potherie, 
Charlevoix sont unanimes à dire que le pavillon abattu était celui 
de Vamiral et non pas celui du contre-amiral. Ferland, dans son 
Histoire du Canada (tome II, page 223). dit à ce propos : 

" Un des premiers boulets lancés contre eux {les Anglais) fit 
tomber à l'eau un pavillon anglais que quelques Canadiens allèrent 
chercher à la nage," etc. 

C'est tourner la difficulté, sans la vaincre. 

4 — Eliot Warburton : The Conquest of Canada. Vol. I, p. 428, note. 



LE PAVILLON DE PHIPS 347 

son excellence même, auprès des critiques, nuit à sa preuve 
d'authenticité. Les astronomes se plaignent ainsi du soleil 
qu'ils n'observent qu'avec des verres fumés. 

Sachons imiter la prudence de ces savants et répéter l'ex- 
périence sans nous laisser éblouir, encore moins aveugler, à 
son rayonnement de patriotisme. Aussi, nous allons nous 
demander simplement quelles furent les conditions physiques 
d'un pareil fait d'armes. Etaient-elles surhumaines ? Ou l'ex- 
ploit, placé dans une situation d'identique péril, voire même 
de pire danger, pourrait-il être répété ? 



Charlevoix et Janclot définissent parfaitement la position 
de la flotte anglaise. 

" A mesure qu'elle avançait les plus petits bâtiments se 
rangeaient le long de la côte de Beauport, entre l'Ile d'Or- 
léans et la petite Rivière (Saint-Charles); les autres tenaient 
le large ; tous jetèrent les ancres vers les dix heures et dans 
le moment on aperçut nne chaloupe qui débordait de l'amiral 
et qui venait vers la ville." — Charlevoix. 

" Le lundi, 16, la flotte vint mouiller à la vue de Québec, 
à la pointe du jour. Sur les dix hevu'es une chalou])e, portant 
pavillon blanc à son avant, partit de l'amiral pour venir à 
terre, sonnant de la trompette. Quatre canots d'écorce 
allèrent au-devant portant même pavillon. Ils se joignirent 
presqu'à moitié chemin de la ville à lafiotte." — Janclot. 

Les relations contemporaines du siège ne donnent pas la 
distance qui séparait la flotte de la ville, au matin du 16 
octobre 1690. La Hontan nous indique bien, sur sou Profil 
de Québec et de ses environs, le mouillage des vaisseaux de 
Phips. Ce serait la lettre S de la légende. Mais cette carte 
est d'une telle inexactitude géographique, et d'une telle gros- 
sièreté d'exécution qu'elle ne possède aucune valeur docu- 
mentaire. Un exemple le prouve abondamment. Imaginez, 
qu'avec l'échelle de ce plan, l'on arrive à mesurer trois lieues 
ET DEMIE du bastion de la citadelle, bâtie en 1694, à la pointe 
ouest de l'Ile d'Orléans! La chaloupe anglaise, qui attand 
(sic) le retour de son major, (lettre T de la légende) porte 



348 LE PAVILLON DE PHIPS 

trois mâts, des haubans, des vergues, bref, elle est de la taille 
du vaisseau amiral ! 

Quant à l'absence de proportions elle prouve, au pre- 
mier coup d'œil, le manque absolu des connaissances élémen- 
taires du dessin. Les bonshommes, qui représentent a La 
Canardière les Français et les Anglais escarmouchaut à 
travers les arbres, sont d'épouvantables Croque-Mitaines qui 
feraient peur aux géants de la Bible. Les chênes, les ormes, les 
hêtres leur vont à la taille ! Les clochers des églises sont d'une 
hauteur phénoménale. Celui des Jésuites et celui des Ursu- 
lines se font une belle concurrence ; ils ont bien mille jùeds 
de flèche. Imaginez la fameuse bataille de coqs livrée là-haut, 
si, par malheur, ces messieurs n'étaient pas empalés ! 

La carte de l'ingénieur royal Villeneuve est autrement 
précise à mon avis, malgré qu'elle confonde ensemble vais- 
seaux de guerre et transports, ce qui est une contradiction du 
récit de Charlevoix. " A mesure qu'elle (la flotte) avançait 
" dit celui-ci, les plus petits bâtiments se rangeaient le long de 
" la côte de Beauport, entre l'Ile d'Orléans et la petite Rivière 
" (Saint-Charles), les autres tenaient le large." Je ne crois 
donc guère me tromper en disant que la flotte proprement 
dite, c'est-à-dire les vaisseaux portant du canon, était mouillée 
au large à sept-huitièmes de raille au-dessous de la ville. 
C'est la distance maximum à laquelle on puisse ancrer 
l'armada puritaine ; plus éloignée, elle demeurait inaccessible 
au feu des batteries françaises. Elle eût échappé sûrement 
au tir visé d'une pièce de vingt-quatre ^ ; c'est le calibre du 
canon pointé par Sainte-Hélène. 



Maintenant que nous connaissons les positions respectives 
de la flotte anglaise et des batteries canadiennes-françaises, 
il importe d'établir avec exactitude le jour et l'heure où le 
le pavillon amiral tomba à la mer. 

Québec, 22 avril 18'.)2. 

1 — ^Mon cher monsieur J'ai fait venir de mon bureau un de mes 

livres militaires , Le Manuel d'Artillerie du Général Lefroy, publié 
en 1867. Je trouve que la j^ortée des canons de vingt-quatre livres 
varie depuis 2,400 verges pour les jdIus pesants (plus le canon était 



. LE PAVILLON DE PHIPS 349 

Païkman place au jeudi, 19 octobre, en pleine action de 
bombardement, l'épisode du pavillon de Pbips i. C'est trois 
jours plus tard que ne le fixe Charlevoix, qui date l'événement 
du 16. J'ignore absolument sur quelles autorités documen- 
ta,ires le grand écrivain base son assertion. 

Je serais fort étonné qu'il eût choisi, de préférence aux 
autres relations contemporaines du siège, l'obscure version 
de Gédéon de Catalogne que l'on devrait, à mon sens, rejeter 
à première lecture, tantelle est vague et défectueuse sur ce 
point. Que mes lecteurs en jugent par eux-mêmes : " Ils 
(les vaisseaux) canonnèrent une partie de la nuit (du 18 
octobre) et un peu le lendemain (jeudi le 19^ après avoir été 



pesant plus la charge était forte), à 1,500 verges pour les plus 
légers, c'est-à-dire ceux de vingt quintaux. 

Comme il est plus que probable que les canons, au ITième siècle, 
étaient légers, je crois que vous pouvez être certain que la portée 
du canon de vinytquatre, à cette époque, n'excédait pas quinze 
cents verges. 

Votre bien dévoué, 

Major CuAWFOKD Lixdsay. 

L u fiiiiuii i:biijl-ii).H\tn\ pointé but en b/ttiic donne une portée de 400 verbes. 

" 1,000 " 

" 1,500 " 

'• 2,(J0O " 

" 3,500 " 

Ces portées s'appliquent naturellement au boulet solide ; quant 
à la bombe son maximum effectif n'est que de 1,700 verges. 
J'admets qu'il est difficile de pointer sur un petit objet, surtout une 
tête de mât : à cette grande distance cependant les couleurs d'un 
pavillon amiral anglais sont très visibles et de bonne cible. Ou 
faisait aussi usage à cette époque HTième siècle) de boidets rames, 
c'est-à-dire deux boulets réunis ensemble j^arune chaîne longue de 
douze à quinze pouces. Le maximum de la portée des boulets 
rames était de 1,500 verges Opinion du Major T. L. Boulanger. 

Dans une lettre écrite par Sir William Phips au chevalier Francis 
Wheeler, à la date du 12 juillet 1693, dans laquelle il étudiait un 
nouveau projet d'assiéger Québec, le gouverneur de l'Etat du 
Massachussetts déclarait, qu'à part l'eff'ectifd'une escadre de quatre 
mille hommes parfaitement équipés, il faudrait encore " two bomb 
vessels furnished with large pièces who avill throw a shell at 
LEAST a mu.e, fire-ships, hospital and store-ships, what may be 
necessary, etc." 

1 — Cf : Cotait Frontenac and New France, ch. 13, pages 268 à 274. 



0° 


58' 


1° 


53' 


2» 


58' 


3" 


18' 


3° 


33' 



350 LE PAVILLON DE PHIPS 

très endommagés du canon de la ville. Un bâton de pavil- 
lon ÉTANT TOMBÉ A l'eau, ils (les vaisseaux) voulurent 
s'approcher de la côte de Lauzon et à l'Anse des Mères, mais 
les Canadiens y étant en embuscade les contraignirent de 
retourner à la rade sans avoir fait dix écus de dommages à la 
ville, etc., etc ^. 

Nous connaissons parfaitement le jour: le lundi, 16 octo- 
bre. Cliarlevoix, le compilateur de toutes les autres relations 
contemporaines du siège, nous le donne positivement. Quant 
à l'heure, elle est très facile à tixer aussi. 

On se rappelle l'insolente remarque du parlementaire à 
Frontenac : // est dix heures, votre réponse dans une heure 
d'ici ! Et la fîère réplique du gouverneur : " Je ne vous 
ferai pas attendre si longtemps, monsieur, je vais répondre à 
votre maître par la bouche de mon canon ; qu'il apprenne 
que ce n'est pas de la sorte qu'on fait sommer un homme 
comme moi !" 

Ce fut donc, le lundi, 16 octobre, vers onze heures du 
matin, que Monsieur de Sainte-Hélène tira son fameux coup 
de canon et abattit l'orgueilleuse Croix de Saint-George. 

Les éditeurs du Journal de Samuel Seiuall donnent, au 
sujet de la Croix de Saint-George, un intéressant commen- 
taire que je crois utile à mes lecteurs. Le voici : 

" The English colors at that time, (1690) of course, bore 
Saint George's Cross; and tlie use thereof, as savoring of 
idolatry or popery aroused Puritanic feelings at an early 
date. In 1634 Endicott and Davenport had altered the ensign 
used at Salem by removiug one part of the red cross. Palfrey 
points ont that this act placed the colonial government in a 
difficult jjosition since the act would be coustrued in England 
as a défiance, and yet at home it had the syrapathy of the 
people. Finally it was decided to leave out the cross on the 
colors of the raihtary companies, but to keep it on the flag 
at Castle Lsland. Hutchinson writes (1,38) " This scruple 
afterwards prevailed, and the cross was left out of the colours 
and generally condemned as uulawful." 



1 — Cf : Historical Documents published under the auspices of the 
Literary and Historical Society, Québec, 1871, 3ième série, page 30. 



tB PÀV=rLLON D« PHITS 35^ 

Un dernier point — capital celui-là — nous reste à constater. 
Quel courant de marée emporta le drapeau de l'amiral Phips ? 
Le flot ou le jusant? Puérile en apparence, cette question est 
grosse cependant d'importance et d'intérêt. Un petit problème 
d'astronomie va lui répondre. 

Si, comme l'affirme M. Joseph Marmette — assertion aussi 
gratuite qu'erronnée — la marée montait, D'Orsy, DeCler- 
mont, DeBienville ne sont plus d'incomparables héros, mais 
de vulgaires sportmen. 

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Le poète 
a raison ; car, le danger étant l'élément essentiel de la bra- 
voure, tout véritable exploit en doit contenir dans une large 
mesure. Encore une fois, si le flot apportait la Croix de 
Saint-George vers la ville, les Canadiens n'avaient qu'à se 
donner la peine d'attendre qu'elle passât devant Québec. Les 
quatre canots qui étaient allés reconduire le parlementaire à 
sa chaloupe, étaient encore sous avirons. Us n'auraient eu 
alors qu'à reprendre le large et le guetter au passage, comme 
les derniers de nos écume urs de rivières pillant les billots 
échappés d'une estacade rompue. Ils ne l'auraient pas attendu 
longtemps d'ailleurs. Le maximum de la vitesse du flot, 
entre Québec et Lévis, est de trois nœuds et demi à quatre 
nœuds à l'heure i. 

En convenant que le Six FHends se fut trouvé à sept- 
huitièmes de mille en bas de la ville proprement dite la marée 
montante eût pris treize minutes à le leur apporter. Seule- 
ment, repêché de la sorte, le pavillon amiral n'est plus un 
trophée, c'est une épave ! Je m'expliquerais alors le silence 
hautpjn de Frontenac, cet arbitre irrécusable du courage et 
de roro;ueil français. 



1 — Le nœud compte 6,0S2| pieds ; le mille (sfatute mile) 5,280 
pieds. Le nœud excède donc le mille d'une longueur de 802^ pieds. 
La plus grande vitesse du courant se produit aux deux tiers de la 
marée. 

" Between Québec and Levis Point, in strongspring tides, assisted 
by a stiong wind, the flood will run at the rate of nearly 4.^ knots 
per hour ; and the ebb in the spring, just after the melting of the 
winter snovv, 5 knots; but, under common circumstances 3^ and 4 
knots respectively are the usual rate of the tides." 

Rear-Admiral H. W. Bayfield: The Saint Lawrence Pilot Vol. 1., 
ch. XI, page 292, 4th édition. 



352 LE PAVILLON DE PHIPS 

La plupart, sinon tous les abonnés de La Kermesse, ont lu 
François de Bienville. Cet ouvrage est l'une des plus heu- 
reuses comme l'une des plus brillantes amplifications du 
texte de Charlevoix, La fidélité constante avec laquelle M. 
Marmette reproduit l'auteur jésuite, l'ordre observé dans la 
marche des événements, la vérité des calques, l'exactitude du 
narré militaire, bref, la précision archéologique ont valu à ce 
livre un titre honorable, celui de roman historique. 

Monsieur Marmette a cru fermement en Charlevoix, et il 
accepte sa relation sans contraintes comme sans restrictions. 
Il y place ses convictions et ses certitudes comme dans un 
dogme. Lorsqu'il s'est agi de traiter l'épisode de la Croix 
de Saint-George il a de suite accepté, sans examen comme 
sans soupçons, la version du maître sur ce glorieux incident 
du siège. 

Charlevoix, en effet, n'avait-il pas dit au propos de cette 
prouesse : " Du premier coup de canon son pavillon ayant 
" été abattu et la marée Vayant fait dériver des Canadiens 
" allèrent le prendre à la nage, et, malgré le feu qu'on faisait 
" sur eux, l'emportèrent à la vue de toute la flotte ? " 

Or, sur le fleuve, devant Québec, la capture du pavillon de 
Phips, accomplie par des nageurs, n'était rigoureusement pos- 
sible qu'avec le concours d'un flot de marée. 

Donc, conclut gratuitement M. Marmette, la marée mon- 
tait. En cela, comme en tout le reste, il s'est reposé sur 
Charlevoix, son modèle, de la vérification des faits. Citons- 
François de Bienville ; la critique n'en sera que plus brève 
et loyale. 

" — Vous arrivez à temps, messieurs, dit alors le sieur de- 
Maricourt ^ à son frère (François de Bienville) et à Louis 
D'Orsy ; car je viens de parier avec le chevalier de Clermont 
que j'abats le pavillon de l'amiral des trois premiers coups 



] — " Sur les quatre heures après-midi (dti lundi 16 octobre) le 
sieur de Longueuil revenant avec ses sauvages accompagné du sieur 
de Maricourt, son frère, qui arrivait de la baie d'Kudson dans le 
navire commandé par le sieurde Bonaventure qui, par bonheur, fut 
averti assez à temps pour ne point tomber entre les mains des 
ennemis, passa avec ses canots le long de la flotte {anglaise). 
Quelques chaloupes se détachèrent pour le charger, mais il gagna 
terre en les recevant à bons coups de fusil. Ces chaloupes se trou- 



Le pavillon de phips 353 

que je tire sur l'ennemi. Le chevalier prétend que le vaisseau 
de Phips se trouve hors de la portée d'une pièce de vingt- 
quatre. Qu'en dis-tu Bienville ? 

•' Celui-ci mesura du regard l'espace libre qu'il y avait 
entre la flotte et le quai, puis se retournant vers son frère : 

" Je soutiens ton pari contre le chevalier l)e Clermont 

" Bien plus, la marée monte ; or, je m'engage à aUer cher- 
" cher à la nage ce pavillon anglais qui flottera sur les eaux 
avant un quart d'heure." 

" Les trois nageurs piquèrent au large vers le pavillon^ ce 
dernier était encore à huit cent pieds plus bas; mais la 7?iaree 
montante l'entraînait vers les trois gentilshommes. 

" Ils virent jailhr l'eau en plusieurs endroits dans le& 
environs du pavillon, que le flux leur apportait et plusieurs 
fortes détonations, parties de la flotte, leur firent lever la tête. 

" Un réseau de flamme et de fumée enveloppe un instant 
le gaillard d'araère du vaisseau amiral, qui ne peut faire feu 
des deux côtés de ses sabords vu la position qui lui donne 
Ujiotr ï 

On remarquera combien de fois le romancier insiste, appuie 
sur le fait que la marée '^montante amenait vers Québec le 



vèrent obligées de retourner à leurs navires et furent saluées en 
passant par les habitants de Beauport qui étaient sur la grève." 

Lettre de Monseignat Cf ; Documents relatifs à V Histoire de la 

Nouvelle-France, tome 1er, page 522. 

On se rappellera que la relation de Monseignat était le rapport 
officiel du siège de Québec en 1690. '• Je ne particulariserai point 
ici Monseigneur, {écrivait Frontenac au ministre, à la date du 12 
novembre) ce qui s'est passé i)endant le temps qu'ils (les Anglais) 

nous ont tenus investis parce que la relation que j'en ai 

fait faire vous en apprendra tout le détail." 

Cet extrait de Monseignat prouve encore, et sans réplique, que 
ce fut M. de Sainte-Hélène qui abattit le pavillon de Phips, et non 
pas Maricourt comme nous le dit François de Bienville. Maricourt 
arriva à Québec cinq heures après la prise de la Croix de Saint- 
George. 'M, Marmette ne doit pas être tenu responsable de cette 
erreur ; elle appartient à Juchereau de Saint-Ignace dont il a suivi 
la relation, sans la comparer cependant. 

1 — François de Bienville, ch. VI, pages 169 à 176, 2ième édition. 

23 



354 LE PAVILLON DE PHIPS 

pavillon amiral. Je comprends la sollicitude aussi inquiète 
qu'intéressée de l'écrivain auprès de ses lecteurs. Non seule- 
ment la vraisemblance littéraire mais encore la possibilité 
physique de cette action d'éclat repose sur ce point capital. 
Il est donc urgent de connaître positivement si ce fut un 
fiot ou un jusant qui entraîna la Croix de Saint-George à la 
dérive. 

Que disent à ce sujet les comtemporains du siège, témoins 
oculaires de l'épisode ? 

Encore une Ibis consultons nos auteurs. 
Dès la seconde page de son Journal le major Walley nous 
raconte que le dimanche, IH octobre, il y eut conseil de guerre 
à bord du Six Friends. La flotte anglaise se trouvait alors 
ancrée vis-à-vjs V Arbre Sec, en face de la paroisse St-Pierre et 
St-Paul, sur l'ile d'Orléans, à trois lieues de Québec. Le lieu- 
tenant de Sir William Phips proposa de faire descendre les 
troupes à terre pour les y reposer, reformer les compagnies de 
volontaires, envoyer des éclaireurs à la découverte, et se 
préparer à agir suivant les informations obtenues. Bref, il 
insistait sur ce point capital ; que la flotte ne parût devant 
Québec qu'elle ne fût prête (fidly ready) à la foudroyer 
instanter, ou l'emporter d'assaut. 

Mais l'avis de Walley ne prévalut pas au Conseil et l'on 
décida que la flotte 'prendrait avantage de la marée pour 
ne paraître devant la ville qu'o.u point du jour. — Ce qui fut 
fait, dit le journal. 

Ouvrons maintenant la lettre de Monseignat, nous y lirons 
ce qui suit : " Le lundi, seizième octobre, sur les trois heures 
auprès minuit, M, de Vaudreuil revint et l'on vit le feu des 
navires peu de temps après : dès qu'il fit jour on découvrit 
toute la flotte au nombre de trente quatre voiles." 

Nous savons donc, parle rapprochement de ces deux récits 
authentiques, que le lundi, lô octobre, entre la troisième et 
quatrième heure du matin, la marée montait devant Québec. 
Walley, qui se félicite à bon droit dans son journal d'avoir 
opéré, avec une promptitude sans précédent dans l'histoire de 
la marine militaire, un débarquement de treize cents hommes, 
dut choisir le point de marée le plus favorable à l'exécution 
de cette manœuvre périlleuse. Or, nous savons, par la com- 
paraison des relations contemporaines, que ce fut le mercredi, 



LE PAVILLON DE PHIPS 



355 



18 octobre, entre midi et deux heures P. M., que les Puri- 
tains descendirent à La Canardière. C'était donc à la fin du 
baissant. De toute évidence le moment eu était le plus pro- 
pice, et s'imposait aux moins expérimentés. Je m'étonne que 
les Canadiens se soient laissés surprendre et' devancer. Il 
leur était si facile d'occuper les grèves de La Canardière dès 
le commencement du jusant. Ils auraient dû soupçonner que 
les Anglais tenteraient le débarquement à marée basse parce 
que, pour les chaloupes, la distance à parcourir des vaisseaux 
au rivagô se trouvait alors diminuée de toute la lonçrueurdes 
battures qui découvrent, à cet endroit, sur une superficie de 
plus de douze arpents, quasi jusques aux lèvres du chenal. 
Du même coup l'ennemi évitait un échouage dangereux, 
comme eu avait subi la veille l'erabarcatiou commandée par 
le capitaine Ephraïm Savage ; car alors la grève entière 
apparaissait dans toute sa nudité. Ce qui rendait absolue la 
sécurité d'attérissage. 

Strictement, si l'on accepte l'autorité de Walley et de Mon- 
seignat, la preuve est complète et nous pourrions ici clore 
notre enquête. Car si, véritablement, la marée montait devant 
Québec, entre trois et quatre heures du matin, le 16 octobre, 
elle baissait nécessairement à dix heures et demie dans la 
matinée du même jour. Inutile de chercher Vlieure de cette 
marée au moment où la flotte anglaise doubla la Pointe de 
Lévis ; qu'elle finît ou commençât, il n'importe aucunement 
de s'en enquérir. Car, la durée d'un flot de marée étant, pour 
Québec, de quatre heures et quarante-cinq minutes, plus 
quarante-cinq minutes pendant lesquelles le courant persiste 
à courir dans la direction du flot, nous arriverions à un total 
5 heures et 30 minutes. Ce qui placerait le commencement 
de la marée basse, devant Québec, à 9 heures du matin. 

A relever encore un petit fait de chétive apparence mais 
d'une valeur probante considérable. 

Le jour même de la descente des troupes anglaises à La 
Canardière, — mercredi 18 octobre — les quatre vaisseaux de 
guerre se détachèrent de la flotte ancrée dans la rade et 
vinrent s'embosser devant la ville. Le bombardement com- 
mence vers les quatre heures du soir, la veille de la St.-Luc 
nous dit Juchereau. Il se continue le lendemain jusqu'à midi. 
On en connaît les péripéties. 



356 LE PAVILLON DE PHIPS 

" Le jeudi, — 19 — à la pointe du jour, nous commençâmes 
encore les premiers, etc. Le contre-amiral qui avait tiré le 
plus vigoureusement se trouva si incommodé de nos canons 
qu'il fut obligé de relâcher aussi bien que le premier amiral 
qui le suivit de près avec bien de la précipitation. 

Les deux autres (c'est-à-dire le vice-amiral et le porteur 
de la flamme d'escadre) levèrent l'ancre à marée montante 
et se campèrent à une lieue au-dessus de Québec, pour nous 
occuper du monde et diminuer nos forces. — Janclot. 

Quelle heure était-il alors ? Monseignat, le rapporteur 
officiel du siège, va nous l'apprendre : " Les deux autres 
(vaisseaux vice-amiral et flamme d'escadre) tirèrent encore 
quelque temps, mais ne tirèrent plus depuis midi. Sur les 
CINQ HEURES DU SOIR il s'allèrent mettre à l'abri dans l'Anse 
des Mères." 

Nous savons donc positivement par les relations comparées 
de Gédéon de Catalogne, de Janclot et de Monseignat que le 
mercredi 18 octobre 1690 la marée était basse à midi et que 
le lendemain, jeudi le 19, sur les cinq heures du soir, la marée 
montait. 

A mon avis ces deux données suffisent à établir le sens de 
la marée devant Québec, le seize octobre, 1690, entre dix et 
onze heures du matin. 

Mais, pour la plus grande satisfaction de mes lecteurs, il 
convient de poursuivre l'examen des témoignages historiques. 

Il (Phips) commença dès le lendemain — 18 octobre — à 
faire débarquement. Sur les deux heures après-midi 60 
chaloupes apportèrent sur le sable 1,000 ou 1,200 hommes. 
— La Hontan. 

Le 18, sur le midi, les ennemis firent une descente à terre 
d'environ 1,600 personnes. — Charti'pigny . 

Le mercredi, 18 octobre, depuis onze heures jusqu'à midi, 
l'on ne fit que crier dans les vaisseaux Vive le Boi Guillaume ! 
battant la caisse, sonnant de la trompette et jouant du haut- 
bois. Une demi heure après toutes leurs chaloupes chargées 
de monde gagnèrent terre, etc. — Janclot. 

Le surlendemain, 18 octobre, à 'marée basse, nous vîmes 
nombre de chaloupes qui partaient de la flotte pour mettre à 
terre à Beauport. — Gédéon de Catalogne. 

Le 18, à midi, on aperçut presque toutes les chaloupes 



LE PAVILLON DE PHIPS 357 

chargées de soldats tourner du même côté mais comme on ne 
pouvait pas deviner en quel endroit elles tenteraient la 
descente elles ne trouvèrent personne pour la leur disputer... 
D'ailleurs, comme le terrain en cet endroit est fort maréca- 
geux, embarrassé de broussailles et coupé de rochers, que la 
MARÉE ÉTAIT BASSE, et que, pour aller à l'ennemi qui s'était 
bien posté, il fallait marcher dans la vase, on ne pouvait 
l'attaquer que par manière d'escarmouche et par pelotons. — 
Charlevoix. 

Si, le mercredi 18 octobre lu90, à midi, la marée était basse 
devant Québec, pouvait-elle être haute l'avant-veille, entre 
dix et onze heures du matin ? 

Comment M. Joseph Marmette ose-t-il s'autoriser de 
■Charlevoix pour nous dire QUE la marée montait ? L'auteur 
de François de Bienville a-t-il réellement lu Charlevoix ? Et 
Charlevoix lui-même, n'établit-il pas, mieux que personne, 
l'invraisemblance et l'impossibilité de sa théorie des nageurs 
en s'appuyant à son tour au témoignage oculaire de Gédéon 
de Catalogne ? 

J'en suis fâché pour M. Marmette, mais s'il tient quelque 
peu au caractère historique de son roman, le chapitre sixième 
en est à refaire, du commencement à la fin. 

Complétons et confirmons en même temps cette démonstra- 
tion par ses preuves astronomiques. 

Les mathématiques ont cela d'excellent qu'elles n'ont pas 
d'opinions littéraires, religieuses ou politiques ; elle ne don- 
nent que des résultats, aussi précis qu'indiscutables. 

Faute de li%Tes spéciaux, ignorés à Québec, je fus contraint 
d'écrire au Harvard Collège pour obtenir les données essen- 
tielles du problème. L'université de Cambridge me référa au 
Département de la Marine à Washington qui répondit avec 
■cette ponctualité rapide de l'Américain homme d'affaires. 

No. 550. 

Nautical Almanac Office, Navy Department 

Washington, D. C, April 29th, 1892. 
Sir, 

Eeplying to your letter of April 26th, asking for the time 
of full moon on or about october 17th 1690, I hâve to say 



358 LE PAVILLON DE PHIPS 

that we hâve no data in this office from which the required 
date can be readily determined with accuracy. The Connais- 
sance des temps for 1690 is not m our Library or that of 
the Observatory. Perhaps you can get at the time you want 
from the following : 

Oppolzer, in his Canon der Finsternisse, gives the fol- 
lowing times of éclipses : 

Gregorian Calendar. Julian day. 

Solar Eclipse 1690, IX, 3d. 1 h. 11.7m. 2338566 

Lunar " 1690, IX, 18d. 13h. 30 m. 2338581 

ïhe time given is Greenwich Civil Meantime (not astrono- 
mical). The time for the solar éclipse is that of conjunction 
in longitude, and for the lunar éclipse that of the greatest 
phase. 

Very respectfully 

W. W.Hendrickson, 

Professer U. S. Navy, 

In charge of office. 

A, Rhëaume, 

Laval University, Québec. 

On remarquera que cette lettre est adressée à M. l'abbé 
Anselme Ehéaume, l'un des prêtres agrégés du Séminaire de 
Québec. Je suis un trop pauvre arithméticien pour me payer 
le luxe d'un pareil calcul. Je m'en suis rapporté au savoir 
astronomique de mon ami, lequel, à dix minutes près, me 
garantit l'exactitude du problème tel que résolu. 

Nous savons, par Oppolzer, qu'il y eut une éclipse de 
lune le 18 septembre 1690, à 13 heures 30 minutes, temps 
civil moyen de Greenwich, soit kune heure et ^ren^e minutes 
après-midi. Ce qui correspond à huit heures quarante-cinq 
minutes avant midi à Québec, à cause de la différence de 
longitude entre les deux villes, Québec étant à 4 heures 45 
minutes ouest de Greenwich. Donc, le 18 septembre 1690, à 
8 heures 45 minutes A. M., pleine lune à Québec, et, par. 



LE PAVILLON DE PHIPS 359 

suite, la pleine lune d'octobre a dû être le 17 vers 9 heures 
P. M. 

Il reste à connaître V établissement du port à Québec. 
Nous le trouverons dans le bel ouvrage de Norie's Naviga- 
tion 1. Cet établissement du port est de 6 heures 38 minutes, 

Eappelons-nous enfin qu'à Québec la marée monte pendant 
quatre heures et quarante-cinq minutes, et qu'elle baisse 
durant sept heures et quarante-cinq minutes. 

Voici donc quelle était la table des marées à Québec, les 
17 et 16 octobre 1690 : « 

Mardi, 17 octobre — marée haute 6 heures 38 m P. M. 
Lundi, 16 " -' "6 heures P. M. 

Lundi, 16 " " basse 1 heure 6 m P. M. 

A moins que l'on me prouve que les données d'Oppolzer 
soient fausses, il reste acquis que le lundi, 16 octobre 1690, 
à dix heures et demie du matin, le jusant passait devant 
Québec depuis cinq îieures et quatre minutes, c'est-à-dire 
que l'on était aux deux tiers du baissant, pour parler le 
langage de nos pilotes modernes. 

Maintenant que nous connaissons les positions respectives 
de la flotte anglaise et des batteries canadiennes-françaises, le 
quantième, l'heure du jour, l'heure et le sens du courant de 
la marée, il reste à déterminer comment s'opéra la capture du 
pavillon de Phips. 

" Deux capitaines, M. de Mari court et M. de Lotbinière, 
prirent soin des batteries et pointaient le canon, mais si juste 
qu'ils ne perdaient point de coups. M. de Maricourt abattit 
avec un boulet le pavillon de l'amiral, et sitôt qu'il fut 
tombé nos Canadiens allèrent témérairement, dans an canot 
d'écorce, l'enlever et le tirèrent jusqu'à terre, à la barbe des 
Anglais. On le rapporta en triomphe à la cathédrale où il 
est encore." — Juchereau de Saint-Ignace. 

" Dès qu'il (le parlementaire) fut arrivé à bord (du Six 
Friends) on commença de tirer d'une des batteries de la 



1 — Toha William Norie's Navigation, 1877 — Table des marées 
LVII, page 356. 

V établissement du port est l'heure de la marée haute après midi 
ou après le passage de la lune au méridien le jour de la pleine ou 
nouvelle lune. 



360 LE PAVILLON DE PHIPS 

basse ville ^ , ce qui surprit fort les Anglais ; Phips surtout 
ne revenait point de son étonnement de se voir obligé 
d'assiéger dans les formes une ville où il s'était flatté qu'où 
n'aurait pas la hardiesse de l'attendre autrement que pour se 
soumettre à lui, 

" Mais ce fut bien pire encore, quand, du premier coup de 
canon, son pavillon ayant été abattu et la marée l'ayant fait 
dériver, quelques Canadiens allèrent le prendre à la nage, et 
malgré le feu qu'on faisait sur eux, l'emportèrent à la vue de 
toute la flotte : il fut porté sur le Champ à la Cathédrale où 
il est encore." — Gharlevoix. 

Telles sont les deux versions contradictoires de l'épisode. 
Laquelle choisirons-nous ? 

Indéniablement, le récit de Juchereau de Saint- Ignace est 
le meilleur. Il s'impose pour une raison de nécessité absolue. 
Nous avons constaté, il n'y a qu'un instant, que la plus 
grande vitesse de la marée, flot ou jusant, se produit aux 
deux tiers de la durée de ce courant. Or, le 16 octobre 1690, 
à dix heures et demie du matin, la marée baissait devant 
Québec depuis cinq heures et quatre minutes ; l'on en était 
donc aux deux tiers du baissant qui venait alors d'atteindre 
son maximum de vitesse. 

Sitôt que le drapeau tomba, il fut donc, dans la première 
minute qui suivit sa chute, emporté par le jusant à plus de 
350 pieds du Six Friands 2. Quel nageur eût jamais réussi 
à le rejoindre ? Si, par miracle, il s'en fut trouvé un pour 
l'atteindre, aurait-il jamais pu revenir au rivage avec son 
trophée, refouler ce terrible jusant fluvial, inéluctable, irrésis- 
tible ? Et où allait-il ce pavillon ? Il redescendait le grand 
fleuve en dérive et filait droit aux battures de Beauport où 
se tenaient mouillés les transports anglais qui, naturellement, 
le guettaient au passage et n'auraient pas même eu la peine 
peine de déborder une chaloupe pour le repêcher, tant la 
marée le rejetait directement sur eux. Il y avait donc pour 
nos Canadiens nécessité impérieuse, absolue, de mettre un 



1 — Ce coup de canon iut tiré de la batterie marquée No 1 1 sur la 
carte de l'ingénieur royal Villeneuve. 

2 — J'ai été de bon compte et n'ai calculé la vitesse du courant 
qu'à raison de 3^ nœuds à l'heure. J'étais justifiable cependant de 
la mesurer à 4 nœuds. 



LE PAVILLON DE l'HIPS 361 

canot à la mer et de courir ù la Croix de Saint-George plus 
vite que tout de suite ! 

D'où partit le canot d'écorce ? Des quais de la basse ville, 
de l'embouchure du Saint-Charles ou de La Canardière ? 
L'histoire n'en dit rien ; mais la vraisemblance et le succès 
de cette prouesse nous imposent cette dernière hypothèse. 
Kos Canadiens partirent donc de La Canardière, prirent le 
courant, entrèrent bravement dans la zone dangereuse de la 
flotte ennemie et, sous le feu croisé des vaisseaux de guerre 
et des transports, ils enlevèrent le drapeau, à la barbe des 
Anglais ! 

Voilà comment j'entends l'héroïque épisode du pavillon de 
Phips. 

Je n'ai pas à discuter ici la question de savoir si les nageurs 
de Charlevoix ne seraient pas, au point de vue théâtral, plus 
dramatiques que les canotiers de Juchereau. Ce livre étant 
essentiellement historique, un travail d'âpre et sèche archéo- 
logie, il ne convient pas d'y introduire un chapitre de critique 
littéraire. Je dirai seulement, étant donné les iirconstances 
de ce hardi coup de main, que les canotiers de Juchereau me 
semblent plus courageux que les nageurs de Charlevoix. 
Ceux-ci n'auraient olîert que la tête aux mousquetaires et 
aux canonniers de l'armée puritaine ; ceux-là faisaient cible 
de leurs corps tout entiers. Mais alors la raison de prudence 
s'effaçait devant une rigoureuse question de vitesse de 
laquelle tout dépendait, car il fallait prévenir les chaloupes 
que l'amiral pouvait faire détacher de son bord. Sait-on la 
vitesse d'un canot d'écorce monté par un seul homme? Le 
20 août 1890, à Jessup's Keck, Long Island, Etats-Unis, un 
p7'ofessionnel, du nom de A. E. Mackendrick, courait un 
mille à l'aviron en neuf minutes et vingt-neuf secondes i. 
Remarquez que l'exploit nautique eut lieu en eau calme. 
Concevez maintenant la rapidité d'un canot d'écorce monté 
par cinq ou six hommes et combinant la force de ses coups 
d'avirons avec la vitesse maximum de la marée baissante. La 
manœuvre fut si prompte que les Anglais n'eurent pas le 
temps de détacher leurs chaloupes comme ils le firent l'après- 



1 — The New-York Clipper Annual, 1891, p. 91. 



362 LE PAVILLON DE PHIPS 

midi du même jour lorsqu'ils cherchèrent à enlever M. de 
Maricourt revenant de la Baie d'Hudson. 

En 1690 la Eévérende Mère Juchereau de Saint-Ignace 
était dans toute la force de l'âge et du talent. Keligieuse 
hospitalière depuis déjà vingt-six ans, elle était encore archi- 
viste de la communauté, c'est-à-dire historien du pays. Elle 
écrivit la relation du siège de Québec sous la dictée même 
de ceux-là qui l'avaient glorieusement repoussé. Elle connut 
tous les blessés de notre petite armée canadienne-française, 
car elle eut l'honneur et la joie de leur prodiguer ses soins les 
plus empressés aux salles de son hôpital. De la fenêtre de 
son austère cellule elle vit, de ses yeux, les canotiers enlever 
le pavillon de l'amiral Phips, et le tirer jusqu'à terre, à la 
harbe des Anglais ^. Ou bien, si le spectacle de cette incom- 
parable ])rouesse lui échappa, sou oncle, le vieux seigneur de 
Beauport, Nicolas Juchereau de Saint-Denis, qui eut la gloire 
d'un bras cassé par une balle ennemie au premier engage- 
ment de La Canardière, dut lui en conter tout le détail pen- 
dant les trois semaines qu'il passa à l'Hôtel-Dieu de Québec 
sous le traitement du savant docteur Michel Sarrazin. 

En 16U0 Charlevoix n'avait que huit ans, l'âge heureux 
des confitures ! - En 1705, le futur célèbre jésuite vint au 
Canada. Frontenac, François Prévost, Monsieur de Sainte- 
Hélène, Nicolas Juchereau de Saint-Denis, François de Bien- 
ville, tous les grands témoins du siège étaient morts. Quant 
aux autres, quinze années de survie n'avaient pas dû leur 
rafraîchir la mémoire. Charlevoix, qui séjourna à Québec 



I — Le témoignage le plus digne de foi, nous dit Henri ïaine, sera 
toujours celui du témoin oculaire, surtout lorsque ce témoin est un 
homme honorable, attentif et intelligent, lorsqu'il rédige sur place, 
à l'instant et sous la dictée des faits eux-mêmes, lorsque, manifes- 
tement, son unique objet est de conserver ou fournir un renseigne- 
ment, lorsque son œuvre n'est pomt une pièce de polémique con- 
certée pour les besoins d'une cause ou un morceau d'éloquence 
arrangé en vue du public, mais une déposition judiciaire, un rapport 
secret, une dépêche confidentielle, une lettre privée, un mémento 
personnel. Plus un document se rapproche de ce type, plus il 
miérite confiance et fournit des matériaux, supérieurs. 

Les Origines de la ï'rance Contemporaixe La Eévolutiorif 

préface du premier volume. 

2 — Charlevoix naquit, à St-Quentin, en 1682. Il mourut en 1761. 



LE PAVILLON DE PHIPS 363 

cinq années consécutives ^de 1705 à 1710), eut tout le loisir 
de causer avec Juchereau de Saint-Ignace ^ du çrrand événe- 
ment qui nous préoccupe et de le discuter à fond. 

Or parut (1731) en France la première édition de VHis- 
toire de l'Hôtel-Dieu publiée par M. de la Tour à l'insu de 
la communauté de Québec. Ecrite d'après les renst-ignements 
de la Mère Juchereau de Saint-Ignace elle avait été rédigée 
par la Mère Duplessis de Sainte-Hélène '^. On y lisait en 
toutes lettres : Sitôt qu'il fut tombé (le pavillon de Phips), 
nos Canadiens allèrent témérairement, dans un canot 
d'écorce, l'enlever et le tirèrent jusqu'à terre, à la harhe des 
Anglais. 

Dix ans plus tard (1741), Charlevoix publiait son Histoire 
Générale de la Nouvelle-France. Eacontant à son tour 
l'épisode de la Croix de Saint-George, il écrivait ce qui suit : 

Du premier coup de canon, son pavillon (celui de Phips) 
ayant été abattu, et la marée l'ayant fait dériver, quelques 
Canadiens allèrent le prendre à la nage et, malgré le feu 
qu'on faisait siir eux, l'emportèrent à la vue de toute la 
flotte. 

Quels témoins, quels documents nouveaux avait-il donc 
découverts depuis 1731 ? Je n'en connais aucuns, et il est 
absolument improbable qu'on eu signale jamais d'autres. 

Nous pouvons donc conclure, en toute sécurité de preuves, 
que Juchereau de Saint-Ignace a écrit l'histoire du Pavillon 
de Phips et que Charlevoix en a créé la légende. 

Il convient de remarquer ici la distance énorme du fait qui 
nous préoccupe. Il est à plus de deux cents ans de notre 
époque. Encore, si l'événement, comme un astre, revêtait 
un éclat de première grandeur, l'éloignement nuirait-il peu 
aux observations historiques. Mais, il le faut bien avouer, 
cette prouesse, toute rayonnante qu'elle soit de beauté morale, 
n'est pas exceptionnellement grandiose. Cet acte de bravoure 
est commun à plusieurs héros chez tous les peuples, et on le 



1 — Elle mourut le 14 janvier 1723, à l'âge de 73 ans. 

2 — On possède encore à i'Hôtel-Dieu de Québec la copie originale 
de cet ouvrage éminemment précieux. Elle est écrite de la main 
même de la Mère Duplessis de Sainte-Hélène et signée par la Mère 
Juchereau de tîaint-Ignace. 



364 LE PAVILLON DE PIIIPS 

retrouve à toutes les époques de l'antiquité et de l'âge mo- 
derne. Dans tous les temps les drapeaux d'armée, aigles 
romaines ou françaises, provoquèrent des miracles d'audace 
et de vaillance, qu'il s'agît de les défendre ou de les enlever. 
Un cuirassé de première classe flotterait sur le sang répaudu, 
pendant nos guerres contemporaines, à capturer des étendards 
de régiment ou bien encore des pièces d'artillerie, carie canon 
fascine et provoque presque autant les desperados et les bravi 
du champ de bataille. 

Sans doute l'épisode du pavillon .amiral est une action 
isolée, distincte, unique dans notre histoire, demeurée jus- 
qu'ici sans parallèle comme elle avait été jusque-là sans 
précédent. Mais on la voit, on l'observe dans une lumière 
de légende, assez forte peut-être pour suppléer au plein jour 
de la vérité historique, trop belle cependant, trop irradiée 
pour n'être pas trompeuse. 

La tradition n'a pas été lente à s'emparer de l'incident de 
la Croix de Saint-George. C'est-à-dire qu'elle a dû l'amplifier, 
en l'accaparant, dans la mesure de son patriotisme aveugle. 
Et alors il s'est produit un véritable phénomène de réfraction. 
La densité de l'air, les vapeurs d'horizon exagèrent, au détri- 
ment de sa clarté, le disque étincelant du soleil ; également 
les ignorances inconscientes, les candides naïvetés, les croyan- 
ces absurdes de la foule amoindrissent, en les voulant grossir, 
les événements et les personnages de l'histoire. 

Lorsque Charlevoix vint au Canada, pour la première fois, 
quinze ans s'étaient écoulés depuis le siège de Québec en 
1690. Ce laps de temps était plus que suffisant à l'éclosion 
de mille légendes. Comme les champignons, elles n'attendent 
pas un siècle pour germer et fleurir ; l'espace d'une nuit 
suffit à leur complet épanouissement. J'ai dit que Charle- 
voix avait créé la légende des nageurs ; le mot, après mûre 
réflexion, me paraît excessif, c'est recueilli qu'il eût fallu 
écrire. J'ignore quels motifs le déterminèrent à lui donner la 
consécration historique, sans doute son irrésistible séduction 
dramatique et littéraire. 

Malgré le brevet d'authenticité que lui délivre gratuite- 
ment l'historien de la Nouvelle-France, cette tradition popu- 
laire, toute fascinante qu'elle soit, ne peut pas soutenir 



LE PAVILLON DE PHIPS 365 

l'analyse critique des archéologues. La chimie prouvera 
bien les éléments constitutifs de la perle, mais ses meilleurs 
efforts seront impuissants à la recomposer. Ainsi de la 
légende des nageurs. Passée au creuset de l'histoire, elle se 
désagrège, se volatilise, s'évanouit, se perd en fumée de 
gloriole comme le bijou fondu au laboratoire. Impossible de 
la reconstituer en fait précis, tangible, indéniable. 

Il est fâcheux, direz-vous, que la relation de Charlevoix 
ne soit pas historiquement vraie ; au point de vue artistique 
sa beauté complète suggère à l'art merveilleux des peintres, 
au Tiiens divinior des poètes, d'idéales compositions i. 

Hélas ! qui le regrettera plus que moi-même ? Je me 
rappelle Fréchette à cet instant, et la superbe page consacrée 
au récit de cet immortel épisode. Eécitons-la ensemble, si 
vous le voulez bien, lecteurs, elle occupe ici une place d'hon- 
neur et je la reproduis avec un légitime orgueil pour les 
lettres canadiennes-françaises. 

Tout à coup des vaisseaux part un cri de démon. 
Du navire amiral la corne d'artimon, 
Qu'a coupée un boulet bien poin té de la rive, 
Avec son pavillon culbute à la dérive. 

(1) — " J'ai beaucoup pensé au drapeau ou pavillon de Phips, et 
je ne vois pas de preuve directe du fait que des Canadiens l'aient 
péché à la nage. Mais, en écrivant un roman, l'épisode traité sous 
cet aspect devient fort joli. J'ignore les noms des canotiers qui 
enlevèrent la Croix de Saint-George.'' 

Extrait dhine lettre de M. Benjamin Suite, datée le 16 septembre 
1891. 

Je les ai bien cherchés, moi ! Mes démarches les plus actives n'ont 
amené aucun résultat. 

Si fait, j'ai découvert quelque chose : un renseignement dérisoire, 
frappé au coin de la plus mordante ironie historique. Je vous le 
donne p ur ce qu'il vaut. 

" Payé a Mercié, pour 5 crochets pour pendre les pavillons 
ANGLAIS, (rt la voûte de la cathédrale) 8 livres! " — Cf: Comptes de 
la Fabrique Notre-Dame de Québec, année 1690, page 136. 

Et nos héros, les canotiers de La Canardière, qu'ont-ils reçu ? 

Des ampoules aux doigts 1 

Oh ! la gloire ! ! 

C'est la morale du fabuliste : 

Rien ne sert de ramer il faut clouer à point ! 



366 LE PAVILLON DE PHIPS 

Aussitôt, à ce cri de colère éperdu 

Du haut de nos remparts un autre a répondu, — 

Une acclamation de triomphe et de joie 

Ce drapeau que le flot emjjorte, quelle proie I 

Un canot du navire anglais s'est détaché 5 
Mais un autre boulet juste à temps décoché, 
Avant même qu'un quart de minute s'écoule, 
Va lui crever le flanc, le renverse et le coule. 

Allons, dit Frontenac, ce drapeau, c'est la croix ! 
Qui sera chevalier? 

— Moi répond une voix. 

Et dans les mille bruits du vent et du carnage, 
Un jeune homme s'avance et se jette à la nage. 
— Bravo ! bravo ! bravo ! 

Maintenant tous les yeux 
Tournés vers un seul but, concentrés, anxieux. 
Vont suivre désormais le tout petit sillage 
Qui trahit du héros l'audacieux voyage. 
Lui nage avec vigueur, tête haute, en plongeant 
Sous le feu des Anglais, qui jurant et rageant, 
Pour sauver leur drapeau, de loin, sans intervalles. 
Tout autour du point noir font crépiter les balles, 

La vague est suffocante et le courant est fort : 
N'importe ! sans faiblir, et redoublant d'eftbrt, 
L'homme rit du péril et s'avance quand même 



A de certains moments, anxiété suprême. 

On n'aperçoit plus rien. Est-ce fini?.., Mais non ! 

Le nageur reparaît aux éclairs du canon, 

Et s'avance toujours haletant et farouche 

Vers le drapeau flottant. 

Il l'atteint, il le touche 1 

1 — Fréchette. La Légexde d'ux PEUPf.E, A lanage! pp. 129, 130, 131. 



LE PAVILLON DE PHIPS 367 

Il est regrettable, eu vérité, qu'une aussi fière narration 
n'appartienne qu'à La Légende d'un Peuple. Quels titres 
elle possède à se réclamer de son histoire ! La version de 
Charlevoix, dont elle n'est que la traduction lyrique, s'y ratta- 
chera-t-elle jamais ? Je le dis avec désespoir, mais je le dis 
cependant : l'événement en est impossible. 

Renoncer à un préjugé, quelle joie délicieuse pour l'intelli- 
gence, mais perdre une illusion patriotique, quel deuil éternel 
pour l'âme ! Shakespeare, au troisième acte de sa tragédie, 
fait crier à la conscience du meurtrier : " Macbeth a assassiné 
le sommeil, le doux sommeil qui entretient la vie!" Les 
archivistes, les antiquaires, les archéologues sont autant de 
Macbeths féroces qui tuent les meilleures espérances des 
hommes d'imagination, tarissent les sources les plus vives de 
leur enthousiasme, éveillent leurs rêves les plus consolants, 
gâtent enfin leurs plus chers souvenirs, pour le diabolique 
plaisir d'empoisonner leur existence. 

D'autre part il importe, et d'urgence, de s'arracher héroïque- 
ment aux fascinations dangereuses des poètes, aux enivrantes 
séductions des romanciers, à tous ces mirages historiques, 
étincelants et faux comme les oasis aériennes, les lacs fantô- 
mes aperçus au désert. L'intensité de leurs rayonnements et 
de leurs verdures trompe jusqu'à la mort les fatigues et la 
soif des caravanes qui marchent sur elles avec une lassitude 
exaspérée. 

On ne suppléera jamais à la vérité d'un profil par la richesse 
du coloris ; la première, l'unique qualité d'un événement, est 
bien celle du portrait photographique, la ressemblance : c'est- 
à-dire la vérité, encore la vérité, toujours elle. Je n'irai pas 
jusqu'à écrire rien autre chose que la vérité, ce serait tomber 
dans la formule du serment judiciaire. 

Les savants attribuent à un échauffement anormal de l'at- 
mosphère le phénomène des mirages. Pourquoi ne pas 
expliquer également par une surexcitation maladive, un sur- 
menage cérébral, une morbidesse aiguë des nerfs sensitifs, 
bref, par un échauffement anormal de l'atmosphère intellec- 
tuelle, l'incohérence et le délire des fictions littéraires pseudo- 
histoiiques ? 

Et de même que le torride soleil d'Afrique élève sur l'hori- 
zon des silhouettes de palmiers, des reflets de villages, des 
scintillements d'eaux vives, ainsi l'imagination embrasée des 



368 LE PAVILLON DE PHIPS 

lettres modernes s'empare de quelques faits d'armes éclatants, 
particuliers, j'allais écrire personnels, les isole, les grandit, les 
idéalise, les divinise enfin et les fixe glorieux dans une 
lumière permanente d'apothéose. Toujours visibles, mais 
inaccessibles toujours, ils reculent, à la façon des mirages 
arabes, avec une vitesse mesurée à la chaleur de la poursuite. 
Et l'horizon interminable, les perspectives infinies sur lesquels 
se profilent et s'estompent leurs traits, en apparence indélébiles 
et vivants, se dérobent eux-mêmes, fuient, s'échappent sur des 
distances incommensurables, vers des lointains éternels. 

Tant et tant qu'à la fin les plus opiniâtres se lassent, les 
plus tenaces désespèrent, les plus âpres à poursuivre de 
lentes et pénibles études les filons ténébreux de l'archéologie 
se rebellent tout à coup, s'insurgent d'un commun accord. 
Hardis de l'avant-garde, obstinés de la réserve, toute la petite 
armée des chercheurs et des critiques se révolte. " — C'est fini ! 
on ne travaille plus. Au diable l'œuvre et l'outil ! Assez 
longtemps on nous berne ! On ne croit plus à rien ! — " Heu- 
reux encore si ces grévistes exaspérés n'inondent pas la mine 
dans la pensée que d'autres pourraient y reprendre la tâche 
interrompue. Ceux-là même que l'enthousiasme patriotique 
avait le plus embrasés de ses flammes, deviennent alors 
les incrédules les plus endurcis, comme les apathiques les 
plus incurables de notre classe instruite. Cela arrive, et 
fatalement. 

Un éminent patriote français, monsieur le général Ambert, 
a eu le courage de s'interrompre en plein récit de guerre 
franco-prussienne j^out- écrire cette sentence austère, mortelle 
aux hommes d'imagination : 

" Le devoir rigoureux de tout écrivain impartial est d'infir- 
mer les légendes et de rétablir la vérité " i. 

J'avoue, lecteurs, que je suis enclin à répondre, avec les 
gens de lettres : " Maître, ces paroles sont dures." Il ne faut 
pas s'éloigner cependant. A qui irions-nous ? 

Poètes et prosateurs ont eux-mêmes reconnu l'excellence 
de cette maxime. îs"'est-ce pas feu Despréaux qui disait : 

Kien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable ? 



1 — Gaulois et Germains, Récits militaires, parle général Ambert. 
— Après Sedan. Vol II, page 444. 



LE PAVILLON DE PHIPS 369 

Profondément méditée dans le silence fécond de l'étude la 
narration de Juchereaii de Saint-Ignace se mouvementé, se 
di'amatise à la satisfaction des plus exigeants en produits 
pathétiques. Il se dégage de ce récit une belle lumière histo- 
rique, je serais tenté d'écrire sidérale, dont la douceur paisible 
et l'immuable fixité d'éclat permettront aux écrivains de 
l'avenir les i>lus heureuses observations. 



Le Pavillon dé Phips a déjà paru, comme chaintre spécimen, dans 
La Kermesse, revue hebdomadaire publiée, en 1892-93, au bénéfice de 
l'Hôpital du Saci"é-Cœur à Québec. Nous croyons être agréable à 
l'auteur de cet ouvrage en reproduisant ici une lettre très élogieuse 
et très autorisée qui prouve bien l'intérêt que l'on porte, aux Etats- 
Unis, auxmoindi'es épisodes de notre histoire. 

Les Editeurs. 

1531 Eighth Street, N. W., 

Washington, D. C. December 29th, 1892. 

Mr. Ernest Myrand, 

Québec, P. Q., Canada. 

My dear Sir, 

Excuse the liberty I take in writing you a word. Througb 
the kindness of my friend Dr. N. E. Dionne, who sent me a 
few copies of La Kermesse, I hâve been privileged to spend 
an agréable hour with your article on Le Pavillon de Phips, 
and I feel a want to tell you how iiiuch I hâve been in- 
structed and edified by your learned criticism of one of the 
heroic épisodes in our glorious national history. Your indus- 
trious researches with your love of exact historical truth 
hâve enabled you to dismiss the vapors of fanciful legeuds 
that were envelopiug the real facts and lo 1 you hâve shown 
to the world that the truth unadorned is by far the more 
beautiful. You are right: it was a nobler action to snatch 
the standard from the iiiidst of the enemy than to hâve picked. 
it up drifting towards the shore with the tide. 
24 



370 LE PAVILLON DE PHIPS 

Your argument is, I believe, irréfutable ; and your con- 
clusions must stand throughout the âges. You hâve rendered 
our country and corapatriots a great service, and I offer you 
my humble congratulations. 

There are numerous other points in our history which need 
further elucidation : the subject of the Heroine of Verchères, 
Dollard, aud the personality of the Chevalier de Vincennes 
among them. If you hâve leisure to reconcile the disparate 
facts, examine them, and give to the cause of historical truth 
the benefit of your judicious conclusions. 

With my congratulations I offer you sincère good wishes 
of good-will, peace and joy suggested by the season, and beg 
to subscribe myself, 

Yours very respectfuUy, 

Major Edmond Mallet. 



H 



PL M A/ F/ GL//=if{T/ r û£ L^ C/^/V/R/?, 

" -?,"'■"""*•- chàlû-u/ze. du Cct/it 

6 fiJtrnun SoLvaJ^t. 

■Ç A/l /( / s O A/ 0£^ R Ot/€S£L 

S EN T/ r>^ a t-L.£s 

■ ■ • • • «-'••.■. • ^ _^^ 

Set 4H chalq<i/tej. 94<1.— <-^J~^ •-- - — 







Plan figuratif de La Canardière en 1690, dressé, par Erne? 
la seigneurie Notre-Dame des An^es appartenant 
tement des Archives Judiciaires du District de Qi 



I 




[yrand, sur les titres des concessions primitives de 

s Jésuites, lesquels titres sont conservés au Dépar- x^*^ 

^c George St-Michel, dessinateur. ^* 



CHAPITEE DOUZIÈME 



PLAN FIGURATIF DE LA CANARDIERE EN 1690 



Située en la Seigneurie Notre-Dame des Anges appartenant aux 
E.E. F. P. Jésuites, 

Juge Prévôt Guillaume Roger. 

Procureur Fiscal Pierre Lefebvre. 

Greffier Paul Vachon. 



La Canardière ex 1690. 

Bornée, vers le nord-ouest, par la profondeur des terres de 
la Canardière ; vers le sud-est, par l'estuaire de la rivière St.- 
Oharles ; vers le nord-est, partie par la ligue nord-est de la 
terre des héritiers Paul Chalifour, partie par le ruisseau des 
Trtupières ; vers le sud-ouest, partie par la rivière Lairet, partie 
par la ligne sud-ouest de la terre d'Etienne Landron et Pierre 
Allemand. 

Superiicie : 1601,64, soit 1602 arpents carrés. 

En 1690, La Canardière faisait partie de la paroisse Notre- 
Dame de Québec. Cette paroisse renfermait alors dans son 
étendue : 1" la Haute- Ville ; 2" la Basse-Ville ; 3" la Canar- 
dière ; 4" le fief de Jean Bourdon (la paraisse St. Jean-Bap- 
tiste actuelle, occupe une partie de son territoire) ; 5" la 
Petite Rivière (St. Charles) ; 6" le fief St. Michel, qui appar- 
tient actuellement au Séminaire de Québec. 

propriétaires a la canardière 

No. 1, — 1 Jacquette Archambault, veuve de Paul ChaUfour; 
Marguerite Chalifour, femme de Jean Badeau ; Marie Bibault 



No. 1 — 1 La propriété de cet immeuble appartenait, pour moitié, 
à la veuve de Paul Chalifour, Jacquette Archambault, et, pour l'autre 
moitié, à ses dix enfants. 



372 PLAN DE LA CANARDIÊRE 

(qui héritait de la part de sa mère,feue Jeanne Chalifour.femme 
de François Bibaiilt) ; Simone Chalifour, femme de Julien 
Brousseau La Verdure ; Françoise Chalifour, femme de Jacques 
Nolin ; Jeanne Chalifour, femme de Germain Langlois ; Louise 
Chalifour, femme de Joseph Vendendaigue ; Paul François 
Chalifour. mari de Jeanne Philipeau ; Pierre Chalifour, mari 
d'Anne Mignier ; Anne Chalifour, femme de Jean LeNor- 
mand; Claude Chalifour. 

Superficie de l'immeuble : 3 arpents de front sur 40 de pro- 
fondeur. 

No. 2. — Charles Denys, sieur de Vitré, Catherine DeLos- 
telneau. (Ils demeuraient à Québec, Haute- Ville, rue Ste.- 
Anne.) 

Fermiers : Pierre Jean et Françoise Favereau sa femme. 

Superficie de l'immeuble : 7 arpents de front sur 40 de 
profondeur. 

No. 3. — François Treffilé dit Kottot, charpentier, Catherine 
Mathieu. 

Superficie de l'immeuble : 2^- arpents de front sur 40 de 
profondeur. 

No. 4. — Maurice Pasquier, Françoise Forget. 

Superficie de l'immeuble : 71 arpents de front sur 40 de 
profondeur. 

No. 5. — Aux héritiers Jean Chapeleau. 

Superficie de l'immeuble : 3 arpents, 2 perches de front, 
" montant en pointe de chemise jusqu'à 30 arpents, elle est 
réduite à rien en ce point de 30 arpents. Elle contient 48 
arpents." — Noie du Père Rafeix. 

No. 6. — Timothée Koussel, chirurgien, Catherine Fournier, 
(Ils demeuraient à Québec, Haute- Ville, rue Buade.) 

Fermiers résidant sur la terre : Adrien Sedilot de Bris- 
val, Jeanne Angélique Brière, sa femme. 

Superficie de l'immeuble ; ^\ arpents de front sur 40 de 
profondeur. 

No. 7. — Jean Le Normand, Anne Le Laboureur. 

Superficie de l'immeuble : bh arpents de front sur 40 de 
profondeur. 

No. 8. — Joseph Le Normand, fils de Jean Le Normand et 
d'Anne Le Laboureur. 

Superficie de l'immeuble: 2 arpents, 6 perches, 9 pieds de 
front sur 30 arpents de profondeur. 



PLAN DE LA CANARDIÈRE 373 

iq"o. 9. — Terre du passage à gué de la Petite Eivière St- 
Charles, appartenant aux Jésuites. 

Jacques Glinel en était le passeur, en 1690. 

Superficie de l'immeuble : 2 arpents de front sur 30 de 
profondeur. 

No, 10. — Etienne Landron, marchand, Elizabeth De Cha- 
vigny, Pierre Allemand, marchand, Louise Douaire De 
Bondy, co-propriétaires. Ils demeuraient tous deux à Québec, 
Basse-Ville, sur la rue Notre-Dame. Ils étaient associés sous 
la raison de Landron S Allemand. 

Superficie de l'immeuble : 6 arpents, 1 perche, 11 pieds 
de front sur 40 arpents de profondeur. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



'Ko. 1. — Propriété Chalifour, 

Greffe de Paul Vachon. — Acte de Partage entre la veuve 
Paul Chalifour et ses dix enfants — 27 mars 1689. 

No. 2. — Propriété DeVitré. 

Greffe d' Andouart.7— Acte de Concession de la Trinité, à La 
Canardière, à Simon Denis, sieur de Ste.-Anne par Jacques 
de la Place— 10 août 1652. 

En 1690, Charles Denis de Vitré avait succédé à son père 
comme propriétaire à La Canardière. 

Greffe de Paul Vachon. — Inventaire fait par Monsieur De 
Vitré à Pierre Jean, son fermier — lô septembre 1677. 

Greffe de GiUes Eageot. — Vente à Pierre Jean et Françoise 
Favereau, par Charles Denys de Vitré — 16 décembre 1690. 

No. 3. — Propriété Trefflé dit Eottot. 

Greffe de Paul Vachon. — Contrat de concession à François 
Tretiié dit Eottot par le Eév. Père Guillaume Mathieu, S. J. 
—23 juin 1672. 



374 PLAN DE LA CANARDIÈRE 

No. 4. — Propriété Maurice Pasquier. 

Greffe de François Genaple de Bellefond. — Inventaire et 
description de la terre appartenante à Demoiselle Marie Cathe- 
rine Le Neuf, femme et procuratrice de Pierre Denis, écuyer, 
sieur de la Eonde, laquelle terre est sise à La Canardière etc., 
etc.— 27 février 1684. 

Greffe de Gilles Kageot. — Vente d'une terre par Dame 
Catherine LeNeuf, épouse et procuratrice de Pierre Denis, 
écuyer, sieur de La Konde, à Maurice Pasquier — 5 juin 1690. 

No. 5. — Propriété des héritiers Chapeleau. 

Greffe de Paul Yachon. — Contrat de Concession à Etienne 
Rageot dit le Lionnois par les RR. PP. Claude Dablon et 
Jérôme Lalemant — 10 juin 1664. 

Greffe de François Genaple de Bellefond. — Bail à Ferme 
par Jeanne Gaignon, veuve de Jean Chapeleau aux sieurs 
Thimothée Roussel et Etienne Rageot dit Le Lionnois — 6 
avril 1683. 

Greffe de Paul Vachon. — Acte de donation d'Etienne 
Rageot dit le Lionnois à Maurice Pasquier et Françoise 
Forget, sa femme — 11 janvier 1685. 

No. Q. — Propriété Tuimothée Roussel. 

Greffe de Romain Becquet. — Vente de Jean Charpentier 
dit Lapaille à Thimothée Roussel — 3 septembre 1669. 

Greffe de François Genaple de Bellefond. — Inventaire des 
biens de la communauté de Thimothée Roussel avec Cathe- 
rine Fournier — 7 août 1688. 

Greffe de François Genaple de Bellefond. — Donation 
d'Adrien Sedillot et sa femme aux Sieur et Damoiselle Rous- 
sel— 18 juin 1690. 

Archives inédites de l'Hôtel-Dieu de Québec. — Explica- 
tions du Père Raffeix donnés à la Communauté de l'Hôtel- 
Dieu de Québec au sujet des terres de feu Thimothée Roussel 
à La Canardière. — 28 juin 1718. 



PLAN DE LA CANARDIÈRE 3t6 

î^o. t. — Propriété Jean Le Normand 

Greffe de Paul Vachon. — Contrat de concession à Jean 
Norment (Le Normand) par le Rév. P. Guillaume Mathieu. 
—20 juin 1672. 

Greffe de Pierre Duquet. — Contrat de vente entre Charles 
Couillard, seigneur des Islets et de Beaumont et Jean Le Nor- 
mand et sa femme Anne LeLaboureur. — 10 juin 1578. 

Greffe de Charles Rageot. — Inventaire des biens meubles 
et immeubles composant la communauté de Jean Le Nor- 
mand et de défunte Anne Le Laboureur — 22 décembre 1700. 

No. 8. — Propriété Joseph Le Normand. 

Greffe de Paul Vachon. — Contrat de concession à Nicolas 
Genderon dit Lafoutaine, par les RR. PP. André Richard et 
Jean de Quen — 22 avril 1658. 

Greffe de Paul Vachon— Vente de la dite concession par 
Nicolas Genderon dit Lafontaine à "Eustache Lambert — 18 
avril 1661. 

Greffe de Paul Vachon. — Concession à Eustache Lambert 
par les RR. PP. Charles Dablon et Jérôme Lalemand — 31 
mars 1664. 

Greffe de Romain Becquet. — Testament d'Eustache Lam- 
bert— 23 juin 1673. 

" Extrait du testament d'Eustache Lambert : 

Item, veut et entend le dit testateur que ses immeubles 
soient partagés entre ses dits enfants, en la manière qui en 

suit 

la dite Marie Magdeleine Lambert, pour sa part des dits 
immeubles, jouira et possédera la moitié d'une habitation au 
dit testateur appartenante, sise au lie a dit La Canardière, 
attenante de celle du sieur Couillard des Islets ^." * 

Nous n'avons pas d'actes notariés prouvant que Eustache 
Lambert ait vendu les terrains susdits à Joseph Le Normand 
mais nous savons que le propriétaire, à l'est de ces deux con- 
cessions, était, en 1700, Jean Le Normand, (Cf : Greffe de 



1 — Marie Magdeleine Lambert avait onze ans en 1673 ; en 1678 
elle épousa Louis Charretier de Lotbinière. 



376 PLAN DE LA CANARDIÈRE 

Charles Kageot. — Inventaire du 22 décembre 1700j lequel 
avait pour voisin, à l'ouest, Joseph Le Normand. 

D'un autre côté, nous verrons dans le Bail du Passage 
entre les Jésuites et Jacques Glinel — Greffe de François 
Genaple de Bellefond — minute du 24 mars 1686 — que cette 
terre du passage avait pour voisin, à l'est, Jacques Le Nor- 
mand. Donc, entre les années 1686 et 1700 ces deux 
concessions ont appartenu soit à Jacques soit à Joseph Le 
Normand, tous deux enfants de Jean Le Normand. Or, nous 
savons, par le Dictionnaire Généalogique de l'abbé Tanguay 
(Tome I, page 382) que Jacques Le Normand ne s'est jamais 
marié, tandis que Joseph Le Normand, majeur le 18 janvier 
1600, se marie le 5 février 1691. Nous concluons de là qu'en 
1690 la terre devait être à lui plutôt qu'à son frère Jacques. 
Cette présomption confine pour moi, à la certitude. D'ailleurs 
il n'est pas invraisemblable de supposer qu'il y ait une erreur 
dans la minute (24 mars 1686) de François Genaple, et que 
le notaire ait écrit par mégarde Jacques au lieu de Joseph, i 

No. 9 — Propriété de la Terre du Passage — aux jésuites 

Greffe de Paul Vachon. — Contrat de concession à Vincent 
Eenaud parles RR. PP. André Eichard et Jean De Quen. — 
30 juin 1658. 

Greffé de liomain Becquet. — Vente par Vincent Eenaud 
aux Jésuites. — 6 juillet 1669. 

Greffe de François Genaple de Bellefond, — Bail du Passa- 
ge à Gué de la Canardière et d'une habitation en dépendant, 
à Jacques Glinel parle E. P. Eafféix. — 24 mars 1686. 

No. 10 — Propriété Etienne Landron — Pierre Allemand 

♦Greffe de François Genaple de Bellefond. — Concession de 
11 perches et 11 pieds de teiTe à la Eivière de la Eetz aux 



1 — Ou signale une pire erreur de nom dans le Contrat de vente 
entre Charles Couillarâ, seigneur des Isleis et de Beaumont, et Jean 
Le Normand Grefife de Pierre Duquet — ^minute du 10 juin 1678. 

Ainsi le notaire Duquet écrit Beaulien au lieu de Beaumont, ce 
qui atténue la distraction de maître Genaple écrivant Jacques au 
lieu de Joseph. 



PLAN DE LA CANARDIÈRE 311 

sieurs Etienne Landion et Jean Larchevêque agissant aux 
droits de Pierre Allemand par le K. P. Eaffeix. — 22 aM?il 
1689. 

Greffe de François Genaple de Bellefond. — Vente d'une 
terre à la Seigneurie Notre-Dame des Anges, par le sieur 
François Charron aux sieurs Etienne Laudrou et Pierre Alle- 
mand. — 23 septembre 1638. 



Autres documents consultés : 

Procès- Verbal du Grand Voyer; 25 février 1683. 

Procès- Verbal du Grand Voyer ; 30 mai 1686, 



Non seulement j'ai voulu conserver absolument intègre la 
vérité des faits historiques, étudiés scrupuleusement jusque 
dans la minutie des détails, non seulement j'ai pris le soin de 
reconstituer l'armée canadienne française et la flotte anglo- 
américaine, mais j'ai encore voulu rétablir la scène même, le 
théâtre où s'est joué le glorieux drame militaire où Frontenac 
et Phips tinrent les deux premiers rôles. 

Le champ d'action de la flotte anglaise n'a pas changé 
depuis deux siècles, c'est l'estuaire de notre grand fleuve Saint- 
Laurent, le havre in<.omparable de Québec. Il n'en est pas 
de même de celui où manœuvrait le major Walley. Il 
opérait à La Canardière et ce petit coin de terre s'est étrange- 
ment transformé depuis. C'est en l'étudiant que la pensée 
m'est venue de le reconstituer dans la vérité de sa topogra- 
phie originaire et d'eu dresser un plan figuratif d'après les 
titres des concessions primitives de la Seigneurie de Notre- 
Dame des Anges conservés au Département des Archives 
Judiciaires du district de Québec. 

Ce chapitre, lecteurs, m'a coûté, à lui seul, plus d'études 
et de peines que l'entière composition de ce livre. Cette 
assertion, dès l'abord, semble frappée au coin de la plus sotte 
fatuité ; car, à première lecture, ce travail ne paraît être 
qu'une ordinaire compilation de documents, triés, je ne dirai 
pas sur le volet, juais sur l'index ou le répertoire de tels et 



3*78 PLAN DE LA CANARDIÈRE 

tels gi'efies de notaires instrumentant de leurs royales plumes 
d'oie en la Nouvelle-France. 

Si, comme il en existe au State House de Boston pour les 
archives historiques, les documents déposés au Département 
des Archives Judiciaires du district de Québec possédaient 
des index chronologiques ou des répertoires, j'admettrais que 
le Plan Figuratif de La Canardière, en 1690, était facile à 
rétablir, même à deux siècles de recul et qu'il n'y. a pas lieu 
de se gaudn' outre mesure du succès de l'opération, ni de 
tomber en extase devant une œuvre qui, après tout, se rédui- 
rait à un jeu de patience collectionnante. 

Seulement, et j'espère que ce petit adverbe pèsera dans 
la balance quand la critique austère jugera ce livre au mérite, 
seulement il n'existe pas uv seul- index pour les trente-trois 
greffes des notaires qui pratiquèrent au Canada de 1636 à 
1700 1. 

Je ne dirai rien du colossal ennui non ])lus que de 
l'abêtissante fatigue subis à l'examen de ces milliers de 
paperasses aussi poussiéreuses qu'indéchiffrables. Nos pré- 
dicateurs de retraites et de neuvaines s'évertuent à nous 
faire comprendre le mot éternité. Ils s'épuisent en compa- 
raisons arithmétiques : raillions de milliards de siècles multi- 
pliés par le total des sables de la mer, des gouttes d'eau des 
cinq océans, des feuilles poussées sur tous les arbres de la 
terre, des étoiles visibles et invisibles du firmament, etc., etc. 
Eh ! que ne leur vient-il à l'esprit de composer un heure 
de l'Eternité avec les soixante minutes d'un notaire quel- 
conque ! Tout le monde comprendrait... et serait converti! 

De ces trente-trois greffes, ceux-là de Paul Vachon, Eomain 
Becquet, Larivière, Chamballon, Jean - Eobert Duprat et 



1 — En voici la liste chronologique : Audouart, Lespinasse, Guillet, 
Piraube, Tronquet, Vachon, Bancheron, Lecomte, Bermen, Aubert, 
Godet, Durand, Badeau, Rouer, Becquet, Peuvrette, Duquel, Filion, 
Gourdeau, Gloria. Roy, Mouchi, Gilles Ragoot, Lecoutre, Maugué, 
Mépru, Jacob, père, Genaple de Bellefond, Larivière, Chamballon, 
Duprat, Roger et Charles Rageot. 

On a fait 114 liasses de leurs actes. Chaque liasse contient, en 
moyenne minimum, 400 documents ; ce qui donne, pour les 33 grefles 
des susdits notaires, le respectable total de 45,600 minutes, toutes 
classées soigneusement, par ordre de dates, par l'intelligent con- 
servateur du Département, M. François- Xavier Maheux. 



PLAN DE LA CANARDIÈEE 379 

Charles Rageot sont les seuls qui possèdent des répertoires. 

Six répertoires pour trente-trois greffes et zéro d'index. 

Joli rapport, n'est-ce pas ? Imaginez, lecteurs, ce que dut 
coûter à nos premiers défricheurs historiques, Garneau, Fer- 
land, Laverdière, la recherche du moindre renseignement ! 
Tanguay, Casgrain, Dionne, Roy vivent encore et vous ren- 
dront le témoignage du temps énorme perdu, à trouver seu- 
lement, les documents qu'ils voulaient étudier. 

M. l'abbé Raymond Casgrain, l'admirable auteur de Mont- 
calm et Lévis, qui tient l'oreille du ministre au Secrétariat de 
la Province de Québec, devrait bien lui suggérer la création 
d'un Bureau d'Archives, sérieux et régulier comme celui d'Ot- 
tawa ! L'immense service il rendrait aux lettres canadiennes ! 

Avec des documents en bon état, le Flan Figuratif de La 
Canardière eût été reconstitué en une semaine. Et il m'a 
coûté six mois de labeur ardu ! 

En eftet les données du problème étaient abondantes. Des 
dix propriétaires qui se partageaient, en 1690, le territoire 
proprement dit de La Canardière, la carte de l'ingénieur 
royal Villeneuve en nomme huit savoir : 

La veuve de Faut Chalifou, Mr de Vitteray, François 
Retor (sic), Mr Denis, Etienne Lionnois, Mr Roussel, Jean 
Le Normand, Briquetterie de Jean Landrou. 

Par surcroît de bonne fortune le greffe du notaire royal 
Paul Vachon possède un répertoire. Or, Paul Vachon, greffier 
de la Justice Seigneuriale de Notre-Dame des Anges j^en- 
dant quarante-sept années (de 1650 à 1697), y passa la 
plupart des actes de concession des Jésuites aux habitants de 
La Canardière. J'en ai relevé jusqu'à 10-, de 1644 à 1690. 

Un moment, je crus pouvoir rétablir le plan figuratif de 
La Canardière en 1690 avec seulement le répertoire de Paul 
Vachon et la carte militaire de l'ingénieur Villeneuve. Mais 
la joie que j'éprouvai de cette espérance fut aussi fugitive 
que vivace. Dans quelques uns des titres des concessions 
primitives il était fait mention de documents notariés étran- 
gers au gi-effe de Paul Vachon et que ne signalaient pas les 
cinq autres répertoires de Romain Becquet, Larivière, Cham- 
ballon, Jean-Robert Duprat, et Charles Rageot. 

Ces documents que, par un anxieux pressentiment, je 
soupçonnais être d'un intérêt capital à l'appui comme à la 



380 PLAN DE LA CANARDIÈRE 

justification de mon Plan Figuratif, il fallait les chercher à 
l'aveugle, et, de toute nécessité, les retrouver dans les minutes 
des vingt-sept autres confrères du notaire royal Paul Vachon. 

Et alors commença à travers l'immense forêt archéologique, 
que l'on battit en tous sens, une chasse féroce au document. 
Plusieurs ^ m'aidèrent vaillamment dans l'ardente poursuite 
de ce gibier difficile qui ne se relevait pas à la piste et qu'au- 
cun bruit d'ailes ne pouvait trahir. Rara avis ! 

A la longue, le silence absolu de la région m'avertit que la 
proie convoitée était non seulement invisible mais encore 
absente du territoire. 

En désespoir de cause l'idée me vint de rabattre le gibier 
dans les champs mêmes de La Canardière, d'aller chez les 
l)ropriétaires actuels de cette fraction de Saint- Roch -Nord et 
d'y consulter leurs titres. On nous reçut partout de très 
bonne grâce, à l'Hôtel-Dieu de Québec, chez Madame veuve 
François-Xavier Garneau, chez Messieurs Edouard De Blois, 
Charles-Toussaint Côté, Joseph-Robert Racey, etc., etc. 

Audaces fortuna juvat. Cette fois encore l'axiome latin 
se vérifia comme une prophétie. 

M. l'abbé Rhéaume trouva, dans les archives du monas- 
tère, à l'Hôtel- Dieu, des notes détaillées du Révérend Père 
Raffeix, S. J., sur les propriétés foncières de feu le chirurgien 
Thimothée Roussel à La Canardière. 

Ces renseignements étaient d'une nature si précise que 
mon collaborateur fut de suite en position de relever, avec 
l'exactitude méticuleuse d'un arpenteur qui tire la ligne entre 
deux voisins grincheux, la superficie capricieuse des terrains 
possédés, en 1690, par feu le docteur Roussel, de saignante et 
querelleuse mémoire. A lui seul ce point de la carte était 
plus difficile à fixer que le plan figuratif tout entier. 
L'esprit rageur et chicanier de ce Purgon semblait être passé 
de son corps à sa terre dont les profils ensorcelés grimaçaient 
comme un visage d'enfant espiègle qui ne veut pas faire 
photographier son portrait. 

Quanta moi je découvris, dans les papiers delà famille 
Joseph Edouard De Blois, l'original d'un acte de Vente d'une 



s i ] — M, l'abbé Anselme Rhéaume, M. François-Xavier Maheux, 
M. le notaire Joseph-Désiré Marcoux, etc. 



PLAN DE LA CANARDIÈRE 381 

terre par Dame Catherine Le Neuf, épouse et procuratrice de 
Pierre Denis, Ecuyer, sieur de la Eonde à Maurice Pasquier 
(ou Fasquet, l'ancêtre de nos Paquet actuels) — passé devant 
Gilles Rageot, notaire royal, à la date du 5 juin 1690. 

Je n'avais pas même soupçonné l'existence de cet acte car 
rien ne le signalait aux Archives. 

Cette pièce justificative était à ce point importante que, 
non seulement elle complétait le terrier de La Canardière à 
cette époque, mais encore rectifiait la carte même de Ville- 
neuve, gmvée par Le Fer. Car, à la date du 16 octobre 1690, 
la terre de Mr Denis appartenait à Maurice Pasquier depuis 
le 5 juin précédent. Villeneuve, ingénieur du roi, n'était pas 
tenu de connaître les transactions particulières des bourgeois 
de Québec, et moins peut-être encore le contmt de vente de 
Damoiselle Catlierine LeXeuf et de Pierre Denis, sieur de la 
Eonde à leur fermier et fermière, Maurice Pasquier et Fran- 
çoise Forget. Aussi cette inexactitude ne doit pas être jugée 
cas pendable : il y avait plus de vingt-huit ans ^ que Mon- 
sieur Denis était propriétaire à La Canardière, on le savait à 
Québec depuis aussi longtemps, et je m'explique très aisément 
qu'au lieu de Maurice Pasquier, nom du nouveau posses- 
seur qui détient depuis cinq mois à peine, l'on écrive celui 
de l'ancien maître, par habitude de la connaissance acquise. 

La terre de Alaurice Pasquier m'était particulièrement 
intéressante à étudier. Ce fut là que campèrent cinq jours 
(du 18 au 22 octobre) les treize cents miliciens de John 
Walley 2. Ils durent s'établir à l'aise sur cette métairie qui, 
en dehors de ses 186 arpents complantés en bois debout, 
comptait 24 arpents de terre Labourable à la charrue, et 30 
arpents en prairies à fauclier. 

Il serait même possible d'en retracer le site et d'en fixer 
précisément le centre. Car une tradition immémoriale veut 
que John Walley et son état-major aient occupé, pendant les 
cinq jours que dura le campement, la petite maison aujour- 
d'hui sise et située sur la terre des héritiers liacev, étant le 



1 — Cf : Greffe de Paul VacJion: Concession des Kév. Pères Jésui- 
tes à Pierre Denis, sieur de la Ronde, en date du J2 mars 1662. 

2 — Deux tiers de cette petite armés étaient campés chez De 
Vitré. Tautre tiers chez Maurice Pasquier. — Cf : Relation de Walley, 
page 40 de ce livre. 



382 PLAN DE LA CANARDIÈRE 

numéro 582 du cadastre de la division municipale de Saint- 
Roch-Nord. Un fermier écossais, du nom de Galender, y 
demeura vingt ans et plus. Cette maison, d'apparence vul- 
gaire, étaient cependant reconnaissable entre mille par une 
fenêtre 'portant deux grilles de fer. 

Si énergiquement que puissent être gravés les traits du 
visage, ce qui frappe Is plus, dans une figure balafrée, le 
regard et la mémoire, c'est encore la cicatrice de la blessure. 

Quel personnage bizarre avait donc ainsi quadrillé cette 
unique fenêtre ? Je réponds sans hésiter : Pierre Denis, le 
premier propriétaire de cette demeure singulière. Car ce 
petit détail de construction, tout infime qu'il soit, permet 
d'identifier avec certitude, à deux cent huit ans de distance, 
la maison du sieur de la Ronde. En effet, à la date du 27 
février 1684, nous lisons ce qui suit dans Genaple. ^ 

" Une maison couverte de bardeaux avec deux petits 
pavillons aux deux coins, couverts pareillement de bardeaux 
ainsi que la laiterie qui est au derrière d'icelle; le tout plan- 
chéié haut et bas. Tous les dits lieux garnis de leurs portes 
et fenêtres qui sont attachées avec leurs pentures ; trois des 
dites portes seulement fermant à clef. 

" La dite laiterie lambrissée et garnie de planches tout 
alentour : une grille de fer au soupirail de la cave. 

" A LA FENETRE DE LA CUISINE DE LA DITE MAISON DEUX 

GRILLES DE FER et uue à chacune de celles des cabinets ou 
pavillons susdits." - 

Avec le temps les deux petits pavillons dont nous parle 
Genaple disparurent. — Le grillage de la fenêtre de la cuisine 
demeura jusqu'en 1870, époque où Gallender se fatigua de la 
physionomie grise que cet ornement douteux prêtait à sa 
demeure. Si beau que soit le paysage, on n'aime pas à le 
regarder à travers le soupirail d'un cachot. 

J'espère avoir prouvé, à la satisfaction de mes lecteurs, 
l'exactitude de mon Plan Figuratif de La Canardière, en 



1 — Minute intitulée : Inventaire et Description de la terre appar- 
tenant à Demoiselle Catherine Le Neuf, femme et procuratrice de 
Pierre Denis, sieur de la Ronde. 

2 — Non seulement les fenêtres de la cuisine, mais aussi les fenê- 
tres de la boulangerie du sieur de la Ronde était grillagées. 



PLAN DE LA CANARDIÈRE 383 

publiant, sous le titre de Pièces justificatives, les actes de 
concession, de vente ou d'échange, avec leurs dates respectives 
et les noms des notaires qui les ont passés. J'aurais préféré 
publier ces documents in extenso, mais ils eussent tenu une 
place trop considérable dans le cadre de cet ouvrage. 

Sèches nomenclatures de bestiaux ou d'instruments agri- 
coles, d'ustensiles de ménage ou d'outils de toutes formes et 
de tous métiers, arides inventaires de meubles et d'immeu- 
bles, banales redditions de compte entre fermiers et maîtres, 
papiers d'acquisition, actes de vente ou de partage, donations 
de bonnes gens à charge de pension alimentaire et entretien 
la vie durant, baux de passage à gué, verbalisations de che- 
mins de communauté, etc., etc., ne sont pas, je le confesse, 
matières infianimables pour l'imagination étincelante d'un 
romancier. Il les faut lire cependant. Car c'est dans l'étude 
attentive de cette prose notariée que les littérateurs choisi- 
ront, comme l'artiste chez son marchand de couleurs, les 
peintures les plus vives de la vie réelle à une époque vécue. 

En terminant ce chapitre, je dois exprimer à M. l'abbé 
Anselme Ehéaume, du Séminaire de Québec, toute ma recon- 
naissance pour son active collaboration au Plan Figuratif 
de la Canardière. Sans les conseils de cet archiviste distin- 
gué, sans les encouragements de cet ami sincère, sans l'apport 
généreux de son temps à l'étude et aux recherches de ce 
problème archéologique, j'aurais depuis longtemps abandonné 
la partie, et ce tour de force — car c'en est un véritable — 
serait encore à exécuter. A lui donc revient la meilleure 
part du mérite dans l'accomplissement de la tâche, et je me 
fais ici un devoir de le reconnaître. 



CHAPIÏEE TREIZIÈME 



UN FAUX PORTKAIT DE FRONTENAC 



A la date du 25 février 1891, Monsieur Philéas Gagnon, 
bibliophile très distingué de la ville de Québec, écrivait à 
L' Iniennédiaire des Chercheurs et Curieux, publié à Paris, 
la correspondance suivante : 

" Quelques lecteurs de Y Intermédiaire connaissent-ils 
l'existence d'un portrait de Louis de Buade, comte de Fron- 
tenac, lieutenant-général pour le Roi en toute la France 
septentrionale, c'est-à-dire la Nouvelle-France ou Canada, né 
en 1620, mort à Québec en 1698. Il était fils d'Antoine de 
Buade, sieur de Frontenac, baron de Palluau, etc. 

" Il nous serait aussi très agréable de savoir s'il existe un 
portrait de la comtesse de Frontenac i, sa femme, qui était 
l'amie de madame de Sévigné et de madame de Maintenon. 

Philéas Gagnon. 
Québec, Canada. 

A la date du 10 mai 1891, un abonné de L'Intermédiaire 
des Chercheurs et Curieux répondait, comme suit, à la pre- 
mière question de la lettre : 

" Je vais renseigner M. Philéas Gamon d'une façon bien 



1 Il existe, aux salons de Versailles, un portrait superbe de la 

comtesse de Frontenac, que j'ai fait pliotographier, pour la modique 
somme de 75 francs ! Ce cher négatif est en ma possession ; en le 
portant chez Livernois je pourrais très probablement en obtenir 

une bonne épreuve pour un ami. — A bon entendeur, salut. 

E. M. 



UN FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 




...J 



Joh. H. I,ii)s ilel. et soulp.. 1778 



Jean-Henri Heidegger 

Gravure extraite des Fragments phpsiopnomoviques pour propager la connaissance 
des hommes et les exciter à la philanthropie, de Lavater, édition allemande, 
1775-1778. — Ce portrait appartient aux collections historiques de l'honorable 
juge George Baby, de Montréal. 



UN FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 




Jean-Henri Heidegger 

Gravure extraite de U Art de connaître les hommes par la physionomie, de Lavatcr 
édition française, 1806, volume III, planche 154, page 225. — Bibliothèque de 
l'université Laval k Québec. 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 385 

indirecte ; mais c'est avec le désir de le mettre sur la voie et 
dans l'espérance qu'il voudra bien m'envoyer, en retour, 
l'indication des sources à consulter pour la généalogie des 
Buade dont la branche de St. Sernin, en Périgord, m'inté- 
resse particulièrement, 

" La Gazette des Beaux-Arts, 1888, 2ième partie, pp. 182, 
185, 186 donne, avec de nombreuses notes, le portait d'Hen- 
riette - Marie de Buade - Frontenac, femme d'Henri-Louis 
Habertde Montmor; elle fut peinte par Claude Mellau, sous 
Louis XIII, Elle pouvait être la tante du gouverneur du 
Canada," 

De La Coussière, 

Je rectifie de suite la supposition de M. De La Coussière : 
Henriette-Marie de Buade-Frontenac, femme d'Henri-Louis 
Habert de Montmor n'était pas la tante du gouverneur du 
Canada, mais sa sœur. 

Ce renseignement généalogique m'est fourni par l'Intro- 
duction au tome cinquième des Mémoires et Documents 

POUR SERVIR A L'HiSTOIRE DES ORIGINEg FRANÇAISES DES 

PAYS d'outre-mer. — (1683-1724), par M. Pierre Margry. 

" II, (Frontenac) fut alors enterré TlôQS) dans l'église des 
EécoUets de Québec, comme syndic apostolique, père et pro- 
tecteur spirituel de leur ordre ; mais une clause de sou 
testament énonçait le désir que son cœur fut remis à Madame 
Anne de La Grange, sa femme, pour être placé dans la cha- 
pelle de MM, de Montmor, en l'église de N"otre-Dame-des- 
Champs, à Paris, près de la fameuse abbaye de Saiut- 
Martin. 

" Ces Montmor étaient une famille qui avait de grandes 
alliances et jouissait d'une véritable notoriété dans le monde 
des sciences, des arts et des lettres, 

" Une fille de. cette même maison avait épousé successive- 
ment le Marquis de Thémines, fils du maréchal de ce nom, 
et François Annibal d'Estrées, Marquis de Coeuvres, puis 
Henri- Louis Habert de Montmor, maître des requêtes de 
l'hôtel du Koi, et l'un des quarante de l'Académie française, 
s'était marié à Henriette de Buade, la troisième sœur du 

25 



386 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

comte de Frontenac, La première, Anne de Buade, était 
femme d'un neveu de Bassompierre François d'Epinay, Mar- 
quis de Saint- Luc, Chevalier du Saint-Esprit et Gouverneur 
de Guyenne ; la seconde, Geneviève de Buade, était unie à 
Claude de Bourdeille, Comte de Montrésor, confident de 
Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. 

On voit par ces détails le milieu dans lequel vivait le 
Comte de Frontenac, etc., etc "^ 

La lecture de cette magistrale Introduction au tome 
cinquième des œuvres de M. Pierre Margry m'a fait lui poser 
la question demandée à L' Intermédiaire des Chercheurs et 
Curieux par mon excellent ami M. Philéas Gagnon. Existe- 
t-il un poHrait de Frontenac ? Voici le réponse du savant 
historien. 



Teste Deo 

Paris, 27 janvier 1891, 
91. rue Lécluse, 

près la Place Moncey. 



Monsieur. 



Pour répondre au désir que vous m'avez exprimé de savoir 
où trouver le portrait de Henriette de Frontenac, je n'aurais 
pas grand peine, si vous étiez à Paris. Je vous le montrerais 
au-dessus d'un de mes corps de bibliothèque et je vous dirais : 
" Emportez-le pour en faire ce que vous jugerez bon, après 
quoi vous me le rendrez." Mais, comme vous n'êtes pas chez 
nous, comme mon portrait d'Henriette est encadré, le plus 



1 — Pierre Margry : Mémoires et Documents pour servir à V Histoire 
des origines françaises des pays d' outre-mer, Introduction, pages 137 
et seq. du tome cinquième. (1683-1724). 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 



S^ 



simple et le moins cher serait de charger un libraire, à Paris, 
d'en rechercher un exemplaire de cette gravure chez des mar- 
chands d'estampes en lui laissant une certaine latitude dans 
les prix pour en avoir une belle épreuve. Et votre hbraire 
vous l'enverrait. 

Quant au portrait du comte de Frontenac, je' ne l'ai jamais 
vu de manière à croire que j'avais sa figure devant les yeux. 
Je me souviens d'une petite image le représentant passant 
chez les Iroquois en 1696. Mais assurément il ne faut pas 
regarder comme le portrait du grand gouverneur celui que 
m'envoya un jour Francis Parkman en photographie et 
que l'on vendait alors à Québec. C'était le portrait d'un 
homme mort, couché sur son lit et coiffé d'un serre-tête. Il 
me demandait de lui trouver la gravure qui avait pu servir à 
faire cette photographie. 
Il y croyait au moins un 
peu car il m'écrivait de 
jolies phrases sur la con- 
formité des traits avec le 
caractère que l'on connais- 
sait à M. de Frontenac. Or 
qu'était-ce que cette pho- 
tographie québecquoise ? 
Celle de la figure d'un mé- 
decin d'Heidelberg publiée 
par Lavater. 

Je regrette. Monsieur, 
de ne pouvoir vous en dire 
et faire davantage à cause 
de mon état de santé. De 1879 à 1888 j'ai publié mes six 
volumes sous les coups répétés de la maladie. Depuis, je ne 
cesse de me soigner; je sors très peu et suis fort avare de 
mon temps comme un homme de soixante et treize ans à qui 
il est compté. 

J'espère néanmoins, Monsieur, qu'il me sera donné d'appren- 
dre le succès du livre que vous préparez. Je vous le souhaite 
de grand cœur. C'est bien le moins que je puisse faire en 
raison des sentiments que vous exprimez pour mes propres 
travaux. Votre bienveillance en exagère sans doute les 




388 FAUX PORTKAIT DE FRONTENAC 

mérites, mais j'aime à y voir un témoignage lendu à des 
études courageuses et sincères. 

Je vous prie, Monsieur, de me croire, 

Votre tout dévoué serviteur, 

Pierre Margry. 
Monsieur Ernest Myrand, 

au Palais de Justice, 

à Québec. 

Médecin de l'âme a voulu dire sans doute M. Pierre Mar- 
gry, car Heidegger était un pasteur protestant. MM, Firmin 
Didot Frères, dans leur Nouvelle Biographie Générale, 1858, 
(tome 23*"*, pages 766 et 767 au nom Heidegger) nous 
apprennent que Jean-Henri Heidegger était un théologien 
suisse, né le 1er juillet 1633 à XJrsivellen, près de Zurich, 
mort à Zurich le 18 janvier 1698. Fils d'un pasteur protes- 
tant, il commença ses études dans sa patrie, et alla les ache- 
ver à Marbourg et à Heidelberg, où il fut reçu docteur en 
philosophie. Peu de temps après, il obtint une chaire de 
professeur extraordinaire en langue hébraïque à l'université 
de Heidelberg, puis une chaire de professeur en philosophie. 
En 1659, il fut appelé à Steinfurt pour professer la théologie 
et l'histoire ecclésiastique : il alla occuper cet emploi après 
s'être fait recevoir docteur en théologie à Heidelberg. En 
1660, il revint dans son pays, s'y maria, et l'année suivante 
il parcourut la Hollande. La guerre ayant dispersé tous les 
étudiants de Steinfurt, il abandonna cette ville, en 1665, pour 
retourner à Zurich. A peine y fut-il arrivé qu'on lui donna 
une chaire de professeur en morale qu'il conserva jusqu'en 
1667. Hottinger s'étant noyé, Heidegger fut nommé à sa 
place professeur en théologie, emploi qu'il conserva jusqu'à 
sa mort. 

Ses écrits traitent surtout de controverses. Il fut le prin- 
cipal auteur de la /omiuia consensus adoptée en 1675 par 
le synode de Zurich dans l'espoir de réunir les églises réfor- 
mées de la Suisse, et qui, loin d'atteindre ce but, occasionna 
bien des troubles. Heidegger fut le défenseur actif des 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 389 

réfugiés de France et du Piémont qui venaient chercher un 
asile en Suisse. 

Heidegger avait écrit sa propre biographie. Elle parut 
après sa mort par les soins du professeur Hofmeister sous ce 
titre: Ilistoria Vitœ J.-H. Heideggeri,cui non paucahis- 
toriani Ecclesiœ teviporis ejusdem, nec non litteras concer- 
nantia, inseruntur ; Zurich, 1698. in-4*'. 

Vous étonnerai-je, lecteurs, en vous disant que je ne fus 
pas empressé de courir à la bibliothèque de l'université Laval 
vérifier l'assertion de M. Margry ? Il m'en coûtait amère- 
ment de perdre sur Frontenac cette illusion dernière, de me 
convaincre que je ne l'avais jamais vu, que mon admiration 
s'en était allée à un étranger, et que mes dévotions les plus 
ferventes ne s'adressaient pas à la bonne idole ! Quelle ridi- 
culisante ironie ! Un orphelin auquel son père adoptif avoue 
qu'il n'est pour lui qu'un bienfaiteur ne doit pas ressentir au 
cœur un déchirement plus douloureux ! 

Qu'il était beau cependant le dieu que j'adorais ! Ecoutez 
la dissertation enthousiaste de Lavater brûlant d'amour pour 
son modèle, comme autrefois Pygmalion devant le marbre 
divin de sa statue ! 

" Si, après avoir montré par de simples contours, des sil- 
houettes et des profils de tout espèce, par des bustes et des 
portraits en face, que la signification du visage de l'homme 
est totalement indépendante du jeu des traits, des mouvements 
et des regards, nous faisons voir la confirmation de cette vérité 
dans des portraits faits après la mort de ceux qu'ils représen- 
tent, nous aurons parcouru, ce me semble, tous les genres de 
preuve qui l'établissent. 

" Voici le profil assez ressemblant d'un homme qui, au juge- 
ment de tous ceux qui l'ont connu, était doué de talents supé- 
rieurs, d'un esprit lumineux et profond, plein de sagacité 
dans ses recherches, actif, laborieux, et qui suivait son objet 
avec ma patience infatigable. Qu'il nous reste peu de sa 
physionomie ! le front surtout étant presque entièrement 
caché; mais ce peu qui nous reste, combien il est significatif! 
Quant à moi, il me suffirait d'avoir vu l'angle que forme la 
mâchoire depuis l'oreille jusqu'au menton pour reconnaître 
un esprit subtil, profond et entreprenant. Il est hors de doute 



390 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

que le contour, depuis le sourcil jusqu'au menton, indique 
moins le génie d'un poète que les talents d'un politique ; qu'il 
suppose plus de solidité que d'imagination, plus de profon- 
deur et de fermeté que de sensibilité et de chaleur, 

" Tout dépend des yeux, du regard, du sourire de la 
bouche, du mouvement des onuscles, le reste ne signifie 
rien. " Combien de fois n'a-t-on pas répété cette assertion ! 
et combien de fois ne sera-t-elle pas répétée encore ! et cela 
parce qu'effectivement elle renferme quelque chose de vrai, 
et que nous n'avons garde de contester. Une erreur ne 
subsiste et ne se perpétue qu'autant qu'il s'y trouve un 
mélange de vrai. 

Jamais un louis faux n'aura cours s'il n'a l'apparence d'un 
bon louis; c'est-à-dire, si le cuivre qu'il renferme n'est mêlé 
à beaucoup d'or. Ce qu'il y a de vrai dans l'jfssertion que 
nous avons rapportée, se réduit à ceci : " Les regards sont 
parlants, les rnouvements de la bouche ont une signification 
très réelle et très variée ; le mouvement passager d'un seul 
m^uscle peut être infiniment expressif." Il faudrait être 
dépourvu de sens pour le nier; mais cette vérité n'en détruit 
point une autre, de même qu'en général il n'est point de 
vérité qui soit en contradiction avec une autre vérité. Que 
la proposition que nous venons de discuter ne renferme pas 
une vérité exclusive, c'est ce que démontrent les nombreux 
exemples que nous avons déjà rapportés, et plus évidemment 
encore, selon moi, ce masque d'un sage que nous avons sous 
les yeux. Ici tout repose, tout dort ; point de regard, point 
de mouvement des lèvres. Cependant qui oserait dire après 
l'avoir examiné : " Ce visage muet ne parle point ! excepté 
l'œil animé et son regard, excepté le mouvement des muscles, 
il n'est point de traits dont la signification soit décisive ?" 

La sagesse ne repose-t-elle pas sur ces sourcils, et ne sem- 
blent-ils pas couvrir de leur ombre une profondeur respec- 
table ? Un front voûté comme celui-ci serait-il le siège 
commun d'un esprit ordinaire et d'un esprit supérieur ? Cet 
œil fermé ne dit-il plus rien ? Le contour du nez et la ligue 
qui divise la bouche, et ce muscle creusé en fossette entre la 
bouche et le nez, et enfin l'harmonie qui règne dans l'ensem- 
ble de tous ces traits, n'ont-ils plus aucune expression ? Je 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 391 

ne crois pas qu'un homme doué de sens commun puisse 
répondre négativement à ces questions." ^ . 

Ainsi parlait Lavater d'Heidegger! — A mon avis le 

grand historien Francis Parkman avait raison d'écrire à M. 
Margry de jolies phrases sur la conformité des traits 

d'Heidegger avec le caractère que l'on .connaissait à 

Frontenac. 

Mais à quoi bon ergoter à la sotte manière des théologiens ? 
Mon devoir était de me rendre à l'université Laval et d'y 
vérifier l'exactitude du précieux renseignement fourni par M. 
Pierre Margry. J'allai donc à la bibliothèque consulter 
L'Art de connaître les hommes par la physionomie par 
Gaspard Lavater, nouvelle édition, par M. Moreau, docteur 

en médecine, 1806, — et j'y trouvai, volume III, planche 

154, le portrait de Jean-Henri Heidegger que l'on vendait 
à Québec, depuis vingt-cinq ans et plus, aux ateliers photo- 
graphiques de la maison Livernois, pour celui du Grand 
Gouverneur, Louis de Buade, comte de Palluau, Frontenac, 
et autres lieux ! 

Jusqu'à la réception de la lettre de M. Pierre Margry 
j'avais cru, comme à un dogme, à l'authenticité du portrait de 
Fnntenac. Cette révélation faillit me rendre incrédule pour la 
vie. Cependant, comme je me sentais, en face de l'apostasie 
prochaine, encore plus bourrelé de remords que de doutes, 
j'allai ouvrir ma conscience aux grands prêtres de notre petite 
Eglise littéraire qui pontifient, à tout le moins une fois l'an, 
au cénacle de la Société Royale du Canada. Je consultai donc 
l'abbé Casgrain, l'abbé Verreau, M. le juge Baby, MM. Ben- 
jamin Suite, Edmond Roy, etc., aussi quelques intimes amis 
des immortels : de ce nombre M. Alfred Garneau qui poursuit, 
me dit-on, depuis longues années, de très belles études sur la 
famille de Frontenac. 

J'eus le chagrin de constater que ceux-là mêmes étaient 
les pires sceptiques qui siégeaient le plus près de l'autel dans 
notre sanctuaire des lettres. L'abbé Verreau m'écrivit qu'i? 
n'avait jamais cru au portrait de Frontenac ni à celui de 
Maisonneuve. M. Alfred Garneau me répondit par l'épi- 



1 — Lavater: U Art de connaître les hommes par la physionomie^ 
tome 3. Extrait des Remarques sur une dissertation de Lichtenberg, 
pages 225, 226 et 227. 



392 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

graphe d'une poésie de Victor Hugo : Fensar, dudar ! i M. 
Edmond Koy affirmait bien qu'il n'existait qu'un seul portrait 
de Frontenac connu, fait au crayon par un artiste qui se 
trouvait de passage à Québec quand le Gouverneur mourut, 
2 mais son assertion, toute gratuite, s'aplattissait contre 
l'affirmation positive et prouvée de Margry comme une boule 
de neige sur une muraille. Celui-là qui me scandalisa 
le plus fut incontestablement l'excellent abbé Casgrain, qui 
nia tout, et prétendit que nous n'avions rien d'authentique en 
fait de bonshommes historiques. Il n'acceptait même pas la 
gravure de Champlain, et il me fallut, pour l'en convaincre, 
•lui exhiber un exemplaire de Moncornet, propriété de 
notre estimable bibliophile. M, Philéas Gagnon. C'était un 
comble ! le cathécumène évangélisant son missionnaire et le 
baptisant dans la foi qu'il était chargé de lui prêcher ! 

Eestaient à consulter M. Benjamin Suite et M. le juge 
Baby, 

Voici la lettre que j'adressai à ces messieurs et les répon- 
ses respectives à icelle. 

Québec, 27 février 1891. 

Monsieur Benjamin Sulte, 

Ottawa. 
Monsieur, 

Dans votre ouvrage. Histoire des Canadiens-français, 
tome II, vous reproduisez, entre autres portraits historiques, 
celui de Frontenac sur son lit de mort. 



1 — Cher monsieur. — J'ai souvent causé de Frontenac en serre-tête 
avec Suite. Tous les deux, aussi, nous avons, à l'occasion, questionné 
des chercheurs, dos savants, et même des artistes. Ils ne savaient 
trop que répondre. 

Selon l'opinion la plus connue cependant, le portrait n'a rien 
d'authentique. 

Extrait â'une lettre de M. Alfred Garneau, datée le 20 mars 1891. 

Lévis, 3, 2, 91. 

2 11 n'existe qu'un seul portrait de Frontenac connu. Le grand 

gouverneur est représenté mort. C'est un dessin fait au crayon par 
un artiste qui se trouvait de passage à Québec quand Frontenac 
mourut. Vous trouverez ce croquis reproduit dans l'un des volumes 
de V Histoire des Canadiens-français de Benjamin Suite. 

J. E. Eqy. 
Extrait d^une lettre à M. Vahhé Lionel Lindsay. 



FAUX POR'ïaAIT DE FRONTENAC 393 

Je présume qu'avant de publier cette gravure vous avez 
€u le soin d'en vérifier l'authenticité. Aussi, je me permets de 
vous demander sur quelles autorités d'histoire ou de tradition 
l'on s'est appuyé pour établir, à votre satisfaction, la vérité de 
cette estampe. 

Bien avant l'édition de votre Histoire des. Canadiens- 
français, qui remonte je crois à l'année 1880, dès 1867, la 
maison Livernois et Bienvenu vendait à Québec la photo- 
graphie de l'image en question. 

Comme je prépare l'histoire du siège de Québec par Sir 
William Phips, j'ai cru devoir intéresser mes lecteurs en 
publiant les portraits de Phips et de Prontenac. les deux 
acteurs principaux de ce gi'and drame militaire. J'ai trouvé 
celui de Phips dans l'œuvre monumentale de Justin Winsor i ; 
j'ai été moins heureux dans mes recherches pour celui de 
Frontenac. Voulant m'assurer de l'existence d'un portrait 
authentique de notre illustre gouverneur je me suis adressé 
à un éminent écrivain français, Pieri'e Margry, l'auteur des 
Mémoires et Documents pour servir à l'histoire des Origines 
Françaises des pays d'outre-m.er. 

Sa réponse n'a pas été tardive, et elle m'a fait constater, 
par un fait d'évidence absolue, que le portrait de Prontenac 
vendu à Québec depuis vingt-cinq ans n'est qu'un valentin 
de la pire espèce. 

J'ai prévenu M. Ernest Livernois et je renonce à vous 
peindre son ahurissement en face de la preuve étabhssant 
cette fumisterie de haut goût. Ça été pour lui un véritable 
chagrin que de retirer de sa galerie nationale de portraits 
historiques, l'un des plus chers de sa collection. Son père. 
Monsieur Jules Livernois, tenait le prétendu original d'un 
bibhophile amateur. A-t-il été la victime d'une supercherie, 
ou bien, ce qui ne change rien au désastreux résultat, a-t-il 
souffert des conséquences d'une sotte méprise ? Je vous avoue, 
qu'au premier jugé, je crois à une mystification parisienne. Je 
désire constater si vous avez eu affaire au même...rrrrançais, 
nom de Dieu ! — Il importe je crois, de filer l'auteur de cette 
mauvaise plaisanterie, si mauvaise plaisanterie il y a. Comme 
vous il fut peut-être la victime d'un autre farceur qui lui- 

1 — Narrative and Critical History of America Vol. IV, page 147. 



394 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

même ne riait pas, croyant de bonne foi tenir un genuine 
Frontenac. Il est possible enfin qu'il n'y ait pas de farceur 
du tout : notre paresse naturelle, notre apathie, notre amour 
du sentier battu, notre benoîte aptitude à croire, de con- 
fiance, le premier venu sur parole, nous exposant sans cesse 
au danger de commettre de pires bévues historiques. 

Dans tous les cas je suis maintenant en mesure de prouver 
que l'estampe du Frontenac mort est fausse, et il convient 
que le public instruit le sache. Le plus tôt sera mieux. 
Qu'en pensez- vous ? 

J'ai l'honneur d'être. 

Monsieur, 

Votre tout dévoué, 

Eknest Myrand, 

Ottawa, 4 mars 1891. 
Cher Monsieur, 

Comme tout le monde, j'ai pris l'esquisse de l'homme mort 
pour le portrait de Fronfenac, ne me doutant pas qu'il pût 
y avoir doute. Si vous éclaircissez ce point il n'y aura pas 
que moi pour vous en remercier et vous complimenter. 

Si l'homme mort était Callières ? En ce cas, avertissez-moi, 
et je vous passerai du nouveau sur son père et sa mère : 
question de portraits. 

Je vois que vous travaillez toujours avec ardeur. Moi, je 
vieillis et je vide mes cartons, avant que de vider de ce 
monde ! Cela m'amuse de faire une fin ! 

Courage ! 

Benjamin Sulte. 
M. Eenest Myrand, 

Québec. 

Notes : — C'est la première fois que j'écris sur le sujet 
suivant et l'on pourra se servir de ces lignes n'importe où, si 
besoin est. 

Depuis 1864-65, j'avais pris l'habitude de noter sur des 
bouts de papier (fiches) tout ce qui m'intéressait sur l'histoire 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 395 

du Canada, principalement les détails. Vers 1878, j'eus 
l'idée de classitiev ces innombrables notes, et je vis qu'il y 
avait là matière à sept ou huit volumes. M. Desbarrats me 
dit qu'il lancerait une premier volume intitulé La Vie de 
nos Pères — coutumes, cuisines, etc. — puis, que nous en don- 
nerions, sous différents titres, jusqu'à épuisement du tas de 
petits papiers. Mais Wilson, qui causait avec nous,, proposa : 
1° un seul titre couvrant huit volumes ; 2" une édition grand 
luxe. Desbarats se retira. J'acceptai, disant à Wilson que le 
grand luxe me tentait et que je ne lui demanderais, à cause 
de cela, que cent piastres par volume. Ainsi fut fait et 
payé coiTectement. 

Mais Wilson, de sa belle grâce, se mit à fourrer des por- 
traits dans les livraisons. Je le laissai faire, et même, pour 
varier le plaisir, je lui donnai des cartes topographiques, 
géogi'aphiques, et des vues de nos villes, c'est-à-dire des illus- 
trations qui vont avec le texte de mon ouvrage. Wilson 
continua de bouiTer les volumes de portraits d'hommes et de 
femmes dont je ne parle pas. Il n'y qu'à les mettre de 
côté. ' 

Vous avez maintenant la clef du mystère. 

Benjamin Sulte. 

Ottawa, 5 mars 1891. 

Jugez de ma consternation, moi qui espérais faire pièce à 
M. Pierre Margry avec l'argument de Benjamin Suite ! 

" Il ne sera pas facile, m'écrivait M. le juge Baby, dans sa 
lettre du 3 avril 1891, il ne sera pas facile de donner ime 
réponse bien satisfaisante à la question que vous me posez. 
Jugez-en vous même. 

" Dès 1867 je possédais une photographie, dite de Fron- 
tenac, sortant des ateliers de la maison Livernois, celle-là 
même qui a servi à faire la vignette qui se voit dans l'ouvrage 
de l'ami Suite, Wilson, son éditeur, m'ayant prié de la lui 
prêter pour cet objet. Mais sept ans plus tard, en 1874, j'avais 
la bonne fortune de mettre la main, en Angleterre, sur une 
magnifique gravure en taille douce, vieux papier, du même 
sujet mais considérablement plus giande que la photographie, 
6 pouces sur 7 pouces, à peu près. Dans un des coins, tout 



396 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

au bas, à gauche, on lit ce qui suit : Joli : H. Lips del. et 
sculp. 1718. 

La photographie dont il s'agit a été prise évidemment sur 
cette gravure de l'autre siècle. Mais qui l'a apportée au pays ? 
où Livernois se l'était-il procurée ? Je ne puis le dire. Liver- 
nois, qui consacrait ses loisirs et son argent à préparer une' 
galerie historique nationale, et qui s'y entendait assez bien, 
en réponse à la question que je lui faisais sur la provenance 
de ce portrait, m'.assura, sans hésiter, dans le temps, qu'il 
était certainement celui de Frontenac, mais sans pouvoir 
toutefois me convaincre absolument de sa parfaite authen- 
ticité, je vous l'avoue. Tout en acceptant ses dires jusqu'à un 
certain point, je suis toujours demeuré sous l'impression que 
ce portrait du plus fier de nos gouverneurs français pourrait 
être fort bien apocryphe. 

Voilà tous les renseignements que je puis vous fournir sur 
le sujet ; s'ils peuvent vous être agréables j'en serai bien aise, 
croyez m'en. 

Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments, 

G. Baby. 

Bien loin de contredire M. Pierre Margry, la lettre de M. 
le juge Baby confirme absolument l'assertion du savant 
auteur des Origines françaises des pays d' outre-mer, en 
même temps qu'elle prouve la supercherie du marchand 
d'estampes qui trompa si odieusement la maison Livernois, 

Mes lecteurs ont remarqué sans doute le précieux petit 
détail qui accompagne la description de la gravure achetée à 
Londres par le savant magistrat : Joh. H. Lips del. et 
sculp. 1778, c'est-k-dive Johannes Henricv^ Lips delineavit 
et sculpsit. 

Quel était ce Jean-Henri Lips ? — Un graveur et dessina- 
teur' suisse, né en 1758 à Kloten, près Zurich, mort le 5 mai 
1817 à Zurich. Comme il était fort habile à saisir la ressem- 
blance, il travailla pendant plus de vingt ans sous la direction 
de Lavater et lui fournit, pour ses Esquisses de Physionomie, 
un grand nombre de profils, d'études et de copies. ^ 



1 — Firmin Didot Frères : Nouvelle Biographie Générale, 1858, 
Vol. 31, page 329, au nom Lips. 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 39*7 

Je reproduis deux fac-similës du portrait de Jean-Henri 
Heidegger publiés, l'un dans une édition allemande, l'autre 
dans une édition française des ouvrages de Lavater. A pre- 
mière vue, ces deux médaillons semblent identiques. Une 
différence essentielle les distingue cependant : l'un est signé, 
l'autre anonyme. La Nouvelle Biographie Générale ^ de MM. 
rirmin Didot Frères l'explique à la satisfactfîon de tous. 

La gravure portant, en bas, au coin de gauche, la signature 
minuscule Joh. H. Lips del. et sculp. 1778, signature qui ne 
se lit bien qu'à la loupe, appartient à l'édition allemande — 
awiio 1778 — des œuvres de Lavater. 

La gravure anonyme appartient à l'édition française — 
anno 1806— des œuvres de Lavater. C'est l'une des 600 
gravures touchées ou dessinées par le peintre Vincent. 

L'anonymat de la gravure dans l'édition française s'expli- 
que : l'original appartenait à Lips, et Vincent, pour l'avoir 
touchée ou dessinée de nouveau, ne se crut pas, avec raison, 
autorisé à la signer de son nom. 

Cette différence grave connue et expliquée, je prie mes 
lecteurs de bien étudier ces fac-similés et surtout de les com- 
parer avec la photogravure du portrait québecquois 2. 

L'on constate, au premier coup d'œil, que l'honnête mar- 
chand d'estampes a découpé, dans la gravure, l'oval du 
portrait. 

Le procédé était aussi leste que facile ; il avait de plus 
l'avantage de berner absolument M. Livernois en lui déro- 
bant le nom du graveur. 

M. Livernois, qui était un homme instruit, aurait eu faci- 
lement raison de l'authenticité de cette vignette si elle eût été 
signée du nom Lips. Le tour était canaille, mais bien joué. 

Au point que Livernois, eût-il possédé Lavater et surpris 
son collectionneur en flagrant délit d'imposture, celui-ci 
s'en fut excusé le plus naturellement du monde en disant, 
écrivant plutôt, avec la bonhomie superfine d'un vieux roué : 
" Eh ! monsieur, c'est de ma part, une méprise des plus inno- 
centes. Heidegger est mort le 18 janvier 1698, et Frontenac 
le 28 novembre de la même année ; mes photographies sont 
classées par ordre chronologique, voyez-vous, celles d'Heideg- 

1— -Vol. 29, pages 1003-1004, au nom Lavater. 
2— Cf : page 387 de ce livre. 



398 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

ger et Frontenac se suivaient, elles étaient même l'une sur 
l'autre, vous me comprenez bien n'est-ce pas ? Avec cela 
qu'elles se ressemblaient en diable ! " — Et cœtera et cœtera. — 
Encore un peu, et Livernois lui eût fait des excuses ! 

L'attrape-nigaud fonctionne comme de plus belle, à preuve : 
un M. A. De Grandpré, commissionnaire en librairie, vient 
de publier (18^3) à Montréal, une 62"" édition du petit 
Dictionnaire de la Langue Française de Pierre Larousse, 
Cette édition comprend, à la quatrième partie, un nouveau 
dictionnaire illustré historique, géographique, biographique 
et mythologique d'environ 5,000 articles concernant le Canada 
(nouvelle édition (lO**) mise au courant du mouvement con- 
temporain par P. Théberge, bachelier es arts de l'université 
Laval. 

Cette nouvelle édition revue, corrigée, considérablement 
augmentée, contient 260 portraits de personnages les plus 
célèbres du Canada et de l'étranger. 

Oi- au nom Feontenac — (page 102) — nous retrouvons la 
sempiternelle vignette représentant le portrait. ...d'Heidegger. 
Cette caricature est d'une laideur très réussie. Quand M. A, 
De Grandpré publiera la onzième édition du dictionnaire de 
M, P. Théberge, bachelier es arts, je l'avise, charitablement, 
de retrancher ce portrait là : l'histoire du pays en général, et 
les beaux-arts, en particulier, n'y prendront rien. 

Il ne faut pas, d'ailleurs, se scandaliser outre mesure à ce 
sujet. L'aventure en est commune et je ne crois pas mieux 
vous en convaincre qu'en vous citant un extrait de l'Avertis- 
sement publié en tête de la quatrième édition de la Vie de 
M. Olier par le célèbre abbé Faillon. 

" Quoique dans cette nouvelle édition il ait été ajouté un 
petit nombre de portraits à ceux que renfermaient déjà les 
éditions précédentes, nous croyons devoir mettre le lecteur 
en garde contre une supercherie qui, trop souvent, jette le 
plus grand discrédit sur les productions iconographiques. 
Pour tirer profit d'une ancienne planche dont le personnage 
n'intéressait plus le public, assez souvent de déloyaux mar- 
chands y ont substitué un nom plus connu ou plus illustre. 
Les exemples de cette fraiide messéante sont nombreux. 
Ainsi, pour ne parler que des portraits reproduits dans cet 
ouvrage, celui de Dom Grégoire Tarrisse, premier supérieur 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 3^99 

général de la congrégation de St-Maiir, a reçu faussement, 
au dernier siècle, le nom de Dom Mabillon, religieux plus 
connu et justement célèbre. Le portrait de la V. Mère 
Agnès de Langeac imité d'Edelink, a été publié sous le nom- 
d'une religieuse morte beaucouj) plus tard. 

" Nous ferons remarquer ici que le portrait qu'on a mis en 
tête de la nouvelle Vie de la V. Mère Agnès a été fait sur un 
tableau qui représente Ste Catherine de Sienne ou quelque 
autre Dominicaine canonisée, comme l'indique l'auréole dans 
l'original. C'est par erreur ou par mégarde qu'on l'a prise 
pour le portrait de la V. prieure de Langeac. Enfin, ce qui 
paraîtrait incroyable si nous n'en avions la preuve matérielle 
sous les yeux, on a osé publier à Paris, en 1823, comme vrai 
portrait du souverain Pontife Léon XII, récemment élevé sur 
la chaire de Saint-Pierre, l'ancien portrait de M. Olier, gravé 
par Pittau et cela sans y rien changer, ni la royale, ni le collet 
rabattu, ni le surplis. Qu'on juge de là combien de faux por- 
traits existent dans le commerce." ^ 

Enfin, pour convaincre absolument mes lecteurs des diffi- 
cultés innombrables qui existent dans le travail d'identification 
des portraits historiques, je citerai un exemple encore tout 
palpitant d'actualité. La célèbre revue américaine The 
Cosmopolitaii, a publié, dans ses livraisons de janvier et 
février 1892, une magnifique étude signée William Eleroy 
Curtis sur les ^lOTtra-its prêt endus authentiques de l'immortel 
découvreur du Nouveau Monde, Christophe Colomb. Devinez 
combien il en existe ? Vingt-sept ! ! Ecoutez ce qu'en dit 
M. Curtis : 

" Although Columbus twice mentioned in his alleged wiil 
tbat he was a native of Genoa, a dozen places still demand the 
honor of being considered his birth place and two claim to 
possess his boues. Nothing is certain about his parentage and 
his âge is the subject of dispute. The stories of his boyhood 
adventures are mythical, and his éducation at the University 
of Pavia ïs denied. 



1 — Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice, par 
M. Faillon, prêtre de Saint-Sulpice. 

Tome 1, page ij de l'Avertissement sur cette nouvelle (la 4ième) 
édition 1873. Paris, Poussielgue, Frères, 27, rue Cassette. 



400 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

" The same doiibt attends the various portraits that 
prétend to represent his features. The raost reliable autho- 
rities — and the subject has been under discussion for two 
centuries — agrée that there is no tangible évidence to prove 
that the face of Columbus was ever painted or sketched or 
graven during his life. His portrait has been painted, like 
that of the Madonna and those of the saints, by many 
famous artists, each dépendent upon verbal descriptions of 
his appearance by contemporaneous writers and each con- 
veying to the canvas his own conception of what the great 
seaman's face must hâve been ; but it may not be said that 
any of the portraits are genuine and it is beheved that ail 
of them are more or less fanciful." 

Et voilà ! 

A défaut d'un portrait authentique du Comte de Fronte- 
nac — qu'il m'eût été si agréable de placer en regard de celui de 
Sir William Phips — ^j'ai reproduit dans ce livre une photogra- 
vure de sa statue, composition idéale de notre compatriote 
Philippe Hébert. Mes lecteurs me sauront gré de cette 
courtoisie ; pour la plupart d'entre eux, cet égard leur 
présente la seule occasion de voir et d'admirer à leur aise 
cette œuvre magistrale. Car, de s'aller rompre la nuque à la 
vouloir regarder au premier étage du Palais Législatif, il ne 
faut pas songer. Aux enthousiastes que n'effraient pas les dou- 
leurs et les grimaces d'un torticolis aigu je conseille d'apporter 
quelque puissante lunette d'opéra : autrement la superbe 
toilette du vieux gouverneur, la grande tenue militaire d'un 
vice-roi de Louis XIV, fines dentelles métalliques de la 
cravate et des manchettes, plis soyeux de l'écharpe, plumes 
ondulantes du chapeau, passements de l'habit brodé d'or, tout 
ce détail merveilleux, — car ce bronze est fouillé comme un 
ivoire japonais, — tout ce détail merveilleux leur échappera 
sûrernent. Je ne dis rien de l'étude de la physionomie, perdue 
à jamais dans ce lointain excessif. 

Espérons que Messieurs les gouverneurs de notre incom- 
parable hôtel, le Château Frontenac, commanderont un jour 
à M. Philippe Hébert une nouvelle copie de sa statue. Cette 
fois on la placera, à la portée du regard et de l'admiration de 
tous, au centre des pelouses qui avoisinent immédiatement 



FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 401 

le superbe édifice, sur uu piédestal construit à la hauteur de 
sa gloire, et du spectacle éternellement beau du havre de 
Québec. 

Qui sait? Les cerveaux de bronze, comme les mémoires 
humaines, s'éveillent à la vue des grands panoramas. De* 
eaux bleues du Saint -Laurent, étincelantes comme de l'argent 
neuf aux clartés lunaires, se lèvera peut-être la vision de 
l'armada puritaine. Et l'œil d'aigle du fier gouverneur, 
enflammé de colère et d'orgueil, comptera derechef les trente- 
quatre voiles du chevalier Phips. Je ne m'étonnerais pas 
alors que le canon de la statue partît tout seul ! 

Les croyants de l'histoire du Canada verront ce miracle. 
Hélas ! trois fois hélas ! je n'en serai pas le témoin ; la foi,, 
comme l'argent, n'est pas toujours donnée à qui la chsrche î 

Je n'ai qu'une imagination vive, suffisante toutefois à me 
faire prophétiser ! 

Ailleurs et plus tard j'aurai l'oscasion de critiquer digne- 
ment le superbs travail du sculpteur Hébjrb. A mon avis le 
silence s'est fait trop vite sur ce grand effort artistique. Ici, 
cependant, je ne le considère qu'au point de vue de sa valeur 
historique. Aussi m'est-il agréable de déclarer sans hésitation, 
avec la joie d'une conviction profonde, que ce Frontenac est la 
plus belle traduction en bi'onze que l'on ait encore donnée de 
la célèbre phrase : 

" Je n'ai point de réponse a faiue a votre général, que 
par la bouche de mes canons ! " 

L'histoire sculpturale a ceci d'excellent, qu'elle se lit à pre- 
mière vue dans toutes les langues ! 

J'ai, fâcheusement, une restriction à faire à propos de la 
toilette du gouverneur. On y a remarqué, sans doute, la croix 
de l'ordre de Saint-Louis. Ce détail produit un grand effet 
de parure, que l'artiste a bien eu soin de ne pas laisser échap- 
per. Malheureusement, pour M. Philippe Hébert, Frontenac 
n'était pas chevalier de Saint-Louis en 1690 : il ne le fut 
que six ans plus tard, en 1696. Louis XtV lui envoya cette 
décoration en récompense de sa brillante campagne contre les 
Iroquois. L'illustre gouverneur trouva lui-même qu'elle venait 
un peu tard, croyant l'avoir méritée depuis au moins cin- 

26 



402 FAUX PORTRAIT DE FRONTENAC 

quante aus, car c'était l'âge de sa première blessure devant 
Orbitello. 

" En ces sortes d'affaires, remarque Pierre Margry avec sa 
bonhomie d'historien philosophe, en ces sortes d'affaires, où 
la faveur prime souvent la justice, ce qui importe, c'est que 
la récompense soit légitimement acquise." 

A part cet anachronisme, qu'il convenait de signaler, la 
critique historique n'aura que des éloges pour la composition 
véritablement remarquable de M. Philippe Hébert. 



UNE LETTRE DE FRONTENAC A LOUIS XIV 



On sait peu que Louis XIV fit à Frontenac l'insigne hon- 
neur de lui écrire personnellement pour le féliciter de sa belle 
conduite au siège de Québec. Mais on ignore davantage où 
se trouve la fameuse lettre autographe du Grand Koi, Un 
moment je songeai à la retracer, mais la réponse de mes 
aviseurs historiques m'arrêta court. 

M. Benjamin Suite, avec ce parler franc et bref qui le 
caractérise, me répondit : La lettre de M. Louis Quatorze a 
dû rester dans les poches de Frontenac ! ^ 

M. Pierre Margry m'adressa la communication suivante ; 
elle clôt, à mon avis, toute recherche et tout débat. 

21 mars 1892. 
9, rue Lécluse, près la place Moncey. 

Monsieur, 

Je vous fais mes excuses pour avoir tant tardé à répoudre. 
C'est que je ne suis pas l'homme valide et libre que vous 
avez peut-être supposé. Je suis un septuagénaire auquel il 
reste peu de temps pour lui-même et moins de moyens encore 
pour les commissions qui l'obligent à sortir. 



1 — Hugues de Lionne, habile négociant, et ministre des affaires 
étrangères sous Louis XIII et Louis XIV, écrivait à Arnauld d'Au- 
dilly, à la date du 24 mars 1660, au sujet d'une lettre semblable : 

" Elle sera soigneusement conservée dans les petites archives de 
ma famille comme le plus glorieux titre que je puisse transmettre à 
ma postérité." 

Frontenac s'est conduit comme Hugues de Lionne. 



404 FRONTENAC A LOUIS XIV 

J'ai fait toutefois ce que j'ai pu pour répondre à votre 
demande. Les lettres du genre de celle dont vous me priez 
de faire la lecherche étant toutes personnelles restent forcé- 
ment dans les papiers des familles qui s'en font naturellement 
des titres d'honneur. Je ne pouvais donc que trouver une 
copie de celle que vous désirez, mais n'en ayant rien moi- 
même dans ma bibliothèque, j'ai prié, un de mes amis d'en 
tenter la fortune à la Marine. Monsieur Edouard Durassier,, 
conservateur des archives de ce ministère, n'est arrivé à aucun 
résultat. Il n'a pas cru de plus possible en effet de voir dans 
le mémoire du Eoy, daté du 7 avril 1691 (ou 1697), mémoire 
de 12 pages, la lettre que le gouverneur de la Nouvelle- 
France dit lui avoir été écrite de la main du Eoi. 

" Il ne me parait guère probable, m'écrit Monsieur Edouard 
Durassier que Louis XIV ait écrit de sa propre main une 
missive aussi longue que ce mémoire de 12 pages." Je n'ai à 
faire sur cette opinion de mon ami qu'une réserve. C'est que 
la lettre aurait été écrite par un ''homme qui avait la 
plume ", fonction sur laquelle Saint-Simon vous donne des 
explications à propos de la mort du président Rose (Tome II.) 

Je regrette, Monsieur, de ne vous offrir que ce peu de 
renseignements. Quand je redeviendrai jeune peut-être ferai- 
je mieux ; mais je ne saurais, croyez-le je vous prie, y mettre 
j)lus de bonne volonté. 

Votre tout affectionné serviteur, 

PlERKE MaRGRY. 

A tout événement, voici la lettre de M. de Frontenac à 
Louis XIV 1. Elle est datée du 20 octobre 1691 : 

Sire, 

Je ne sais comment pouvoir faire à Votre Majesté les très 
humbles remerciements que je lui dois pour la gratification 
qu'Elle m'a accordée, mais principalement pour toutes les 



1 _Cf : Premier rapport du Secrétaire de la Province de Québec 
pour l'exercice 1886-87. Division du Régistraire, — page 157, 2ième 
série, vol. VI. 



FRONTENAC A LOUIS XIV 405 

marques de bonté qu'Elle a bien voulu me donner dans la 
lettre qu'Elle m'a fait l'honneur de m'écrire de sa main. 

Le peu que j'avais contribué à la levée du siège de Québec 
■et aux autres avantages qu'on a remportés sur les Anglais et 
sur les Sauvages ne méritait pas l'attention que Votre Majesté 
y a donné et, sans l'affection particulière qu'Elle a pour ce 
fait, Elle n'aurait pas compté pour quelque chose des événe- 
ments qui ne devraient pas avoir place parmi ce nombre 
presque incroyable de succès prodigieux et innombrables 
•qu'Elle a tous les jours sur ses ennemis. 

Si les secours, Sire, que Votre Majesté a envoyés cette 
année ont retiré cette pauvre Colonie de l'extrémité où elle 
était réduite, ceux que nous espérons qu'Elle aura la bonté 
de lui continuer lui donneront le moyen de se procurer le 
repos et la paix dont elle a tant besoin. 

Monsieur de Portchartrain informera Votre Majesté de ce 
que nous avons fait dans cette campagne, et, comme la disette 
de vivres où nous étions nous ayant empêché de pouvoir aller 
chercher les ennemis jusques chez eux, nous avons été obli- 
gés de nous contenter de nous opposer aux puissants efforts 
qu'ils ont faits pour empêcher nos semences et nos récoltes. 

Nous sommes venus, Sire, heureusement à bout des uns et 
des autres, mais toujours à la pointe de l'épée et au bout du 
fusil, et partout où l'on a pu joindre l'ennemi, il a été battu ; 
principalement en deux rencontres dont la dernière a été 
très sanglante et très opiniâtre, les ennemis y ayant perdu 
trois cents hommes, cinq ou six de leurs principaux chefs et 
un drapeau. 

Votre Majesté jugera aisément qu'il est impossible que, 
dans des mouvements si continuels, ses troupes ne diminuent 
beaucoup et que, à moins qu'Elle ait la bonté de les faire 
remplacer et même, d'en augmenter le nombre, il faudrait à 
la fin succomber, ayant tant d'ennemis sur les bras et autant 
à craindre du côté de la mer que de celui de la terre. 

Quelque résolution que Votre Majesté prenne là-dessus et 
sur l'entreprise de Manatte que Mr de Portchartrain lui pro- 
posa et qui pourrait terminer tout d'un coup cette guerre, 
nous l'attendons avec respect et patience, résolu, en mon 
particulier, de sacrifier jusqu'à la dernière goutte de mon sang 
pour essayer de conserver dans l'esprit de Votre Majesté les 



406 FRONTENAC A LOUIS XIV 

bonnes impressions qu'Elle a la bonté de me témoigner avoir 
présentement de ma conduite et de mon zèle pour son service, 
puisque c'est la chose du monde qui m'est la plus précieuse 
et que je souhaite avec autant d'ardeur, que je suis avec 
soumission et fidélité, 

Sire, 
de Votre Majesté, 
Le très humble, très obéissant, 
Et très fidèle Sujet et Serviteur, 



^ 



CHAPITRE QUATORZIEME 

QUEBEC EN 1690 

I 

PERSONNAGES MILITAIRES, POLITIQUES ET CIVILS 

II 

CLERGÉ ET MAISONS RELIGIEUSES 



Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roi en toute 
la Nouvelle-France. — Louis de Buade, comte de Frontenac. 

Secrétaires. — Charles De Monseignat, — Barthélémy-Fran- 
çois Bourgonnière d'Hauteville. 

Capitaine des gardes. — Michel LeNeuf de LaVallière. 



Intendant de Justice, Police et Finances. — Jean Bochart, 
seigneur de Champigny, Norray, Verneuil et autres lieux, 
chevalier de Saint-Louis. 

Subdélégué. — Mathieu Gaillard. 
Secrétaire. — Pierre André, sieur de Leigne. 



408 QUÉBEC EN 1690 

Le Conseil Souverain 

Monsieur Louis de Buade, comte de Frontenac, gouver- 
neur-général. 
" Jean-Baptiste de la Croix-Chevrières de Saint- 

Vallier, évêque. 
" Jean Bochart, seigneur de Charapigny, inten- 

dant. 
Maître Louis Eouer de Villeraye, premier conseiller. 
" Pierre-Noël Le Gardeur de Tilly, conseiller. 
" Mathieu D'Amours, sieur de Preneuse, conseiller. 
" Nicolas Dupont de Neuville, conseiller. 
" Jean-Baptiste de Peiras, conseiller. 
" Charles Denis, sieur de Vitré, conseiller. 
" Claude Berman, sieur de la Martinière, juge séné- 
chal de Beau port, conseiller. 
" François - Magdeleine - Fortuné Euette D'Auteuil, 
chevalier, seigneur D'Auteuil et de Monceaux, 
conseiller et Procureur- Général. ^ 
GrejjHer en chef du Conseil Souverain. — Jean-Baptiste 
Peuvret, sieur Du Menu, seigneur de Gaudarville. 

Guillaume Roger, 'premier Imissier du Conseil Souverain. 
Hilaire Bernard, sieur de la Eivière, huissier du Conseil 
Souverain. 

Eéné Hubert, huissier du Conseil Souverain et de la 
Maréchaussée. 

Etienne Marandeau, huissier du Conseil Souverain et de 
la Prévôté. 

Nicolas Métru, sergent royal, huissier du Conseil Souve- 
rain et huissier audiencier de la Prévôté. 

Joseph Le Prieur, huissier du Conseil Souverain et de la 
Prévôté. 



1 — Au temps de Fi'ontenac les membres du Conseil Souverain 
devaient porter la robe et l'épée, si l'on en croit ce passage de La 
Hontan : " Capa y â^espada : c'est un titre de Gasgogne que les gens 
de cette Province donnèrent autrefois par ironie au Conseiller du 
Conseil Souverain du Canada, parce que les premiers membres de 
ce tribunal ne portaient ni robe ni épée, se contentant de marcher 
la canne à la main dans la ville de Québec et d'aller au Palais en 
cet équipage bourgeois." Page 214, tome II, Voyages. 



QUÉBEC EN 1690 409 

Ordre des préséances 

1 Arrêt, conformément à l'édit du Roi, du 29 mai (1680) 
décrétant qu'à l'avenir les intitulations des assemblées du 
Conseil Souverain se feront comme suit : 
Le Conseil assemblé où assistaient : 
Monsieur le Gouverneur, 
do TEvêque. 
do l'Intendant. 
Maître Louis Eouer de Villeraye, Premier Conseiller. 
" Pierie Noël Le Gardeur de Tilly, Conseiller. 
" Mathieu D'Amours, sieur de Freneuse, " 
" Nicolas Dupont de Neuville, " 

•' Jean-Baptiste De Peiras, " 

" Charles Denis, sieur de Vitré, " 

" Claude Berman de la Martinière, " 

Présents et 

Monsieur François-Magdeleine-Fortuné Ruette D'Auteuil, 
Procureur-Général. 

PRÉVÔTÉ DES MARÉCHAUX DE FRANCE 

Grand Prévôt de la Maréchaussée. — Paul Denys, sieur 
<ie Saint Simon. 

Greffier de la Maréchaussée. — Eéné Hubert ^ 

Archer du Grand Prévôt. — Léonard Tresny dit La verdure. 

Maître des hautes œuvr'es. — Jean lîattier dit Du Buisson. 

Prévôté Royale de Québec 

Lieutenant civil et criminel. — Réné-Louis Chartier de 
Lotbinière, conseiller du Roi. 

Procureur du Roi. — Paul Dupuy, seigneur de l'Ile aux 
Oies. 



1 — 1680. Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, page 
427, tome II. 

2 — Depuis le 22 août 1678 ; nommé en 1681 huissier du Conseil 
Souverain Il cumulait les deux cliarges. 



410 QUÉBEC EN 1690 

Greffier. — François Genaple de Bellefond, notaire royal ^ ; 
Eomain Becquet, notaire royal ; Alexandre Peuvret, commis 
au greffe. 

Clercs. — Louis Hayot, Jean- Baptiste Denis, Jean Bou- 
gueuet. 

Huissiers. — Charles Marquis, Nicolas Métru, Etienne 
Marandeau, Joseph Le Prieur. 

Colonel des troupes. — ;Claude de Kaniesay. ^ 

" Louis - Philippe Kigaud de Vau- 

dreuil. ^ 
Lieutenant de l'Amirauté. — Jean-Baptiste Couillard de 
l'Espinay. 

Trésorier de la Marine. — George Regnard du Plessis, 
sieur de Morampont. 

Commissaire des troupes. — Louis ïantouin, sieur de la 
Touche. 

Commissaire général des poudres et salpêtres. — Chris- 
tophe-Martin Biscorneau. * 

Ma,jor du château et ville de Québec. — François Prévost. 
Ingénieur du Roi. — Robert de Villeneuve. 
Hydrographe du Roi. — Jean-Baptiste-Louis Franquelin. 
Garde-magasin du Roi. — Charles Catignan. 
EcHvain du Roi. — Charles Leroux. 
Grand -Voyer. — Pierre Robineau, écuier, baron de Bécan- 
cour, seigneur de Portneuf. 

Pierre Benac, contrôleur-gén(^ral des fermes 

du Roi. 
Pierre Chevalier, contrôleur pour MM. de 
de la Compagnie des Indes Occidentales. 
Antoine Gourdeau, sieur de Beaulieu, 
marchand. 



Contrôleurs. 



1 — Genaple fut d'abord menuisier, puis huissier, puis concierge, 
enfin notaire. Il était concierge des^prisons royales de Québec 
lorsqu'il fut nommé — le 30 août 1690 — à la charge de greffier de 
la Prévôté Royale. Cette position était occupée avant lui par Gilles 
Rageot, lequel avait été nommé à Versailles le 24 octobre 1685. 

2 Cf : page 232 de ce livre. 

3 Cf : page 234 de ce livre. Le nom de Louis-Philippe Rigaud 

de Vaudreuil apparaît déjà à cette page comme capitaine ; j'ai cru 
devoir le répéter ici vu qu'il était aussi colonel des troupes, titre qui 
n'appai-aît pas au chapitre VI de ce livre : L'Armée Canadienne- 
française. 

4 Directeur de l'Ile et Comté de St. Laurent. 



QUÉBEC EN 1690 411 

Notaires -pïatiqmint k Québec, — Claude Aubert, François 
Genaple de Bellefonds, Gilles Eageot, Etienne Du Breuil, 
notaire du Séminaire de Québec. 

Architectes pratiquant à Québec. — Claude Bailly, Jean Le 
Eouge, juré arpenteur, François de la Jolie. 

Médecins pratiquant à Québec. — Michel Sarrazin, chirur- 
gien-major des troupes de Sa Majesté, Thimothée Eoussel, 
médecin de l'Hôtel-Dieu, Gervais Beaudoin, médecin des 
Ursulines et du Séminaire de Québec, Jean Léger de la 
Grange, Armand Dumancin, Pierre Du Eoy ^ 

Quelques-uns des principaux marchands établis à Québec 
en 1690 : 

Claude Aubert de la Chenaye, — Pierre Allemand, Guil- 
laume Bouthier, — Lucien Bouteville et Fils, — L'aymond du 
Bosc, Bertrand Berhoiiague, Paul Berry, Louis Chamballon, — 
Hugues Cochran.— André de Chaulnes, tailleur d'habits, — 
Joseph Delestre de Beaujour, — Eustache-Lambert Dumond, 
— Louis de Xiort, — Antoine Fauvel, — Thomas Frérot, — Jean 
Gobin, — Antoine Gourdeau, sieur de Beaulieu, — Jacques 
Gendreau, Pierre de La Lande-Gayon, le jeune, — Jacques 
Goui-deau, — Guillaume Gaillard, François Hazeur -, — Fran- 
çois Hurault ^, — Etienne Laiidron, associé de Pierre Alle- 
mand, sous la raison commerciale Landrun et Allemand, — 
Michel Lemarié, — Charles Macart, — Pierre Martel, — Pierre 
Nolan ^, — François Viennay-Pachut '^, — Charles Perthuis, — <■ 



1 — Jean De Nevers, chirurgien de la Compagnie Valrennes, Fran- 
çois Grégoire, chirurgien de la Compagnie Des Meloises, Jean Dupor- 
teau et Jean-Joseph Maublant, chirurgiens de la Compagnie 
Diimesnil, en 1690. 

2 Beau-frère du curé de St.-Joachim, M. Louis Soumande . 

François Hazeur avait lait vœu de donner trois cents livres pour le 
parachèvement de l'église Ste.-Anne de Beauijré si Dieu ne permet- 
tait pas que Québec fut pris par les Anglais. Cf : Grand Livre des 
Comptes et Recettes du Séminaire de Québec, année 1691. Vol. II 
page 207. 

'6 Possédait deux moulins à la Pointe-aux-Lièvres. 

4 — Il était aussi aubergiste. Il eut de fréquentes démêlés avec 
la justice au sujet d'une femme de mauvaise vie qui portait le nom 
typique de La Corruble. 

5. — Donna im ex-voto de cent livres à l'église Ste.-Anne de Beau- 
pré en reconnaissance de lu défuite des Anglais devant Québec. Cf : 
Grand livre des Comptes et Recettes du Séminaire de Québec, année 
1691, Vol. IL p. 207. 



412 QUÉBEC EN 1690 

Jacques Pinguet,— Jean Peiié, — Jeuu Picard, — Denis Eive- 
rin, — Denis Eoberge \ — François Rivière, — Jean Sebille, — 
Simon Soumande, sieur de Canan ville -, — Pierre ïêtu du 
Tilly, Nicolas Volant, etc., etc. 



II 



Clergé de Québec et personnel des institutions 
religieuses en 1690. 

Monseigneur François de Laval, ancien évêque. 
Monseigneur Jean-Baptiste de la Croix-Chevrières de 
Saint- Vallier. 

Chapitre de la Cathédrale 

1. Doyen du Chapitre. — Henri de Bernières. 

2. Théologal. — Charles Glandelet. 

3. Grand Chantre. — André de Merlac. 

4. Archi-diacrc. — Louis Ango De Maizerets. 

5. Grand, Pénitentier. — Jean Gaulthier de Bruslou, 

6. Chanoine. — Jean Foucques. 

7. " Siège Vacant par la mort de Benoît 

Baplein, décédé le 3 octobre 1689. 

8. " Pierre de Cauuiont. 

9. " Charles- Amador Martin, 

10. " Guillaume Gaulthier. 

11. " Jean-François Buisson de Saint-Côme. 

12. " Jean Pinguet. 

13. " Louis Soumande. 

Chapelain du Chapitre. — Philippe Boucher. 



1 Ancien domestique de Mgr. de Laval. 

2 Etait le frère du curé de St.-Joachim. 



QUÉBEC EN 1690 413 

Curé de Québec. — François Dupré. 

Vicaires de la paroisse. — Nicolas Du Bos, Godefroy- 
Théodore d'Eibery, 

Pkêtres du Séminaire des Missions étrangères 

Louis Ange de Maizerets, Svpérieur, Henri de Bernières, 
Charles Glandelet, Jean-Henri Tremblay, Jean Pingnet, Paul 
Yachon, Louis-Pierre Thury, Pierre Pocqnet, Pierre Volant de 
Saint-Claude, Claude Volant de Saint-Claude, François Du- 
pré, François Laniy, Charles-Amador Martin, Louis Sou- 
mande, Germain Morin, Pierre de Caumont, Louis Petit, Jean- 
Gaulthier de Bruslon, Jean Busset, Pierre de Francheville, 
PieiTe-Paul Gagnon, Guillaume Gaulthier, Claude Trouvé, 
Etienne Boullard, Jean - François Buisson de Saint-Côme, 
Nicolas Foucault, Antoine Davions, J. -Bernard de Réquelène, 
Alexandre Doucet, Nicolas du Bos, YA\Qr\\\ç.\ 'a\\q{, procureur 
du Séminaire ^. 

Maison des jésuites a québec - 

Eévérend Père Claude Dablon. supérieur-général de la 
Mission des Jésuites au Canada, direc- 
teur de la Grande Congrégation '^. 
" " François Vaillant de Guélis, ministre, préfet 

de l'église et de santé, procureur de la 
Mission des Jésuites au Canada. 



1 — On lit au Grand Livre des Comptes et Recettes du Séminaire 
de Québec, Vol. II, page 207, année 1691 : 

L'église de Ste.-Anne du Petit Cap (Sainte Anne de Beaupré) 
créditrice, pour autant que le Séminaire a promis pendant la guerre, 

conjointement avec Monseigneur l'Ancien (Mgr. de Lava!) 

1000 livres. 

Quoique prêtres du Séminaire de Québec, la plupart exerçaient 
les fonctions curiales dans les campagnes. 

2 — Je suis redevable au Kév. Père A.-E. Jones, S. J. du Collège Ste.- 
Marie à Montréal, de cette précieuse statistique. 

3 — I-«a Grande Congrégation c'est-à-dire, la congrégation des 
hommes de la ville ; la Petite Congrégation c'est-à-dire, celle des 
séminaristes. 



414 QUÉBEC EN 1690 

Eévérend Père Jacques Frémin, consulteur, directeur de la. 
Petite Congrégation, visiteur de l'hôpi- 
tal (Hôtel-Dieu) et second confesseur 
des nôtres (c'est-à-dire des Jésuites). 

" " Louis André, confesseur des sauvages à 

l'église ^. 

" " Pierre Raffeix, consulteur 

" " Martin Bouvart, préfet spirituel, confesseur 

des nôtres et à l'église, admoniteur et 
consulteur. 

" " Jean Enjalran. 

" " Joseph Germain, prédicateur à l'église et à 

la cathédrale. 

" " Pierre Cholenec, prédicatemYco?icto?i-a^or^. 

" " Sébastien Rasle. 

Thien-y Beschefer 2. 

Mission de Sillery 

Eév. Père Vincent Bigot, supérieur et curé. 
" " François Chicart, missionnaire. 
" " Jacques Viguier. 

Mission de Notre-Dame de Lorette 

Rév. Père Pierre- Marie- Joseph Chaumonot, supérieur mis- 
sionnaire. 

" " Michel Germain de Couvert, missionnaire. 

" " Jacques de Lamberville, missionnaire. 
Frère Pierre Masson, un vieillard. 

" Jean Feuville, un vieillard. 

" Joseph Boursier, assistant-procureur, acheteur, bou- 
langer. 

" Pierre Maigneret, excitateur, visiteur de l'examen 
de midi. 



1 — Le Père Louis André était à Québec pendant l'été de 1690. 
Il passa, cette année-là, en France. Je ne sais s'il fut témoin du 
siège. Il est l'auteur de deux dictionnaires, l'un algonquin et 
l'autre outaouais. 

2 — Retourna en France en 1690. J'ignore s'il fut témoin du sièse. 



QUÉBEC EN 1690 415 

Frère Pierre Yalentin, sacristain, tailleur, visiteur de 
l'examen du soir. 

" Sébastien Leblond (avait soin de la ferme Saint- 
Ignace, sur le domaine de la seigneurie Notre- 
Dame des Anges.) 

" Jean-Baptiste Sandron, cuisinier, visiteur après 
neuf heures du soir. 

" Jean Boussat, portier, pharmacien, dépensier, visi- 
teur de l'oraison. 

" François-Benoît Lucas, cuisinier. 

LES KÉCOLLETS 

Couvent de Npire-Dame des Anges, 

Supérieur : Séraphin Georgesné. 

Rév. Père : Exupère Dethune. 
Martial Limosiu. 
Mathurin Gelase. 
Juconde Drue. 

Louis-Hyacinlhe-Simon de Laplace. 
Joseph Denis. 
Martin Gaudry au Guedré. 
Martin Mullet. 

Bonaveuture Eyslon. yi 

Hilaire de St. Hilaire. 
Joseph Eémy. 
Louis Evrard. 
Henry LeKoy. 
Elie Hendrix. 2 

HÔTEL-DIEU DU PRÉCIEUX SANG DE QUÉBEC ^ 

Supérieur Majeur : Messire André de Merlac, Vicaire- 
Général. 

Confesseur : Le Kévérend Père Jacques Frémin, jésuite. 



1 — Venus au Canada l'année du siège, en 1690. 

2 — C'est le Rév. Père Elie dont il est parlé au Registre Journalier 
des Malades de l'Hôtel de Québec Ci. : page 312 de ce livre-. 

3 — Cette statistique a été préparée par la Révérende. Mère Saint- 
André, archiviste de la communauté. 



416 QUÉBEC EN 1690 

Cltapelain : Ce ne i30uvait être Monsieur Claude Trouvé, 
prêtre du Séminaire de St.-Sulpice, Il était alors prisonnier 
de l'amiral Phips. Le Père Frémin semble, à cette époque, 
avoir rempli les fonctions de confesseur et de chapelain ; 
peut-être aussi les messieurs du Séminaire de Québec, mon- 
sieur Jean-François Buisson, en particulier. Monsieur Claude 
Trouvé semble avoir été chapelain de l'Hôtel-Dieu, après 
avoir été échangé pour la petite prisonnière anglaise Sarah 
Gerish, 

Membres du Conseil 

Supérieure claustrale : Marie- Antoinette du Tertre, — De 
la Visitation: 

. Assistante-supérieure : Jeanne - Françoise Juchereau, — 
De Saint Ignace, — Archiviste de la communauté. 

Maîtresse des novices : Marie Fiquenel, — du Sacré-Cœur 
de la Sain te -Vierge. 

Première hospitalière : Marie-Gabrielle Denis de la Tri- 
nité, — De l'Annonciation. 

Conseillère : Marguerite Bourdon, — Saint Jean-Baptiste. 
" Marie Juchereau de la Ferté, — Sainte 

Thérèse. 
Dépositaire de la communauté : Marie-Madeleine Hazeur, 
— Saint François-Xavier. 

Dépositaire des pauvres : Louise Soumande, — Saint Au- 
gustin, — Fondcdrice de l' Hôpital- Général en 1693. 

Sœur de chœur jubilaire : Marie Forestier, — Saint Bona- 
venture de Jésus ; ^ 66 ans de vie religieuse. 

Sœur de chœur jubilaire : Jeanne-Agnès Thomas, — Saint 
Paul. 

Sc(:U.r de chœur : Marguerite Gloria, — Du Précieux Sang, 
" " Marie-Madeleine Gloria, — De l'Assomp- 

tion. 
" " Marie-Françoise Jean, — Anne des Anges. 

" " Marguerite Pellerin dit St. Amand, — De 

, la Nativité. 



1 — Anivée de Fiance le ler août 1639. 



QUÉBEC EN 1690 417 

Sœur de chœur : Marie-Catherine Denis de la Ronde, — 

St. Charles. 
Professe du Noviciat : Marie- Madeleine Le Gardeur, — 

Ste. Catherine. 
Elizabeth de Hallot d'Houville,— 

St. Joseph. 
Marie-Madeleine Maufils, — St. 
Louis. 
" " Marie-Françoise Buisson, — St. 

Pierre. 
" " Marie - Anne Gauvreau, — De 

Jésus. 
" " Marie-Madeleine Soumande, — De 

la Conception. 
" " Geneviève Gosselin, — Ste. Made- 

leine. 
Novice, en octobre 1690 : Charlotte-Catherine Berthier, — 

Ste. Geneviève. 
Postulante, en octobre 1690 : Geneviève Dupuy, plus tard, 

De la Croix. 
" " " " Jeanne-Louise Hazeur, plus 

tard, Ste. Anne. 
Sœur converse : Catherine Chevalier, — De la Passion, i 
" " Marguerite Piquet, — Ste. Marie, 

" " Marie Tavernier, — Ste. Monique. 

" " Marie-Madeleine Bacon, — De la Résurrec- 

tion. - 
" " Marie-Anne Turgeon, — Ste. Marthe. 

" " Marie-Louise Fournier, — De la Miséricorde 

" " Marie-Simonne Buisson, — St. Nicolas. 



1 — Venue de France avec les Fondât l'ices, en 1639, à la conditionr 
d'être reçue au noviciat après dix ans de services. 

2 — Les sœurs converses Sainte Monique et De la Résurrection 
étaient la mère et la fille. Marie Tavernier, Sainte Monique, était 
la veuve de Gilles Bacon. Sa fille, Marie- Madeleine Bacon, De la 
Résurrection, entra i\ l'Hôtel-Dieu comme sœur de chœur, le 21 
novembre 1667 : sa mère entra cinq mois plus tard, 25 mars 1668 
comme sœur converse. La jeune fille, elle n'avait pas 15 ans, donna 
alors un grand exemple de respect et d'amour maternels ; elle 
voulut être comme sa mère une sœAir converse. Le Christ avait dit: 
le serviteur n'est pas plus que le maître. 



418 



QUÉBEC EN 1690 



BUKEAU DES PAUVRES ^ 

AdministrateMrs : Charles Aubert de la Chenaye. 
" Paul Dupuy. 

" François-Magdeleinej-Fortuné Ruette 

b'Auteuil. 
" George Eegnard Du Plessis, 

DirectHce : Sœvr Anne Hioux, de la Congrégation Notre- 
Dame. 
Infirinière : Marie Pelletier. 

MONASTÈRE DES UKSULINES DE QUÉBEC ^ 



Swpérieure : Marie Gibault du Breuil, de St. Joi=eph. 
Assistante-supérieure : Marie Le Maire, des Anges. 
Zélatrice : Marguerite de Flécelles, de St. Atbanase. 
Dépositaire: Marie-Anne Bourdon, de Ste. Agnès, archi- 
viste du vwnastère. 
Professe : Marie Drouet, de Jésus. 

Charlotte Barré, de St. Ignace. 

Geneviève Bourdon, de St. Joseph. ^ 

Marie Boutet, de St. Augustin. 

Angélique Poisson, de St. Jean l'Evangéliste. 

Jeanne Godefroy, de St. François-Xavier. 

Agnès Duguet, de la Nativité. 

Marie-Madeleine Pinguet, de l'Assomption. 

Charlotte Godefroy, du Saint-Sacrement. 

Marie Le Ber, de l'Annonciation. 



1 — Association de bienfaisance, formée et soutenue par la charité 
publique. Cf : Casgrain, Hiatoire de V Hôtel-Dieu de Québec, 1878, 
ch. XI, pages 320 & seq. 

2 — Ce tableau statistique a été revisé par la Eévérende Mère de 
la Providence, actuellement (189-1) Maîtresse des novices. 

3 — On a sans doute remarqué avec une certaine surprise que 
deux religieuses ursulines, Marie Gibault du Breuil et Geneviève 
Bourdon, portent le même nom de religion, de St. Joseph. Cette 
anomalie apparente s'explique cependant. 

Geneviève Bourdon, professe de Québec, portait le nom de St. 
Joseph depuis 1654, quand Marie Gibault du Breuil, professe de 
Bourges, portant aussi le nom de St. Joseph, vint au monastère de 
Québec en 1671. 



QUÉBEC EN 1690 419 

Professe : Marie-Madeleine de Lauzon, de St. Charles. 

" Angélique de Lauzon, du Saint-Esprit. 

" Catherine Pinguet, de l'Incarnation. 

" Marie-Madeleine Amiot, de la Conception. 

" Anne Anceau, de Ste. Thérèse. 

*' Marie Boutteville, de Ste. Claire. . 

" Catherine-Juchereau de Saint-Denis, des Séra- 

phins. 

" Geneviève Gravel, de Ste. Marie de la Visita- 

tion. 
Novice : Jeanne Chorel, de Ste. Ursule. 

" Marie-Madeleine Drouart, de St. Michel. 

" Marie- Madeleine Gaultier de Comporté, de Ste. 

Agathe. 

" Elizabeth d'Ailleboust, de Ste. Marie de la Croix. 

" Marie-Kose de Lanaudière, de Ste. Catherine. 

Chapelains du Monastère : Les Jésuites. 



APPENDICE 



L'ouvrage fameux du récollet Chrestiek Le Clekoq, Pkemikr 
Etablissement de la Foy dans la Nocvelle-France; reproduit in 
extenso la Leffrede Monseignat relative au siège de Québec en 1690. 

En histoire, comme en mathématiques, il existe des quantités 
négligeables. Ainsi, quand Le Clercq nous dit que la flotte anglaise 
se composait de 35 voiles au lieu de 34, je ne corrige pas ; je ne 
rectifie point davantage pour les cent hommes (selon Monseignat) 
ou les six-vingts hommes (suivant LeClercq) qui partirent avec 
Vaudreuil, le matin du 15 octobre, à la rencontre de l'ennemi. Peu 
m'importe encore que les sauvages hurons, visitant le camp aban- 
donné de Walley, y ramassent 50 ou 60 boulets. Ces variantes sont 
absolument insignifiantes et ne valent pas le soin d'être signalées. 

Toutefois, comme la relation franciscaine parle de faits et de 
personnages ignorés de Monseignat, je crois de mon devoir de 
publier ici, en appendice, les extraits qui s'y rattachent. 

Ainsi, racontant la visite de Frontenac aux postes de Québec, 
^' qu'il trouva en bon état par les ordres et la diligence de M. le 
Major ", Chrestien Le Clercq nous rapporte que " les sieurs d'Esque- 
rac, capitaine, et De Villebon, ci-devant capitaine de dragons, y 
avaient aussi donné tous leurs soins ; ce dernier était venu de l'Aca- 
die, parles bois, à Québec." Il donne aussi le nom de l'officier com- 
mandant le bataillon de troupes qui assura la retraite à l'escar- 
mouche du 18 octobre. Cet officier se nommait le sieur de Crusel. 
Il nous apprend encore que les sieurs de Longueuil, de Sainte- 
Hélène, de Moncarville, d'Oléançon, de Repentigny, et d'autres 
Français, prirent part à l'engagement du 20 octobre, et que le 
marquis de la Grois était présent avec Villieu, De Cabanac et 
Duclos de Beaumanoir ati combat du lendemain, le samedi 21 
octobre. Nous connaissons enfin par lui le nom de baptême du 
sieur de Vieuxpont, blessé au V)ombardement : Godefroy de Vieux- 
pont. 

" Le style, c'est le substantif" a dit quelque part M. l'abbé Cas- 
grain, causant littérature. Je pourrais, imitant cette laconique 
définition, répéter après lui : " l'histoire, c'est le nom propre." 

Mais il y a plus que des noms de personnages à tirer de la rela- 
tion de Chrestien Le Clercq ; nous avons des faits et des événements 
nouveaux que les extraits suivants feront connaît re et rentrer dans 
l'histoire du siège de Québec en 1690. 



422 APPENDICE 

Etablissement de la Foy dans la Nouvelle-France 
Tome II, ch. 2t>, pages 415 à 444. 

Le Palais que M. l'Intendant occupe est détaché du reste de la 
ville, au bas de la côte, à gauche, sur le bord de la rivière Saint- 
Charles. L'église et le couvent des Récollets sont à demi-lieue plus 
loin sur la dite rivière. M. de Châteaufort, capitaine, y comman- 
dait (au siège). 

Sur les quatre heures après-midi (le lundi 10 octobre) le sieur de 

Longueuil revint avec ses sauvages de l'Jle-aux-Coudres, 

rendit compte de ce qu'il avait fait, et rapporta que les Anglais, 
ayant voulu faire descente à la rivière Oiiel, à 15 lieues de Québec, 
ils y étaient allés avec six chaloupes et 150 hommes et que les habi- 
tants leur en avaient tué la moitié en trois décharges qu'ils avaient 
faites sur eux ; c'est ce que le sieur de Francheville, Canadien, 
curé du lieu, a certifié. 

L'amiral le suivit d'assez près et avec précipation; il fila tout lé 
câble de son ancre qu'il abandonna ; son pavillon fut emporté dans 
la rivière, et laissé à notre discrétion, que nos gens allèrent pêcher. 

Le combat (celui du 20 octobre) s'opiniâtra des deux côtés et les 
nôtres combattirent j^ar pelotons et de la même manière que la 
précédente journée. Le Comte de Frontenac, qui crut que les enne- 
mis voulaient tenter le passage de la rivière, fit avancer les sieurs 
de Saint-Ours, de Saint-Cirq, de Valrennes et de Crusel, avec les 
quatre bataillons de troupes qu'ils commandaient et se mit à leur 
tête. Il détacha le sieur de la Maisonfort 1, capitaine, etLaPérade, 
son enseigne, avec 40 hommes, pour garder et défendre le «ouvent 
des Récollets et empêcher les ennemis de se rendre maîtres de ce 
poste. Mais ils se contentèrent d'escarmoucher contre nous, la 
petite rivière (Saint-Charles) entre deux. 

Monsieur de la Vallière, capitaine des gardes de Monsieur le 
Comte, étant allé le lendemain trouver le général Phii)S pour con- 
venir des personnes qui se rendraient de part et d'autre, on rendit 
le commandant de Kaskebe (tasco Bay) et quelques filles (les 
demoiselles Clarke, Sarah Gerish, etc.) que le général demanda avec 



1 — Page 430. Est-ce lo iiiéuie l'flpitaine que ChôteHiifort citii eommandait au 
couvent des Récolleti" ? 



APPENDICE 423 

deux de nos pilotes de rivière pour les aider à passer les dangers 
(du Saint- Laurent) et qu'il promit de mettre après à terre. Et il 

NOUS EST ENCORE DEMEURÉ SOIXANTE DE I.EPRS PRISONNIERS et ils (leS 

Anglais) nous rendirent tout ce qu'ils en avaient des nôtres. L'on 
apprit par ceux-ci que les ennemis avaient perdu mille ou douze 
cents hommes, que cette flotte manquait de vivi-es, que les gros 
vaisseaux faisaient eau de tous côtés, et qu'enfin ils ne comptaient 
pas d'arriver à Boston sans quelques naufrages ; en eflPet l'on sut 
depuis que trois de leurs gi'Os vaisseaux avaient péri et que 
plusieurs autres mojens avaient été dissipés par les vents sans que 
l'on en ait eu aucune nouvelle. 



Chrestien Le Clercq, alors en France, tenait ces nouveaux rensei- 
gnements historiques de ses confrères récollets de Québec qui lui 
écrivirent par l'enti'emise de La Hoatan chargé par Frontenac de 
porter à Louis XIV le rapport officiel de la déroute des Anglais. 

La relation du baron est datée de La Rochelle, le 12 janvier 1691. 
Et il dit : '' Je pars demain pour Versailles." Ce sont les derniers 
mots de sa lettre. 1 

Or, le 5 janvier 1691, le Premier Etablissement de la Foi/ dans la 
Nouvelle-France était registre sur le Livre de la Communauté des 
Libraires et Editeurs de la Ville de Paris. Mais l'ouvrage ne fut 
achevé d^ imprimer que le 26 juillet 1691. 

Ce retard est très significatif. Il explique tout, à mon avis. 
Personne ne songea d'ailleurs à s'en plaindi-e ; ni les typographes 
qui se reposèrent en attendant la copie, ni l'aijiable Amable Auroy 
qu'il enrichissait de positives espérances. 

Entre temps, de janvier à juillet, sept mois. Le Clercq et La Hontan 
avaient eu moultes occasions de se rencontrer, soit à Paris soit à 
Versailles. Le baron n'eut rien de plus pressé que de communiquer 
ses petits papiers au révérend Père, dont l'esprit délié fut prompt 
à saisir cette occasion superbe de louange i^our le maître et de 
réclame pour le livre. En eÔet, quel sous-titre plus alléchant de 
gloire, plus palpitant d'intérêt, plus actuel et plus apte à tirer l'œil 
de la clientèle que celui-ci : 

" Avec les victoires remportées en Canada par les armes de Sa 
Majesté sur les Anglais et les Iroquois, en 1690 ! " 

1— Cf : voir page 62 de ce livre. 



424: APPENDICE 

La lettre de Monseignat parut donc au chapitre 26ième et dernier 
de l'ouvrage. Finis coronat opus ! 

Et l'édition fut enlevée ! 

Le beau miracle ! Dédiée à Frontenac et publiée par okdrb 
Dcr Roi! 



Je reproduis, pour la justification de ce commentaire, le titre 
entier de cet ouvrage célèbre. Les bibliophiles liront cette page 
avec respect et dévotion : c'est la première d'un livre catalogué 
NEUF CENTS FRANCS chez Dufossé ! Bouquinistes, ôtez vos chapeaux! 

Premier ktablissement dp la Fov dans la Nouvelle-France, 
contenant la publication de l'Evangile, l'histoire des Colonies 
Françaises et les fameuses découvertes, depuis le Fleuve de Saint- 
Ijaurent, la Louisiane, et le Fleuve Colbert 1 jusqu'au Golphe 
Mexique, achevées sous la conduite de feu Monsieur de la Salle. 

Par ordre du Roi 

Avec les victoires 'remportées en Canada par les armes de Sa 
Majesté sur les Anglais et les Iroquois, en 1690. 

Dédié à Monsieur le Comte de Frontenac, Gouverneur et Lieute- 
nant-Général de la Nouvelle-France, par le Père Chrestien Lb 
Clercq, Missionnaire Récollet de la Province de Saint-Antoine de 
Pade, en Arthois, Gardien des Récollets de Lens. 

A Paris, chez Amable Auroy, rue Saint-Jacques, attenant la 
Fontaine S. Severin, à l'image Saint-Jerôme M DC XCl — Avec 
Privilège du Roy. 



Registre sur le Livre de la Communauté des Libraires Se Impri- 
meursde la Ville de Paris le 5 janvier 1691, suivant l'Arrest du 
Parlement du 8 avril 1653. 

Achevé d'imprimer pour la premier fois le 26 juillet 169L 
Le dit révérend Père {Chrestien Le Clercq) a cédé son Privilège à 
Amable Auroy. 

1 — L'un des noms! «lu Mississipi au dix-septième siècle. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 
Préface 3 

HISTOIRE DOCUMENTAIRE 



Relation de Frontenac 7 

do Monseignat....4 20 

do Phips 35 

do Walley 37 

do Savage .' 49 

do La Hontan 53 

do La Potherie 62 

do De Catalogne 69 

do Janclot 74 

do De Chauapigny 80 

do Juchereau de Saint-Ignace 84 

do Anne Bourdon 98 

do Cotton Mather 103 

do De Couvert 115 

do Mgr.de Laval 120 

do Sylvanus Davis 123 

do Bradstreet 126 

do Hutchinson 129 

do Charlevoix 133 

Description de la médaille commémorative du siège de Québec ; 

— Keheca liherata 150 

Déclaration de guerre de la France à l'Angleterre 152 

L«ttre pastorale de Mgr De Saint- Vallier 153 



42f) TABLE DES MATIÈRES 

ETUDES CRITIQUES 

CHAPITEE PEEMIER 

Pages. 
Histoire des archives anglaises de l'époque , 157 

CHAPITRE DEUXIÈME 
General Court Records 171 

CHAPITRE TROISIÈME 
Plymouth Colony Records , 188 

CHAPITRE QUATRIÈME 

La flotte anglaise -. 194 

Une commission d'officier anglais au 17ième siècle 205 

Minutes du conseil de guerre tenu au bord du vaisseau amiral 

Six Friends le 23 septembre (3 octobre) 1690 ; 206 

CHAPITRE CINQUIÈME 
L'armée anglaise 211 

CHAPITRE SIXIÈME 
L'armée canadienne-française 231 

CHAPITRE SEPTIÈME 
Le bataillon scolaii'e du Collège de Québec 260 



TABLE DES MATIÈRES 42*7 

CHAPITRE HUITIÈME 

Pages. 

Morts et blessés de l'armée anglaise 267 

Un compte de pharmacie au ITième siècle 296 

Commentaire de M. le docteur Arthur Vallée 296 

Le mousquet au ITième siècle 298 

CHAPITRE NEUVIÈME 

Morts et blessés de l'armée canadienne-française 302 

Familiarités d'un savant avec une vieille archive 320 

CHAPITRE DIXIÈME 
L'échange des prisonniers anglais et français 326 

CHAPITRE ONZIÈME 
Le pavillon de Phips 341 

CHAPITRE DOUZIÈME 
Le plan figuratif de La Canardière en 1690 371 

CHAPITRE TREIZIÈME 

Un faux portrait de Frontenac 384 

Une lettre de Frontenac à Louis XIV 403 

CHAPITRE QUATORZIÈME 

Québec en 1690 407 

Appendice : 421 



428 TABLE DES MATIÈRES 

AUTOGRAPHES. 

Pages. 

Frontenac 19 

De Monseignat 34 

Phips 36 

JohnWalley 48 

Thomas Savage 51 

De Champigny 84 

Juchereau de Saint- Ignace 97 

Cotton Mather, 114 

Mgr de Laval 123 

Sylvanus Davis 125 

Simon Bradstreet 129 

Charlevoix 150 

Louis XIV L53 

GRAVURE 

Médaille cominémorative du siège de Québec 151 

PHOTOGRAVURES 

Portrait de Sir William Phips. 

do de la statue de Frontenac par Philippe Hébert. 

do d'Heidegger (photographie de la maison Livernois).... 387 

do do (Œuvres de Lavater, édition allemande). 

do do ( do édition française). 

Carte du siège de Québec en 1690, par Kobert de Villeneuve. 
Profil de la ville de Québec assiégée par les Anglais, (œuvres de 

La Hontan, édition anglaise, — Londres, 1 709). 
Profil de la ville de Québec assiégée par les Anglais, (œuvres de La 

Hontan, édition hollandaise — Amsterdam, 1741). 
Plan figuratif de La Canardière en 1690, par Ernest Myrand. 



£RRATA 



Page 6, ligne 6, au lieu de Veireault, lisez Verreau. 
Page 115, ligne 3, au lien de Verreault, lisez Verreau. 
Page 170, ligne 1, au lieu de Ille, lisez Illi. 
Page 2S8, ligne 11, au lieu de rifflepils, lisez rifie-pits. 
Page 295, ligne 1, au lieu de Botton, lisez Boston. 
Page 382, ligne 4, an lieu de étaient, lisez était. 



■'•3 









n-^mu 



mm 






/i">f/;*î>jf 



^umui^'i'' 



■\K'}-i